La littérature francophone de la péninsule indochinoise désigne ici, principalement, l’ensemble de la production textuelle à l’époque de l’Indochine française, globalement entre 1850 et 1950, au temps de la domination coloniale (et depuis).

Contexte Les histoires histoire du Vietnam, du Laos, du Cambodge, mais aussi celles de la Thaïlande, de la Birmanie et de la Malaisie sont riches bien avant l’arrivée des Européens. En témoignent encore de nombreux aspects des cultures du Laos, du Cambodge, du Vietnam.

Avant 1500 : influences chinoises et indiennes Après mille ans de domination chinoise, dont les relations entre la Chine et l'Empire romain passent par les côtes de la péninsule (Da Qin, culture Óc Eo), l’indianisation de la péninsule Indochinoise se déroule approximativement entre le et le , avec introduction de l’hindouisme, du bouddhisme. Dans l’histoire de l'influence indienne en Asie du Sud-Est, le semble avoir été important. Ainsi, la période classique indonésienne (1293-1528) est réputée hindou-bouddhique. Toute la région a connu un grand nombre de principautés, royaumes, empires, migrations, invasions, rivalités, alliances, vassalités (Java, Chine)… et de très nombreuses zones échappant ou essayant d’échapper à toute domination (Zomia).

Relative islamisation (1000-1500) Sans doute dès l’an 1000, et l’Âge d'or de l'Islam, l’Insulinde (principalement Indonésie et Malaisie) est marquée également par l’expansion de l'islam. La diffusion de l'islam hors du monde arabo-musulman traditionnel s'explique en partie par la croissance des flux commerciaux. En témoignent la vague des , conçus comme autant de guides, et l’importance des géographes et cartographes dans le monde arabo-musulman médiéval. La diffusion de l'islam se fait en Indonésie et Malaisie dans le cadre de réseaux marchands, selon un mode de diffusion déjà utilisé pour le bouddhisme et le vishnouisme. Seul en Indochine, le royaume de Champa (Sud Viêt Nam) garde quelque trace d’une islamisation plus ancienne, portuaire, minoritaire, dans le peuple Cham.

Première vague d’Européens (1500-1750) : commerce et christianisme Les grandes découvertes des puissances européennes aux bouleversent la région et le monde, avec la (approximativement 1500-1800) : , missions chrétiennes d’évangélisation, commerce des épices, , nouvelles routes commerciales (1542-1565), mondialisation, impérialisme occidental.

Les premiers contacts de populations indochinoises (côtières) avec des commerçants chrétiens commencent après 1520, sans doute en 1533 pour le Viêt Nam. En 1535, à Da Nang, passe le commerçant corsaire, chrétien et portugais ( ?-1548). Hội An (ou Fai-Fo, au sud de Da Nang), considéré comme le meilleur port régional par les Chinois et les Japonais de l’époque, reçoit la visite plusieurs fois de commerçants et de missionnaires européens (espagnols, portugais, italiens et français).

C’est la rencontre de partenaires en recherche d’échanges, de marchés commerciaux, de protections équilibrées, d’ouvertures mesurées. Des traités inégaux permettent à tel ou tel État d’espérer se défaire des tutelles de ses proches voisins (chinois, javanais, siamois, annamites, etc.) et/ou de tel groupe minoritaire dérangeant. Les rivalités entre puissances locales s’adossent aux concurrences entre puissances maritimes arrivantes. Parmi ces États : Đại Việt (968-1802), Royaume de Champa (192-1832), Empire khmer (802-1863), Royaume de Siam (1350-1939), etc.

L’évangélisation des populations, ou du moins d’une modeste part d’entre elles, fait partie du rôle de l’. Alexandre de Rhodes (1591-1660), missionnaire jésuite, de retour d'Extrême-Orient (où il a effectué plusieurs séjours entre 1624 et 1645), convainc le pape d'envoyer trois évêques français volontaires, avec le rang de vicaires apostoliques en Asie en vue de créer un clergé autochtone bien formé et de s'adapter aux mœurs et coutumes du pays, sans ingérence dans les affaires politiques. Il est ainsi avec François Pallu (1626-1684) et Ignace Cotolendi (1630-1662), à l’origine de la création des Missions étrangères de Paris (1663).

