L'organisation de l'éducation populaire, en France, repose sur la déclaration de Condorcet (), la création de la Ligue de l'enseignement par Jean Macé (1866), la fondation du mouvement Le Sillon par Marc Sangnier (1899), la création de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), par Joseph Cardijn (1925), et enfin, le Front populaire (1936). À la Libération, dans un vaste élan de cohésion nationale, le Conseil national de la Résistance, puis le Gouvernement provisoire reprennent le programme initié par le Front.

Tout au long du , l'éducation populaire s'est d'abord organisée autour de trois grands courants idéologiques : le christianisme social, dont la dimension intellectuelle est illustrée notamment par le personnalisme autour de la revue Esprit ou encore le scoutisme, les mouvements laïques, autour de la Ligue de l'enseignement (Les Francas, les Ceméa) et enfin le mouvement ouvrier, en particulier la CGT et ses organismes spécialisés.

Histoire Déclaration de Condorcet vignette|Portrait du député Nicolas De Condorcet En avril 1792, Condorcet remet à l'Assemblée nationale un rapport intitulé L'Organisation générale de l'instruction publiqueCondorcet écrit préalablement 5 mémoires sur l'instruction publique. Le premier (1790) est intitulé Nature et objet de l’instruction publique, le second De l'instruction publique pour les enfants, le troisième de l'Instruciton commune pour les hommes, le quatrième De l'instruction relatives au professions et le cinquième Sur l'instruction relative aux sciences in Ferdinand Buisson Condorcet, Paris, 1929, F. Alcan . On peut notamment y lire : « Tant qu'il y aura des hommes qui n'obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d'une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commandes seraient d'utiles vérités ; le genre humain n'en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves »Rapport sur l'organisation générale de l'Instruction publique présenté à l'Assemblée nationale législative au nom du Comité d'Instruction publique les 20 et 21 avril 1792 par Condorcet Voir extraits en ligne..

Cette déclaration reconnaît à l'éducation une finalité civique : « L'instruction permet d'établir une égalité de fait et de rendre l'égalité politique reconnue par la loi ». Condorcet prône une instruction en deux temps : l'éducation de l'école primaire puis L'éducation tout au long de la vie.

L'essor d'une idée Les révolutions parisiennes de 1830 et 1848, qui ont mêlé sur les mêmes barricades étudiants (issus à l'époque de la bourgeoisie et de la noblesse), artisans et ouvriers, vont entraîner la formation de premières grandes associations laïques d'éducation populaire : l'Association philotechnique, l'Association polytechnique (créée par des membres de l'École polytechnique et animée par Auguste Comte.. Cependant il est important de préciser que 60 % des étudiants de l'école polytechnique provenaient de la haute bourgeoisie). Mais c'est avec la création de la Ligue de l'enseignement en 1866, qui fonctionne sur toute la France et se prolonge par des comités scolaires et des bibliothèques, que le vrai départ est donné..

La Commune de Paris en 1871 affirme certains droits, parmi lesquels la séparation de l'Église et de l'État, l'instauration d'un ministère du travail, l'enseignement laïc et gratuit, l'enseignement professionnel assuré par les travailleurs, et les fournitures scolaires gratuites.

La Troisième République va mettre en place l'école publique laïque et obligatoire sous la présidence du conseil de Jules Ferry et les bourses du travail à la suite de la légalisation des syndicats sous la présidence du conseil de Pierre Waldeck-Rousseau.

« À propos de l'aristocratie ouvrière. Élites professionnelles et militantes au dans le département du Cher » très politisée au travers de l'anarcho-syndicalisme réclame des bibliothèques dans les usines, des cours du soir en sus des formations dans l'atelier destinées à augmenter leur productivité : de l'économie, de la philosophie, de l'histoire. C'est l'époque de l'apparition des premiers musées des métiers et du travail : statut culturel de l'outil, œuvre de culture. . La création dans chaque ville importante d'une Bourse du Travail est très représentative de ce courant du Syndicalisme révolutionnaire.

Le Sillon et le christianisme social vignette|198x198px|Portrait de Marc Sangnier.

À la suite d'Albert de Mun et en s'inspirant de l'encyclique Rerum Novarum qui après la Commune de Paris réfléchissent à un rapprochement entre l'Église et la classe ouvrière en Europe, Marc Sangnier (1873-1950) transforme son journal Le Sillon en organe d'un vaste mouvement qui réunit la jeunesse ouvrière et les fils de notables. En s'appuyant sur les patronages catholiques, Sangnier crée en 1901 des Instituts populaires qui donnent bientôt des cours et des conférences publiques. Lors du congrès national de 1905, près de mille cercles venus de la France entière sont ainsi représentés. La confusion du politique et du religieux conduisent à la condamnation du Sillon par Rome, en 1910.

Après la Première Guerre mondiale, Marc Sangnier ouvre la première Auberge de jeunesse en France, baptisée « L'Épi d'or », elle est construite en 1929 à Boissy-la-Rivière (Essonne). Elle s'inspire du mouvement allemand Jugendherberge initié dès 1909. L'année suivante est fondée à son initiative la Ligue Française pour les Auberges de Jeunesse, d'inspiration catholique.

