Enguerrand de Bournonville, né vers 1368 et mort exécuté le à Soissons, est un chef de guerre au service du duc de Bourgogne Jean sans Peur pendant la guerre de Cent Ans, plus précisément pendant la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Il est issu d'un lignage noble de seigneurs du Boulonnais qui a donné plusieurs capitaines, la famille de Bournonville. Il possède plusieurs petites seigneuries mais est un cadet, son frère aîné étant Aleaume de Bournonville.

Entré au service des ducs de Bourgogne Philippe le Hardi puis Jean sans Peur comme simple écuyer d'écurie, Enguerrand de Bournonville combat en Italie, à Pise et à Gênes, dans le pays de Liège mais aussi en Île-de-France, dans le Berry et en Picardie. Il s'affirme progressivement comme un chef militaire de premier plan, souvent à la tête de plus d'une centaine d'hommes, dont plusieurs de sa famille, comme son cousin Lyonnel de Bournonville.

Jean sans Peur récompense Enguerrand de Bournonville par de fréquentes gratifications financières, qui, ajoutées au butin de diverses opérations de guerre, l'enrichissent considérablement.

Il est capitaine de Soissons pour le duc de Bourgogne lors du siège de cette ville par l'armée du roi , pendant lequel un carreau d'arbalète tue le bâtard de Bourbon. La ville est prise, Enguerrand de Bournonville est trahi par Simon de Craon et meurt exécuté par ordre du roi.

Un chroniqueur le qualifie alors de . Le camp bourguignon conserve ensuite sa mémoire. Au , on croit retrouver son tombeau dans l'église de Marle et on le reconstruit, mais cette tombe était plutôt celle de son fils Antoine de Bournonville.

Biographie

Un lignage de seigneurs du Boulonnais gauche|vignette|upright|Ruines du château de Lianne, Beaurainville. Carte postale ancienne.|alt=Photo en noir et blanc de deux restes de murs hauts mais très endommagés Enguerrand de Bournonville est issu de la famille de Bournonville, lignage noble de seigneurs implantés dans le Boulonnais et qui y possède de nombreuses seigneuries.

Il est le troisième fils de Robert de Bournonville (mort vers 1369) et de Jeanne de Cramailles (morte entre 1369 et 1373), fille de Jean seigneur de Cramailles. Son frère aîné est Aleaume de Bournonville (1360-1415) et son cousin germain Lyonnel de Bournonville (vers 1390-1429). Par leur grand-mère Mahaut de Fiennes, ils sont tous trois les petits-neveux du connétable de France Robert de Fiennes..

Fils cadet, Enguerrand n'hérite pas de la seigneurie de Bournonville, réservée à son frère Aleaume, mais reçoit la seigneurie de Lianne, pour laquelle il prête hommage en 1403. Ce château, situé dans l'actuelle commune de Beaurainville, surplombe et surveille la Canche. Il épouse vers 1400/1401 Julienne de La Motte, héritière des seigneuries de Pernes, Havenquerque et Huplandre (terres toutes deux situées dans la commune actuelle de Pernes) et veuve de Robert de Croutes..

Ils ont deux enfants : Antoine de Bournonville, seigneur de Bournonville, né vers 1403 et mort en 1480, et Béatrice de Bournonville, qui épouse Florent de Calonne..

Écuyer au service des ducs de Bourgogne vignette|upright|Jean sans Peur, huile sur chêne, musée du Louvre, début du . Attribué à l'atelier de Jean Malouel.|alt=Portrait de profil d'un homme coiffé d'un chapeau, vêtu de rouge et de sombre, la main droite tenant un rubis, la gauche posée sur un tissu semé de fleurs de lys Enguerrand de Bournonville entre au service des ducs de Bourgogne vers 1390-1400, au moment où Philippe Le Hardi intègre à son hôtel des représentants des principaux lignages de Picardie. Il est cité pour la première fois dans l'entourage de ce duc en 1404, comme écuyer d'écurie, avant de servir le fils de celui-ci, Jean sans Peur. Ce titre d'écuyer d'écurie est purement honorifique. C'est un moyen pour le duc de Bourgogne de le retenir dans son hôtel en l'absence de lien féodal, puisque Enguerrand est issu du comté de Boulogne, qui ne dépend pas du duc..

