L'opération Sirli est une opération militaire française menée en Égypte par la direction du Renseignement militaire (DRM). Elle implique un détachement de quatre militaires français et six salariés de l'entreprise CAE Aviation, basés à Marsa Matruh, dont la mission, qui s'inscrit dans la lutte antiterroriste, est de surveiller le désert occidental égyptien pour y détecter d’éventuelles menaces terroristes venues de Libye et de transmettre les renseignements recueillis aux militaires égyptiens.
En pratique, le média d'investigation Disclose révèle en 2021, à partir de documents soumis au secret de la défense nationale, que de nombreuses cibles repérées sont civiles (essentiellement des contrebandiers) et qu'elles sont abattues par l'armée égyptienne, dont la priorité est la lutte contre la contrebande, après leur signalement par l'équipage de l'opération Sirli. Les journalistes relatent que de nombreuses alertes ont été émises, entre 2016 et 2019 par les militaires sur place, puis par la direction de la DRM, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et l'Armée de l'air, quant au dévoiement de l'opération à des fins de ciblage et d'élimination de pick-up de contrebandiers.
Contexte L'opération Sirli s'inscrit dans le contexte de la coopération stratégique entre la France et l'Égypte sous la présidence d'Abdel Fattah al-Sissi à partir de 2014, qui se traduit notamment par d'importantes ventes d'armements français à l'Égypte, négociées par le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian...
Déroulement Mise en place L'opération est lancée en dans le cadre de la lutte antiterroriste...
Elle consiste en un détachement, baptisé ELT 16 pour « Équipe de liaison technique 16 », composé de quatre militaires français et de six civils (anciens militaires) de l'entreprise luxembourgeoise CAE Aviation (deux pilotes et quatre analystes), qui fournit l'avion léger de surveillance et de reconnaissance (ALSR) , un Merlin III (remplacé en 2017 par un Cessna 208 Caravan).. Les dix hommes sont installés dans la base militaire égyptienne de Marsa Matruh.
Leur mission est de survoler, à haute altitude, le désert occidental égyptien afin de repérer d'éventuelles activités de groupes terroristes venus de la Libye frontalière, de collecter des renseignements (images, interceptions sonores, coordonnées géographiques, etc.) et de les transmettre, notamment leur localisation, aux militaires égyptiens.
Ciblage de civils Comme le révèle ultérieurement Disclose, un média d'investigation français, les militaires français de la DRM analysent dès les premiers mois de l'opération un décalage entre ses objectifs affichés et ceux réellement poursuivis. Les missions de renseignement aérien sont strictement limitées au désert égyptien occidental, qui compte très peu de groupes armés, à l'inverse du Sinaï ou du territoire libyen ; la partie égyptienne apparaît bien plus intéressée par la traque de contrebandiers (souvent de jeunes Égyptiens, qui transportent armes, drogues, tabac, carburant, denrées alimentaires, etc.), nombreux à effectuer le trajet en pick-up depuis la frontière libyenne. Plus encore, dès 2016, il apparaît que l'armée de l'air égyptienne utilise les données de localisation fournies par la France pour cibler et éliminer les pick-ups de simples trafiquants, ce qui s'apparente à des exécutions arbitraires. Disclose recense, à partir de documents soumis au secret de la défense nationale, dix-neuf frappes contre des civils entre 2016 et 2018. L'officier de liaison de la DRM de l'ELT 16 relate dans plusieurs notes la crainte de l'usage des informations de l'ELT 16 à des fins de ciblage ainsi que la priorité donnée à la lutte contre la contrebande.
De 2017 à 2018, plusieurs notes confidentiel défense indiquent que la DRM et l'Armée de l'air s'inquiètent du dévoiement de l'opération Sirli ; en 2019, des notes adressées à l'exécutif français (la ministre des Armées Florence Parly, le président de la République Emmanuel Macron) pointent la nécessité de créer un cadre juridique (document écrit) à la coopération avec l'Égypte et de rappeler que les missions de renseignement ne doivent pas être utilisées à des fins de ciblage.
