thumb|300px|Les Fermes Lufa sont situées sur les toits des immeubles du grand Montréal. L', et par extension l'agriculture urbaine et périurbaine (AUP), est une forme émergente ou réémergente de pratiques agricoles effectuées en ville.

Les activités agricoles (petits élevages, jardins, aquaculture…) urbaines et périurbaines ont toujours existé dans les villes ou à proximité pour des raisons pratiques d'approvisionnement alimentaire. Depuis l'Antiquité, les villes ont ménagé des espaces d'habitation, d'artisanat (puis d'industrie) et d'agriculture. Avec la croissance démographique, les champs ont progressivement disparu du centre des villes, mais des parcelles plus petites et de très nombreux jardins occupent toujours une place significative des villes. Le cycle court de production donne l'avantage à cette pratique. Un mètre carré de jardin peut fournir de nourriture par an.

Actuellement, à l'échelle de la planète, on assiste à un intérêt croissant des divers acteurs de la société pour les projets d'agriculture urbaine en tant que vecteur de transition écologique : alimentation durable, lien social et bien-être des populations, projets participatifs, éducation à l'environnement, paysages

Histoire Depuis les années 1990, l’agriculture urbaine est un enjeu dans le domaine du développement durable, de l’aménagement urbain et de la lutte contre l’insécurité alimentaire, non seulement dans les pays du « Sud », mais aussi dans le reste du monde. Selon BoulianneBoulianne, Manon (2016) « Agriculture urbaine », in Anthropen.org, Paris, Éditions des archives contemporaines., son importance pour approvisionner les personnes habitant les villes est désormais incontournable dans plusieurs cas. Cette importance se justifie selon la FAOFAO (2014), « L'agriculture urbaine ». de plusieurs raisons : l'agriculture urbaine est source d'aliments, mais aussi d'emplois, en plus de rendre les villes plus « viables » parce que plus résilientes devant les changements climatiques.

Les formes d'agriculture urbaines sont très variées car elles visent des objectifs divers (production alimentaire, biodiversité, animations à l'environnement, défis technologiques) et qu'elles sont contraintes par le manque de place disponible et les pollutions couramment observées en ville.

Plusieurs définitions de l'agriculture existent, et Boulianne en propose une plutôt englobante : on peut considérer que l'on y inclut la transformation et la distribution des aliments produits à l'intérieur d'une ville ou dans sa périphérie. Ici, ce qui se démarque des définitions plus classiques est l'inclusion des multiples étapes du circuit alimentaire et de la frontière de la ville. Ainsi, le fait de vendre un aliment dans un marché fermier urbain, qu'il soit issu d'une production en serre sur un toit, par exemple, ou d'une petite exploitation maraichère en dehors de cette ville, relève de la même catégorie de vente directe.

Enjeux alt=Le site urbain potentiellement inondable de la zone des « 15 sols » à Blagnac (Haute-Garonne) est consacré depuis plusieurs décennies à la culture des salades, choux, carottes|vignette|left|Zone de maraichage professionnel urbain des « 15 sols » à Blagnac (Haute-Garonne). thumb|left|Maraîchage urbain : une parcelle située devant la gare d’Ezhou, Chine. thumb|Une gestion différenciée des espaces verts peut, sous certaines conditions , constituer une source de biomasse utile pour le développement d’une agriculture urbaine à petite échelle (Kstovo, Russie). En parcelles partagées, zones de maraîchage professionnelle (exemple de la zone dite des « 15 sols » à Blagnac) ou jardins individuels et/ou collectifs, fermes verticales de productions maraîchères hydroponique, bioponique ou encore aquaponiques, et parfois sur des terrasses ou toitures, elle permet différentes productions d'intérêt économique local (légumes, fruits, champignons (dont champignons de Paris), œufs, animaux… sur des territoires urbains ou péri-urbains. Espaces cultivés et bâtis se fondent plus ou moins dans la vie urbaine. Cette agriculture participe souvent aussi à un enrichissement de la ville en biodiversités et sensibilise efficacement l'espace public au lien environnement-santé : métaux persistants dans les sols (plomb, cadmium, zinc, cuivre…), particules fines (PM) présentes dans l'air

