thumb|Exemples types d'expressions discriminantes utilisées contre les personnes bisexuelles (en anglais). Traductions en commençant en bas à gauche, et en parcourant l'image dans le sens horaire:

-"T'es attirée par tout le monde..."

-"Techniquement, tu es à moitié hétérosexuelle."

-"Tu vas surement tromper ton/ta conjoint(e)."

-"Arrête d'être aussi désespérée."

-"Tu es juste troublée."

-"Choisis simplement un genre enfin !"

-"Tu veux juste de l'attention."

-"Tu passes tout simplement par une phase."

-"La bisexualité n'est pas scientifiquement possible..."

-"Joueuse. (Dans le sens d'une personne volage)"

-"Hmph. Une membre typique de la génération Y." La biphobie (mot-valise formé sur le modèle du mot homophobieBiphobie est un mot-valise formé sur le modèle de homophobie (voir Claude J. Summers, « BiNet USA », glbtq.com - An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture)) est une discrimination qui désigne les manifestations de mépris, rejet, et haine envers des personnes ou des pratiques bisexuelles ou apparentées. L'une des manifestations de la biphobie consiste à considérer que la bisexualité n'existe pas réellement. La biphobie se rencontre à la fois venant de personnes hétérosexuelles ou homosexuelles Meg Barker, Christina Richards, Rebecca Jones, Helen Bowes-Catton, Tracey Plowman, Jen Yockney et Marcus Morgan, The Bisexuality report : Bisexual inclusion in the LGBT equality and diversity, Centre for Citizenship, Identities and Governance and Faculty of Health and Social Care. Le mouvement bisexuel se forme à partir des années 1970 pour entre autres lutter contre la biphobie.

Origine, diffusion et emploi du mot

Utilisé par des militants du mouvement bisexuel depuis les années 1970, le terme biphobie se popularise suite à son emploi en 1992 en anglais () par la chercheuse Kathleen Bennett, qui le définit en .

Manifestations Négation de l'existence de la bisexualité

Une des manifestations de la biphobie consiste à considérer que la bisexualité n'existe pas Dworkin, SH; Treating the bisexual client; Journal of Clinical Psychology 57 (5): 671-80, 2001. . Gerald P. Mallon, Social Work Practice with Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender People, , c'est-à-dire considérer qu'on ne peut être qu'hétérosexuel ou homosexuel. La revendication de personnes à se définir comme bisexuelles peut alors considérée comme un phénomène de mode.Stéphane Rose, To be bi, or not to bi, Le Figaro Madame, 8 avril 2011. Julia Shaw remarque que cela fait 50 ans que des médias, tels Newsweek (et parfois les mêmes médias à quelques années d'intervalle) prétendent que la bisexualité est une mode;, prétendument nouvelle ou émergente.

D'après des études américaines et françaises du début des années 2010, près de 15 % des personnes estiment que la bisexualité est une orientation sexuelle « non légitime.. »

L'orientation sexuelle est alors censée être l'homosexualité, que l'individu bisexuel est supposé refouler ou ne pas assumer ouvertement Weiss, Jillian T., GL vs. BT: The Archaeology of Biphobia and Transphobia Within the U.S. Gay and Lesbian Community, Journal of Bisexuality (Haworth Press 2004). À titre d'illustration, une telle conception a par exemple été véhiculée à la suite de l'annonce de l'homosexualité du chanteur Mika, qui s'était longtemps présenté comme « bisexuel », qui a donné lieu à des commentaires dévalorisant comme .

La bisexualité peut également être vue comme une phase transitoire entre homosexualité et hétérosexualité, ou vice-versa.

Dans L'architecture de la biphobie, Floralie Resa observe que la recherche scientifique a exclu la bisexualité des études sur l'homosexualité, distinguant une phase d'exclusion, d'inclusion de façade, puis d'inclusion et d'autonomie.

La définition élargie de la biphobie conduit à des controverses au sein de la communauté LGBT, certains récusant par exemple le concept d'« homosexualité de circonstance », qui se manifeste en l'absence de partenaire de sexe opposé, par exemple en milieu carcéral. Ils l'accusent de renforcer l'homophobie et la biphobie en autorisant les personnes ayant eu des rapports sexuels dans un environnement monosexué à continuer à se définir comme hétérosexuelles .

Stéréotypes et préjugés Parmi les exemples de biphobie se trouvent les conceptions selon lesquelles les bisexuels sont autant attirés par les hommes que par les femmes, ou qu'un couple de personnes de même sexe est composé de personnes homosexuelles, et qu'un couple de personnes de sexes différents est constitué de personnes hétérosexuelles (ce qui conduit à effacer la bisexualité)Brett Genny Beemyn, , sur : glbtq: An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture, glbtq, Inc. 1130 West Adams Chicago, IL, 60607, (2004).

Hypersexualisation Robyn Ochs décrit longuement dans ses travaux sur la bisexualité la prévalence des stéréotypes courants concernant les personnes bisexuelles, souvent considérées et décrites comme sexuellement très actives, polygames, pratiquant l'échangisme, par nature instable et hésitantes dans leur orientation sexuelle et portées sur l'infidélité ou même accusées de répandre les maladies sexuellement transmissibles, notamment le SIDA.

