Jean d'Azémar de Fabrègues, né le à Paris et mort dans la même ville le État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un intellectuel et journaliste catholique français. Engagé à l'extrême droite, il est un actif partisan du régime de Vichy.

Biographie Membre très jeune du mouvement l'Action française, il se situe au carrefour du maurrassisme sur le plan politique, du néothomisme sur le plan philosophique, du catholicisme social sur le plan économique et social. Quelques semaines secrétaire de Charles Maurras, il s'éloigne de l'Action française en prenant la tête de plusieurs revues intellectuelles, Réaction pour l'ordre, La Revue du siècle, La Revue du XXe siècle qui l'amènent à rejoindre, entre 1930 et 1935, la mouvance du personnalisme des non-conformistes des années 1930.

Troublé par la condamnation de l'Action française par le pape (1926), Jean de Fabrègues souhaite développer une pensée conjuguant l’antidémocratisme et le christianisme et fonder une nouvelle revue pour la diffuser. Charles Maurras s'y oppose et cherche à le convaincre de renoncer car selon lui « la droite française a été vaincue parce qu’elle s’est toujours diviséeStéphane Giocanti, Maurras – Le chaos et l'ordre, éd. Flammarion, 2006, .... ». Néanmoins, Réaction pour l'ordre voit le jour et attire de nombreuses plumes comme celles de Georges Bernanos, Maurice Blanchot, André Maurois... « Charles Maurras ou la Beauté de l’Ordre » montre que la séparation avec le théoricien de l'Action française ménage l'amitié et l'admiration.

En 1936, il crée et dirige avec Thierry Maulnier le mensuel Combat, puis, en 1939, avec le patronage de Gabriel Marcel, la revue Civilisation. Il participe en 1937 au banquet de l'association corporatiste Métiers français, proche du « comte de Paris » pour lequel il écrit dans Courrier royal, ]. Prisonnier en 1940, il est appelé, après sa libération en 1941, à participer à diverses activités en relation avec la politique de la jeunesse du régime de Vichy, au mouvement culturel Jeune France, à la revue Idées. Il anime un Comité d'aide aux prisonniers, au sein duquel François Mitterrand, qui était alors un de ses familiers, va créer et recruter une partie des cadres du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Jusqu'à la Libération, il dirige l'hebdomadaire catholique et pétainiste Demain qu'il a fondé au début de 1943.

Pour Corinne Bonafoux, .

Après 1945, il devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire France catholique, dont il est ensuite le directeur de 1957 à 1969. Dans ce cadre, il sollicite la collaboration de Jacques Boudet, qui deviendra par la suite un de ses rédacteurs en chef. Il participe aussi, dès sa création en 1945, aux activités du groupe de La Fédération d'André Voisin (croisé au banquet de Métiers français de 1937) qui va être l'une des expressions du fédéralisme européen et crée des rencontres réunissant journalistes catholiques allemands et français. Il est membre du comité directeur de La FédérationLa Dépêche tunisienne, 10 juillet 1955. Il a aussi été brièvement l'un des cogérants en 1951 d'une éphémère revue trimestrielle, Sources, fondée en 1950 par une équipe de catholiques Revue fondée par l'industriel rémois Jacques Warnier, président du Centre des jeunes patrons (CJP) et ancien militant du corporatisme chrétien - Fabrègues l'avait croisé au banquet de Métiers français en 1937 -, Henri Migeon, secrétaire général de la Télémécanique et dirigeant du CARHEC, l'économiste Louis Salleron, ancien des revues de la « jeune droite catholique » et rédacteur en chef de Fédération, Jean Predseil, secrétaire général du CJP, Jean Daujat, Pierre Loyer, André Romieu, qui fut le second directeur de l'Office des comités sociaux fondé par Warnier en 1941, Pierre Pasquet, de la Confédération nationale de la famille rurale, le polytechnicien Yvan Téqui, futur DG de la SCAC. C'est une énième revue de la troisième voie, entre communisme et capitalisme. Le premier gérant a été Pierre Pasquet. Warnier, Migeon, Raymond Dreux, DG de la SCAC, futur vice-président du Centre français du patronat chrétien, et Jean de Fabrègues en deviennent les gérants à partir de novembre 1951 : Sources, , juillet 1950, , novembre 1951. Leur revue, qui s'achève avec son numéro 9 en 1953, accueille comme collaborateurs le futur cardinal Jean Daniélou, Jean Guitton, Hyacinthe Dubreuil, Bernard Jousset (président du CFPC, futur Entrepreneurs et dirigeants chrétiens), Jean-Louis Lagor (alias Jean Madiran), le R.P. Chenu, l'abbé Pierre Leisnay, Henri Pourrat..