Divulgation de l'existence de l'opération Le , le média d'investigation Disclose révèle l'existence de l'opération, jusqu'alors secrète. Une source lui a divulgué plusieurs centaines de documents classés « confidentiel défense », issus des services de l’Élysée, du ministère des Armées, mais également de la direction du Renseignement militaire. Les fonds finançant l'opération Sirli sont prélevés sur le budget de l'opération Barkhane.
En , le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian (ministre de la Défense lors de la mise en place de l'opération), interrogé par la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, affirme que ..
Les autorités françaises refusent de répondre aux journalistes, invoquant le secret de la défense nationale..
D'après une analyse effectuée par Le Monde des données Strava de plusieurs militaires français, l'opération serait encore en cours en mars 2026.
Suites judiciaires
Violation du secret défense
Le ministère des Armées dépose une première plainte le 11 janvier 2021 puis une seconde le 24 novembre pour « violation du secret de la défense nationale ». Le parquet de Paris y fait suite en ouvrant une information judiciaire le 21 juillet 2022 pour « détournement de secret de défense nationale par son dépositaire, divulgation de secret de défense nationale par son dépositaire, appropriation d’un secret de défense nationale, divulgation de secret de défense nationale et révélation d’information permettant de découvrir l’usage d’une identité d’emprunt ou d’une fausse qualité d’agent de renseignement, son identité réelle ou son appartenance à un service de renseignement ».
Le , une journaliste de Disclose, Ariane Lavrilleux, est placée en garde à vue par la direction générale de la Sécurité intérieure et voit son domicile perquisitionné pour ; l'ONG Reporters sans frontières, le CPJ et Amnesty international condamnent ces procédures et s'inquiètent d'une atteinte à la liberté de la presse et au secret des sources.. Le même jour, un ancien militaire, suspecté d'avoir donné des informations aux journalistes, est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.
Ariane Lavrilleux est placée sous le statut de témoin assistée le 17 janvier 2025. Le 9 octobre, la juge d'instruction prononce un non-lieu à son égard et renvoie l'ingénieur militaire devant le tribunal correctionnel pour « détournement et divulgation de secret de la défense nationale par son dépositaire », tout en abandonnant les poursuites à son encontre concernant la violation du secret professionnel. Le non-lieu de la journaliste est cependant contesté par le parquet général, qui demande en outre la convocation des autres signataires des articles ainsi que leur dépublication, de même que le documentaire de Complément d'enquête. Le 8 juillet 2026, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris ordonne la réouverture de l'instruction mais ne donne pas suite aux demandes de dépublication .
Crime contre l’humanité, complicité de crime contre l’humanité et torture Le 26 novembre 2021, Europe Écologie les Verts, le sénateur Guillaume Gontard et l'eurodéputé Mounir Satouri saisissent le procureur général près la Cour de Cassation pour lui demander d'examiner la responsabilité pénale de Florence Parly et Jean-Yves Le Drian devant la Cour de justice de la République. Le procureur leur répond le 3 janvier 2022 qu'il n'engagera pas de poursuite.
Le 12 septembre 2022, les ONG Egyptians Abroad for Democracy et Code Pink déposent plainte contre X devant la justice française pour « crime contre l’humanité, complicité de crime contre l’humanité et torture ». Elle est classée sans suite le 19 décembre pour « infractions insuffisamment caractérisées », ce classement est confirmé par le procureur général le 9 octobre 2023.
Face à ce refus, les 2 ONG portent plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) le 8 février 2024 pour violation du « droit à la vie », du « droit à un procès équitable » et du « recours effectif ». La CEDH doit encore statuer sur la recevabilité de la plainte.
Notes et références
Voir aussi
Documentaire
Jean-Pierre Canet, France-Egypte : révélations sur une opération secrète, Disclose-Complément d'enquête, 2021
Articles connexes Relations entre l'Égypte et la France Exportations d'armes de la France Opération Barkhane Deuxième guerre civile libyenne
Liens externes Opération Sirli - Les mémos de la terreur, par Disclose, sur egypt-papers.disclose.ngo
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