Le Télégramme des Vosges est un quotidien régional français, paru entre et principalement dans les Vosges. Il s'agit d'un journal rattaché à l'Union Nationale Républicaine et dont la diffusion est notable : sont tirés en , puis en . En , le Télégramme des Vosges est racheté par la Presse de l'Est qui publie à Nancy L'Éclair de l'Est.
Histoire
Le fondateur Henri Barotte Henri Barotte, le fondateur du quotidien, est un abbé spinalien, déjà impliqué dans la presse régionale avant de créer le Télégramme. En , alors qu'il était nommé directeur du bureau des œuvres diocésaines par l'évêque Alphonse-Gabriel Foucault, il avait fait paraître le Bulletin paroissial vosgien, un périodique commun à toutes les paroisses du diocèse de Saint-Dié. En , il publiait le Foyer vosgien, un hebdomadaire qui deviendra la Croix de Lorraine. C'est le qu'est publié le premier numéro du Télégramme des Vosges.
La création du journal Le Télégramme des Vosges est né à Épinal d'une société anonyme créée en septembre- par Louis Calba, un commerçant de cette ville, et composée de Le Télégramme des Vosges, 4 novembre 1918, Ibid., 5 novembre 1918. Les principaux sont des industriels (), notamment Max Prud'homme, d'Épinal (20 actions), Émile Walter, de Granges-sur-Vologne, Charles Victor Hatton, de Lépanges-sur-Vologne, Paul Peters, d’Épinal, le maître de forges Albert de Pruines, de Semouse (10 actions chacun), Paul Feltz, d'Épinal (5 actions) et la société Witz et Feltz, Paul Vogelweith et son épouse (5 actions chacun), Jean Bouloumié, de Vittel, et d'autres. Des commerçants comme Calba (10 actions) ou Albert Wolfelsperger, d'Épinal (20 actions) représentent des actionnaires. Plusieurs ecclésiastiques () ont souscrit des actions, dont Henri Barotte (10 actions) et l'évêque de Saint-Dié, Alphonse-Gabriel Foucault (2 actions). Un seul homme politique compte parmi les actionnaires : Maurice Flayelle, député de la circonscription de Remiremont. À sa création, le capital de la société du Télégramme des Vosges est de Denis Dupoirieux, id., Jérôme Estrada de Tourniel, Les Quotidiens lorrains d'expression française pendant l'entre-deux-guerres (1919-1939) thèse de doctorat, Université de Metz, 1994, vol. 2, (Lire en ligne).
Aux premiers jours, le quotidien est entièrement rédigé sur une feuille dont les deux pages sont divisées en . Puis, à partir du numéro, le Télégramme paraît régulièrement en , ou . La première page comporte les informations nationales, tandis que les informations locales, la publicité et les petites annonces recouvrent les pages suivantes. Le journal n'échappe pas à la censure.
Évolution et dissolution de la société
Le capital de la société du Télégramme est augmenté en par nouvelles, souscrites notamment par l’industriel et ancien ministre Henry Boucher, sénateur des Vosges jusqu’en 1920 (), l'industriel du textile Max Prud’homme (), Paul Feltz (), Maurice Flayelle (). Il est porté en à Jérôme Estrada de Tourniel, op. cit., . Mais la mort de l'abbé Henri Barotte le amène les actionnaires réunis en une assemblée générale à dissoudre la société un mois plus tardLe Télégramme des Vosges, 13 janvier 1925.
Un contrat est alors passé en entre le groupe de presse catholique La Presse régionale et les liquidateurs du Télégramme, les industriels Max Prud'homme et Daniel Geistodt-Kiener, permettant au Télégramme des Vosges de conserver son identitéPhilippe Alexandre, La Presse périodique dans le département des VosgesJérôme Estrada de Tourniel, Les Quotidiens lorrains d'expression française pendant l'entre-deux-guerres (1919-1939) thèse de doctorat, Université de Metz, 1994, vol. 2, (Lire en ligne).
