La Cerisaie (en ) est une pièce de théâtre d'Anton Tchekhov créée en 1904.

Commencée en 1901, la pièce est achevée en . La première a lieu au Théâtre d'art de Moscou le , puis la pièce est représentée en avril à Saint-Pétersbourg, où elle connaît un succès plus vif encore. Tchekhov a écrit en partie sa pièce à la Datcha Blanche et dans le domaine de Constantin Stanislavski à l'été 1902, Lioubimovka, dont il s'inspire aussi pour sa pièce.

La pièce Argument La pièce s'ouvre aux premières heures d'une journée du mois de mai, dans la chambre d'enfants du domaine ancestral appartenant à Lioubov Andréïevna Ranevskaïa, juste après le début du . Partie de Russie depuis cinq ans, à la suite de la noyade de son jeune fils, Lioubov vit en France avec son amant. Sa fille Ania, âgée de 17 ans, apprend qu'elle a tenté de se suicider, et part la chercher avec la gouvernante allemande du domaine, Charlotta Ivanovna. Les trois femmes reviennent en Russie, accompagnées de Yacha, le valet de Lioubov qui était parti avec elle en France. Au retour, le groupe est accueilli par un aréopage de parents, amis et voisins : Gaïev, son frère ; Varia, sa fille adoptive qui a supervisé le domaine en son absence ; Lopakhine, un riche marchand d'origine très modeste et Douniacha, sa domestique ; Boris Borissovitch Simeonov-Pichtchik, un propriétaire désargenté ; Semion Épikhodov, le comptable du domaine ; et Firs, le vieux valet de chambre de la famille.

Lopakhine rappelle à Lioubov et Gaïev que leur domaine, y compris le verger de cerisiers, doit être vendu aux enchères en août pour rembourser les dettes de la famille. Il propose de sauver le domaine en le transformant en chalets d'été, ce qui entraînerait la destruction du célèbre verger de cerisiers, connu au niveau national pour sa taille.

Lioubov profite de la vue sur le verger. Elle est surprise par Piotr Trofimov, le jeune étudiant qui avait été le précepteur de son fils, Gricha, dont la mort l'avait poussée à l'exil. Varia avait tenté de l'écarter, mais Trofimov avait insisté pour voir Lioubov à son retour. Le rappel de la tragédie la plonge dans la douleur.

Lioubov est invitée à une soirée. Pendant son absence, Ania avoue à Varya que leur mère est lourdement endettée. Elles s'endorment avec l'espoir renouvelé que le domaine soit sauvé et que la cerisaie soit préservée. Trofimov suit du regard le départ d'Ania et marmonne : , en adoration.

L'acte II se déroule au milieu de l'été, en plein air, dans le domaine familial et à proximité de la cerisaie. Épikhodov et Yacha essayent de séduire Douniacha, la domestique de Lopakhine, en chantant et en jouant de la guitare. Charlotta soliloque sur sa vie tout en nettoyant un fusil de chasse. Dans l'acte I, il avait été révélé que Épikhodov avait demandé Douniacha en mariage ; cependant, celle-ci est amoureuse de Yacha. Lioubov, Gaïev et Lopakhine arrivent et discutent une fois de plus du destin incertain de la cerisaie. Peu de temps après entrent Ania et Varia, les deux demi-sœurs, et Trofimov, l'ancien précepteur. Soudain, un vagabond ivre et échevelé s'introduit et demande de l'argent ; Lioubov lui donne tout ce qu'elle a, sans réfléchir, malgré les protestations de Varia. Perturbée, la famille part dîner, et Lopakhine rappelle toujours aussi lourdement que la cerisaie va être vendue pour rembourser les dettes. Ania reste en retrait pour parler avec Trofimov de leur union ; Varia s'y oppose, mais Trofimov la rassure en lui disant qu'ils sont . Pour impressionner Trofimov et gagner son affection, Ania lui jure de laisser le passé derrière elle et de commencer une nouvelle vie.

