vignette|redresse=1.4|Carte montrant l'extension maximum des toponymes en breton. vignette|redresse=1.4|La question de l'émigration bretonne en Armorique peut être étudiée à partir de l'hagiotoponymie qui constitue une originalité en faisant précéder le nom du patron du village (souvent un "saint" celtique) non pas de l'adjectif Saint, mais des éléments Plo-/Plou- (paroisse), Tre- (subdivision du plou) et Lan- (ermitage, oratoire)Ces éléments sont en partie remplacés à partir du par les éléments Ker- (village), Loc- (lieu saint) et mouster (monastère) à l'époque des grands défrichements et de la croissance démographique du Moyen Âge central, comme ils émergent dans les cartulaires provenant des abbayes bretonnes (Landévennec, Redon, Quimperlé). Cette conquête de nouvelles terres par les populations se poursuivra jusqu'au où ces éléments de toponymie apparaissent fixés. Cf Joseph Loth, L'émigration bretonne en Armorique du de notre ère, E. Baraise et cie, 1883 ; René Largillière, Les saints et l'organisation chrétienne primitive de l'Armorique bretonne, Plihon et Hommay, 1925. Ailleurs qu’en Bretagne, Plo et Plou correspondant à une syllabe initiale sans rapport avec l’appellatif breton. La toponymie bretonne est la toponymie de la Bretagne historique et se compose d'une part des toponymes brittoniques et d'autre part des toponymes romans ou romanisés. Les appellatifs toponymiques et les anthroponymes issus du breton se concentrent essentiellement à l'ouest de la Bretagne (Bretagne bretonnante) et les toponymes romans dans sa partie orientale et méridionale (Bretagne gallèse). La toponymie est globalement fixée à partir du , alors que la microtoponymieAvec la difficulté de déterminer si le microtoponyme est un nom attesté de longue date ou une création pure et simple. continue d'évoluer au rythme des échanges de terres, des modifications du cadastre, du développement des voies de communication (certains noms de lieux étant créés lors de la création de relais, d'auberges, de carrefours…) et des transcriptions erronées.

La sauvegarde du patrimoine toponymique breton passe par la recension des toponymes et microtoponymes présents sur les cartes, documents écrits anciens ou modernes, et dans la mémoire populaire (enquête orale sur le terrain auprès des détenteurs de la mémoire locale) mais dont la signification des toponymes peut laisser apparaître quelques interprétations incertaines, par défaut de sources anciennes ou d'informations locales précises...

Cas général La toponymie ancienne de la Bretagne est basée principalement sur deux catégories de toponymes selon leur langue d'origine : Le toponymes romans ou romanisés, parmi lesquels on distingue Les toponymes gaulois, c'est-à-dire indigènes et aux origines parfois très anciennes. Ils ont été créés à partir d'une langue celtique continentale. Les toponymes gallo-romans qui incorporent parfois des éléments de la langue vernaculaire, le gaulois, mais qui sont pour l'essentiel des créations à partir de la langue de superstrat, le latin vulgaire Les toponymes brittoniques, c'est-à-dire importés ou créés à partir d'une langue celtique insulaire. Ils ont souvent été déformés lors de leur transcription et francisés à partir de l'Ancien Régime par des fonctionnaires envoyés par la capitale dans les administrations bretonnes, phénomène qui s'est accéléré à partir du ..

Note : il n'y a pas d'opposition réelle entre les deux catégories, car certains toponymes gaulois ont été bretonnisés, ce qui s'explique par la survivance probable du gaulois au moment de l'installation des Bretons originaires de l'Île de Bretagne, avant d'être francisés plus tardivement. De même, certains toponymes gallo-romans d'origine latine ont été bretonnisés (notamment dans le Vannetais)

La toponymie de la Bretagne se caractérise aussi par la quasi-absence d'appellatifs germaniques, alors que l'on en trouve, certes de manière erratique, dans le Maine contigu ou encore en Anjou. En revanche, la diffusion des anthroponymes germaniques qui se sont fixés dans la toponymie, a eu lieu comme ailleurs.

Le cas du suffixe -acum en Bretagne historique Le suffixe -acum est un suffixe formateur de toponymes typique des zones géographiques ayant connu un ancien peuplement de langue celtique.