Il est dans les années 1950 l'un des premiers premiers membres français d'une association transnationale conservatrice et catholique, le Centre européen de documentation et d'information (CEDI), à l'instar d'autres catholiques comme Louis Salleron ou Achille Dauphin-MeunierJohannes Grossmann, « L’« Internationale des Conservateurs ». Cercles d’élites transnationaux, diplomatie informelle et biographies croisées en Europe occidentale depuis 1945 », dans Histoire, économie et société, 2016/2.

Il collabore irrégulièrement à la revue catholique conservatrice Itinéraires de Jean Madiran, qui a collaboré à Sources. Il n'a à ses débuts en 1956 « consenti que le principe d’une collaboration occasionnelle », a promis un article mais s'est ravisé, protestant contre une critique de Xavier Vallat adressée à son ami Henri Rollet, président de la Fédération nationale catholique. Ce qui amena Louis Salleron, collaborateur de La France catholique et d'Itinéraires, à adresser à la revue la lettre suivante : « Fabrègues est un vieil ami à moi. Nous sommes à moitié brouillés la moitié du temps. Mais je l’aime bien tout de même et c’est pourquoi je veux le défendre contre lui-même ». Et de moquer sa modération, les « choix qu’il hésite à faire, les décisions qu’il hésite à prendre »Itinéraires, 1956, , et juin 1956). . Toutefois, Fabrègues donne par la suite des articles à la revue, par exemple à l’occasion du numéro 49 de consacré à célébrer les louanges d’Henri Massis, qui venait d’être élu à l’Académie française. On le trouve au premier congrès de l'Office international des œuvres de formations civiques et d'action doctrinale selon le droit naturel et chrétien (avatar de la Cité catholique) de Jean Ousset, à Sion en Suisse en 1964Feuille d'avis du Valais, 5/5/1964, .

Il est également l'auteur de plusieurs essais, notamment sur François Mauriac et Georges Bernanos dont il avait été proche dans l'entre-deux-guerres. Il meurt d'un accident de la circulation en Cf. .

Décorations en qualité de « Directeur de la France catholique ».

Œuvres La Cité Antique, Union des corporations françaises, 1927 L'erreur communiste, Union des corporations françaises, 1929, 37 p. Raison de craindre, raison d'espérer, Le Portulan, 1947 Le problème du mal dans la littérature contemporaine, in Le Mal est parmi nous, ouvrage collectif, Plon, 1948 Prisons de l'épuration, Le Portulan, 1948. Les catholiques et la révolution de 1848, in L'esprit de 1848, ouvrage collectif, Bader Dufour, 1948 Avec notre temps, oui, mais pour le sauver, Paris, Alsatia, 1951, 94 p. La tyrannie ou la paix, Paris, Calmann-Lévy, 1953, 177 p. L'apôtre du siècle désespéré, Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars, Amiot Dumont, 1956 La révolution ou la foi, Desclée, 1957 Le mariage chrétien, Paris, Fayard, 1958, 125 p. La femme pauvre de Léon Bloy, Club du livre du mois, 1957 La conversion d'Edith Stein, patronne de l'existentialisme, Wësmael-Charlier, 1963 Bernanos tel qu'il était, Mame, 1963 Le Sillon de Marc Sangnier, Paris, Perrin, 1964, 312 p. Chrétien de droite ou de gauche ?, Dialogue entre Jean de Fabrègues et Jacques Madaule, Paris, Beauchesne, 1966, 132 p. Charles Maurras et son Action française, Perrin, 1966 Christianisme et civilisation, Paris, De Gigord, 1966, 506 p., Prix Paul Teissonnière de l'Académie française L'Église, esclave ou espoir du monde ?, Aubier-Montaigne, 1971 Mauriac, Plon, 1971 L'apôtre du siècle désespéré, Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars, ré-édition France catholique, 2010

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Michel Bergès, Vichy contre Mounier. Les non-conformistes face aux années 40, Economica Véronique Chavagnac, Jean de Fabrègues et la Jeune Droite catholique, Éditions du Septentrion, 2000 Nicolas Kessler, Histoire politique de la Jeune Droite (1929-1942), L'Harmattan, 2001. Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 30, Point-Seuil, 2001 Jean-Louis Loubet del Bayle, "Une dissidence de l'Action Française", in Histoire et Littérature au XXe Siècle, Presses du Mirail, 2003. "Chrétien de droite ou de gauche" Dialogue entre Jean de Fabregues et Jacques Madaule, Dialogues dirigés par Jean-Marie Aubert et Christian Chabanis, Cahier 2, Beauchesne, 1966 .

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