vignette|Une arbalète classique. vignette|Arbalète naga.

L'arbalète (du latin arcuballista) est une arme de trait, constituée d'un arc monté sur un fût et lançant des projectiles appelés « carreaux ». Sa puissance et sa précision sont supérieures à celles d'un arc classique, mais la durée nettement plus longue de son rechargement la pénalise.

Généralités et principes mécaniques Dans son principe, l’arbalète n’est rien d’autre qu’un arc (ou systèmes similaires) pour lequel le maintien en tension de la corde est assuré non plus par la force physique du tireur, mais par une pièce rigide appelée arbrier, comme l’écrit Littré, ou arbier, organisée pour supporter le carreau, retenir la corde et la libérer au moment du tir au moyen d’un mécanisme simple..

Ce perfectionnement apporte plusieurs avantages. Une fois que la corde est tendue, le tireur n’a plus d’effort physique à fournir pendant qu’il vise. L’ajustement du tir s’en trouve facilité. La régularité de tension de la corde est à peu près absolue puisqu'elle est déterminée par le point d'ancrage sur l'arbrier, et donc indépendante du geste de l'archer. Ainsi l’efficacité du tir est moins conditionnée par l’habileté naturelle et le niveau d’entrainement du tireur. Avec une arbalète, il est aussi possible de tirer avec efficacité en position couchée.

La puissance de l’arbalète peut être augmentée suffisamment jusqu’à pouvoir percer les armures ou abattre les chevaux. En outre, la longueur des projectiles n’a plus à être définie en fonction de la morphologie de chaque tireur.

vignette|Noix d'arbalète : 1.Noix 2.Corde 3.Carreau 4.Gâchette

On trouve trace de l’arbalète avec un apogée en Chine dès l'Antiquité, et au Moyen Âge en Occident. L’arbalète peut être un objet simple avec un arc en bois d’une seule pièce et une simple encoche dans l’arbrier pour retenir la corde (par exemple l’arbalète prémédiévale dite de Charavine retrouvée dans le lac de Paladru en Isère, ou encore les modèles pygmées encore en usage en Afrique centrale). Mais la plupart des modèles contemporains de la guerre de Cent Ans sont de conception perfectionnée, avec système de détente à noix, arcs composites puis métalliques, et accessoires d’armement de la corde, qui en font des armes de technologie élaborée, et donc assez coûteusesSir Ralph Payne Gallwey, Crossbow, 1903, réédité en 2007 ..

Si pour la chasse, l’emploi de l’arbalète a été très apprécié en son temps, son usage militaire a provoqué des déboires célèbres sur le champ de bataille. La lenteur de mise en œuvre face aux troupes armées du grand arc droit traditionnel est souvent avancée comme explication (voir les chroniques des batailles de Crécy et d’Azincourt). Mais c’est probablement surtout l’option de vouloir remplacer les archers par des arbalétriers qui constitua une erreur. En tirant à la minute en rangs serrés, les troupes d’archers peuvent être utilisées comme des moyens de tir de suppression, alors que l’arbalète est plutôt dans le contexte de l’époque une arme de précision.

Le carreau

thumb|Carreau d'arbalète du . Le principe du carreau de l'arbalète est essentiellement celui d'une flèche, avec quelques différences mineures mais significatives sur le comportement balistique. Beaucoup plus courts, épais et lourd que les flèches d’arc, les traits d’arbalètes sont peu affectés par les efforts en flexion imposés à leur fût (spine) pendant le tir, qui perturbent la régularité du tir à l’arcLe monde de la chasse à l'arc .. Il est ainsi possible de fabriquer sans trop de difficultés techniques en grande série, des lots de projectiles peu coûteux de qualité acceptableThe Book of the Crossbow..

Le jalet

Des arbalètes ont aussi été utilisées pour lancer des galets ou des balles (plomb, billes d'acier, etc.), appelés jalets., qui est un sens spécialisé du français central, alors que le sens original est conservé dans galet, forme normanno-picarde.

