Les purges politiques des années 1950 à la direction du PCF, appelées aussi « procès de Moscou à Paris » par les historiens, en référence au titre du livre"Un procès de Moscou à Paris. Précédé de L'interrogation par Raymond Jean" par Charles Tillon, Éditions du Seuil, Paris, 1971. de l'une de leurs principales victimes, l'ex-chef des FTP Charles Tillon, ont eu pour conséquence, un peu avant et après la mort de Staline, l'élimination de la vie politique de plusieurs anciens ministres et plusieurs des plus importants chefs de la résistance intérieure française, parmi lesquels André Marty, Auguste Lecœur, René Camphin, Georges Guingouin, Mounette Dutilleul, Martha Desrumaux, Jean Chaintron et Auguste Havez. Plusieurs d'entre eux ont par la suite été réhabilités par le PCF, leur ancien parti.

Ces purges sont dirigées par la « section des cadres » du PCF, appelée aussi , où plusieurs proches du secrétaire général Maurice Thorez comme Marcel Servin et Léon Mauvais œuvrent avec lui à contre d'ex-leaders de la Résistance, , qui fut ainsi , selon l'historien du CNRS spécialiste du PCF Philippe Robrieux, au moment où la nouvelle vague des grands procès à l'Est , comme le procès de Prague, .

Analyse des historiens Selon l'historien Olivier Wieviorka, ces purges confirment .

Plus généralement, , selon Paul Boulland, ingénieur de recherche CNRS et au Centre d'Histoire sociale du , pour qui leur mise à l'écart procède moins de leur passé résistant .

Selon l'essayiste et historien français Pierre Pascal, spécialiste de la Russie, la stalinisation du PCF s'est accélérée par des « procès politiques » à sa direction à partir de sous l'impulsion des soviétiques et en réaction au travail d'histoire sur la Seconde Guerre mondiale impulsé depuis 1947 par Charles Tillon, tandis que l'Affaire Pronnier, visant d'anciens héros de la résistance intérieure française, a débuté en dans le Pas-de-Calais.

Contexte Le stalinisme en Europe de l'Est Juin 1948 : rupture Tito-Staline

Durant la Seconde Guerre mondiale, les troupes titistes ont repoussé le Troisième Reich malgré une aide limitée de l'Armée rouge. Ensuite l'aide soviétique à la reconstruction recourt à des sociétés mixtes soviéto-yougoslaves., qui échouent à contrôler l'appareil communiste yougoslave.

Dès l'été 1947, Tito fait appel aux jeunes de tous les pays pour bâtir un « chemin de fer de la jeunesse » pendant leurs vacances, dans des « brigades de travail », dont le nom rappelle celui des Brigades internationales, de la guerre d'Espagne combattant le Franquisme, et ont répondu à l'appel, selon Le Monde, puis 117 en 1949. Tito projette aussi une fédération communiste des Balkans, associant la Bulgarie et Albanie. Le , Moscou reproche à Belgrade de dénigrer le soviétique, ce qui est démenti en réponse le , le PCY précisant cependant que l'amour porté des Yougoslaves pour l'URSS ne saurait surpasser celui qu'ils portent à leur propre patrie.

Les protestations du Titisme sont les Thèses de wittemberg du Stalinisme, selon le philosophe Edgar Morin et la rupture de avec Tito une blessure jamais refermée pour Staline, alors à l'apogée de son prestige., selon Pierre Frank, d'autant que le trotskisme s'engouffre dans la brècheLa Quatrième Internationale. Contribution à l'histoire du mouvement trotskyste. Ed. Maspéro, 1973, . Comme cette rupture Tito-Staline se dessine dès , la doctrine Jdanov, qui accompagne la création du Kominform ce mois-là, a précédé de trois mois l'offensive intellectuelle de la Pravda du , contre le projet de fédération balkanique de Tito..

