Le Southern Cross est un monoplan trimoteur Fokker F.VIIb/3m. Initialement dénommé Detroiter, l'avion prend part à l'expédition arctique Detroit News-Wilkins. Il s'écrase en Alaska en 1926. L'explorateur australien Huber Wilkins le récupère mais le considère trop grand pour ses expéditions. En 1928, il le revend à ses deux compatriotes Charles Kingsford Smith et Charles Ulm. Ceux-ci ont pour idée de traverser, pour la première fois de l'histoire, l'océan Pacifique en avion. Après divers déboires financiers, le philanthrope américain George Allan Hancock rachète le Southern Cross et le prête aux deux aviateurs. Ces derniers, accompagnés de James Warner et Harry Lyon s'élancent d'Oakland aux États-Unis le . Après une traversée tumultueuse et deux escales, une à Hawaï et l'autre aux Fidji, le Southern Cross se pose à Brisbane en Australie, devant une foule importante. Il prolonge son voyage jusque Sydney. Le Southern Cross vient de franchir une distance d'environ .

Cette traversée est une première à plus d'un titre. Outre le record dû à la traversée, c'est la première fois qu'un avion est en liaison radio avec des journaux. L'équipage transmet en direct diverses dépêches.

Detroiter Initialement baptisé Detroiter, le Southern Cross est un Fokker F.VIIb/3m destiné à l'exploration polaire. Il est utilisé lors de l'expédition arctique Detroit News-Wilkins. L'avion s'écrase en Alaska en 1926. Il est récupéré et réparé par le chef de l'expédition australienne, Hubert Wilkins. Vol transpacifique

Charles Kingsford Smith et Charles Ulm alt=Photographie noir et blanc des deux aviateurs.|vignette|Charles Kingsford Smith et Charles Ulm après l'atterrissage du Southern Cross à Brisbane le et la traversée réussie de l'océan Pacifique. Le , Charles Lindbergh se pose en France après avoir traversé l'océan Atlantique, devenant le premier aviateur à effectuer un tel périple en solitaire et sans escale. C'est un retentissement mondial.

L'aviateur australien Charles Kingsford Smith, vétéran de la Première Guerre mondiale, apprend la nouvelle. Depuis plusieurs années, ce dernier pense à entreprendre la traversée de l'océan Pacifique en avion, ce qui n'a jamais été accompli. Devant la menace potentielle de Lindbergh qui pourrait tenter une telle traversée, surtout qu'il est désormais mondialement connu et à l'aise financièrement, Charles Kingsford Smith se dit que c'est le moment idéal pour tenter l'aventure. Depuis un peu plus d'un an, Charles propose des vols avec la , une compagnie aérienne australienne. Son nouveau collègue, Charles Ulm, semble partager son envie pour tenter la traversée du Pacifique, cependant pour des raisons différentes. Si Charles Kingsford Smith y voit le prestige et la beauté de la chose, Charles Ulm est plus intéressé par l'aspect financier et le potentiel avenir de l'aviation civil. Convaincus, ils se lancent dans ce projet fou. Malheureusement, ils n'ont pas l'avion nécessaire pour un tel périple.

