Élisabeth de Roumanie (en roumain : Elisabeta a României et en grec moderne : Ελισάβετ της Ρουμανίας), princesse de Roumanie puis, par son mariage, reine des Hellènes, est née le à Sinaia, en Roumanie, et morte le à Cannes, en France. Membre de la maison de Hohenzollern-Sigmaringen, elle est l'épouse du roi des Hellènes , avec lequel elle règne sur la Grèce de 1922 à 1924.

Élevée par son grand-oncle et sa grand-tante, le roi et la reine Élisabeth de Wied, la princesse Élisabeth développe, en grandissant, un caractère introverti, qui l'isole socialement. Mariée à l'héritier du trône de Grèce en 1921, elle n'éprouve pour lui aucune passion et souffre des turbulences politiques que traverse son pays d'adoption après la Première Guerre mondiale. Propulsée sur le trône de Grèce avec son époux en 1922, la jeune femme s'implique dans l'aide aux réfugiés micrasiates qui affluent à Athènes du fait du désastre de la guerre gréco-turque. La montée du climat révolutionnaire a cependant raison de sa santé et c'est avec soulagement qu'elle quitte le royaume hellène avec en . Le couple royal s'installe alors à Bucarest, où il apprend finalement sa déposition le .

En Roumanie, Élisabeth et s'éloignent et le couple finit par se séparer, avant de divorcer en 1935. Très proche de son frère, le roi , la princesse se constitue alors une importante fortune, en partie due aux conseils financiers avisés de son amant, le banquier Alexandru Scavani. Après la mort de sa mère, la reine Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, en 1938, et jusqu'à la déposition de , en 1940, elle joue par ailleurs le rôle de première dame de Roumanie. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Élisabeth noue des liens étroits avec le parti communiste roumain et complote ouvertement contre son neveu, le jeune , ce qui lui vaut le surnom de du souverain. Elle n'en est pas moins chassée de Roumanie au moment de la proclamation de la république populaire, en 1947. Exilée, la princesse s'installe en Suisse, puis à Cannes, dans le Sud de la France. Elle noue alors une relation amoureuse avec Marc Favrat, un jeune homme de trente ans son cadet qu'elle finit par adopter peu avant sa mort en 1956.

Famille La princesse Élisabeth est la fille du roi de Roumanie (1865-1927) et de son épouse la princesse Marie de Saxe-Cobourg-Gotha (1875-1938), elle-même fille du duc Alfred de Saxe-Cobourg-Gotha (1844-1900) et de la grande-duchesse Maria Alexandrovna de Russie (1853-1920). Par sa mère, Élisabeth est donc une descendante de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe »..

En 1921, la princesse Élisabeth épouse le futur roi de Grèce (1890-1947), fils aîné du roi de Grèce (1868-1923) et de la reine Sophie de Prusse (1870-1932). Par son père, Georges est donc un descendant du roi de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », tandis que, par sa mère, il descend également de la reine Victoria.

L'union d'Élisabeth et de est malheureuse et le couple se sépare progressivement, avant de divorcer le .

En , Élisabeth adopte le roturier français Marc Favrat (1924-2000), qui prend dès lors le nom de Marc Favrat de Hohenzollern.

Biographie

Une jeunesse roumaine Une princesse coupée de ses parents Deuxième enfant du prince héritier Ferdinand de Roumanie et de son épouse la princesse Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, Élisabeth voit le jour au château de Peleș, à Sinaia, le , un an après son frère aîné Carol. L'accouchement se passe difficilement et la douleur ressentie par la mère est si vive qu'elle instaure, par la suite, une distance entre elle et l'enfant. Toute sa vie, Marie éprouve en effet une grande difficulté à ressentir de l'affection pour sa fille aînée, alors qu'elle se conduit en mère aimante vis-à-vis de ses cadettes.