Janvier 1949 : procès en diffamation contre Pierre Daix En 1947, la traduction en France du livre écrit en 1946 par Viktor Kravchenko, J'ai choisi la liberté : La vie publique et privée d'un haut fonctionnaire soviétique est un gros succès d'édition : un demi-million d'exemplaires vendus. Mais il déclenche une polémiqueFrançoise Taliano-des Garets, Un siècle d'histoire culturelle en France : de 1914 à nos jours, éditions Armand Colin, 2019. Le , deux mois après que Louis Aragon ait nommé Pierre Daix rédacteur en chef de l'hebdomadaire Les Lettres françaises, le journaliste André UlmannL'origine réelle de cet article, présenté comme écrit par un journaliste américain, ne sera mentionnée qu'à la fin des années 1970 avec la publication d'un ouvrage de Claude Morgan, directeur des Lettres Françaises à l'époque du procès.Ullman a été présenté plus tard comme agent du NKVD, recruté en 1946 (Genovefa Étienne et Claude Moniquet, Histoire de l'espionnage mondial, tome 2, Paris, Félin, 2001, ). accuse Viktor Kravchenko d'être un désinformateur et un agent des États-Unis. Kravchenko porte plainte pour diffamation, nommément contre Claude Morgan, directeur et André Wurmser, rédacteur des Lettres françaises.

Une centaine de témoins participent au « procès du siècle », débuté le devant le tribunal correctionnel de la Seine. D'anciens collègues de Kravchenko et son ex-épouse, envoyés par l'URSS perdent pied face aux questions de Georges IzardRobert Conquest, La Grande Terreur, Paris, Robert Laffont, 1995, .. Parmi les survivants de camps de concentration soviétiques qui témoignent, Margarete Buber-Neumann, déportée au Goulag puis livrée par Staline à l'Allemagne nazie qui l'a déportée à Ravensbrück et veuve du leader communiste allemand Heinz Neumann, fusillé en 1937 lors de la Grande terreur. Le , Kravchenko l'emporte. Le tribunal correctionnel de la Seine lui accorde un dédommagement de , cependant symbolique en comparaison des demandés. Claude Morgan et André Wurmser, des Lettres françaises, sont condamnés à d'amende chacun.

Un an après, le journal d'Aragon et Pierre Daix perdra un autre procès en diffamation, contre David Rousset, qui avait lancé dans le Figaro littéraire du un appel aux anciens déportés à tracer une carte des goulags, dans l'espoir qu'une enquête soit menée. Pierre Daix lui avait répondu le par un article prétendant que c'était un fauxCorinne Grenouillet, Lecteurs et lectures des communistes d'Aragon, , .

Eté 1949, procès staliniens en Hongrie et Bulgarie Les campagnes anti-titistes du PCF en France coïncident avec une vague de procès staliniens emblématiques de la politique d'épuration de Staline à l'été 1949. László Rajk, ministre de l'intérieur et ministre des affaires étrangères de Hongrie, est exécuté pour des « crimes » inventés de toutes pièces. Le procès du bulgare Traïcho Kostov suit de peu, tout comme celui de Rudolf Slánský en Tchécoslovaquie, en jugé avec dix autres membres du Parti, dont l'ancien ministre des finances Stepanov Natchev.

Kostov est accusé d'avoir fait nommer Tito à la tête du Parti communiste yougoslave et d'avoir partie liée avec le régime yougoslave ainsi qu'avec le Royaume-Uni.

Le même mois, dans les colonnes du journal Esprit, par qui le scandale a éclaté un mois plus tôt, Jean Cassou et Vercors, rompent avec le communisme soviétique, un pour Laurent Casanova, le responsable de la « commission des intellectuels » du PCF. Cassou rompt pour obtenir les aveux de Rajk, et Vercors aussi, dans un texte écrit le mais publié seulement dans le même numéro de décembreFrédéric Sallée, sous la direction d'Olivier Forlin, Les intellectuels français face aux répressions soviétiques dans les démocraties populaires : du schisme titiste au procès Kostov (1948-1950) : perceptions et réactions d'une élite face au totalitarisme stalinien, 2004-2005, . Dans le numéro de de la revue Europe, Louis Aragon lui répond très violemmentPierre Juquin, « L'engagement de Louis Aragon », revue Nouvelles Fondations, 2006 .

Pierre Daix, que Louis Aragon va nommer six mois plus tard rédacteur en chef de Ce soir, s'attaque aussi à Vercors pour justifier la censure de son article sur le sujet dans Les Lettres françaises, qu'il dirige depuis 1947. Ce sur le procès de László Rajk à l'automne 1949 , écrira Pierre Daix, en 1976Pierre Daix, J'ai cru au matin, 1976, , dans un livre de souvenirs.