C'est l'une des solutions proposées et recommandées par l'ONU et la FAORapport de prospective sur l’urbanisation, World Urbanization Prospects, rendu public en octobre 2006. pour faire face aux besoins de sécurité alimentairePage de la FAO sur « Agriculture urbaine et sécurité alimentaire Journée mondiale de l'environnement : des villes plus vertes ». aux défis de l'urbanisation et de la périurbanisation, notamment dans les villes des pays dits « pauvres ». En effet, selon la FAO, l'agriculture urbaine et périurbaine est déjà utilisée par environ 700 millions de citadins (une personne sur quatre environ dans le monde) et, si la tendance se poursuit, en 2030, la presque totalité de la croissance de la population se fera dans les villes des pays émergents et environ 60 % des habitants de ces pays seront des urbains.

Certains écoquartiers ont intégré une « ferme urbaine » dans leur périmètre (exemple : E.V.A. Lanxmeer, écoquartier d'environ 250 maisons et bureaux aux Pays-Bas). Ce, dans une perspective de relative autonomie alimentaire, par exemple via un dispositif de type AMAP à proximité.

Des acteurs des projets urbains ont imaginé des projets d'agriculture verticale, sous la forme de tours affectées à cet usage. Le projet de Cité Maraîchère à Romainville développera dès 2020 environ de surface exploitable.

Présentation Types de production vignette|128x128px|Volaille Jardins-forêts sur différents types de surface urbaines: pelouses, parcs, talus, friches, etc. Maraîchage, par exemple, des jardins résidentiels où communautaires Petits élevages (volaille, pigeons, lapins principalement), particulièrement fréquents dans certains pays en développement ou régions de Chine, freinés à l'occasion de l'expansion du virus H5N1 qui semble avoir été principalement transporté par le commerce des volailles et les marchés de volaille vivante. Arbres fruitiers (: pommeraie au cœur de l'écoquartier d’Eva-Lanxmeer aux Pays-Bas, répondant aux besoins annuels des habitants en pommes et jus de pomme) ou pouvant avoir une certaine valeur symboliqueNAOUFEL, Day. « Vers une représentation symbolique de l'arbre fruitier en milieu péri-urbain, le cas de Chambourcy et de ses environs », mémoire de DEA de l'école d'architecture de Paris-la-Villette et de l’EHESS, 1995.. La production céréalière dans le cas du Mittelfeld à Wittenheim. Apiculture sur les toits.

Grands objectifs Ils sont de deux types : économiques et alimentaires directs, éventuellement de survie dans les pays les plus pauvres ; cette agriculture constitue par ailleurs parfois un des moyens de résolution de problèmes posés par la gestion de certains déchets urbains (biodégradables ou susceptibles de nourrir des animaux) ; vignette|Agriculture.outre, une vente directe intéressante pour l'agriculteur et le citadin, les fonctions sociales ou pédagogiques sont valorisées dans les pays industrialisés. Il existe ainsi des fermes pédagogiques ou offrant des conditions de travail adéquates pour des personnes vivant des situations de handicap ; l'objectif de production y existe, mais est secondaire. Certains parcs urbains ( en France, le parc de la Deûle au sud de la communauté urbaine de Lille) intègrent une agriculture de proximité, avec l'idée de coupure verte, de parc de campagneJacquey Lionel, LAFFRANCHY, Elodie. « Projet de paysage pour un parc de campagne dans la plaine de l'Aulnay ». Ministère de l’Environnement, ministère de l'Agriculture, ENSP, Versailles, 1996, 52 p. ou de pause urbaineFrancou Valérie, « Pour une pause urbaine en boucle de Chanteloup-les-Vignes », mémoire de paysagiste DPLG, Versailles : ENSP, 1996, 33 p..

