Berenice Abbott, née le à Springfield dans l'État de l'Ohio et morte le à Monson dans l'État du Maine, est une photographe américaine du , connue pour ses photos de portraits, ses photos documentaires, ses photos de rue, ses photos d'architecture, ses photos scientifiques et pour ses photographies de la ville de New York. Elle a contribué à faire connaître les œuvres des photographes Eugène Atget et Lewis Hine.
Considérée essentiellement comme une photographe documentaire, elle est dans la lignée des photographes réalistes américains inaugurée par Mathew Brady, William Henry Jackson, Timothy O'Sullivan.
En tant que femme photographe, elle a dû toute sa vie se battre pour s'imposer et être reconnue dans la profession.
Elle est également une inventrice, ayant dû inventer de nouveaux procédés et appareils innovants.
Biographie Jeunesse et formation Bernice Abbott naît en 1898, à Springfield dans l'État de l'Ohio, elle est la cadette des quatre enfants, deux garçons (Earl Stanley, Frank) et deux filles (Berenice et Hazel) de Charles E. Abbott et de Alice Bunn. Ses parents divorcent peu de temps après sa naissance, Charles E. Abbott accusant son épouse d'adultère...
Elle nait dans une époque dans laquelle les femmes doivent accepter les règles qui leur sont imposées sans poser de questions, notamment en matière de convenances, d'éducation, de manière de s'habiller, de comportements dans la société...
Avec Hazel, sa sœur ainée, elle est élevée par sa mère à Cincinnati, Columbus puis Cleveland dans l'État de l'Ohio. pendant cette période, elle ne voit pratiquement pas son père et vit séparée de ses frères qui vivent avec leur père et qu'elle ne reverra jamais plus de sa vie.
En , après avoir achevé ses études secondaires à la Lincoln High School de Springfield, Bernice Abbott hésite sur ses choix professionnels pour finir d'envisager une carrière de journaliste. Détermination remise en question quand les États-Unis entrent en guerre en avril 1917. Entrée qui provoque des changements sociaux notamment quant aux rôles des femmes qui doivent prendre la place des hommes partis en guerre, rôles qui jusque là les cantonnaient à l'éducation des enfants et à la tenue du ménage.
Bernice Abbott comme d'autres femmes suit un mouvement qui permet aux femmes de fumer, boire, de s'amuser dans des lieux publics. Elle pose ce qu'elle nomme son premier acte de rébellion, elle se coupe les cheveux à la garçonne, ce qui en ces temps est perçu comme un pied de nez aux convenances, c'est avec ce nouveau look qu'elle entre à l'université d'État de l'Ohio, pour suivre des cours de journalisme. Avec des condisciples Susan Jenkins et James Light, elle participe à la rédaction du magazine littéraire de l'université. Susan Jenkins et James Light décident de se marier. Ce dernier étant embauché comme directeur du théâtre le , lui et sa jeune épouse déménagent pour aller vivre dans un grand appartement situé dans le quartier de Greenwich Village. Les Light invitent Bernice Abbott à venir les rejoindre et lui envoient l'argent nécessaire pour acheter un billet de train. Quand Bernice Abbott fait part à sa mère de son projet, cette dernière lui fait savoir qu'elle ferait mieux de rester pour faire un bon mariage, ce à quoi elle répond . Finalement en , elle prend le train pour New York pour rejoindre les Light..
New York
Le Provincetown Playhouse Arrivée à New York, elle se rend chez ses amis Susan Jenkins et James Light, quand ils lui ouvrent la porte quelqu'un est en train de lire à voix haute des poèmes de Edna St. Vincent Millay.
Bernice Abbott, gagne sa vie en travaillant comme serveuse, coloriste dans des salons de beauté, modèle pour des peintres et ponctuellement comme comédienne pour le théâtre Provincetown Playhouse, où elle accepte des petits rôles issus des pièces rédigées par Eugene O'Neil afin de surmonter sa timidité.
