Jean de Médicis (), né le à Florence et mort à Rome le , est le de l’Église catholique sous le nom de (en latin , en italien , ou ) de 1513 à 1521. Il est le second fils de Laurent le Magnifique et de Clarisse Orsini.
Jeunesse
Très jeune, ses parents le destinent à l'état ecclésiastique. Il a plusieurs précepteurs hommes de lettres : Niccolò Michelozzi, secrétaire de son père, écrivain et homme politique, les humanistes Ange Politien, Démétrius Chalcondyle et Gregorio da Spoleto. Il se lie d'amitié avec son cousin Jules, futur pape , et avec Bernardo Dovizzi, futur cardinal Bibbiena, qui restent proches de lui toute sa vie. Il reçoit la tonsure en 1482, puis connaît une série de promotions dues au pouvoir et à la richesse de ses parents. En 1483, il est nommé protonotaire apostolique par . Il reçoit en 1486 la célèbre abbaye du Mont-Cassin, fondée par Benoît de Nursie, en commende.
En 1489, alors qu'il a seulement , il entre à l'université que son père a rétablie à Pise, et étudie pendant trois ans la philosophie et la théologie. La même année, toujours à l'âge de , il devient cardinal. au titre de Santa Maria in Domnica des mains d'. Il doit néanmoins s'abstenir de porter les insignes de sa dignité jusqu'en 1492, à 17 ans. Cette année-là, il participe au conclave qui porte au trône Rodrigo Borgia sous le nom , élection à laquelle le cardinal Médicis est farouchement opposé. Il semble avoir été parmi les cardinaux n'ayant pas accepté de pot-de-vin de la part d'Alexandre VI pour voter pour lui..
Après l'élection, il retourne à Florence, où son père vient de mourir. Sa famille est expulsée de la ville en 1494, et il doit lui-même fuir, accoutré en franciscain. Il mène alors une vie de dilettante, conservant cependant des mœurs personnelles plus réservées que celles de ses collègues cardinaux, la maladie de , en 1511, lui ayant donné l'idée de se porter candidat à sa succession. La même année, il est nommé légat à Bologne et en Romagne. En 1512, alors qu'il séjourne avec l'armée pontificale, il est fait prisonnier à la suite de la bataille de Ravenne. Il réussit à s'évader, alors que sa famille regagne le pouvoir à Florence.
Le , meurt et Jean de Médicis est élu pape le suivant, sous le nom de . Selon certaines sources, afin de maximiser ses chances d'être élu, il aurait fait croire à ses frères cardinaux qu'il était très malade, afin de les persuader que son pontificat ne serait pas long
Pape s'avère un grand protecteur des arts. Il fait travailler pour lui Raphaël, qui peint son portrait, que l'on peut admirer de nos jours à la galerie des Offices de Florence. Raphaël achève également les chambres (stanze) du palais pontifical commandées par . Il commande une édition critique de Dante et constitue une grande collection de manuscrits.
Par ailleurs, il donne au début de son règne des fêtes fastueuses (dont celle donnée à l'occasion de son intronisation, qui coûte la somme - faramineuse pour l'époque- de 100 000 ducats)., ce qui a pour résultat de dilapider la fortune laissée par . a alors recours à la création d'offices et à la vente d'indulgences, moyen auquel a déjà eu recours pour financer la reconstruction de la basilique Saint-Pierre.
En 1514, le pape Léon X approuve l'union de l'abbaye Saint-Honorat de Lérins à la congrégation de Sainte-Justine de Padoue et à l'abbaye du Mont-CassinJean-Marie Le Gall, « Le temps des réformes bénédictines », dans Histoire de l'abbaye de Lérins, Bellefontaine, 2005, .