Il remonte au celtique commun *-āko(n) (non attesté). La forme gauloise est parfois notée -acon (gallo-roman -ACU, notée en latin -acum ou -acus). La forme du brittonique devait être *-ōgo(n).

D'après des comparaisons étymologiques, c'est un suffixe d'adjectif à l'origine. L'emploi comme adjectif se vérifie aussi dans des inscriptions en langue gauloise et latine : il caractérise un sanctuaire (Anualonacu « au sanctuaire d'Anualō ») ; il définit un dieu par exemple : Mars Braciaca « dieu de la bière ? » ; il indique l'origine familiale de quelqu'un et situe des marins sur la colonne des Nautes (nautae Parisiaci « marins de chez les Parisii »). Il a donc une dimension également localisante. L'adjectif localisant devient substantivé comme dans d(e)ae Rosmertae Dubnocaratiaco « À la déesse Rosmerta de Dubnocaratiacum ». C'est cet emploi substantivé qui a donné naissance aux noms de lieux. Dans ce cas, Dubnocarati- ne peut être que le nom de personne Dubnocaratius, ce qui vérifie la thèse d'Henri d'Arbois de Jubainville sur l'origine des noms en -iacum.

Ce suffixe s'est perpétué dans les langues celtiques modernes après évolution phonétique : gallois -og, vieux breton -og (noté -oc) > breton -eug (noté -euc) > -ec / -eg, irlandais -ach.

Coligny < *Kolin-(i)āko- correspond peut-être au breton kelennec (cf. Quelneuc), cornique Kelynek (cf. Callinick et Kelynack), gallois Clynnog et Irlandais cuilneach qui signifient « lieu planté de houx »

Normalement dans les régions de langue d'oïl, -(I)ACU a évolué phonétiquement en -ay, -é, -y, etcEn francoprovençal ce suffixe a évolué en ieu(x)., en passant par un stade -(i)ac à une époque mal déterminée.

Ce n'est pas toujours le cas en Bretagne armoricaine où l'on parlait breton conjointement au gallo-roman. Ainsi trouve-t-on en Bretagne du sud (Loire-Atlantique, Morbihan) et à l'est (Ille-et-Vilaine, Côtes d'Armor) de nombreux toponymes terminés par -(é)ac, comme Brignac ; Moréac ; Vignac ; Campénéac ; Montennac, Lohéac, Loudéac, Tinténiac, Carnac, etc. qui ont tous leurs stricts équivalents dans d'autres régions, ainsi Brigné (Pays de la Loire), Brignac (Languedoc-Roussillon) ; Mory (Nord-Pas-de-Calais), Morey (Bourgogne) ; Vigny (Lorraine) ; , ; , ; Loué (Pays de la Loire) ; Taintignies (Belgique), Tintignac (Limousin) ; Carnac-Rouffiac, Charnat, , etc.

Deux théories expliquent le maintien du -ac au , alors qu'à cette époque il évoluait en -é, -y etc. dans la zone romane. Cette zone correspondrait à la zone de bilinguisme roman / breton. C'est le contact avec la langue bretonne qui a empêché l'évolution commune dans les dialectes d'oïl, cependant l'usage de la langue bretonne va être trop limité dans l’espace et le temps à l'est d’une ligne courant de Vannes à Saint-Malo (avec une pointe vers l’ouest au centre) pour provoquer la disparition du gallo-roman et le renouvellement complet de la toponymie. En outre, dans la partie est et sud est du pays Rennais (Vitré, Fougères, etc.), où le breton n'a pas été parlé de façon traditionnelle, *-(I)ACU a généralement abouti à -é (cf. Vitré), tout comme dans le Maine ou en Anjou surtout (il n'y a aucun nom en -ac dans cette zone). Cette zone correspondrait à la zone où l'on utilisait le breton sans parler de bilinguisme véritable, même s'il y eut certainement des îlots romans comme il y eut des îlots brittophones à l'est de Rennes. Ce n'est que plus tard que le roman s'étendit vers l'ouest. Le roman gagna vraisemblablement les portes des actuels départements des Côtes-d'Armor et du Morbihan vers le , puis gagna le nord est des Côtes-d'Armor un siècle plus tardAndré Chédeville, Noël-Yves Tonnerre, La Bretagne féodale , Éditions Ouest-France, .. Les processus et les causes de son expansion sont mal connus. Les différentes guerres ou relations diverses favorisaient l'avancée du roman, langue plus valorisée.

