Les représentations de personnes trans au cinéma et à la télévision, lorsqu'elles existent, peuvent poser la question de la transphobie et du fait que ces personnages sont joués par des personnes cisgenres. Ce n'est que depuis très récemment que les personnes trans ont accès à ces rôlesLexie, Une histoire de genres : guide pour comprendre et défendre les transidentités, Marabout, 2021, 224 pages ..
Histoire La représentation des personnes trans à l'écran commence par la pornographie transgenre et ne s'étend à l'économie formelle que dans les années 2010.
Dans les années 1990 et 2000, la transidentité est traitée dans les émissions de télé-réalité comme un objet de fascination exotique, qui ne peut pas faire partie de la vie . Les médias de l'époque présentent les personnages trans comme mentant aux autres ou à elles-mêmes, de façon pathologique. Jusqu'à 1999, la plupart des personnages trans au cinéma sont des meurtriers ou au moins des sociopathes, comme dans Psychose, Le Silence des Agneaux ou encore Pulsions.
Le premier film à succès considéré comme ne faisant aucune concession ni effort de pédagogie pour le public cisgenre est , paru en 2001. De nombreux films autour de la transidentité se terminent par la révélation du genre d'origine de la personne et une sanction qui en découle : c'est notamment le cas de Tomboy de Céline Sciamma.
Les rôles de personnages trans sont encore souvent joués par des personnes cisgenres, un choix critiqué.. Ce choix est accusé de perpétuer le cliché de la femme trans comme homme déguisé. Il est aussi accusé d'empirer le sous-emploi des acteurs trans au cinéma, offrant le peu de rôles trans à des personnes qui n'ont pas besoin de ces rôles pour leur carrière. En effet, très peu de rôles non étiquetés comme transgenres sont attribués à des personnes trans.
Le chercheur en représentation trans Cáel M. Keegan, reprenant un concept de Sarah Schulman, qualifie le cinéma trans du début des années 2010 comme opérant une gentrification mentale : concrètement, les films queers et trans sont écrits par et pour un public et des institutions cisgenres et hétérosexuels. Il cite comme exemples de ce processus Dallas Buyers Club (2013), Danish Girl (2015) et Stonewall (2015).
Dans Dallas Buyers Club, l'invisibilisation des vécus trans est triple : d'une part, le film, qui parle de l'époque du sida, est basé sur des faits réels, mais uniquement pour son personnage cis et hétérosexuel, tandis que le personnage de Rayon, une femme trans, est inventé ; ainsi, l'histoire de la communauté trans pendant cette période n'est pas racontée ; ensuite, Rayon est systématiquement mégenrée dans le film ; enfin, le personnage est joué par l'acteur cis Jared Leto, qui obtient d'ailleurs un oscar pour ce rôle. Ainsi, le film est fait pour une audience, dont fait partie l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, qui exclut les personnes trans qu'il est pourtant censé représenter.
La stratégie de Stonewall est similaire : Roland Emmerich choisit de remplacer, dans l'histoire des émeutes de Stonewall, la place prépondérante de Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson pour y substituer un personnage fictif gay, cis, blanc de classe moyenne afin que « l'audience hétérosexuelle s'identifie plus facilement ». Ce choix avait été validé par des testings, montrant un but poursuivi de maximisation des profits générés par le film plutôt que d'authenticité. vignette|Peinture de Lili Elbe par sa compagne. Enfin, The Danish Girl, qui est censé être un biopic sur Lili Elbe, est en réalité le dernier maillon d'une chaine de plus en plus détachée de sa vie : l'adaptation d'un roman lui-même adapté d'un carnet adapté du point de vue des équipes médicales réalisant sa transition. De plus, le film se centre non pas sur l'expérience d'Elbe, mais celle de sa compagne Gerda Gottlieb, limitant la représentation d'Elbe à des clichés : la scène de dysphorie devant le miroir, le fétichisme pour les vêtements féminins, et la mort comme conclusion de son parcours d'autodétermination. De plus, alors que la vraie Lili Elbe avait fréquenté l'institut de Magnus Hirschfeld, centre névralgique de la transidentité européenne au début du siècle, le film prétend qu'elle était la seule personne trans d'Europe à l'époque.