Le comté de Boulogne est alors une possession de Jean de Berry, par sa femme Jeanne II de Boulogne, mais il ne s'en occupe guère. Les ducs de Bourgogne, parce qu'ils possèdent le comté d'Artois dont dépend le comté de Boulogne, mènent dans le Boulonnais, avec succès, une politique de captation des fidélités de la noblesse, préparant une annexion pure et simple qui interviendra en 1416, à la mort du duc de Berry..

La carrière d'Enguerrand de Bournonville s'inscrit dans le contexte des affrontements entre Armagnacs (partisans des ducs d'Orléans successifs) et Bourguignons (partisans des ducs de Bourgogne) pour le contrôle du gouvernement royal, alors que le roi Charles VI est de plus en plus empêché de gouverner par ses accès de démence., ..

En , Enguerrand de Bournonville est fait prisonnier par les Anglais en combattant contre eux sous les ordres de son cousin le comte de Saint-Pol. Après une brève détention, Jean sans Peur l'aide à payer sa rançon en juin. C'est la première fois que les deux hommes figurent dans le même document et ce n'est pas un hasard : par ses bienfaits, le prince crée un lien puissant avec son obligé. Le , Enguerrand de Bournonville est cité comme dans l'armée bourguignonne réunie contre Louis d'Orléans, y commandant combattants..

En 1406, Jean sans Peur et Louis d'Orléans, provisoirement réconciliés, décident d'établir une coseigneurie sur la cité de Pise, alors disputée avec la cité de Florence. Jean sans Peur envoie Enguerrand de Bournonville le représenter à Pise. Bournonville y est accueilli avec enthousiasme le , alors que la ville est assiégée par les Florentins. Mais en octobre, Pise capitule et les Florentins, entrés dans la ville, malmènent Bournonville.. Ce n'est qu'un an plus tard, en , que sa présence est de nouveau attestée auprès de Jean sans Peur..

Enguerrand est directement au service de Philippe Le Hardi puis de Jean sans Peur, contrairement à son frère Aleaume, qui ne sert le duc de Bourgogne que parce qu'il est un fidèle du comte de Saint-Pol, son cousin au second degré, conseiller du duc de Bourgogne à partir des années 1390..

La bataille d'Othée À partir de 1408, Jean sans Peur confie fréquemment à Bournonville sa propre protection, particulièrement nécessaire après l'assassinat du duc d'Orléans, lors de divers voyages. Il est ainsi un des capitaines bourguignons de la campagne menée par Jean sans Peur dans le pays de Liège, pour soutenir le prince-évêque de Liège Jean III de Bavière contre les Liégeois révoltés. Enguerrand de Bournonville est à la tête d'une compagnie de plus de , dont cinq de sa famille, comme son cousin Lyonnel de Bournonville. Il participe à une chevauchée de dévastation du pays et surtout à la victoire bourguignonne à la bataille d'Othée du contre les Liégeois.

Lors de cette bataille, il est un des chefs d'un corps de cavalerie de qui déborde les Liégeois par un mouvement tournant, semble-t-il décisif., les Liégeois se retrouvant frappés de deux côtés.. Le rôle d'Enguerrand de Bournonville dans cet épisode est rappelé dans une chanson bourguignonne composée après la bataille :

Le duc de Bourgogne, satisfait, lui offre des récompenses financières conséquentes et le fait figurer sur une tapisserie tissée à Arras et représentant la bataille d'Othée, comme l'atteste une description du . Bournonville est promu chambellan en 1409.. Les chambellans sont alors l'élite de l'hôtel princier de Jean sans Peur, et les simples écuyers comme Bournonville sont très minoritaires dans ce groupe (6 %) par rapport à une très large majorité de chevaliers (92 %).. Dans le lignage de Bournonville, les aînés, comme Aleaume, Antoine, fils d'Enguerrand, Louis, fils aîné d'Antoine, ou leur cousin Lyonnel, sont chevaliers tandis que les cadets, comme Enguerrand ou Pierre, le second fils d'Antoine, sont seulement écuyers..