Le mois d'août touche à sa fin, et Lioubov organise une fête. Des musiciens jouent et toute la famille s'amuse. Pourtant c'est le jour de la vente aux enchères de la cerisaie. Gaïev a reçu une modique somme d'argent de la part de sa grand-tante de Iaroslavl. Les membres de la famille, malgré la fête, sont anxieux de leur sort. Varia s'inquiète du prix que leur coûtent les musiciens et réprimande Pitchtik de trop boire, Douniacha de danser et Épikhodov de jouer au billard. Charlotta amuse le groupe en faisant de nombreux tours de magie. Lioubov réprimande Trofimov sur ses taquineries constantes envers Varia, qu'il nomme . Elle dit ensuite à Varia qu'elle doit épouser Lopakhine au plus vite, mais Varia refuse et dit que c'est le devoir de Lopakhine de lui demander sa main, et non le sien. Elle dit également que si elle avait de l'argent, elle irait le plus loin possible de lui. Seul avec Lioubov, Trofimov insiste pour qu'elle voie enfin la réalité en face et que la cerisaie va être vendue. Lioubov sort un télégramme de Paris, qui annonce que son ancien amant est malade et qu'elle doit retourner à ses côtés pour l'aider. Elle dit qu'elle compte retourner le voir à Paris, malgré le comportement horrible qu'il a eu envers elle par le passé. Trofimov est choqué de cette nouvelle et tous deux parlent de l'amour et de leurs expériences. Trofimov part, tombe dans les escaliers et doit être porté par les autres. Lioubov rit et lui pardonne son extravagance, et les deux personnages se réconcilient. Ania entre et annonce que, selon une rumeur, la cerisaie est vendue. Lopakhine arrive avec Gaïev, tous deux épuisés du voyage et des événements de la journée. Gaïev est distant et va se coucher sans dire un mot sur la vente. Quand Lioubov demande qui a acheté le domaine, Lopakhine révèle que c'est lui, et qu'il compte détruire le verger de cerisiers à la hache. Lioubov, ulcérée, se rue vers Ania, qui essaie de la calmer et de la rassurer en lui disant que l'avenir sera plus clair maintenant que la cerisaie est vendue.

Plusieurs semaines plus tard, de retour dans la chambre d'enfants de l'acte I, on assiste au déménagement. Les biens de la famille sont emballés et la famille se prépare à quitter le domaine pour toujours. Trofimov entre, à la recherche de ses “caoutchoucs”. Il échange quelques mots avec Lopakhine sur leur vision du monde. Ania entre et réprimande Lopakhine d'avoir ordonné à ses ouvriers de couper le verger alors même que la famille est encore là. Lopakhine s'excuse et part ordonner l'arrêt des travaux, dans l'espoir que cela pourrait le réconcilier avec la famille. Charlotta entre, perdue, et demande que la famille lui conserve sa place de domestique. Lioubov fait un dernier adieu à la maison, et la cerisaie est fermée. Soudain, dans l'obscurité, Firs entre à tâtons : il se rend compte que la famille l'a oublié et l'a enfermé dans la maison abandonnée. Il s'allonge alors sur le canapé et semble s'abandonner à la mort. La pièce se termine sur le bruit des haches qui coupent les troncs des cerisiers.

Personnages L'orthographe des noms et prénoms des personnages peut changer selon les traductions.

Lioubov Andréïevna Ranevskaïa est le personnage pivot de la pièce et tous les personnages gravitent autour d'elle. Propriétaire de la cerisaie, elle représente la fierté de l'aristocratie confrontée aux mutations de son époque. Son amour pour sa maison et sa peine face à la mort de son fils lui donnent une profondeur qui empêche de tomber dans une vision grotesque de l'aristocratie. Elle peut avoir un côté drôle quand elle avoue son incapacité à gérer les affaires et les problèmes financiers, plus complexe que l’idée de son rôle dans la faillite. Elle est présentée avec tendresse et apparaît comme attachante et aimable, bonne et généreuse, spontanée et sincère, parfois puérile, peu consciente du drame qui se joue. Elle n’hésite pas à s’engager ou à aller jusqu’au bout de son amour. Tchekhov nous dit de Lioubov que seule la mort pourrait calmer une telle femme. Elle se sait versatile et dépensière et, quand elle évoque la mort de son enfant ou l'abandon de son amant, elle prend à témoin la fatalité qui lui inflige . En dépit de ses qu'elle avoue avec une certaine lucidité, elle échappe à toute culpabilité.