Édition vosgienne de L'Éclair de l'Est
Le journal devient à partir du l'édition vosgienne de L'Éclair de l'Est, quotidien nancéien publié par la Presse de l'Est et financé en partie par La Presse régionale. La société nancéienne lui conserve son caractère départemental, par le maintien de son titre et par la création d'un bureau de rédaction, d'administration et de publicité à Épinal, doublé par un second bureau à Saint-Dié et par un réseau de correspondants. La fabrication du journal, en revanche, se fait désormais à NancyJérôme Estrada de Tourniel, Les Quotidiens lorrains d'expression française pendant l'entre-deux-guerres (1919-1939), thèse de doctorat, Université de Metz, 1994, vol. 1, (Lire en ligne).
En , la Presse de l'Est passe sous le contrôle des parlementaires de Meurthe-et-Moselle de la Fédération républicaine, Louis Marin, nouveau président du parti, François de Wendel, magnat de l'acier, et Édouard de Warren. Dès lors, le Télégramme des Vosges devient le périodique de ce parti de droite dans les Vosges.
Le tirage du journal se stabilise entre et à exemplaires, bien moins que son rival, L'Express de l'EstJérôme Estrada de Tourniel, Les Quotidiens lorrains d'expression française pendant l'entre-deux-guerres (1919-1939), thèse de doctorat, Université de Metz, 1994, vol. 2, (Lire en ligne), de centre-gauche, fondé en 1921 et contrôlé jusqu'en par l'industriel protestant Paul Lederlin.
Le journal est financé par les industriels vosgiens de droite, représentés par Daniel Geistodt-Kiener (1881-1965), administrateur-délégué de la SA des tissus de Golbey, et Georges Laederich, entrés en au conseil d'administration de la Presse de l'Est et vice-présidents de la fédération vosgienne de la Fédération républicaine depuis cette date. En témoigne cette lettre de Laederich à Jules Dassonville, dirigeant de La Presse régionale et administrateur de la Presse de l'Est, en :
Dans les dernières années des années 1930, c'est Laederich, alors à la tête d'une officine patronale anticommuniste, qui contribue au financement de L'Éclair de l'Est et du Télégramme des Vosges, déficitairesJean-François Colas, Georges Laederich (1898-1969) : le combat d'un industriel vosgien contre le Front populaire et le communisme, 1934-1939, dans les Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 2018, .
Le journal cesse de paraitre le .
Ligne éditoriale
Les rédacteurs en chef et journalistes vignette|502x502px|Extrait du numéro du Télégramme : Jean Mory rédige un article à propos de l'empereur allemand Guillaume II. En , une enquête est organisée par le commissaire de police afin de déterminer qui se trouve aux commandes de ce journal. Elle indique alors que le gérant Roussel est un « réactionnaire militant » et que l'imprimeur Collot est « l’imprimeur de tous les journaux de la réaction et de toutes les feuilles religieuses ».
Henri Barotte confie tout d'abord le poste de rédacteur en chef à Jean Mory, originaire de Clermont-Ferrand. Ce dernier a auparavant travaillé à L'Est républicain de Nancy comme secrétaire de rédactionJérôme Estrada de Tourniel, Les Quotidiens lorrains d'expression française pendant l'entre-deux-guerres (1919-1939) thèse de doctorat, Université de Metz, 1994, vol. 2, (Lire en ligne)Denis Dupoirieux, id., . Dans le numéro du Télégramme le , Jean Mory expose le programme du journal centré autour de l'Union sacrée.
Le même rédacteur en chef tient des propos virulents contre l' empereur allemand Guillaume II dans le quatrième numéro du journal.
Mory quitte le Télégramme le pour redevenir secrétaire de rédaction du journal nancéien. plus tard, le poste est repris par Joseph Grave jusqu'en , avant que l'abbé Barotte ne reprenne lui-même la direction jusqu'à sa mort. Joseph Grave devient le cofondateur et le secrétaire général de la Fédération des catholiques vosgiens, affiliée à la Fédération nationale catholiqueLe Gaulois, 6 avril 1926, fondée en 1924 et présidée à l'origine par l'industriel Max Prud'homme, actionnaire du Télégramme. Grave est ensuite rédacteur en chef du quotidien L'Éclair comtois, à Besançon, de à « Notre nouveau rédacteur en chef », L'Eclair comtois, 28 juin 1928 : Licencié ès lettres, il a collaboré à L'Observateur de Reims, a été le secrétaire de rédaction du Havre-Eclair au Havre, rédacteur en chef de La Volonté nationale à Remiremont puis directeur du Télégramme des Vosges. .