Par une bulle du , Léon X étend les privilèges donnés par ses prédécesseurs aux religieuses de l'abbaye Saint-Félix-de-Montceau à GigeanAbbé Émile Hollier (curé de Sainte-Ursule-de-Pézénas), Histoire de l'abbaye de Gigean (Saint-Félix-de-Montceau), Pézénas, chez l'auteur, 1925, , p.119/238.p. Plan.
Sous son règne se déroule l'affaire Reuchlin : Jean Reuchlin, auteur d'une grammaire de l'hébreu, soutenu par les humanistes de l'époque, affronte l'Inquisition au sujet du Talmud. En 1515, prend parti en faveur du savant. Il s'entoure d'amis d'Érasme et paraît ouvert aux idées nouvelles. Il importe de savoir que son éducation a été soignée, ayant eu pour tuteur dans sa jeunesse le philosophe Marsile Ficin. Il a appris le grec avec Déméter Chalcondyle et la philosophie avec Bernardo da Bibbiena.
Le , il signe avec François le traité de Viterbe, par lequel il reconnaît à François le titre de duc de Milan, en échange de sa protection.
Concordat de Bologne
En , le roi de France vient à sa rencontre, et en 1516, après plusieurs décennies de crise entre la papauté et le royaume de France, le concordat de Bologne est signé, par l'intermédiaire du chancelier Antoine Duprat. Il abroge la Pragmatique Sanction édictée en 1438 par le roi , ordonnance qui limitait fortement les interventions du pape dans la nomination du clergé de France, et en contrepartie donne au roi un pouvoir sur l’Église catholique dans son royaume, en lui permettant notamment de nommer désormais la plupart des responsables ecclésiastiques, évêques et abbés.
Réaction à la réforme luthérienne
vignette|redresse=1.4|Affiche du centenaire de la réforme protestante allemande, illustrée par le rêve prophétique de Frédéric III de Saxe au sujet de l'affichage par Luther des 95 thèses à Wittemberg ; on voit à gauche Martin Luther écrivant sur une porte d'église avec une grande plume, dont la pointe traverse les oreilles d'un lion, faisant tomber la tiare du pape . La gravure porte un titre en allemand et en latin, et incorpore beaucoup de texte, dont des citations de la Bible, et l'identification des personnages importants.
Son pontificat est confronté aux prémices de la réforme protestante. C'est dans cette optique que Martin Luther, en août 1518, lui dédie ses Resolutiones. Jusqu'alors, ne s'est guère préoccupé de théologie. Néanmoins, Luther est déjà accusé d'hérésie. lui envoie en octobre un légat apostolique, le cardinal Thomas Cajetan, général des dominicains, à la diète d'Augsbourg. Luther refuse de se rétracter. Conciliant, poursuit dans la voie de la diplomatie en chargeant son nonce apostolique allemand, Karl von Miltitz, de négocier une réconciliation. Ces tentatives de conciliation tiennent davantage de la politique que de la théologie, pour laquelle n'a pas grande affinité. Le pape souhaite alors ménager Frédéric le Sage et empêcher, si possible, le futur Charles Quint — dont il redoute l'ascendant — d'être élu empereur du Saint-Empire. En vain, le petit-fils de l'empereur est élu en 1519.
, ne souhaitant pas de rupture avec Luther, revient sur les questions théologiques. Mais, entre-temps, Luther s'est fait le champion de la nation allemande. Le , fulmine la bulle Exsurge Domine, condamnant les positions de Luther. Cependant, Luther brûle la bulle papale en place publique le soir de Noël. Le , Léon X excommunie le moine saxon par la bulle Decet Romanum Pontificem. meurt peu après, à seulement .