Avantages Une agriculture urbaine et de proximité permet des boucles en « cycle court », diminuant les coûts, les émissions de CO et le besoin en énergie et en carbone fossile (les aliments que nous consommons parcourant en moyenne plus de ). Autoproduction pour une partie des besoins (en fruits et légumes par exemple). Recyclage rapide de certains déchets organiques et des excreta après traitement (en veillant à limiter et suivre les risques de pollution). Outil (parmi d'autres) de protection du foncier face au front d'urbanisationMARZIN, Lena. L'agriculture dans le secteur de la Seine aval. Propositions pour les espaces à fonction de coupure verte et de maîtrise des fronts urbains. Versailles : Conseil général des Yvelines, ENSP, laboratoire de recherches, 1996, 63 p., de maintien de coupures « vertes »<ref>BERNARDON, E., CHABAUD, J., GUIOMAR, X. « L'agriculture dans les secteurs d'Orgeval et d'Aubergenville, propositions pour les espaces à fonction de coupure verte et de maitrise des fronts urbains. Sous la direction de A. Fleury, conseil général des Yvelines, ENSP Versailles, 1996, 125 p.</ref> contre l'urbanisation totale et la périurbanisation… Lien de rencontre ville-campagne, rural-citadinBOISOT, Hélène. Les représentations de l'agriculture péri-urbaine : Périgny sur Yerres ou l'utopie d'un lieu de rencontre entre le monde rural et le monde citadin. Mémoire de DEA de l'école d'architecture de Paris-la-Villette et de l'EHESS, 1995.DUMONT-FILLON, Nathalie. « Un parc de campagne dans la vallée de la Mérantaise : le parc des girouettes ». Mémoire de paysagiste DPLG, ENSP, Versailles, 1995, 114 p., avantage important au vu de la fracture entre monde rural et monde urbain et du manque de dialogue entre des populations qui vivent des réalités différentes. Limite en outre l'appel aux chaînes de transport et de conservation coûteuses en engins, machines et carburants, en rendant les populations plus autonomes. Insertion socio-professionnelle de jeunes en difficultésLes Jardins des patriotes : un projet unique et inspirant sur journalmetro.com.. Mouvements citoyens pouvant remettre en cause des rapports de pouvoir marqués par la privatisation des aliments et des sols, et plus largement par le capitalisme.

Inconvénients et difficultés vignette|Ferme urbaine à Dakar. La présence de certains animaux peut être source de bruit (chant du coq, meuglement, bêlements, aboiements), de même que certains végétaux peuvent également constituer des vecteurs de nuisances (pollinisation allergisante).

Les principales contraintes et difficultés sont : le coût du foncier et le manque de foncier disponible ; la pression de l'urbanisation, et de la périurbanisation ; la dégradation (dérangement, artificialisation, surfréquentation, pollution) que la ville peut occasionner aux milieux fragiles qu'elle jouxte ou entoure (sols, zones humides utilisées pour le maraîchage et hortillonnages, agrosylviculture, forêts de protection, forêts urbainesCERBELLE, Lydia. « Étude écologique des lisières forestières du quart sud-est du Val-de-Marne ». IUP, option espaces et milieux, Paris VII, 1996. ; les pollutions qui affectent souvent les sols urbains et périurbains encore disponibles pour l'agriculture urbaine ; l'accès à l'eau (souvent déjà rationnée dans les zones arides) et soleil (ombrage des bâtiments); les risques sanitaires induits par l'usage de boues d'épuration ou urines et excréments mal compostés ou non sécurisés du point de vue sanitaire ; certains risques liés aux élevages semi-industriels ( grippe aviaire ou autres zoonoses, mauvaise gestion des déchets) ; l'impact de la délinquance (vol, branches de fruitiers cassées) est généralement plus important en zone urbaine, et pose des problèmes particuliers de responsabilités, gestion et surveillance ;