Pour ramener les fonds nécessaires, ils battent durant l'été 1927 avec un Bristol Tourer, avion civil dérivé du Bristol F.2, le record de durée pour le tour d'Australie en avion, effectuant celui-ci en moins de . alt=Photographie de face de l'avion avec les trois moteurs bien visibles.|gauche|vignette|Le Southern Cross vu de face avec ses trois Wright Whirlwind. Auréolés de leur record, ils embarquent vers les États-Unis pour trouver un avion capable de les faire traverser l'océan Pacifique. L'idée initiale est d'utiliser un avion de la Ryan Aeronautical Company, un modèle si possible proche du de Charles Lindberg. Charles Ulm arrive à se faire sponsoriser, à la fois par la compagnie pétrolière Vacuum Oil Company et par le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud. Malheureusement, leur sponsor ne leur fournit pas le bon avion. Le choix, le plus logique à l'époque, se porte désormais sur un Fokker F.VIIb/3m. C'est avec un avion de ce type que Albert Francis Hegenberger et Lester J. Maitland ont effectué le premier vol de l'histoire vers Honolulu en 1927 et que l'explorateur américain Richard Byrd tente le survol du Pôle Nord en 1926. Ils contactent Hubert Wilkins et lui rachètent le Detroiter. Le problème est que le Detroiter est vendu sans moteur ni instruments, et que les finances des deux aviateurs australiens sont limitées. Ils arrivent à sécuriser assez de fonds, notamment avec l'aide généreuse de l'homme d'affaires australien et philanthrope Sidney Myer. Pour les moteurs, ils s'équipent de trois Wright Whirlwind. Pour les obtenir, ils doivent jouer de leur relation, à travers l'ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, pour récupérer ces moteurs initialement prévu pour l'armée américain, ceux-ci étant particulièrement demandés à l'époque. Le Detroiter est finalement renommé Southern Cross (Croix du Sud en français).

George Allan Hancock alt=Portrait noir et blanc.|gauche|vignette|George Allan Hancock en 1921 (ou avant). Pour la traversée du Pacifique, le Southern Cross doit être modifié en profondeur, notamment en y ajoutant les instruments nécessaires à la navigation, une radio, des réservoirs supplémentaires ainsi qu'un train d'atterrissage renforcé. Charles Ulm, qui est seul responsable des finances, se rend vite compte que l'argent s'amenuise. Pour aggraver la situation, les sponsors des deux hommes se retirent.

Devant la situation, les deux hommes tentent de battre à un nouveau un record pour attirer la presse. Cette fois, il s'agira du record d'endurance. Charles Kingsford Smith, accompagné de George Pond, un aviateur qu'Hubert Wilkins lui a imposé pour apprendre à voler sur un tri-moteur, tentent cinq fois de battre le record mais n'y arrivent pas.

Désespérés, les deux australiens finissent par rencontrer George Allan Hancock, un américain qui a fait fortune grâce au pétrole. Devenu philanthrope, ce dernier rachète le Southern Cross et les différentes dettes des aviateurs.

L'équipage alt=Photographie noir et blanc de l'équipage.|vignette|Équipage du Southern Cross. De gauche à droite : Harry Lyon - navigateur, Charles Ulm - copilote, Charles Kingsford Smith - pilote et James Warner - opérateur radio. alt=Photographie du cockpit.|vignette|Cockpit avec l'instrumentation rudimentaire du Southern Cross. Dans un sentiment nationaliste, les deux Charles souhaiteraient garder un équipage purement australien. Ils proposent à Hubert Wilkins de les accompagner, mais celui-ci n'est pas intéressé. George Pond, qui a formé Charles Kingsford Smith au pilotage du Fokker, est la personne idéale mais est américain et Charles Ulm ne s'entend pas avec. Il est donc finalement décidé que Charles Ulm sera le copilote sur ce vol, même si c'est loin d'être un pilote expérimenté et qu'il ne possède pas sa licence. Le Southern Cross n'est un appareil facile, ne proposant par exemple aucune compensation de profondeur, de gouvernail ou d'aileron, ni d'horizon artificiel. Il demande donc une constante attention, une force importante et une expérience pour être piloté.

Il est entendu que Charles Kingsford Smith se chargera du pilotage lors des conditions météorologiques moins favorables. George Allan Hancock leur impose également un navigateur et un opérateur radio. Ils ne trouvent pas de navigateur australien et choisisse finalement le capitaine Harry Lyon, alors âgé de . Il est engagé comme navigateur jusque Suva, capitale des Fidji. Après, les deux aviateurs australiens pensent qu'ils peuvent rallier seul l'Australie.

Harry recommande Jim Warner comme opérateur radio. Ils avaient combattu ensemble durant la Première Guerre mondiale. Tout comme Harry, Jim doit être débarqué à Suva.