Les premiers siècles de la présence française (et/ou européenne) sont marqués par le monopole missionnaire pour l’éducation (en dehors des traditionnelles écoles de pagodes (bouddhiques)), d’abord par la formation d’assistants, catéchistes ou catéchumènes indigènes, et d’interprètes. L’évangélisation, but ultime, passe par une forme de compréhension mutuelle (et de confiance), et, de fait, les premiers ethnographes sont des religieux. La langue liturgique du culte catholique reste le latin. La chrétienté est idéalement Res Publica Christiana.

. : . Christianisation et impérialisme semblent aller de pair, les religieux servant en quelque sorte d’éclaireurs.

Les pays indochinois sont des mosaïques multi-culturelles, multi-linguistiques : le Viêt Nam compte plus de 45 langues et 54 groupes ethniques, le Laos compte plus de 100 langues, et plus de et le Cambodge compte plus de 20 langues et .

La première mission chrétienne connue au Cambodge est menée dans les années 1550 par le missionnaire dominicain portugais Gaspard de Santa-Cruz (1520-1570), qui, dans ses mémoires, reconnaît lui-même l’échec de son entreprise. D’autres tentatives, dont celle de Fernão Mendes Pinto (1511-1583), se succèdent, mais les conversions restent rares. Le catholicisme au Cambodge reste donc embryonnaire, le catholicisme au Laos reste inexistant malgré la tentative du missionnaire catholique jésuite Giovanni Maria Leria au Lan Xang en 1642-1647, sous le règne de Surinyavongsa. Par contre, les chrétiens en Cochinchine et au Tonkin seraient déjà , même si leur nombre reste stable, jusqu'à la fin du , constituant de fait la première Église catholique au Vietnam.

L’économie de comptoir commercial est dans la grande région le fait de différentes compagnies privées : Compagnie française des mers orientales (1601), Compagnie française des Indes orientales (1664), Compagnie danoise des Indes orientales (1616-1729), Compagnie suédoise des Indes orientales (1731-1806), Compagnie britannique des Indes orientales (1600-1875), Compagnie autrichienne des Indes orientales (1775-1785), etc.

Impérialisme occidental en Asie (1750-1850) et christianisation

La concurrence commerciale, surtout pour l’Inde et l’Insulinde, est soutenue plus activement par les États et gouvernements européens : . Impérialisme occidental en Asie Collaboration militaire France-Vietnam (1787-1820) Da Nang et Poulo-Condore, territoires cédés à la France en 1787-1788, repris en 1795-1800

Des empires coloniaux se constituent, se confrontent et s’affrontent : Empire colonial français, Empire britannique (1707-1997), Indes orientales néerlandaises (1800-1949), Empire colonial néerlandais, Empire colonial portugais (1415-1999). Quelques voix européennes s’y opposent, dont l’abbé Raynal, Histoire des deux Indes (1770).

L’implantation religieuse chrétienne peut parfois susciter des problèmes, sociaux et politiques. Au Viêt Nam, les persécutions religieuses (dont celles de 1825), particulièrement à la suite de la rébellion de Lê Văn Khôi, fils adoptif du vice-roi Lê Văn Duyệt, contre l’empereur d’Annam Minh Mạng (1791-1841) et le martyre du Père Marchand (1803-1835), parmi tous les Martyrs du Vietnam (1625-1886), sont l’occasion d’exercer davantage de pressions sur les États locaux. Le soutien aux implications caritatives chrétiennes catholiques et aux missions catholiques aux , particulièrement en Indochine, est assuré entre autres par l’Œuvre pontificale de la propagation de la foi (1822, autour de Pauline Jaricot (1799-1862)), une des Œuvres pontificales missionnaires.