Émile Meyer est journaliste au Télégramme des Vosges de à avant d'être appelé à Nancy pour devenir sous-directeur de L’Éclair de l’Est puis directeur en .
À la fin des années 1920, le rédacteur en chef est Joseph Ligier, qui quitte les Vosges début pour devenir rédacteur en chef du journal L'Alsace, à BelfortBulletin de la Société belfortaine d'émulation, 1931.
Henri Maire lui succède. Il est issu de la Moselle où son père travaille à l'imprimerie du journal messin Le LorrainLe Lorrain, 4 décembre 1933. Il a travaillé pour les quotidiens Le Messin puis Le Lorrain avant de venir s'installer dans les Vosges vers 1928-1929. Il est à la fois membre de la Fédération républicaine et des Jeunesses patriotes, préside à partir de 1933 le Centre vosgien d'action républicaine, sociale et agraire d'ÉpinalLe Télégramme des Vosges, 2 décembre 1933. et il se porte candidat, sans succès, aux élections législatives de 1936 à Épinal contre le sortant radical-socialiste, Marc RucartJean-François Colas, Georges Laederich (1898-1969) : le combat d'un industriel vosgien contre le Front populaire et le communisme, 1934-1939, dans les Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 2018, . Il quitte les Vosges fin pour faire carrière en Moselle, au Républicain lorrain"Dans la presse spinalienne", L'Express de l'Est, 28 août 1936, Ibid., "Un nouveau confrère", 13 septembre 1936, puis dans la Somme au Progrès de la Somme puis au Courrier picard après la Seconde Guerre mondialeJacques Béal, Histoire d'un quotidien régional, Le Courrier Picard, 1993 ; François Roth, Le Temps des journaux 1860-1940, Presses universitaires de Nancy, 1983, (confusion entre Le Télégramme des Vosges, L'Express de L'Est et La Liberté de L'Est).
Idéologie Le quotidien publie souvent des propos opposés au socialisme et au communismeLes deux images ci-dessous sont deux extraits. Le premier est écrit par Jean Mory dans lequel il tient des propos violents à l'égard de Pierre Renaudel, chef socialiste. Le second est écrit par Jacques Rozières qui qualifie le communisme de « pourriture qui a failli empoisonner les peuples les plus sains ». Le journal conserve ses positions conservatrices et cléricales au moins jusqu'en Denis Dupoirieux, id., , année à partir de laquelle sa publication dépend de L'Éclair de l'Est.
Lors des élections législatives de 1919 et 1924, les journalistes soutiennent les candidats de droite et s'attaquent aux partis politiques de gauche, comme le SFIO. La Première Guerre mondiale marque l'opinion vosgienne : les journaux de droite connaissent un plus grand succès dans les Vosges que ceux de la gauche, surtout dans les milieux ruraux. L'Express de l'Est, journal radical modéré et concurrent du Télégramme, est très consulté à Épinal mais il n'atteint les qu'en , alors que le Télégramme les tire dès , à la suite de son rachatPhilippe Alexandre, id., .
Le quotidien affiche à partir de les convictions des dirigeants lorrains de la Fédération républicaine et combat ses adversaires de gaucheJérôme Estrada de Tourniel, Les Quotidiens lorrains d'expression française pendant l'entre-deux-guerres (1919-1939), thèse de doctorat, Université de Metz, 1994, vol. 2, (Lire en ligne).
Notes et références Notes
Références
Articles connexes Médias en Lorraine La Presse régionale Liens externes Notice du Télégramme des Vosges, BnF Notice du Télégramme des Vosges, Limédia Kiosque, bibliothèque numérique du Sillon Lorrain Numéros du Télégramme des Vosges numérisés
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