Née peu de temps après la réconciliation du roi et de son épouse Élisabeth de Wied, l'enfant est baptisée Élisabeth en l'honneur de sa grand-tante. Femme de caractère, traumatisée par la mort de sa propre fille en 1874, la souveraine profite de son pouvoir et de la jeunesse de Marie et de Ferdinand pour les couper de leurs deux aînés et prendre en charge leur éducation. Pendant de nombreuses années, Élisabeth et son frère sont ainsi placés dans des appartements situés tout à côté de ceux du couple royal mais très éloignés de ceux de leurs parents. Les enfants ont, par ailleurs, interdiction de franchir les frontières de la Roumanie, même lorsque Ferdinand et Marie effectuent des séjours à l'étranger. Finalement, seules l'équitation et quelques menues autres activités permettent de rapprocher Élisabeth de sa mère.

Au fil des années, la petite fille développe un caractère froid et introverti, qui l'isole davantage de sa famille et des domestiques à son service. Proche du prince Carol, elle fait de sa sœur Marie (surnommée « Mignon ») leur souffre-douleur et traite le reste de sa fratrie avec indifférence ou jalousie. Considérée comme un très beau bébé, Élisabeth développe, en grandissant, une véritable , selon les mots de Marthe Bibesco. À l'adolescence, la princesse prend cependant beaucoup de poids, ce qui révulse sa mère, qui considère, dès lors, qu'elle a perdu toute beauté et apparaît de plus en plus . À cette époque, Élisabeth est décrite comme une enfant intelligente, mais pas très curieuse intellectuellement et souvent paresseuse. Elle reçoit une éducation fondée sur l'autorité, mais se montre peu disciplinée.

Projets matrimoniaux À partir de 1911, les gouvernements hellène et roumain se rapprochent pour des raisons géopolitiques et le prince Georges de Grèce, alors héritier en second de son pays, rencontre pour la première fois Élisabeth lors d'un séjour à Bucarest. Après les guerres balkaniques de 1912-1913, durant lesquelles Grèce et Roumanie sont alliées, le prince demande la main de la jeune fille, ce qui ravit Ferdinand et Marie. Mais, conseillée par sa grand-tante, Élisabeth décline la proposition, jugeant son prétendant trop petit et trop anglais dans ses manières. Dédaigneuse, la jeune fille déclare même, à cette occasion, que ...

En 1913, une autre opportunité de mariage semble se présenter. Le Kaiser d'Allemagne envisage en effet de nouer une alliance matrimoniale entre son pays et la Roumanie. Il organise alors une rencontre entre Élisabeth et son troisième fils, Adalbert. Les deux jeunes gens se retrouvent à Munich, en Bavière, mais le séjour est un fiasco car le prince trouve rapidement sa cousine ennuyeuse. De fait, Élisabeth n'a pour seul intérêt que les vêtements ou les bijoux et sa conversation n'est pas très passionnante.

La Première Guerre mondiale et ses conséquences Une infirmière de guerre peu impliquée

Après deux ans de neutralité et les morts successives du roi Carol et de son épouse, la Roumanie entre dans la Première Guerre mondiale aux côtés des forces de l'Entente en 1916. Élisabeth et la plupart des membres de la famille royale (hormis le roi et le prince Carol) quittent alors Bucarest pour s'installer à Buftea, dans la résidence du prince Barbu Stirbei. Après quelques semaines de combat, le conflit tourne au désastre pour l'armée roumaine, mal préparée, et le pays est occupé. Pour faire face à l'afflux de soldats blessés, la reine Marie fonde plusieurs hôpitaux et pousse ses filles à s'y impliquer. Avec « Mignon », Élisabeth se rend ainsi quotidiennement dans les hôpitaux et distribue cigarettes et paroles réconfortantes aux victimes des combats. Mais, contrairement à sa cadette, qui s'investit véritablement dans son travail d'infirmière, Élisabeth montre peu d'intérêt pour ces activités charitables.