L'enseignement confessionnel catholique est vite suivi par un enseignement (pré)professionnel, pour former et préparer à travailler dans les familles de colons, mais plutôt dans les entreprises commerciales ou industrielles, (employabilité comme intermédiaires, facilitateurs, contremaîtres…), et également plus tard comme futurs auxiliaires de l'administration coloniale.

Colonisation et protectorats (1850-1940) L’Indochine n’attire guère les convoitises occidentales entre 1815 (Congrès de Vienne) et 1840. La colonisation française peut commencer après la conquête de l'Algérie par la France (pour l’essentiel 1830-1949).

Les interventions militaires navales (1843-1847), dont la Bataille de Tourane (Da Nang, 1847) relèvent de la diplomatie de la canonnière : campagne de Cochinchine (1858-1862), dont navires noirs et siège de Tourane (Da Nang, 1858-1860), guerre franco-chinoise (1881-1885) (dont flottille de Tonkin (1883), campagne de Lang Son, retraite de Lang Son), expédition du Tonkin (1883-1885), troupes coloniales (1900-1958). Se mettent en place des protectorats : Cochinchine française (1862-1946), Protectorat français du Cambodge (1863-1953), Protectorat français d'Annam (1883-1948), Protectorat français du Tonkin (1883-1948) , Protectorat français du Laos (1893-1954).

L’idéologie coloniale française, l’ambition d’assimilation coloniale s’accompagne de la mission d'exploration du Mékong (1866-1868). L’Indochine française s’établit : Liste des gouverneurs de la Cochinchine française, Liste des gouverneurs de l'Indochine française, Banque de l'Indochine (1875-1974, plantations, riziculture, exploitation minière, industries de transformation, infrastructures (programme routier, chemin de fer Nord-Sud du Vietnam), Institut Pasteur de Saïgon, etc.)… Mais aussi pour contrer le développement du nationalisme vietnamien (Mouvement Cần vương (1885-1895)), création de la Sûreté générale indochinoise (1917), avec détention d’opposants politiques à la prison de Lao Bảo, ou au bagne de Poulo Condor, ou relégation dans d'autres lieux. Au besoin, comme dans la répression du Mouvement Cần vương (1885-1895), le maintien de l’ordre peut être assuré par les tirailleurs indochinois et autres supplétifs (milices, Linh Co, partisans et garde civile indigène), et Légion étrangère .

Contrairement à l'Algérie française où vivent, en 1954, un million d'Européens parmi neuf millions d'indigènes musulmans, l'Indochine n'est pas une colonie de peuplement mais pour l'essentiel une entité vouée à l'exploitation économique des ressources naturelles locales. La présence européenne, qui évolue au fur et à mesure de l'agrandissement et de la consolidation des possessions et des changements économiques, se concentre surtout aux deux extrémités de la péninsule et se limite à des petites unités dans le reste du territoire. Il faut par ailleurs tenir compte du fait que l'organisation et la fiabilité des recensements sont très aléatoires. Voir Populations de l'Indochine française.

La population des Européens et assimilés ne dépasse pas, vers 1930, (colons (11 %), fonctionnaires (19 %), militaires (59 %), missionnaires (1 %)), pour environ , soit largement moins de 1 %. Il s’agit d’une minorité allogène, globalement privilégiée, Pondichéryens compris, à laquelle il convient d’ajouter un important métissage, avec de nombreux enfants métis abandonnés et ostracisés. Parmi les indigènes (et assimilés), l’administration coloniale est forcée de se fier aux notables, aux lettrés (système vietnamien de mandarinat avec examens spécifiques), tout en se méfiant de ces gens âgés et aisés, et en préparant l’avènement de nouvelles élites (francophones, francotropes et francophiles). La population des Chinois ou assimilés est à la même époque estimée à , soit près de 2 %.

Le Cambodge connaît en 1867 sa première école laïque (pour la famille royale), la première école française en 1873, un collège français en 1893 (futur Lycée Sisowath (1933)), et la scolarité est déclarée obligatoire en 1930 : enseignement primaire et secondaire au Cambodge.