thumb|L'un des avantages de l'autisme porte sur l'attention aux détails. Les avantages de l'autisme sont les points forts et les avantages sélectifs conférés par l'autisme, qui coexistent avec des désavantages, générateurs de handicap. Ces avantages incluent une perception visuelle fine, une bonne capacité de focalisation, ainsi qu'une capacité à l'innovation et à la créativité. Historiquement, la recherche appliquée à l'autisme s'est surtout concentrée sur l'étude des déficits. L'étude des avantages de l'autisme est récente, particulièrement sous l'impulsion des chercheurs Laurent Mottron et Simon Baron-Cohen. L'hypothèse d'un avantage sélectif, développée par ce dernier dans son ouvrage The Pattern Seekers (2020) et par des théoriciens de psychologie évolutionniste, reste à ce jour non prouvée.
Les avantages de l'autisme sont soutenus et mis en avant par des militants de la neurodiversité, ainsi que par des personnalités comme Greta Thunberg. La communauté autiste porte aussi une demande d'usage de vocabulaire neutre ou positif à son égard, plutôt qu'un langage déficitaire mettant l'accent sur la souffrance. Bien qu'il n'existe pas de preuves scientifiques que l'autisme apporte un avantage dans le cadre de l'emploi, quelques entreprises soulignent les forces de leurs collaborateurs autistes à travers des exemples individuels.
Histoire médicale L'histoire médicale de l'autisme porte traditionnellement sur la seule étude des déficits, celle des points forts étant un phénomène récent. La description de l'autisme est essentiellement négative, reposant sur la comparaison des personnes autistes avec les personnes non autistes au détriment des premières.. Un autre facteur de ce biais est le contexte dans lequel un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) est posé : la personne concernée doit présenter des déficits qui engendrent chez elle un handicap, afin de recevoir ce diagnostic.
Les premières découvertes des avantages apportés par l'autisme remontent aux études de cas d'« autistes savants », dont les capacités intellectuelles sont décrites depuis des décennies. En 1992, Jim Sinclair, premier militant autiste historique, déclare que des forces et des compétences existent chez la plupart de ses pairs. En 1997, le psychologue britannique Simon Baron-Cohen et son équipe postulent un lien entre l'autisme et les compétences d'ingénierie., hypothèse qui soulève alors une controverse scientifique..
Durant les années 2000, la chercheuse et militante pour les droits des personnes autistes Michelle Dawson analyse des publications scientifiques dans lesquelles elle constate que des performances cognitives de personnes autistes qui devraient théoriquement être présentées comme des avantages sont interprétées sous l'angle du désordre ou du déficit. En 2008, la neuroscientifique Francesca Happé critique et complète la théorie de la faible cohérence centrale émise par Uta Frith, en notant que le décrit dans la perception des ensembles coexiste avec une perception accrue des détails..
En 2011, le chercheur franco-canadien Laurent Mottron publie dans la revue Nature une tribune intitulée The Power of autism, dans laquelle il plaide pour que les chercheurs cessent de , et .. En 2016, s'appuyant sur les travaux de son équipe en neurosciences, il présente l'autisme comme , auprès de l'Académie nationale de médecine.. Une recension de la littérature scientifique datée de 2017, portant sur de recherches sélectionnées au hasard sur onze ans, montre que la moitié des études citées ont une perspective axée uniquement sur les déficits des personnes autistes (50,3 %), contre 11 % dont la perspective est axée sur les forces, le reste étant mixte.. Un autre élément de contextualisation réside dans la disparition progressive du diagnostic du syndrome d'Asperger, l'ancienne entité nosologique connue comme « syndrome d'Asperger » étant totalement incluse aux TSA depuis 2018..
Les avantages de l'autisme sont le thème central du livre de Simon Baron-Cohen The Pattern Seekers, paru en 2020..
Théorisation La prise en compte des avantages de l'autisme influence désormais la recherche et les modalités d'intervention spécialisée, qui recommandent de plus en plus souvent de s'appuyer sur les points forts des personnes concernées et d'éviter l’usage d’un langage mettant l’accent sur leurs déficits.. Il existe des revendications variées parmi les personnes de la ; les personnes concernées qui militent pour une reconnaissance positive de l'autisme soutiennent l'usage d'un vocabulaire non pathologisant, la présomption de compétence plutôt que la présomption d'incompétence, et les interventions fondées sur les forces.. Les Aimee Grant et Helen Kara soutiennent que ..
Rôle de l'autisme dans l'évolution humaine vignette|Le professeur de psychologie britannique Simon Baron-Cohen, qui postule que l'autisme apporte un avantage sélectif aux personnes concernées, notamment en termes de capacités d'innovation.|alt=Portrait d'un homme.
Plusieurs études d'archéologues, en particulier celles de Penny Spikins et Barry Wright (université de Cambridge), concluent que des capacités d'innovation, notamment dans les sphères technologiques et naturelles, sont à l'origine de l'incorporation de l'autisme parmi les communautés humaines à partir de dans le passé.... C'est aussi un postulat de Simon Baron-Cohen (bien qu'il démarre son étude à dans le passé), qui y voit l'origine d'un succès de l'autisme au cours de l'histoire évolutive de la lignée humaine. Il développe cette idée dans The Pattern Seekers, déclarant que ., Christine Kenneally relevant toutefois dans le New York Times qu'il n'établit pas clairement un lien entre le rôle de ce qu'il appelle et celui des autistes dans le progrès..
