Les colonnes infernales est le nom donné à des colonnes incendiaires ayant opéré de janvier à sous le commandement du général républicain Louis Marie Turreau lors de la guerre de Vendée, et qui devaient détruire les derniers foyers insurrectionnels de la Vendée militaire.

Après l'anéantissement de l'Armée catholique et royale à la fin de l'année 1793 lors de la Virée de Galerne, le général Turreau met au point un plan visant à quadriller la Vendée militaire par douze colonnes incendiaires qui reçoivent les ordres suivants : exterminer tous les ayant participé à la révolte, femmes et enfants inclus ; faire évacuer les populations neutres ou patriotes ; saisir les récoltes et les bestiaux ; incendier les villages et les forêts.

De janvier à , les colonnes quadrillent les territoires insurgés en Maine-et-Loire, dans la Loire-Inférieure, la Vendée et les Deux-Sèvres. Les ordres de Turreau ne sont pas appliqués de la même manière par les différents généraux. Si certains tentent de limiter les exactions, d'autres ravagent tout sur leur passage, commettant incendies, pillages, viols, tortures et massacres des populations, souvent sans distinction d'âge, de sexe ou d'opinion politique, patriotes inclus. Ces atrocités coûtent la vie à des dizaines de milliers de personnes et valent aux colonnes incendiaires d'être surnommées .

Loin de mettre fin à la guerre, ces exactions provoquent de nouveaux soulèvements de paysans menés par les généraux Charette, Stofflet, Sapinaud et Marigny. Finalement, Turreau ne parvient pas à vaincre les insurgés et l'extrême brutalité de ses colonnes est dénoncée par les patriotes locaux ainsi que par certains représentants en mission. Il finit par perdre la confiance du Comité de salut public. Sa destitution en met fin aux colonnes mais pas à la guerre, qui continue jusqu'en 1795.

Planification de l'« anéantissement de la Vendée »

thumb|left|upright=0.9|Bertrand Barère de Vieuzac (peinture de Jean-Louis Laneuville, 1794). La guerre de Vendée débute en . Dans un premier temps, les insurgés vendéens de l'armée catholique et royale remportent une série de victoires durant le printemps : les villes de Thouars, Fontenay-le-Comte, Saumur et Angers sont prises. Cependant, les Vendéens échouent fin juin devant Nantes tandis que les villes conquises sont progressivement abandonnées. Les Républicains repassent alors à l'offensive. Début juillet une petite armée remporte plusieurs succès et pénètre au cœur du territoire insurgé mais est rapidement écrasée à Châtillon, lors d'une contre-attaque. Les autres offensives républicaines sont contenues et aucun des deux camps ne prend l'avantage durant l'étéÉmile Gabory, Les Guerres de Vendée, 98-202..

À Paris, alors que la République subit les offensives des armées de la Première Coalition, les révolutionnaires sont excédés par le que constitue l'insurrection vendéenne. Le , à la Convention nationale, Barère réclame la destruction de la Vendée et l'extermination des insurgés.

Le , la Convention nationale décrète l'anéantissement de la Vendée :

Les autres articles concernent les mesures à prendre sur l'organisation des troupes.

Le , la Convention décide de l'envoi en Vendée de l'armée de Mayence, considérée comme étant l'une des meilleures de la RépubliqueLouis-Marie Clénet, Les colonnes infernales, 58.. En septembre, les Républicains lancent une grande offensive. Les décrets incendiaires de la Convention sont appliqués et plusieurs massacres sont commisÉmile Gabory, Les Guerres de Vendée, 258.. Le général Jean-Antoine Rossignol, général en chef de l'armée des côtes de La Rochelle, se vante d'avoir semé la terreur mais fait épargner les femmes et les enfants. À l'Est, les généraux sans-culottes sont rapidement repoussés par les Vendéens, mais au Nord l'armée de Mayence et l'armée des côtes de Brest remportent plusieurs succès et semblent inarrêtables. Après avoir essuyé plusieurs revers, les Vendéens regroupent leurs forces et battent les Mayençais à la bataille de Torfou le . Les républicains se replient alors sur Nantes. À Paris c'est la stupeur et les conventionnels sont excédésÉmile Gabory, Les Guerres de Vendée, 270.. La Convention nationale adopte un second décret le et les troupes sont réorganisées : l'armée de Mayence, l'armée des côtes de La Rochelle et une partie de l'armée des côtes de Brest sont dissoutes pour former l'armée de l'Ouest. Les généraux nobles sont destituésÉmile Gabory, Les Guerres de Vendée, 269.. Les Conventionnels exigent la victoire avant le