Un Bourguignon dans Paris En 1409, Enguerrand de Bournonville participe à une expédition en Italie menée par les armées unies des différents princes français. À la tête d'une centaine d'hommes, dont un (artilleur), il aide sans succès le maréchal Boucicaut lors de la révolte de Gênes, pendant laquelle Boucicaut perd le contrôle de cette cité...

Bournonville revient en France au début de l'année 1410. Alors que les tensions s'aggravent entre les princes, il séjourne à Paris, aux côtés de Jean sans Peur et est officiellement désigné comme son conseiller. Après la conclusion de la paix de Bicêtre le , Jean sans Peur place ses hommes à des postes-clés. Bournonville, tout en restant un homme du duc de Bourgogne, est intégré à l'hôtel du roi comme et devient le chef de la garde du dauphin, Louis de Guyenne.

Pendant la période où il séjourne à Paris, Enguerrand de Bournonville a une liaison adultérine avec une Parisienne, Ydette de Lours, sans doute rencontrée à l'hôtel d'Artois, résidence de Jean sans Peur. Elle donne naissance à deux enfants, encore jeunes et à charge de leur mère en 1418. Entretenir ainsi un second foyer parisien semble assez courant à cette époque parmi les capitaines des armées bourguignonnes, qui suivent en cela l'exemple du duc Jean sans Peur lui-même, père d'un bâtard parisien..

Un chef de guerre important et prospère En , le duc de Bourgogne nomme Enguerrand de Bournonville châtelain du château d'Éperlecques, fonction rémunératrice. Les années 1410-1411 sont pour lui une période de prospérité. En , il récupère sa terre de Lianne dont il avait été privé quelques années et en acquiert d'autres. Le total des gratifications qu'il reçoit de Jean sans Peur est important et dépasse les .. Ce soutien financier du prince envers l'un de ses capitaines est une attitude habituelle chez Jean sans Peur, qui veut que la noblesse de ses États puisse conserver son rang.

Enguerrand de Bournonville est alors au sommet de sa carrière. En 1411, quand éclatent les hostilités ouvertes entre Armagnacs et Bourguignons, il est un chef de guerre bourguignon de premier plan. Avec Antoine de Craon et David de Rambures, il est officiellement commis par le roi pour faire la guerre contre les Armagnacs. Il défend Paris, alors tenu par les Bourguignons, contre les armées du duc d'Orléans. En même temps, le comte de Saint-Pol lui confie l'éducation militaire de son neveu, le jeune Jean II de Luxembourg-Ligny., qui sera plus tard le seigneur du fils d'Enguerrand, Antoine de Bournonville.. En 1411-1412, Enguerrand de Bournonville combat dans les environs de Paris, à Senlis, à La Chapelle et à Saint-Cloud. Il fait ensuite le siège d'Étampes, guerroie en Beauce, en Poitou et dans le Berry. Il obtient la capitulation de Dun-le-Roi et participe au siège de Bourges en . Après la paix d'Auxerre conclue entre Charles d'Orléans et Jean sans Peur, Enguerrand séjourne à Paris de à . alt=Page manuscrite sur neuf lignes, sceau au lion.|vignette|Quittance d'Enguerrand de Bournonville du , pour un paiement du trésor royal de et tournois pour sa compagnie de dans une retenue de . Sceau à la cire rouge, aux armes d'Enguerrand de Bournonville, BNF. La guerre profite à Enguerrand de Bournonville, puisqu'elle est l'occasion de plusieurs confiscations et pillages, qui montrent une certaine rapacité.. C'est sans doute avec l'accord secret de Jean sans Peur, que, en 1413, de concert avec Georges de La Trémoille, Bournonville pille les biens du prévôt de Paris Pierre des Essarts, récemment tué.. De la part de Jean sans Peur, on peut penser que fermer les yeux constitue un système de rémunération commode pour s'assurer les fidélités. Même si les légistes du duc de Bourgogne semblent gênés par ces pillages, pour des chevaliers bourguignons les biens des ennemis du duc sont considérés de bonne prise.