Méthodes d'armement Les arbalètes de inférieure à s'arment manuellement (la dénomination « puissance » et sa mesure en « livres » -une unité de masse- sont traditionnelles en archerie, bien qu'il s'agisse d'une force et non d'une puissance), au delà de (environ ), la puissance de l'arme oblige à tendre l'arbalète avec un bras de levier. Au delà de (environ ), des systèmes d'armement comme un treuil ou un cranequin sont nécessaires.

vignette|Armement à l'aide d'un bras de levier.

Histoire Antiquité Extrême-Orient Les premières arbalètes apparaissent en Chine, durant la Période des Royaumes combattants qui couvre le et jusqu'à 221 L'arme ne disposant pas encore de système mécanique, la corde doit être tendue par le combattant en position allongée, tirant sur celle-ci avec ses bras et poussant avec ses pieds sur les demi-arcs. La gâchette se développe au cours de la période. allant de la dynastie Qin aux Han. Ce sont des pièces en bronze.

C'est également durant la période des Royaumes combattants qu’apparaît la Chu ko nu (littː « arbalète de Zhuge »), une arbalète à répétition. Il s'agit d'une petite arbalète à levier permettant un rechargement rapide du trait, dont le nom provient d'une version de cette arme qui a été améliorée par Zhuge Liang, un célèbre stratège de la période des trois royaumesLin, Yun. "History of the Crossbow, " dans Chinese Classics & Culture, 1993, No.4: ..

Grèce thumb|right|Gastrophète grec. Les premières apparitions de développement des arbalètes en Europe ont lieu dans la Grèce antique au cours du .

Le gastrophète est l'ancêtre de l'arbalète, mais il s'agit d'une arme de siège. Son poids élevé permet en effet de douter d'une utilisation réelle sur un champ de bataille en dehors d'un contexte de siège. Elle fut remplacée par l' puis par la baliste.

Contrairement au gastrophète, l'arbalète dispose d'un système avec une détente.

Rome thumb|upright=0.7|Arbalète romaine. Dans l'Antiquité romaine, la Cheiroballistra, aussi appelée manuballista (littéralement baliste à main), est héritée du modèle des oxybèles grecs, il s'agit donc d'une arbalète à torsion. Ce modèle aurait subsisté jusqu'au . Le principe repose sur deux ressorts de crins ou de tendons de chaque côté du fût de l'arme, qui se tendent quand on ramène les deux branches en arrière.

Le commandant romain Arrien décrit dans son livre Tactica la formation au tir de la cavalerie romaine à l'aide d'une arme à main mécanique depuis un cheval Arrian, Tact. 43.1 ; .. Des reliefs de la Gaule romaine dépeignent l'utilisation d'arbalètes dans des scènes de chasse. Ceux-ci sont remarquablement semblables à l'arbalète médiévale postérieure Arcuballista, Manuballista..

Moyen Âge vignette|gauche|Les Quatre Cavaliers (1086, enluminure sur parchemin), plus ancienne représentation connue d'arbalète en Europe, cathédrale d'El Burgo de Osma. Au Moyen Âge, l'arbalète est utilisée autant comme arme de chasse que pour la guerre. Méprisée par la chevalerie, elle est vue comme arme déloyale car, tuant à distance, elle ne permet pas à l'adversaire de se défendre. Ainsi, considérant que l’arbalète, qui n’exige pas une grande formation, permet à des soldats peu aguerris de tuer de loin un chevalier en armure qui a voué son existence au métier de la guerre, le clergé estime que c'est une arme immorale pour le peu de courage et de formation qu’elle exige de celui qui la manie. Malgré les progrès de l'artillerie, son emploi perdura. Ce n'est qu'au cours du que l'arbalète ne servira plus qu'à la chasse..

L'arbalète apparaît sous sa forme moderne en Italie au milieu du .. Les Mamelouks l'utilisent au moins pour la chasse au .