Parallèlement à l'emploi de -ac, la langue brittonique va introduire le suffixe *-ōgon qui s'utilise généralement dans les noms de personnes ou de saint. Au stade du vieux breton *-ōgon devient -og (noté -oc ou -uc en français), puis -eug (noté -euc) au et enfin -eg (noté -ec) au . Ainsi, pour reprendre les exemples précédents, a-t-on des doublets Brignac / Brigneuc (Plumaugat, Côtes-d'Armor) ; Moréac / Morieux (Côtes-d'Armor, Morioc en 1211 puis Morieuc) ; Vignac / Vignoc (Ille-et-Vilaine) ; Campénéac / Campeneuc (Tinténiac, Ille-et-Vilaine, Campenoc au )Léon Fleuriot, Les origines de la Bretagne, éditions Payot, 1980, - 82..

La toponymie gallo-romane et gallèse

La toponymie gallo-romane en Bretagne se caractérise par deux faits marquants :

L’abondance de la suffixation en -acum (-ais, -ac, -é) et de la suffixation romane en -aria (-ière, -erie) L'importante proportion des termes d'origine celtique dans le vocabulaire toponymique gallo-roman.

Les microtoponymes issus de l'ancien normand De nombreux microtoponymes sont analogues à ceux que l'on rencontre uniquement en Normandie et parfois dans les départements contigus, car leur étymologie est scandinave. Ces toponymes sont concentrés sur la côte nord de la Haute Bretagne. Ils ont été décrits comme suit : la Hogue à Aleth (Ille-et-Vilaine); la Hoguette à Paramé (Ille-et-Vilaine); la Hoguette à Ruca; le Nez à Saint-Coulomb (Ille-et-Vilaine); le Nez à Paramé ((Ille-et-Vilaine); le Homme (Ille-et-Vilaine, Pleine-Fougères, Hulms 1160); le Dic à Cherrueix (Ille-et-Vilaine); le Dic à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine); le Dick à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine); le Bec-à-l'Âne, ruisseau à Cherrueix (Ille-et-Vilaine); les Miels à Cancale (Ille-et-Vilaine); la Mielle à Saint-Coulomb, à Paramé et à Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine), etcJean-Christophe Cassard, Le siècle des Vikings en Bretagne, éditions Jean-Paul Gisserot, 1996, p. 110 (lire en ligne).

L'étymologie ultime de ces différents appellatifs toponymique est scandinave, il s'agit respectivement de : haugr « élévation, hauteur, tas », d'où la Hogue, la Houguette. Le terme hogue ou hougue est employé en Normandie avec ce sens au Moyen Âge et encore plus récemment à JerseyElisabeth Ridel, les Vikings et les mots : L'apport de l'ancien scandinave à la langue française, éditions Errance, Paris, 2009, -230-231-232-250. nes « cap ». D'où le Nez, la graphie moderne étant inspirée par le français nez « appendice nasal » hol « cavité » et hola « trou dans la terre », d'où la Houlle, la Houle. Mot encore en usage au sens de « cavité dans les rochers » en normand, mais aussi en gallo. Ce terme est à l'origine du français houle (de la mer). L'étymon hola a donné le normand houlette « terrier » díki « fossé rempli d'eau, talus, embanquement, canal », d'où le Dic, le Dick, mot resté d'usage courant en Normandie jusqu'à l'époque moderne hólmr « îlot, terrain entouré d'eau », d'où le Homme (et non pas l'homme qui désigne l'orme cf. l'Homme-Mort). Mot utilisé en ancien normand sous la forme hom, parfois homme. Encore vivant à Guernesey sous la forme du diminutif houmet « îlot, rocher, presqu'île » bekkr « ruisseau » d'où le Bec, quand ce n'est pas le mot qui désigne un bec au sens topographique.

En revanche aucune forme ancienne, ni aucun élément ne permet de déceler l'utilisation du vieux scandinave borg dans la toponymie bretonne : Godebourg (Ille-et-Vilaine, Dol, Godebore 1181) ou Freebors (Ille-et-Vilaine, Roz-sur-Couesnon, ) peuvent aussi bien s'expliquer par le saxon, le vieux bas francique ou encore contenir un élément tout à fait différent, tombé plus tardivement dans l'attraction de l'ancien français borc, burc « bourg » cf. Combourg.