Léonid Andréïevitch Gaïev est le frère de Lioubov. Loquace et excentrique, c'est l'un des personnages les plus comiques de la pièce. Son obsession pour le billard est représentative de la vie de loisir, décadente, de l'aristocratie, rendant ses membres impuissants face au changement. Gaïev fait beaucoup d'efforts pour sauver le domaine et la famille, mais en tant qu'aristocrate, il est inexpérimenté face à la vraie vie, ce qui l'empêche de réaliser son but. Il partage la même passion et le même amour pour la cerisaie que Lioubov, amour lié à leurs souvenirs d’enfance et à leur conscience d’appartenir à une vieille famille de la noblesse russe. Gaïev est loin d’avoir le charme de sa sœur, car ses défauts ne sont rachetés par aucune qualité remarquable. Personne ne le prend au sérieux, et même les domestiques se moquent de lui. À 51 ans, il se comporte comme un enfant ; il se fait habiller, materner et gronder. Il passe son temps à parler très longuement et à dire des termes techniques de billard, c'est sa façon à lui de s'excuser.

Ania est la fille de Lioubov. Elle a 17 ans. C'est elle qui organise le voyage à Paris pour aller chercher sa mère. C'est une jeune fille vertueuse et forte. Elle est amoureuse de Trofimov et écoute ses conversations révolutionnaires, même si elle garde pour elle ses opinions sur le sujet.

Varia est la fille adoptive de Lioubov. Elle a 24 ans. C'est elle qui s'occupe du domaine et qui maintient tout en ordre, aussi bien la maison que les membres de la famille. Les raisons pour lesquelles Lioubov l'a adoptée sont floues ; nous savons juste qu'elle vient d'une , probablement d'anciens serfs. Varia rêve de devenir religieuse, malgré son manque d'argent. Elle adore sa mère et sa demi-sœur, et s'énerve tout le temps quand la discussion vient à parler d'argent. Sa relation avec Lopakhine est ambiguë : toute la famille semble penser qu'ils sont sur le point de se marier, mais aucun des deux personnages ne semble vouloir faire le premier pas.

Gricha est le fils de Lioubov. Il meurt noyé dans la rivière alors qu'il est âgé de 7 ans. C'est cet événement, avec la mort du mari de Lioubov, qui conduit cette dernière à partir à l'étranger. Trofimov, qui était le précepteur de Gricha, rappelle à Lioubov cette tragédie insurmontable.

Piotr "Petia" Serguéïevitch Trofimov est un étudiant de presque trente ans, amoureux d'Ania. Il est décrit comme un . Révolutionnaire et passionné, il représente la vague de réformistes russes, peinant à se trouver une place dans l'autocratie tsariste. Il est pour que l'on vende la cerisaie.

Boris Borissovitch Siméonov-Pichtchik est un propriétaire terrien, ami de la famille, dont le domaine traverse également une période difficile. Il ne cesse de parler d'affaires qui pourraient le sauver et harcèle Lioubov afin qu'elle lui prête de l'argent. Il représente l'ironie de l'aristocratie russe : malgré ses déboires financiers, il passe son temps à ne rien faire et à fréquenter la famille de la cerisaie.

Ermolaï Alexéïevitch Lopakhine est un marchand. C'est de loin le personnage le plus riche de la pièce, mais également celui qui vient de la classe sociale des marchands, bien inférieure à celle de la noblesse. Ce contraste définit son personnage : il aime la vie qu'il mène, mais est conscient de ses origines et de son obsession pour les affaires. Contre les intentions de Tchekhov, sa présence sur scène est souvent désagréable à cause de ses tendances avares et de sa trahison finale, cependant il tente à plusieurs reprises de sauver la famille, en vain. Il représente la nouvelle classe moyenne russe. Tchekhov fait très attention à ne pas faire passer Lopakhine pour une brute antipathique ou un parvenu insupportable. Il représente, à lui seul, la nouvelle classe bourgeoise des hommes d’affaires, clamant être le petit-fils d’un serf afin d’obtenir la cerisaie en reniant ses origines. Mais son manque d'élégance est présent aussi bien dans ses manières que dans ses vêtements, il reste le moujik qu'il a toujours été.