En Europe chrétienne, l'arbalète est frappée d'anathème, car jugée trop meurtrière, et son usage est interdit en 1139 par le concile du Latran. et confirmée quelques années plus tard, en 1143, par le pape , qui menace les arbalétriers, les fabricants de cette arme et ceux qui en faisaient le commerce d'excommunication et d'anathème. Cette interdiction, par ailleurs valable uniquement pour les combats entre chrétiens, reste médiocrement observée par les princes d'Occident, malgré les efforts du pape pour réaffirmer, en 1205, les interdits du concile du Latran, à tel point que l'arbalète est privilégiée à l'arc à cette époque. Aux , malgré l'interdiction, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste développèrent des unités spécifiques d'arbalétriers, bien entraînées et équipées. L’efficacité de ces armes faisait de ceux qui les maniaient des soldats d'élite, très prisés, et très bien payés, ce qui leur permettait l'achat d'équipements de qualité. Les indications de l'époque font état des arbalétriers comme les troupes les mieux payées des armées occidentales, et parfois même mieux équipées que certaines classes de chevaliers. Cette arme fut aussi utilisée par les peuples orientaux durant les croisades, dans une forme similaire au modèle occidental, mais avec quelques subtilités de forme. Il existait aussi un modèle, peut-être expérimental, d'arbalète portative lance-grenades.

vignette|Arbalète médiévale suisse.

Durant les guerres de la fin du Moyen Âge, la France fait souvent appel à des mercenaires arbalétriers étrangers (notamment italiens, et en particulier génois.).

L'une des victimes les plus célèbres fut Richard Cœur de Lion qui mourut de la blessure infligée par un carreau d'arbalète en 1199.

Les progrès de la sidérurgie augmentent parallèlement la robustesse des armures et la puissance de l'arbalète avec la création de l'arc en acier, au début du , qui remplace petit à petit les arcs en bois et les arcs composites (lamellé-collé : bois + tendons + corne, le tout encollé). On invente aussi un mécanisme complexe et coûteux, avec temps de rechargement de plus en plus long de (jusqu'à pour les modèles les plus puissants) comme le cric ou le treuil (appelé aussi le « moufle ») pour tendre l'arbalète. Les Italiens se distinguent dans la fabrication d'arbalètes particulièrement efficaces : un trait peut atteindre jusqu'à ! Cependant, à raison de deux coups par heure, elle est peu utilisée sur les champs de bataille. Par contre, lors des sièges, l'arbalétrier peut se mettre à l'abri, aussi peut-elle être utilisée concurremment à l'arc, l'archer tirant pendant que l'arbalétrier recharge son arme..

Le cranequin (du moyen néerlandais cranekijn « sorte d'arbalète ».) était une arbalète à pied mais le terme a fini par désigner aussi le mécanisme particulier destiné à le tendre. Pour lever cette ambiguïté, l'arbalète elle-même a été renommée improprement cric d'arbalète, terme malheureusement utilisé de nos jours alors qu'il semble ne désigner qu'une partie de l'arme. Les cranequiniers étaient les utilisateurs (à pied ou à cheval) de ce type d'arbalète.

Les arbalètes, comme les arcs, ont pratiquement disparu lorsque les armes à feu, plus facile d'emploi, demandant moins d'entraînement, et aussi beaucoup moins chères, devinrent l'équipement de base du fantassin, traduction d'un article publié dans Die Welt le 27 septembre.. Des utilisations marginales restent néanmoins attestées jusqu'à des époques très récentes, par exemple pour la chasse.

Un témoignage historique thumb|Le martyre de Saint Sébastien, Hans Holbein l'Ancien. Alte Pinakothek, vers 1516. L'arme décrite par l'historienne byzantine Anne Comnène (1083-1148)

Afrique thumb|left|Schéma en coupe d'une arbalète africaine en deux pièces avec charnière. Quelques explorateurs européens du milieu du (entre autres Paul Belloni Du Chaillu, Richard Francis Burton) constatent la présence d'un type particulier d'arbalète répandu en Afrique côtière équatorialeHenry Balfour, History of West African Crossbows, Journal of the african society, 1909..

Ce type d'arme est alors utilisé par diverses ethnies, réparties de l'actuel Gabon (Fangs et Mpongwe de la région de la rivière Ogooué) jusqu'au sud-est de l'actuel Nigeria en passant par le Cameroun.