Une étude faite en 2002 prétend que les hommes s'identifiant en tant que bisexuels réagissent différemment face à un matériel pornographique ne comprenant que des hommes et face au même type de matériel ne comprenant que des femmes. Ils montreraient quatre fois plus de réactions devant l'un ou l'autre des matériaux. Cependant, la bisexualité n'implique pas une attirance égale pour les deux sexes Fred Klein, The Bisexual Option, Sex and Society: Abstinence - Gender identity, Marshall Cavendish Corporation, 2009, . L'étude, et l'article du New York Times qui en parla en 2005 Straight, Gay or Lying? Bisexuality Revisited New York Times, July 5, 2005, furent dénoncés comme défectueux et biphobes Dawn Wolfe Gutterman « Bisexual study, New York Times article cause furor », Pride source, 14 juillet 2005. Lynn Conway critiqua l'auteur de l'étude, , citant son protocole controversé et montrant que l'étude n'a pas été scientifiquement répétée ni confirmée par des chercheurs indépendants https://ai.eecs.umich.edu/people/conway/TS/Bailey/Bisexuality/Bisexuality-NYT%207-05-05.html.

Cette étude de 2002 est contredite par une seconde dirigée par le même Bailey. Cette seconde étude, elle aussi basée sur l'observation des réactions biologiques des sujets masculins face à des stimuli sexuels, met en évidence une spécificité des hommes bisexuels observés par rapport aux hommes hétérosexuels et homosexuels, sujets de cette même étude, et conclut sur l'impossibilité de choisir entre le résultat des deux études Rosenthal, Silva, Safron et Bailey, « Sexual arousal patterns of bisexual men revisited » Université Northwestern, 2011.

Des stéréotypes différents selon le genre Les stéréotypes affectant les personnes bisexuelles sont différents selon le genre des personnesPeu d'études prennent en compte les personnes non binaires dans leurs questions, ce qui donne souvent une répartition binaire entre hommes et femmes.. Les hommes bisexuels, en particulier, sont bien plus mal perçus que les femmes bisexuelles. En particulier, les femmes hétérosexuelles jugent que les hommes bisexuels sont moins attirants, moins désirables et moins masculins que les hommes hétérosexuels.

Dans les médias, la bisexualité des femmes est souvent associée à l'hypersexualisation de ces dernières, que ce soit en soulignant l'attractivité des personnes dans les articles rapportant leurs coming-out ou en célébrant la journée de la bisexualité par des De plus, la bisexualité féminine est souvent regardée comme n'étant qu'un moyen de susciter l'intérêt des hommes hétérosexuels, plutôt qu'une véritable orientation à part entière Bisexuality and biphobia, Stonewall UK ce qui peut faire de la biphobie une double discrimination avec le sexisme.

Biphobie intériorisée

alt=Photographie noir et blanc de Simone de Beauvoir.|vignette|Simone de Beauvoir nie toute sa vie durant sa bisexualité et cache ses liaisons avec des femmes au profit de sa relation médiatique avec Jean-Paul Sartre. Sa position sera critiquée, notamment par Marie-Jo Bonnet.

Selon la définition élargie de la biphobie, qui comprend l'occultation de la bisexualité, une partie des bisexuels eux-mêmes seraient biphobes en ne se reconnaissant pas dans l'identité « bisexuelle », puisque deux études de 1992 et 1996 montrent que l'identité perçue (ou déclarée) ne concorde pas en général avec le comportement sexuel réel, avec respectivement 31,4 % et 38 % seulement des personnes des échantillons étudiés de pratiquants bisexuels se considérant eux-mêmes comme bisexuelsGaston Gobin, Joseph Josy Lévy, Germain Trottier, « Vulnérabilités et Prévention VIH/SIDA : Enjeux Contemporains », Presses Université Laval, 2002, .

Des célébrités ayant des attirances pour les hommes et les femmes ont parfois du mal à employer le mot pour se désigner, ce qui contribue à l'occultation de la bisexualité. Certaines vont prétendre ou utiliser à la place le mot plus générique de queer, qui est plus vague et ambigu car il peut se référer à n'importe quelle lettre de la communauté LGBT. Ainsi Kesha a fait un message pour le mois des fiertés 2022 indiquant alors qu'elle a rendu publique son attirance pour les hommes et les femmes depuis des années.

Rejet et violences

Criminalisation et reconnaissance légale vignette|Niveau de reconnaissance ou de répression des relations entre deux personnes du même genre : en bleu, mariage entre personnes de même genre légalisé, en jaune et orange, répression de ces relations (rouge : peine de mort). Les personnes bisexuelles subissent comme les personnes homosexuelles de l'homophobie institutionnelle. En particulier, les relations entre personnes de même sexe sont criminalisées dans plus de soixante pays du monde en . La plupart de ces pays sont d'anciennes colonies britanniques (voir colonialité du genre), d'autres se basent sur la charia ; une quarantaine ont banni les relations entre femmes. Certains pays qui criminalisaient les relations entre hommes ont étendu cette interdiction pour qu’elle s’applique aussi aux relations saphiquesSri Lanka, Malaisie, Botswana, Malawi et Gambie..

Violences

Les personnes bisexuelles, en particulier les femmes, sont davantage exposées aux violences (psychologiques, physiques et sexuelles) que les personnes hétérosexuelles et homosexuelles.

Violences conjugales Les personnes bisexuelles sont davantage victimes de violences conjugales que les hétérosexuels et les homosexuels, même si les études à ce sujet sont encore peu nombreuses en 2025 (les personnes bi étant souvent comptabilisées soit dans la catégorie hétéro, soit dans la catégorie gay/lesbienne). Ces violences touchent particulièrement les femmes bisexuelles. En plus de l’invisibilisation statistique, .

Plus grandes difficultés à nouer des relations amoureuses vignette|Les personnes hétérosexuelles et homosexuelles sont moins enclines à nouer des relations amoureuses avec des bisexuels (surtout avec les hommes). vignette|Proportion de lesbiennes, d'hommes hétérosexuels, d'hommes bisexuels et de femmes bisexuelles voulant relationner avec des bisexuelles.