Le paysage est différent dans les années 2010 et 2020 dans le cadre des séries télévisées, qui donnent le temps de montrer la pluralité et la complexité des personnages trans plus facilement qu'en un seul film. La série la plus emblématique de cette nouvelle approche est Transparent, diffusée de 2014 à 2019.
Cinéma et téléfilms Pour la professeure en études féministes et queers Sharon Cowan, le film de 2005 Transamerica représente la tension entre deux courants du militantisme trans du début du : d'une part, l'héroïne, qui cherche à parfaire son passing et se conforme à la volonté de son psychiatre, qui lui demande de passer du temps avec son fils avant qu'elle puisse accéder à une vaginoplastie et mener une vie rangée, représente le courant assimilationniste qui vise à se conformer à l'ordre patriarcal et hétérosexuel, tandis que les communautés trans qu'elle rencontre représentent plutôt le courant queer. Cowan argumente que Transamerica montre que la transidentité assimilationniste est (relativement) accepté dans la société américaine, tandis que les autres courants trans continuent à être marginalisés.
Le film Tomboy de Céline Sciamma, tournant autour d'un enfant né fille mais se comportant en garçon, relance la polémique concernant la transidentité en France en 2013.. Le film s'inscrit dans une lignée traditionnel de récits trans se terminant par la révélation du genre d'origine de la personne et une sanction qui en découle.
Dans , Hyun disparaît après une fugue. Elle rencontre Jane, une femme transgenre vivant avec un groupe de fugueurs en rupture, qui l'entoure comme une vraie famille.
Dans Perdu dans la honte avec Nam Yeon-woo, un acteur inconnu trouve enfin un rôle principal dans une pièce à succès en incarnant une femme transgenre. Sa tolérance et son acceptation de la transidentité et l'homosexualité sont mises à l'épreuve.
Une femme fantastique remporte l'Oscar du meilleur film international. en 2018 après avoir soulevé des débats dans la société chilienne. et fait connaître l'actrice trans Daniela Vega..
A Good Man sort en 2020 et raconte l'histoire d'un couple où l'homme trans fait une pause dans sa transition afin de pouvoir être enceint..
Miss de Ruben Alves sorti en raconte l'histoire d'Alex un petit garçon situé rêvant d'être un jour élu Miss France. Quinze ans plus tard, il franchit les différentes étapes du concours, aidée par une famille de cœur. Alex est joué par Alexandre Wetter, un mannequin masculin ayant déjà participé à un défilé féminin pour Jean-Paul Gaultier....
En 2021, Josie Totah incarne le personnage transgenre de CJ, dans le film Moxie, réalisé par Amy Poehler..
Pour la première fois en 2022, le festival de la Mostra de Venise sélectionne un film avec une actrice trans : Trace Lysette. Elle incarne le rôle de Monica dans l'œuvre éponyme..
Le film pakistanais Joyland, raconte l'histoire d'amour entre un homme marié et une femme transgenre. Il est primé au Festival de Cannes 2022, autorisé par l'autorité de censure du Pakistan mais interdit par le gouvernement puis finalement accepté par la justice. Le film obtient le prix du jury Un certain regard et la Queer Palm. Il représente le Pakistan aux Oscars l'année suivante...
Le film canado-suisse Something You Said Last Night (2023) de Luis De Filippis sur les vacances en famille d'une jeune protagoniste transgenre..
Hari Nef incarne le rôle d'une des Barbie dans le film Barbie de 2023..