Le Southern Cross se voit équiper des dernières technologies de l'époque pour la radio. Notamment, il peut recevoir des informations des stations au sol pour corriger sa course ainsi qu'aider à la localisation en mer en cas de problème. L'avion reste cependant bien loin des standards actuels. Outre un cockpit ouvert, des moteurs assourdissant, le navigateur et l'opérateur radio sont séparés physiquement des deux pilotes par un réservoir de carburant. Seul un système bricolé rapidement leur permet de se passer des messages.

Oakland - Honolulu alt=Photographie de la couverture.|vignette|Couverture de la première édition du livre descriptif du vol. On y voit le trajet effectué par l'avion. Le , les quatre hommes se prépare à s'envoler d'Oakland devant une foule de plusieurs centaines de personnes. Le décollage est loin d'être évident, le Southern Cross est particulièrement chargé, transportant plus de de carburant. Le moteur central leur joue des tours et s'arrête après . Sans les trois moteurs, il est impossible pour l'avion de décoller. Après un redémarrage des trois moteurs, le Southern Cross finit par s'élancer, atteignant la vitesse de , et s'envole définitivement, gagnant lentement de l'altitude. Ils sont entourés d'avions les photographiant.

Les signaux radios de la station sol de San Francisco, qui leur permettent de se repérer et d'éventuellement aider à les secourir en cas d'avarie moteur, sont captés parfaitement.

Durant ce début de traversée, Charles Ulm transmet, en morse, des dépêches en direct à deux journaux, l'Examiner (San Francisco) et le The Sun (Sydney). C'est la première fois au monde qu'un avion transmet des informations à un journal en direct, en plein vol. Les données, bien vites captées par d'innombrables personnes et sont alors vendues à des journaux concurrents ou à l'Associated Press, ce que ni Charles Ulm, ni les deux journaux sponsors, ne peuvent empêcher. Le Southern Cross est en communication radio constante avec des navires, dont le Niagara, et la côte durant le vol grâce à quatre émetteurs et trois récepteurs alimentés par une turbine à air fixée au fuselage sous le cockpit. Les émetteurs comprennent un poste à ondes courtes de fonctionnant à de longueur d'onde et deux postes de fonctionnant à , avec un poste d'urgence étanche à capable de fonctionner huit heures sous l'eau. Les récepteurs, qui partagent un amplificateur audio commun, comprennent un récepteur à ondes courtes, un récepteur à ondes longues et une balise.

Après , ils perdent, comme prévu, la communication avec la station de guidage de San Francisco. Il leur reste un peu plus de à couvrir pour rejoindre Honolulu et capter la station de guidage d'Honolulu. Durant la traversée, ils rencontrent le Maliko et , qu'ils survolent en cercle, envoyant des signaux lumineux pour indiquer leur présence et s'identifier.

La traversée se déroule très bien, à faible altitude pour économiser du carburant. Néanmoins, dans la soirée, ils se rendent compte qu'ils ont sans doute déviés de leur trajectoire. Ils n'arrivent pas à capter la station de Wheeler Field situé près d'Honolulu alors qu'ils sont situés à de celle-ci. Un des deux petits générateurs éoliens est tombé en panne et ils ne peuvent changer les batteries de l'émetteur et du récepteur à ondes courtes. De plus, des îles semblent se dessiner à l'horizon, pour finir par n'être que des nuages. Le sextant ne donne pas non plus entièrement satisfaction à Harry Lyon. L'équipage pense donc est perdu au milieu du Pacifique. Finalement, Harry Lyon arrive à capter la station de Hilo grâce à l'émetteur ondes longues et l'équipage corrige la trajectoire. Après plus de de vol, le Mauna Kea se profile à l'horizon et ils se posent à Hawaï, étant accueillis triomphalement par plus de . Épuisés et assourdis par les moteurs, l'équipage est escorté et passe la nuit à Waikiki.

Honolulu - Suva