Pendant cette période, elle noue des relations d'amitié avec Sadakichi Hartmann et l'anarchiste , qui pour vivre travaille comme cuisinier dans un restaurant. Lors d'une réunion entre amis ce dernier déclare qu'il considère Bernice Abbott comme sa sœur, elle est non seulement heureuse de l'apprendre mais c'est aussi pour elle une protection.
, la dernière épouse d'Eugene O'Neil, donne le description suivante de Bernice Abbott
Poursuivant son projet de devenir journaliste, elle s'inscrit à l'Université Columbia, mais lorsqu'elle visite le campus, elle est rebutée par la foule des étudiants tous paraissant affairés par on ne sait quoi. Très vite elle abandonne l'université.
La grippe espagnole Lors d'une répétition d'une pièce d'Eugene O'Neil, Bernice Abott est frappée par la grippe espagnole ; gravement infectée, elle est hospitalisée au de New York où elle reste plusieurs semaines entre la vie et la mort. Une fois remise, elle passe sa convalescence à Dobbs Ferry dans la banlieue de New York, chez son cousin Guy Morgan.
Définitivement remise elle retourne à New York pour reprendre ses activités de sculpture.
Marcel Duchamp et Man Ray gauche|vignette|294x294px|Photographie de Marcel Duchamp (1887-1968) prise en 1927. Bernice Abbott loue un appartement de deux pièces, à proximité de la Sixième Avenue, l'une des pièces sert d'atelier de sculpture. Grâce à son attachement à la sculpture elle se fait des amis. Parmi ceux-ci, il y a le dadaïste Marcel Duchamp, ce dernier est connu entre autres pour avoir déclaré en l'indépendance de la république du Greenwich Village. Marcel Duchamp étant un joueur d'échec de haut niveau, lorsqu'il rencontre Bernice Abbott, il lui commande un jeu de pièces d'échec et surtout lui fait rencontrer le peintre, réalisateur et photographe surréaliste Man Ray.. Man Ray et Marcel Duchamp ont fondé le magazine le New York Dada. Tous les trois deviennent des amis.
En 1921, Man Ray, souffrant de troubles dépressifs, décide de rentrer en France pour s'installer à Paris.
Elsa von Freytag-Loringhoven Bernice Abbott cherche sa vocation. Dans cette période de lente maturation, elle étudie le dessin, le journalisme et la sculpture. Elle fait partie d'un groupe dont plusieurs vivent une vie de bohème, en rébellion contre les règles sociales, ils la décrivent comme étant timide et sur la défensive.
Elle fait la connaissance de la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven, surnommée ou qui est simplement appelée la . Cette dernière est la veuve d'un homme d'affaires allemand qui s'était installé à New York pendant . Depuis la mort de son époux elle se fait connaître par ses tenues excentriques et la publication de poèmes au sein de la revue littéraire, The Little Review. La baronne est appréciée parmi les dadaïstes, c'est amie de Man Ray et Marcel Duchamp. Comme d'autres jeunes artistes Bernice Abbott demande à la baronne ce qu'elle doit faire si elle veut percer dans la sculpture. Elle lui conseille de se rendre à Paris comme l'ont fait de nombreux artistes américaines depuis la fin de la guerre, cela lui permettra de suivre des cours auprès de Bourdelle et Brancusi.
Séjour à Paris Bernice Abbott suit le conseil de Elsa von Freytag-Loringhoven, le , elle embarque à bord du Rochambeau pour la France avec quelques dollars en poche.
Une fois arrivée au port du Havre, elle prend le train pour Paris, là, elle contacte André Gide pour lui remettre une lettre de recommandation de la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven.
Les premiers mois sont financièrement difficiles, pour gagner sa vie elle pose comme modèle pour des peintres et sculpteurs, notamment pour , donne des cours de danses américaines et occasionnellement vend ses propres sculptures.
Bernice Abbott désire prendre des cours de sculpture auprès d'Antoine Bourdelle. mais ceux-ci sont trop coûteux, aussi s'inscrit-elle à ses cours de dessin.