La transidentité suggérée par métaphore Pour Cáel M. Keegan, le mythe de Frankenstein est une métaphore des opérations chirurgicales de la transition de genre, où un scientifique (le chirurgien cis) a tout pouvoir pour modeler à sa guise une créature considérée comme artificielle et monstrueuse (sa patientèle trans) ; il note aussi que The Rocky Horror Picture Show est une subversion de ce trope, puisque dans ce film de 1975, c'est le personnage trans qui est naturel et qui crée de toutes pièces un artificiel corps cis.
Si Lana et Lilly Wachowski souhaitaient faire de Matrix une métaphore transgenre, elles n'ont pas eu la liberté créatrice de le faire aussi explicitement qu'elles l'auraient souhaité, ce qui n'a pas empêché une partie du public trans de le percevoir tout de même.
Bonne ou mauvaise représentation ? L'opposition de militants trans aux films « sur la transition » réalisés ou joués par des personnes cisgenres se généralise........ Les deux critiques principales faites au choix d'utiliser des acteurs cisgenres pour jouer des personnages transgenres sont, d'abord, la perpétuation du cliché de la femme trans comme homme déguisé, d'autre part le sous-emploi des acteurs trans au cinéma, le nombre de rôles leur étant accessibles restant très faible.
Cáel M. Keegan relève que la définition de ce qui constitue de la bonne représentation trans passe parfois à côté d'interprétations moins immédiates mais plus intéressantes des films et prend comme exemple trois œuvres cinématographiques : les films d'horreur Massacre au camp d'été (1983) et Le Silence des agneaux (1991), ainsi que la comédie musicale The Rocky Horror Picture Show.
Dans Massacre au camp d'été, une jeune fille, Angela, est envoyée dans un camp d'été par sa tante, où elle subit brimades et agressions sexuelles et n'arrive pas à s'intégrer avec les autres filles ; les personnes qui font du mal à Angela finissent par être brutalement tuées. À la fin du film, il est révélé qu'Angela les a tué, mais surtout qu'elle a un pénis : lorsqu'ils le voient, les moniteurs du camp s'écrient « Comment est-ce possible ? Elle est un garçon ! ». L'explication est donnée par une scène de flashback : Angela est en réalité Peter, qui a été forcé petit garçon à devenir une fille par sa tante. Si la critique féministe Willow Maclay y voit une représentation transmisogyne, où la féminité trans est monstrueuse et objet de dégoût, Cáel M. Keegan y voit quant à lui une des rares représentations d'une expérience transmasculine, puisque le petit garçon Peter est forcé de se conformer à un genre qui n'est pas le sien : sa violence au camp d'été devient non pas l'histoire d'un monstre, mais celui d'une vengeance face à la violence qu'il subit.
Le Silence des agneaux comprend un tueur en série se considérant lui-même transgenre. Après qu'une chirurgie de réattribution sexuelle lui ait été refusée au motif de ne pas répondre aux critères de l'évaluation psychologique, il tue des femmes pour récupérer leurs corps afin de s'en faire un costume. L'agente du FBI qui est chargée de l'arrêter est pour cela conseillée par un psychanalyste. Le film est très décrié, d'abord à sa sortie en 1991 comme une représentation homophobe des hommes gays efféminés, puis comme la quintessence du propos transmisogyne : la femme trans comme violente, se déguisant en femme, et devant être contrôlée par la police et la psychiatrie/psychanalyse. Toutefois, pour Cáel M. Keegan, le film peut aussi se lire comme une dénonciation du basculement des politiques LGBT de l'époque : dans sa quête de normalisation, les personnes gays et lesbiennes, symbolisées par l'agente du FBI jouée par Jodie Foster, éliminent les parties de la communauté LGBT que le patriarcat juge le plus inacceptable, à savoir les femmes trans.
Cáel M. Keegan donne aussi une double interprétation de The Rocky Horror Picture Show : ce qui est considéré comme une représentation transmisogyne (le personnage trans principal agresse sexuellement le gentil couple hétérosexuel) peut aussi se lire comme une idéalisation de l'inversion des normes, où le corps trans est naturel et le corps cis artificiel.