Alan P. Kirman, né le à Londres, est un économiste, professeur des universités et directeur d'études de l'École des hautes études en sciences sociales britannico-françaiseCurriculum Vitae (pdf), site internet de l'École des hautes études en sciences sociales, octobre 2015.Bio CV site personnel mis à jour, consulté le 23/10/2021. Parti de l'étude du cœur de l'économie orthodoxe (L'Équilibre général et Kirman (1976), (1988) cité en bibliographie) Alessandra Casella, Sylvie Thoron, Alain Trannoy : Alan Kirman: A non-representative economist, introduction au numéro spécial du Journal of Economic Behavior & Organization paru en l'honneur d'Alan Kirman (Volume 64 (3–4), novembre–décembre 2007), Pages 269-274. Cette brève recension des travaux d'Alan Kirman constitue la source secondaire de base pour cet article https://doi.org/10.1016/j.jebo.2007.05.002

Aux frontières de l'analyse économique, Alan Kirman s'intéresse au fonctionnement réel des marchés et au comportement effectif des intervenants. Dès lors que l'on prend en compte l'interaction entre les agents, les relations entre actions individuelles et phénomènes globaux deviennent complexes. Il considère alors qu'il est préférable de considérer l'activité économique comme le produit de la composition des actions individuelles des agents en interaction dans un système complexe auto-organisé plutôt que comme le résultat de l'agrégation des comportements de maximisation individuel isolés. L'analyse des marchés réels nous aide à comprendre ces types de phénomènescf. Bibliographie et presentation sur VoxEULes principales thèses d'Alan Kirman sont reprises dans son ouvrage de synthèse (tiré d'une conférences) : Complex economics: individual and collective rationality. The Graz Schumpeter Lectures. London: Routledge, 2011, Recension par Stefan Mendritzki (Eindhoven University) dans Erasmus Journal for Philosophy and Economics, Volume 4 (2) Autumn 2011, . le site de la revue

Études et carrière Né en 1939, Alan Kirman a étudié au Jesus College de l'université d'Oxford (Master en 1965). Il a également obtenu le diplôme de la Johns Hopkins School of Advanced International Studies à Bologne en Italie (1965). De 1965 à 1966, il a suivi les cours de première année de la Graduate school de l'University of Minnesota, sous la supervision de Hugo F. Sonnenschein, puis de 1966 à 1971, il a étudié à l'Université de Princeton et y a obtenu son doctorat (1971) avec une thèse sur les tarifs optimaux dans un modèle d'équilibre général du commerce, sous la direction de Harold W. Kuhn.

En 1969, il est nommé Professeur associé à l'Université Johns Hopkins de Baltimore, puis au CORE (Center for Operations Research and Econometrics) à Louvain-La-Neuve en Belgique de 1970 à 1972 (de 1970 à 1973, il enseigne à également l'Université libre de Bruxelles). Il est nommé professeur d'économie en 1974, d'abord à l'Université de Warwick, puis à l'Université de la Méditerranée Aix-Marseille II (1976-1979) et à l'Institut universitaire européen de Florence (Italie) entre 1987 à 1995. Depuis 1995, il est directeur d'études de l'École des hautes études en sciences sociales (actuellement émérite).

En 2005-2006, Il a été Richard B Fisher membre de l'[Institut d'études avancées] de Princeton. De 2014 à 2019, il a été professeur visiteur à l'Université de Strasbourg, puis membre de l'Institut d'études avancées de cette université de 2017 à 2019presentation Kirman USIA. Depuis 2017, il est conseiller en chef du programme OCDE New Approaches to Economic ChallengesPrésentation de NAEC sur site OCDE vu 23/10/2021.

Recherches Kirman a d'abord travaillé sur la Théorie de l'équilibre général, trouvant que c'était un grand « jeu intellectuel » mais « pas très inspirant »The economic entomologist: an interview with Alan Kirman. In: 4.2, 2011, S. 42–66, ..

Les conclusions du Théorème de Sonnenschein, que son superviseur intérimaire Hugo F. Sonnenschein avait contribué à développer, l'a convaincu que la théorie de l'équilibre général et l'utilisation du concept d'agent représentatif en macroéconomie étaient problématiques. Il rejette l'approche standard des micro fondation, qui déduit le système global de l'agrégation des comportements des agents individuels sous forme d'un agent représentatif. Cette forme de rationalité, soutient-il, ne découle pas de l'observation de la réalité, mais de ses axiomes choisis par les économistes parce qu'ils sont nécessaires à leur travail avec des modèles d'équilibre. Ces différents arguments sont exposés dans son article de synthèse : Whom or what does the representative individual represent? (Qui ou quoi l'individu représentatif représente-t-il ?) publié en 1992 dans le Journal of economic perspectives plus de 2000 citations en 2021 selon[ https://scholar.google.com/citations?user=ESDPjqEAAAAJ Google Scholar].

Pour dépasser ces limites, Alan Kirman a évolué vers un partisan de qui décrit les processus économiques comme un système adaptatif complexe et examine la relation entre le comportement d'agents en interaction et les résultats sur la macroéconomie de processus d'(émergence) par composition de l'action de ces agentsAlan Kirman The Economy as an Interactive System in W. Brian Arthur, Steven N Durlauf, David Lane (eds) The Economy as an Evolving Complex System II, Redwood City, CA, Addison-Wesley. (1997) eBook . Il a alors mené des recherches sur la Modélisation Basée sur les Agents (), l'économie comportementale et les interactions sociales entre les individus.