Hiver 1949-1950, les nouveaux journaux « anti-staliniens » Dans les mois qui suivent l'hiver 1949-1950, de nouveaux journaux « anti-staliniens » ont le vent en poupe. Les « Titistes », semblent en grande partie soudés par la prestigieuse revue ContemporainsBiographie Le Maitron de Daniel Guérin , fondée par Clara Malraux, divorcée depuis 1947 d'André Malraux avec qui elle s'est brouillée lors de la guerre d'Espagne, quand tous deux combattaient dans les Brigades internationales en 1937, Malraux prétendant s'ériger en chef d'escadrille sans être aviateur. Elle publie une quinzaine de numéros, de à Revue mensuelle de critique et de littérature, Bibliothèque Kandinsky, textes de Jean Cassou, Claude Aveline, Michel Ragon, Christian Dotremont, Dominique Aury, Mircea Eliade, et Maurice Fombeure. , à l'époque où Maurice Merleau-Ponty et Jean-Paul Sartre, font leur coup d'éclat du , contre le goulag, dans la revue concurrente Les Temps modernes, portée par la notoriété de Sartre aux États-Unis.

Au même moment, un autre grand résistant résolument anti-stalinien, Claude Bourdet quitte le journal Combat en 1950, quand le nouveau propriétaire Henri Smadja soutient les gaullistes qui préparent leur percée aux législatives de 1951. Avec Gilles Martinet et Roger Stéphane, IL fonde en 1950 L’Observateur qui devient L’Observateur Aujourd’hui (1953), France Observateur (1954) puis le Nouvel observateur (1964) et enfin L'Obs en 2014. Dès l'été 1950, l'hebdomadaire réclame, avec Daniel Guérin, la reconnaissance de la Chine populaire par la France. Centré sur la lutte anti-coloniale, les anti-staliniens chrétiens de L’Observateur dénoncent la répression qui a fait à Madagascar en 1947, puis la torture en Algérie dans un article du intitulé « Y a-t-il une Gestapo en Algérie ? », à l'occasion des procès de 1951-1952 de militants de l'OS du MTLD de Messali Hadj.

L'avancée du communisme en Indochine, Chine et Corée Juin 1950 : guerre de Corée après la Chine et l'appel de Stockholm Après le coup de Prague de , l’URSS voit son image se détériorer en Occident tandis qu'en 1947-1948, la critique de la solidarité euro-américaine, matérialisée par le plan Marshall et la création de l'organisation militaire interatlantique OTAN, devient le des partis communistes français et italien.

Tchang Kaï-chek subit une grave défaite en Chine en septembre-décembre 1949, le communistes de Mao Tsé-toung s'emparant du pays le plus peuplé, ce qui fait monter progressivement le Maccarthysme aux États-Unis. Plus tard, la guerre de Corée, démarrée le , va mettre encore plus en avant cette problématique, déjà renforcée par l'"Appel de Stockholm", pétition lancée le contre l'armement nucléaire par Frédéric Joliot-Curie et le Mouvement de la paix, . La guerre de Corée va durer jusqu'au , les Chinois et surtout les Soviétiques assurant le gros des combats.

Dans le tableau de 1951 "Massacre en Corée", Pablo Picasso participe à la mobilisation contre elle, qui prendra l'année suivante des formes moins avenantes, débouchant sur les deux morts de la manifestation contre le général Ridgway à Paris le .

Mais plus globalement, en raison du rôle joué par les Russes et les Chinois dans la guerre de Corée, les Français et les Italiens comprennent alors que , les anticommunistes assurant le succès du mouvement "Paix et Liberté", fondé le avec l'argent de la CIA, dont l'affiche-carricature de Picasso, détournant la "Colombe de la paix", fait un tabac.

Les partis communistes de ces deux pays s'isolent alors progressivementNicolas Badalassi, « Paranoïa de guerre froide. La peur et le refus de la guerre en France et en Italie à travers les images (1945-1985) », Cahiers de la Méditerranée, 2011, . La mémoire de la Seconde Guerre mondiale est alors en France par les campagnes d'affichages du PCF en Corée.