Le , Bertrand Barère prononce un discours resté célèbre à la Convention, avec l'anaphore « Détruisez la Vendée », et qui aboutit au vote de la loi du 1er octobre 1793, dite « loi d'extermination ».

Les Républicains lancent une nouvelle offensive et après plusieurs succès, ils remportent une victoire décisive le , à la bataille de Cholet. Vaincus, les Vendéens au nombre de à Jean-Clément Martin, Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée, 91., femmes et enfants inclus, traversent la Loire afin d'obtenir des secours des Britanniques, des Émigrés et des Chouans. C'est le début de la « Virée de Galerne ». L'armée de l'Ouest se lance alors à la poursuite des Vendéens, et si quelques troupes continuent de combattre en Vendée, l'essentiel de la guerre se porte au nord de la Loire, dans le Maine et la Haute-Bretagne. De ce fait, l'application du plan d'incendie et d'extermination est suspendueLouis-Marie Clénet, Les colonnes infernales, 65.. Seule l'armée du Marais commandée par Charette et quelques troupes de moindre importance continuent de combattre en Vendée contre la division du général Haxo.

Le , à l'Assemblée nationale, le département de la Vendée est rebaptisé « Vengé » sur proposition de Antoine Merlin de Thionville, qui demande en outre à faire repeupler le département par des réfugiés patriotes de France et d'AllemagneJean-Clément Martin, La Vendée et la Révolution, 93.. Fayau, député de la Vendée, renchérit et réclame l'envoi d'une armée incendiaire.

thumb|upright=0.8|Jean-Baptiste Carrier (miniature, auteur anonyme, fin ).

Le , le représentant Jean-Baptiste Carrier, investi des pleins pouvoirs en Loire-Inférieure, ordonne aux généraux Haxo et Dutruy d'exécuter aussi bien les femmes que les hommes. Le , Carrier annonce à Haxo son intention d'affamer les Vendéens.

De nombreuses propositions sont faites par des Républicains pour détruire les Vendéens : le général Westermann propose d'abandonner aux Vendéens une voiture d'eau-de-vie, empoisonnée par de l'arsenic. L'idée est refusée, probablement par peur que les soldats républicains n'en boivent en cachette. Le , le général Santerre propose l'utilisation de mines au ministre de la guerreReynald Secher, La Vendée-Vengé, 154.

Une expérience est tentée par le pharmacien Joachim Proust qui conçoit une boule remplie Nicolas Delahaye et Pierre-Marie Gaborit, Les 12 Colonnes infernales de Turreau, 21., sans succès.

Finalement, fin , au nord de la Loire, les Vendéens et les Chouans sont écrasés aux batailles du Mans et de Savenay par les troupes républicaines des généraux Kléber et Marceau. Seuls . des à de la Virée de Galerne parviennent à regagner la Vendée. François Lebrun, La virée de Galerne, Éditions de l'Ouest, 1989 (1). à Guy Richard (dir.), L'Histoire inhumaine, massacres et génocides des origines à nos jours, éditions Armand Colin, 1992, 74. ont été tués et des milliers d'autres sont faits prisonniers.

Seul Charette qui n'a pas pris part à la Virée de Galerne continue de combattre en Vendée mais il n'a plus que quelques centaines d'hommes dans les marais de Retz. Ailleurs, quelques groupes dispersés de soldats vendéens continuent d'errer dans les campagnes et la répression frappe les départements insurgés.

Les colonnes de Turreau Rejet du plan de Kléber Le , le général Louis Marie Turreau est nommé à la tête de l'armée de l'Ouest, cependant cette promotion lui déplaît et il tarde à gagner son poste. Ce sont finalement les généraux Marceau, Kléber et Westermann qui triomphent des Vendéens lors de la Virée de Galerne.