En 2011, le psychologue évolutionniste Jared Edward Reser soutient . Avec son hypothèse du , il soutient que le profil comportemental autistique est idéal pour une recherche de nourriture dans un environnement ancestral, car les tendances asociales favorisent le désir d'explorer de façon indépendante sur de plus grandes distances, et par ailleurs l'engagement dans des activités répétitives est bien adapté à l'exploration de l'environnement et à la cueillette de nourriture.. Il postule aussi que .
D'après ces hypothèses, à l'époque préhistorique, l'autisme a pu apporter des idées et des compétences précieuses aux communautés humaines ; si la cognition autiste constitue un avantage sélectif, ce fait explique qu'il n'ait pas été éliminé par la sélection naturelle, mais ait au contraire .. Spikins cite les exemples des peintures rupestres. et de l'élevage parmi les domaines dans lesquels l'autisme apporte un avantage.
L'idée selon laquelle le niveau de détail des peintures rupestres est permis par l'autisme est contestée par l'archéologue Robert G. Bednarik, qui y voit un mythe.. L'hypothèse d'un rôle positif de l'autisme dans l'évolution humaine est également contestée par le neuropsychiatre Thomas Gualtieri, qui souligne que les particularités génétiques des personnes autistes sont proches de celles des personnes schizophrènes, et que ces deux groupes ont un faible succès reproductif : il estime que l'existence continue de l'autisme et de la schizophrénie depuis la Préhistoire est une conséquence de l'évolutivité de l'espèce humaine..
Mesure des points forts Pour Isabelle Soulières, de l'université de Montréal, il est scientifiquement prouvé que certains sous-groupes de personnes autistes ont des avantages sur les personnes non-autistes ; elle déclare à ce sujet que certaines forces subtiles (attention à l’information visuelle et auditive, à la directivité, ou une forte boussole morale) semblent systématiquement accompagner la condition (vo : certain subtler strengths seem to systematically accompany the condition). En 2015, l'équipe de Montréal a évalué le taux d' (SIS) et de (PP) parmi un groupe de personnes autistes, avec un groupe de contrôle. Elle détermine une prévalence de 62,5 % de SIS (dont le taux augmente avec l'âge et l'intelligence) et 58 % de PP (contre 13 % parmi le groupe témoin).. Certains outils de diagnostic, tels que le PEP3 (Profil psycho-éducatif, troisième édition) permettent aussi de mettre en lumière les forces de l'enfant ainsi évalué..
Nature des points forts Les points forts scientifiquement évalués chez les personnes autistes, à travers des études expérimentales, incluent la perception visuelle, l'attention aux détails, l'habileté à repérer visuellement un motif tel qu'une figure cachée ou de reconnaître des motifs répétitifs..... Anna Remington et Jake Fairnie concluent que la perception auditive est également accrue, par comparaison avec les personnes non-autistes..
La nature des points forts dans l'autisme est cependant difficile à étudier de manière isolée : si l'attention aux détails constitue un avantage unanime, cette habileté s'associe à des désavantages tels qu'une anxiété accrue, une hypersensibilité et une inflexibilité. La neuroscientifique britannique Francesca Happé. et Simon Baron-Cohen, notamment, postulent que les avantages et les désavantages sont indissociables, constituant un style cognitif particulier aux personnes autistes. Ainsi, l'analyse des fonctions exécutives montre que des forces et des déficits sont correctement identifiés (en 2022), mais que si les déficits sont désormais bien étudiés, l'origine des points forts des fonctions exécutives des adultes autistes reste à découvrir..
James W. Tanaka et Andrew Sung citent ainsi l'exemple de la perception visuelle : les personnes autistes ont un déficit unanimement reconnu dans la reconnaissance des visages humains et évitent notoirement le contact visuel avec un tel visage, mais ce déficit coexiste avec un avantage reconnu dans l'identification visuelle d'objets, ces faits plaidant en faveur d'un évitement volontaire du contact visuel humain afin de diminuer la difficulté sociale qu'il induit.. Un autre exemple de désavantage coexistant avec un avantage est l'hypersensibilité sensorielle associée à l'hyperperception, qui conduit les travailleurs autistes à être qualifiés de moins « flexibles » que des travailleurs non-autistes.
Nobuo Masataka note que, dans des conditions identiques, les enfants autistes qui dessinent ont une préférence pour la représentation de sujets sans êtres humains, tandis que les enfants neurotypiques représentent prioritairement des êtres humains : il postule que cette particularité devrait être interprétée sous l'angle d'une neurodiversité, plutôt que sous celui d'un déficit social.. En 2024, la même remarque est formulée par une équipe de chercheurs en ce qui concerne le jeu des enfants autistes, historiquement interprété sous le seul angle déficitaire par comparaison aux enfants non-autistes, alors que le jeu des enfants autistes a des qualités spécifiques et que ces derniers décrivent leur manière de jouer comme une source de plaisir.. Un temps d'écran important s'associe à davantage de dépression et d'anxiété chez les enfants qui ne sont pas autistes, relation qui n'a pas été trouvée chez les enfants autistes : une hypothèse explicative serait que ces visionnages soient une source de stress en raison de la comparaison sociale chez les individus qui ne sont pas autistes..
Déclarations des personnes autistes et des parents En 2019, Ginny Russel et ses collègues publient une série d'entretiens structurés avec 28 adultes autistes et concluent que les avantages les plus souvent cités par les personnes concernées sont : .. Ils notent aussi des qualités morales : honnêteté, loyauté, empathie pour les animaux et pour les autres personnes autistes. Leur étude conclut que la mise en avant d'avantages spécifiques procède d'une , certains traits pouvant être décrits comme simultanément avantageux et désavantageux et les participants à leur étude ayant du mal à y faire la part de l'autisme.