Dans l'introduction d'un numéro spécial de revue qui lui est dédié, Alan Kirman est présenté comme . En effet, il est parti de l'étude du cœur très abstrait de l'économie orthodoxe ((École néoclassique,Équilibre général) pour évoluer progressivement vers les frontières de l'analyse économiquePar exemple: Frontiers of Game Theory édité par Ken Binmore, Alan Kirman, Piero Tani recension par Barton L. Lipman, Southern Economic Journal Vol. 61 (4) avril, 1995, https://www.jstor.org/stable/1060767, pour finalement recentrer ses analyses sur fonctionnement réel des marchés et au comportement effectif des intervenants, ce qui l'amène à considérer l'activité économique comme le résultat de la composition de l'action individuelle d'agents cognitifs en interaction qui prend la forme d'un système complexe auto-organiséLa suite de cette section est principalement basée sur: Casella, Thoron, Trannoy (2007) : Alan Kirman: A non-representative economist op.cit. et sur desrecension des ouvrages de cet auteur dans les revues académiques.

Dans un premier temps, Alan Kirman a d'abord travaillé au CORE (Center for Operations Research and Econometrics) sur la Théorie de l'équilibre général, portée à un haut degré d'abstraction par les néo-walrasiens (Kenneth Arrow, Gérard Debreu). Avec , ils travaillent en particulier sur correspondance entre équilibre général et le cœur d'un jeu coopératifCorrespondance établie par Debreu et Scarff (1963) et (1967) voir l'article wikipedia sur l'Équilibre général)Werner Hildenbrand et Alan P. Kirman, Size Removes Inequity, The Review of Economic Studies, 40(3)1973, . De nombreux étudiants dans le monde ont appris à approfondir cette théorie grâce à aux ouvrages de Hildenbrand et Kirman (1976Cet ouvrage a donné lieu à plusieurs recensions dans les revues académiques. par exemple: M. G. Allingham Zeitschrift für Nationalökonomie / Journal of Economics, 36(1/2) ; Oliver Hart, Economica, 44(173) 1977, DOI: 10.2307/2553559 ; P. G. Hare The Economic Journal, 87(345), mars 1977 DOI: 10.2307/2231845. et 1988) et 1988Recension de Equilibrium Analysis: Variations on Themes by Edgeworth and Walras. by W. Hildenbrand, A. P. Kirman, 1988, par Donald A. Walker Journal of Economic Literature 28, 4 décembre 1990,, où les auteurs consacrent plusieurs chapitres à la notion de "cœur".

Alan Kirman revient par la suite sur ce concept de noyau, par exemple en considérant la communication entre les agents comme aléatoire. Les coalitions admissibles et le cœur sont alors stochastiques et l'économie peut être représentée par un graphe stochastique. (Kirman et al. 1986) prouvent alors une version stochastique du résultat d'équivalence entre l'équilibre général et le cœur lorsque la communication est limitée. . Dans une interview de 2011, il déclare cependant qu'il s'agissait la d'un grand "jeu intellectuel" mais "pas très inspirant". Alan Kirman va donc d'abord développer ses recherches vers une critique interne de l'analyse économique orthodoxe, en particulier le postulat de la Nouvelle économie classique selon lequel la macroéconomie devait être fondée sur des comportements d'agents homogènes agrégé sous la forme d'agent représentatifsproblème connu comme celui des fondements microéconomiques de la macroéconomie. Les procédures d'agrégation d'un agent représentatif présupposent des agents homogènes et rencontrent des problèmes si les agents hétérogènes (et/ou s'ils sont en interaction Les conclusions du Théorème de Sonnenschein, (son superviseur à l'l’université du Minnesota, étendus par Debreu et Mantel l’ont convaincu que la théorie de l'équilibre général et l'utilisation du concept d'agent représentatif en macroéconomie étaient problématiques. Selon les travaux de Sonnenschein-Debreu-Mantel, l'agrégation des fonctions de demande excédentaire individuelles en fonctions agrégées ne garantit pas la préservation des propriétés individuelles (voir Théorème de Sonnenschein). Rien ne garantit en particulier que les fonctions agrégées de demande décroissent de manière monotone par rapport aux prix. En particulier, Kirman et Koch (1986) ont étendu par la suite le résultat de Debreu-Mantel-Sonnenschein au cas où tous les individus ont des préférences identiques mais non hométiques et des dotations différentes.

En l'absence d'hypothèses très restrictives, la formalisation des régularité macroéconomiques par le comportement individuel d'un agent représentatif reste ainsi une solution problématique et peu pertinente. Cette forme de rationalité, soutient-il, ne découle pas de l'observation de la réalité, mais des axiomes choisis par les économistes parce qu'ils sont nécessaires à leur travail avec des modèles d'équilibre. Ces différents arguments sont exposés d'abord dans un premier article en 1989: The intrinsic limits of modern economic theory: the emperor has no clothes, puis dans son article le plus cité : Whom or what does the representative individual represent? (Qui ou quoi l'individu représentatif représente-t-il ?) publié en 1992 dans le Journal of economic perspectivesune référence dans ce domaine, avec plus de 2000 citations en 2021 selon |Google Scholar. Dans cet article, il a complété ses critiques par des suggestions constructives sur la manière de dépasser ces limitations. Il préconise ainsi une voie où "le comportement du groupe ne peut être déduit de l'analyse d'un des individus identiques pris isolément. Sans la prise en compte explicite de l'interaction entre les individus, le comportement du groupe observé au cours de l'expérience ne peut être expliqué" (Kirman, 1992).

Alors que la théorie de l'équilibre général, repose sur l'anonymat d'individus abstraits qui ne communiquent que par le biais du système de prix, Alan Kirman va s'intéresser au rôle des interactions situées dans les marchés réels.

Ses travaux les plus influents vont porter sur l'analyse empirique et la modélisation du marché de gros du poisson de Marseille, considéré comme un paradigme du "marché"