Pendant la guerre, la princesse tombe plusieurs fois malade. Elle souffre de problèmes aux genoux, contracte une jaunisse et fait de fréquentes crises de nerfs. D'un tempérament paresseux, elle se montre par ailleurs oisive et grossit encore davantage, au grand dam de sa mère. Ses rares occupations se résument à quelques réceptions officielles à la cour ou à de rares passages au théâtre. Sa seule vraie passion reste les vêtements et elle connaît quelques brèves périodes d'enthousiasmes pour les travaux d'aiguille et la broderie. La princesse s'intéresse par ailleurs vivement aux hommes, qu'elle poursuit avec assiduité, ce qui soulève l'indignation de la reine Marie.

Élisabeth n'est cependant pas le seul des enfants royaux à causer du souci à ses parents. En 1918, l'héritier du trône cause en effet un scandale qui ébranle toute la monarchie en désertant l'armée roumaine pour épouser sa maîtresse, Zizi Lambrino, en Ukraine.

L'Après-guerre et les retrouvailles avec Georges de Grèce vignette|upright|alt=Photo noir et blanc d'un homme en tenue militaire assis, une femme debout à ses côtés.|Le diadoque Georges de Grèce et la princesse Élisabeth de Roumanie en 1921. En 1919, Élisabeth et ses sœurs « Mignon » et Ileana accompagnent leur mère, la désormais reine Marie, à Paris, à la Conférence de la paix, qui clôt la Première Guerre mondiale. La souveraine espère en effet profiter de ce séjour pour trouver des époux convenables à ses filles, et surtout à Élisabeth, déjà âgée de vingt-cinq ans. Mais, dans la capitale française, Élisabeth ne fait pas la meilleure impression, si l'on en croit le témoignage de l'épouse du président américain Wilson, qui la juge . Au bout de quelques semaines, la reine de Roumanie a même si honte de son aînée qu'elle choisit de ne pas l'emmener à Londres lorsqu'elle quitte l'hexagone pour rendre visite à la famille royale d'Angleterre.

En l'absence de sa mère et de ses sœurs, Élisabeth séjourne chez la duchesse de Vendôme et prend des cours dans une école d'art. Une fois réunie à sa famille, elle part retrouver sa grand-mère maternelle, la duchesse douairière de Saxe-Cobourg, en Suisse, avant de séjourner à Florence, où Barbu Stirbei cherche à la marier à un prince italien. Cependant, le projet n'aboutit pas et Élisabeth retourne à Paris avec sa parentèle.

Après plusieurs mois en Europe occidentale, la reine Marie et ses filles décident de rentrer en Roumanie au début de l'. Durant l'été suivant, elles effectuent un nouveau séjour en Suisse, où elles retrouvent la famille royale de Grèce, qui vit en exil depuis la déposition de au cours de la Grande Guerre. Élisabeth retrouve alors le prince Georges, qui lui demande une nouvelle fois sa main. Davantage consciente de ses propres imperfections (sa mère la décrit désormais comme grosse et peu intelligente), la jeune fille se résout à accepter le mariage. Pourtant, à cette époque, l’avenir du jeune homme est pour le moins incertain : écarté du trône en même temps que son père et remplacé par son frère cadet, le jeune , Georges est interdit de séjour dans son pays, désargenté et sans aucune situation.

Il reste que la combinaison matrimoniale satisfait tout autant les parents d'Élisabeth que ceux du jeune homme. Ravie d'avoir enfin trouvé un époux pour son aînée, la reine de Roumanie ne tarde pas à inviter le prince à se rendre à Bucarest afin d'y annoncer publiquement les fiançailles. Georges s'exécute mais, peu après son arrivée dans la patrie de sa fiancée, il apprend le décès accidentel d' et les remous politiques qui s'ensuivent, en Grèce.

Vie en Grèce De la restauration de la famille royale de Grèce au mariage de Georges et Élisabeth

Le , un référendum au résultat contesté appelle la famille royale de Grèce à rentrer dans son pays. Le roi , la reine Sophie et le diadoque Georges regagnent donc Athènes le suivant. Leur retour s’accompagne de scènes de liesse populaire. Une foule immense entoure les souverains et l'héritier du trône dans les rues de la capitale. Une fois arrivés au palais royal, ceux-ci doivent apparaître à de nombreuses reprises au balcon pour saluer le peuple qui les acclame.