Selon Michel de Montaigne, Léon X serait mort d'une fièvre provoquée par « un excès de joie », après avoir pris connaissance de la prise de Milan. Cependant, des rumeurs ont couru comme quoi il avait en réalité été empoisonnéRoscoe, William. Vie et pontificat de Léon X. France, Gide fils, 1813., p.550. Malespina, un de ses domestiques, fut même accusé du méfait et emprisonné au château Saint-Ange avant d'être relâché, faute de preuvesHistoire de Philippa de Gueldre, reine de Sicile et de Jérusalem, duchesse de Lorraine et de Bar, religieuse de l'ordre de sainte Claire, morte en odeur de sainteté au pauvre monastère de sainte Claire de Pont-au-Mousson par.... France, Librairie catholique Baratier et Dardelet, 1889.,p.420.
Un pape mécène Esthète, cultivé, , fils de Laurent le Magnifique, offre l'image typique d'un prince de la Renaissance. En 1513, il contribue à la réunion de deux institutions romaines érudites et appauvries : le Studium sacri palatii (le Collège du Sacré-Palais) et le Studium urbis (le Collège de la Ville), dès lors l'université de Rome (logée dans un édifice surnommé Sapienza). De tous les papes, il reste avec le plus grand des mécènes. Rome lui doit quantité de chefs-d'œuvre. Par ailleurs, nul historien n'a pu lui imputer de crimes comparables à ceux d' ou d'.
Succession apostolique Léon X a ordonné les évêques suivants : Cardinal Lorenzo Pucci (1513) Évêque (1515) Évêque (1516) Pape Clément VII (1517) Cardinal Ferdinando Ponzetti (1517) Pape Paul III (1519)
Une citation apocryphe fameuse Le polémiste anglais anticatholique John Bale (1495-1563), dans un pamphlet contre la papauté : Acta Romanorum Pontificum, traduit en anglais par en 1574 sous le titre The Pageant of the PopesJesse W. Harris, John Bale, a study in the minor literature of the Reformation, Library of English Renaissance literature, Ayer Publishing, 1970, , extraits sur Google Books. mit dans la bouche de une réponse au cardinal Pietro Bembo, citation apocryphe qui allait devenir célèbreElizabeth M. Knowles, What they didn't say : a book of misquotations. (en latin « Quantum nobis nostrique ea de Christo fabula profuerit, satis est omnibus seculis notum », en français « On sait de temps immémoriaux combien cette fable du Christ nous a été profitable. »).
La même légende semble avoir été déjà colportée sur puisque Voltaire écrit dans L’Essai sur les Mœurs qu’au cours du procès intenté par Philippe le Bel à la mémoire de treize témoins auraient déclaré avoir entendu dire à ce pape : « Ah ! que de biens nous a faits cette fable du Christ ! » Voltaire ajoute d’ailleurs : « Le grand nombre de témoins fortifie ordinairement une accusation, mais ici il l’affaiblit : il n’y a point du tout d’apparence qu’un souverain pontife ait proféré devant treize témoins ce qu’on dit rarement à un seulŒuvres complètes de Voltaire, .. »
Notes et références
Notes
Références
Annexes
Bibliographie . Gonzague Truc, Léon X et son siècle, Grasset, 1941. Yves-Marie Hilaire, Histoire de la papauté. de mission et de tribulations, Seuil, « Points », 2003. Arthur Heulhard, Histoire abrégée de l'Église de Jésus-Christ, principalement pendant les siècles du Moyen Âge, éd. Émile Guers, 1908. Fred Bérence, Les Papes de la Renaissance, Éditions du Sud & Albin Michel, Paris, 1966. Alfred Jourdain, Les Médicis, Éditions Rencontre, Lausanne, 1968. Amin Maalouf, Léon l'Africain. Le pape Léon X apparaît dans la , « le livre de Rome ». Capturé par des pirates siciliens, Hassan el-Wazzan est offert en cadeau à Léon X, qui le nomme Jean-Léon de Médicis dit Léon l'Africain. Apparition aussi du Cardinal Jules, cousin de Léon X, qui deviendra le Pape Clément VII.
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Liens externes
Catholic Encyclopedia : Pope . Vita Leonis Decimi. Vie de (en latin) par Paul Jove.
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