Elle suit également des cours dans l'atelier de Constantin Brancusi. et fréquente l'académie de la Grande Chaumière..
Ses amis américains et britanniques. lui font découvrir la vie artistique de la rive gauche, plus spécialement le quartier du Montparnasse où elle rencontre à nouveau Marcel Duchamp, Man Ray et d'autres artistes habitant le quartier comme Francis Picabia, Fernand Léger, Jean Cocteau, Ezra Pound. Elle passe ses soirées aux restaurants tels celui de La Rotonde ou du Le Select, lieux de rendez-vous de nombreux artistes.
Séjour à Berlin Durant l'hiver 1921, plusieurs amis de Bernice Abbott décident de se rendre à Berlin, tels Djuna Barnes, Thelma Wood et Marsden Hartley. Ayant appris l'allemand durant ses études secondaires, elle pense que cela facilitera son séjour berlinois. Quand elle arrive, l'Allemagne est frappée par une inflation galopante, Les quelques dollars que possède Bernice Abbott deviennent une véritable fortune. Les Allemands se mettent à penser que tous les Américains sont riches, situation qui met mal à l'aise Bernice Abbott qui décide alors de retourner à Paris.
Cela dit, avant son départ, elle a pu suivre des cours à la .
Retour à Paris Après quelques mésaventures durant son voyage par le train, Bernice Abbott arrive à Paris sans un sou en poche.
Man Ray vignette|276x276px|Portrait de Man Ray datant de 1934.Un soir alors qu'elle se rend au Bœuf sur le toit, Man Ray lui demande si elle serait d'accord pour remplacer son assistante qui vient de le quitter, si elle accepte il lui versera un salaire de (soit l'équivalent de 3 dollars de l'époque). Elle accepte la proposition qui va la sortir de la précarité. Dès qu'elle commence, Man Ray lui apprend les techniques du tirage en laboratoire pour lesquelles elle se montre douée. Elle pose également nue pour lui..
Au bout d'une année, Man Ray lui prête un appareil photo de type Brownie, qui lui permet de prendre clichés de son choix. Elle commence par photographier ses amis puis des personnalités comme André Gide, Jean Cocteau, Marie Laurencin ou Janet Flanner correspondante à Paris du magazine The New Yorker.
Bernice devient Berenice Selon son biographe, George Sullivan, c'est Jean Cocteau qui lui aurait suggéré de transformer son prénom de Bernice en Berenice, suggestion qui lui plait et dorénavant elle s'appellera Berenice Abbott.
La brouille Les portraits qu'elle fait de ses amis plaisent et elle réussit à en tirer quelques revenus. Quand la vente de ses photographies dépasse celle de Man Ray, ce dernier en prend ombrage. Lorsque Peggy Guggenheim demande un rendez-vous auprès de Berenice Abbott plutôt qu'avec lui, il ne peut le supporter, c'est la fin de leur collaboration, elle doit partir et trouver un emplacement pour se loger et installer son studio, laisser le matériel photographique qu'il lui a prêté.
Studio rue du Bac vignette|387x387px|Portrait photographique de Peggy Guggenheim, pris en 1937. Cette année de 1926, Peggy Guggenheim, Robert McAlmon et son épouse Winnifred Bryher prêtent de l'argent à Berenice Abbott pour qu'elle puisse s'acheter son propre appareil photographique, un agrandisseur pour le format 4 x 5 et louer une chambre noire avec le matériel nécessaire pour faire des tirages noir et blanc. Matériel qui lui permet d'ouvrir son propre studio au 44, rue du Bac. gauche|vignette|273x273px|Autoportrait de Felix Nadar. Son style photographique se démarque de celui de Man Ray, dont elle dit . Plus tard, elle précise . Cela contrairement aux portraits photographiques de Berenice Abbott, soucieuse de mettre en avant la personnalité de la personne photographiée notamment par ses expressions faciales. Style qui vient de Nadar qui l’a fortement influencée.
Première exposition