Le Front populaire L'arrivée du Front populaire, est marquée par les grèves de 1936. C'est à la fois un joyeux mouvement social et la première grève générale. Elle aboutit sur les Accords Matignon (1936), les premiers congés payés et la semaine de 40 heures. Le cinéma et plusieurs chansons évoquent ces premières vacancesListe de chansons, sur chansons-net.com. et la culture ouvrière. Dans cet élan les mouvements d'éducation populaire sont relancés par la gauche, notamment grâce à l'action de Léo Lagrange. Dans le gouvernement Blum, il est nommé sous-secrétaire d'État aux Sports et à l'organisation des Loisirs auprès du ministre de la Santé publique Henri Sellier. C'est la première fois qu'un tel ministère existe au gouvernement. Sont créés en 1937 les CEMEA d'inspiration laïque ; ils prennent en charge les enfants en vacancesIl s'agit de former dans le (centre d'entraînement pour la formation du personnel des colonies de vacances et des maisons de campagne des écoliers), les premiers animateurs de colos, les CMEA sont influencés par les éclaireurs de France dont Léo Lagrange a été membre., et en 1938 le Centre laïc des auberges de jeunesses laïques (CLAJ). dont Léo Lagrange est le premier président.

Sous Vichy Le gouvernement de Vichy au travers de la Révolution nationale souhaite encadrer la jeunesse dans son idéologie (travail, famille, patrie). La jeunesse telle qu'on la conçoit correspond à l'époque à une classe d'âge de 20 à 30 ans. Ce ne sont ni les enfants, ni les adolescents. Cette jeunesse travaille à l'usine et aux champs ou bien est prisonnière en Allemagne ou est étudiante.

Cette politique passe par trois dispositifs : les chantiers de jeunesse, les écoles de cadres ou écoles de chefs, et les maisons des jeunes, le tout sous la responsabilité d’un secrétariat général à la Jeunesse. Le groupe Jeune France créé en 1940 sous l'égide du secrétariat général, regroupe des intellectuels marqués par le personnalisme qui vont passer à la Résistance en 1943, et qui sont pour une partie d'entre eux, les premiers instructeurs des animateurs de jeunesse, à la Libération.

Les chantiers de la jeunesse française forment au culte de la hiérarchie et de la discipline, qui passait par l'importance donnée à tous niveaux au Chef. La vénération au maréchal Pétain imprégnait profondément les cadres des chantiers et les Écoles des cadres. La loi de réquisition du et le STO vont stopper ces chantiers. Les jeunes sont envoyés en Allemagne ou entrent dans la clandestinité, voire la Résistance ou les Forces françaises libres via l'Espagne.

Les écoles des cadres vont passer à la clandestinité et à la Résistance également du fait du STO et de la création de la Milice en 1943. Ces cadres vont agir et former les cadres des associations de jeunesse dans la Résistance. Ce sont des hommes et des femmes venus de divers milieux, enseignants, syndicalistes, militaires, anciens responsables d'associations de jeunesse (associations dissoutes par Vichy) qui pensent à l'éducation populaire d'une France libérée. Les Francas (« Francs et Franches Camarades ») et Peuple et culture sont ainsi créées à partir de 1943 dans la clandestinité.

Les maisons de jeunes, futures « Maisons des jeunes et de la culture », qui, sous l'impulsion de l'Association nationale des amis des maisons des jeunes, prirent leur distance avec le régime de Vichy et, pour certaines d'entre elles, s'engagèrent dans des actions de résistance, avant de se transformer sous l'action de la République des Jeunes, une association créée après , à la Libération.

L'après-guerre Les non-conformistes des années 30 inspirés par la philosophie du personnalisme d'Emmanuel Mounier vont se trouver à la fois dans la collaboration au travers de l'école des cadres d'Uriage, dans les mouvements de Résistance et dans le gouvernement de l'Algérie libérée de 1942. Ils vont faire le lien entre les gaullistes et une partie des acteurs de la révolution nationale. L'enfance inadaptée et l'éducation populaire sont comme bien d'autres secteurs de la politique sociale du Gouvernement provisoire marqués par cet héritage en partie transformé de Vichy« Les mouvements de jeunesse », in: Esprit, octobre 1945 — extrait en ligne..À la Libération, les horreurs de la Seconde Guerre mondiale ont remis au goût du jour cette idée simple : la démocratie ne tombe pas du ciel, elle s’apprend et s’enseigne. Pour être durable, elle doit être choisie ; il faut donc que chacun puisse y réfléchir. L’instruction scolaire des enfants n’y suffit pas.

Direction de la culture populaire et des mouvements de jeunesse L'éducation à la démocratie des jeunes adultes doit permettre que le régime de Vichy, et tous les régimes autoritaires, ne reviennent pas. Telle est l'idée maîtresse du gouvernement de la France libre créé en 1942 en Algérie par Charles de Gaulle, avec comme ministre de l'Éducation nationale René Capitant. Au lendemain de la libération de Paris (), le financement des œuvres sociales devient une question centrale et va permettre la naissance de Travail et Culture (TEC), de Tourisme et Travail, etc. L'éducation populaire est florissante du fait de la reconstruction et de l'union nationale. La Ligue de l'enseignement se reconstitue, s'engage dans la promotion de l'éducation populaire, version laïque.