Le à Nantes, François Séverin Marceau passe son commandement de général en chef de l'armée de l'Ouest, dont il n'assurait que l'intérim, au général TurreauLouis-Marie Clénet, Les colonnes infernales, 104.. Après un bref passage dans l'armée des côtes de Brest, Marceau quitte l'Ouest pour aller combattre la Première Coalition aux frontières.

Turreau doit donc finir la guerre de Vendée ; il est proche des HébertistesLouis-Marie Clénet, Les colonnes infernales, 100. et les Mayençais lui sont hostilesLouis-Marie Clénet, Les colonnes infernales, 127.. Il a le choix entre deux méthodes : la pacification, éventuellement musclée, et la répression violente. Le , il propose un plan d'amnistie au Comité de salut public sur les conseils du général Jean-François MoulinJean-Clément Martin, La Vendée et la Révolution, 95.. N'ayant pas de réponse, il prépare un nouveau plan, en application stricte des décrets de la Convention.

upright=0.8|thumb|Jean-Baptiste Kléber (peinture d'Adèle de Kercado, vers 1830, Musée de l'armée, Paris).

Le , Kléber soumet un plan au général Turreau. Selon lui, les forces vendéennes ne sont plus dangereuses et il estime leur effectif à en tout, alors que les Républicains disposent de opérationnelsJean Tabeur, Paris contre la Province, les guerres de l'Ouest, 184.. Il propose de protéger les côtes des Anglais, d'encercler et de quadriller le territoire insurgé en utilisant des camps fortifiés comme points d'appui, de gagner la confiance des habitants et enfin de n'attaquer que les rassemblements des rebellesJean-Clément Martin, La Vendée et la Révolution, 96.Yves Gras, La Guerre de Vendée, 126. Mais ce plan est rejeté par Turreau, sans doute par opposition personnelle. Kléber obtient l'approbation des représentants Carrier et Gilet mais ceux-ci refusent d'agirYves Gras, La Guerre de Vendée, 127.. Kléber est finalement muté le à l'armée des côtes de Brest.

Plan de Turreau Le , Turreau demande des ordres clairs sur le sort des femmes et des enfants ; à ce titre, il écrit aux représentants Francastel, Bourbotte et Louis Turreau, son cousin :

La lettre de Turreau reste sans réponse; cependant. Bourbotte et Louis Turreau se déclarent malades et demandent leurs rappels, néanmoins le général prévoit, à l'aide de douze colonnes avançant parallèlement, de parcourir le pays rebelle, d'est en ouest, pour traquer les insurgés, et détruire leurs biens, de Brissac au nord, à Saint-Maixent au sud.

Le plan de Turreau entre en application le . Il a à sa disposition six divisions à l'est de la Vendée, chacune étant divisée en deux colonnes. Un des problèmes des troupes républicaines pendant la guerre de Vendée ayant été la coordination, il donne à tous des lieux de rendez-vous précis, avec date à tenir. Les itinéraires sont indiqués commune par commune. Les chefs de colonnes doivent correspondre entre eux et avec le général en chef deux fois par jour pour garder une bonne coordination. Il faut aussi éviter le combat, sauf en cas de victoire certaine et utiliser tous les moyens pour dénicher les rebelles, brûler tout ce qui peut brûler, réquisitionner toutes les vivres. Treize communes stratégiques sont toutefois exemptées : Saint-Florent, Luçon, Montaigu, La Châtaigneraie, Sainte-Hermine, Machecoul, Challans, Chantonnay, Saint-Vincent-Sterlanges, Cholet, Bressuire, Argenton et Fontenay-le-ComteCharles-Louis Chassin, La Vendée patriote, tome IV, page 52)..

vignette|upright=1.2|Parcours des colonnes infernales entre le 17 et le 31 janvier 1794.

, , commandée par Duval, divisée en deux colonnes qui sont commandées par Daillac et Prevignaud. Les deux colonnes partent de Saint-Maixent et Parthenay et doivent arriver à La Caillere et Tallud-Sainte-Gemme ;