Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc, né à Dijon en 1722 et mort à Dompierre le est un juriste, conseiller du Parlement de Bourgogne et collectionneur d'objets d'art français.

Biographie

Naissance et famille Jean-Baptiste-François Jehannin, seigneur de Chamblanc, naît à Dijon le . Il est le fils d'Antoine Jehannin-Arviset, conseiller au Parlement de Bourgogne, et de Jeanne Mouchevaire, fille du défunt Jean-Baptiste Mouchevaire, trésorier de la chambre des comptes de Dijon. Il a une sœur, Claire Philiberte Jehannin. La première mention de la famille Jehannin remonte à la toute fin du , où elle apparaît comme une famille de marchands fortunés appartenant à la bourgeoisie de Louhans, originaire de Sagy. Elle accède pour la première fois à la profession d'avocat en 1586, lorsque Jean Jehannin, fils de Philibert Jehannin et Pernette Gaillard, abandonne le métier de marchand. Après avoir occupé de nombreuses charges magistrales qui hissent les Jehannin au sommet de la société et consolidé une ascension financière fulgurante tout au long des , la famille obtient un titre de noblesse en 1689. La famille appartient à ce qu'on appelle la noblesse de robe au siècle des Lumières. Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc est le dernier d'une longue ligné d'avocats et de parlementaires bourgignons, dont le plus connus est son grand-père François-Claude Jehannin, que l'on surnomme « le Papinien de la Bourgogne » par Bernard de La Monnoye. Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc se distingue par ses excentricités ainsi que par son engagement dans la vie culturelle dijonnaise.

Le , à trente-deux ans, Jehannin de Chamblanc épouse Catherine Parigot de Santenay, fille de Philibert Parigot de Santenay, conseiller secrétaire du roi à Dole en 1729 et conseiller au Parlement de Metz. De leur union naît un fils, Antoine-Henri, qui meurt cependant en bas âge, seulement deux jours après sa naissance. On lui prête également plusieurs liaisons extraconjugales : il aurait eu pour maîtresse Mademoiselle de Crône, avec qui il entretient une correspondance amoureuse, mais aussi Madame de La Marche, née Berbis, épouse du premier président du Parlement de Bourgogne, ainsi que Mademoiselle Davot, à qui il lègue une montre en or dans son testament. Devenu veuf en 1767, il ne se remarie pas.

Parcours personnel et vie adulte Sa première formation se déroule au collège jésuite des Godrans de Dijon (aujourd’hui la Bibliothèque patrimoniale et d'étude), puis à la faculté de droit. À dix-neuf ans, Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc intègre le Parlement de Bourgogne, où il exerce la charge de conseiller de 1741 à 1761. En 1761, à trente-neuf ans, il renonce à sa carrière de conseiller à la Tournelle, chambre du parlement dijonnais jugeant les procès criminels, après avoir accompli les vingt années réglementaires de magistrature, pour se consacrer pleinement à ses collections et à ses études. Le métier ne semble pas l’avoir satisfait intellectuellement, car dès 1755, il écrit au président Fyot de la Marche: « Nous ne faisons autre métier que de balayer avec nos queues traînantes le parquet poudreux de la Tournelle, où nous nous ennuyons à déchiffrer de vieilles paperasses qui ne valent pas assurément les inscriptions lapidaires ».

À l’instar de son oncle Philibert Jehannin de Chamblanc – qu’il fréquente sans doute assidûment –, Jean-Baptiste-François se passionne pour les arts, les lettres et la poésie. En 1752, à seulement trente ans, il est déjà reconnu pour sa vaste culture et son érudition, une notoriété qui l’établit dans la ville de Dijon et même au-delà, auprès de savants, tels que Georges-Louis Leclerc de Buffon ou Antoine-Laurent de Jussieu. La ville de Dijon regorge de bibliothèques savantes et patrimoniales réputées, comme celle du président Bouhier et bien d'autres (Févret de Fontette, Du Thilliot, De Ruffey, Quarré de Quintin, etc.). Cette notoriété incite Gilles Germain Richard de Ruffey, président de la Chambre des comptes de Bourgogne et ami de Voltaire, à l’inviter à devenir l’un des membres fondateurs d’une société littéraire. Inspirée de celle de Jean Bouhier, président du Parlement de Bourgogne, à laquelle son oncle avait appartenu, cette société réunit Charles de Brosses et son frère, M. de Tournay, l’abbé Espiard de La Borde, Charles-Marie Févret de Fontette (dont la collection d’estampes est aujourd’hui à la Bibliothèque nationale), ainsi que l’abbé Legouz ; tous sont plus ou moins cousins, faisant de ce cercle une véritable « association familiale ». Le président Ruffey écrit à son sujet : « Monsieur de Chamblanc [...], possédait le germe de tous les talents pour lesquels il avait les plus heureuses dispositions ; il effleure toutes les sciences, mais, soit par paresse, soit par inconstance, il n’en approfondit jamais aucune. Il avait la physionomie et l’humeur sombres et affectait en tout la singularité, dans l’intention de se faire remarquer... ». Il consacre toute sa fortune à sa collection et constitue une bibliothèque remarquable par ses volumes enluminés, principalement consacrés aux sciences naturelles et issus de toute l’Europe.

Il présente un grand intérêt pour les sciences, une discipline enseignée au collège des Godrans, qui possédait l'un des laboratoires les mieux dotés de France à cette époque. Louis-Gabriel Michaud, auteur du Dictionnaire de biographie universelle ancienne et moderne, paru en 1843, présente Jehannin de Chamblanc comme se livrant « plus exclusivement à l'étude de l'histoire naturelle, composant pour son usage personnel plusieurs traités d'histoire naturelle ». Des Marches parle lui aussi de son intérêt pour les sciences et l'histoire naturelle dans son Histoire du Parlement de Bourgogne de 1733 à 1790.

Jehannin de Chamblanc est doué pour les langues : il parle couramment l'anglais (il possède 450 ouvrages en anglais, dont de nombreux romans), l'allemand (plus de 700 titres dans cette langue, traitant principalement des sciences, de la physique et de la botanique) et l'italien (plus de 150 livres de poésie et de théâtre). Il possède également quelques ouvrages en grec et en espagnol. À l'inverse du latin, qu'il a appris au collège, ces langues n'y sont pas enseignées. Il s’intéresse également aux langues régionales et étrangères, comme le groenlandais, le chaldéen, l'hébreu, le huron ou le tibétain, alors considérées comme « exotiques ». Pour cela, il rassemble de nombreux dictionnaires spécialisés, environ 450 selon l'inventaire des saisies révolutionnaires et différents livres de grammaire. Certaines sources rapportent qu’il maîtrise 17 langues et qu’il a traduit un « livre chinois de botanique ». Richard de Ruffey ajoute : « Cependant aimable quand il voulait, ayant l’esprit orné et beaucoup de mémoire, ce qui rend sa conversation fort agréable ; il s’attarde toujours sur des sujets singuliers et sur les choses les moins connues des pays les plus éloignés... ».vignette|Portail de l'hôtel particulier de la famille ChamblancGrâce à un patrimoine financier important, attesté par des contrats d’emprunts royaux, il se constitue d’importantes collections variées, qu’il expose dans son hôtel particulier situé rue Chanoine à Dijon (actuellement 33 rue Jeannin). Au fil des années, celles-ci s’accroissent tellement qu’il est contraint de transformer son hôtel en y faisant construire deux galeries attenantes. Celles-ci abritent sa bibliothèque et des cabinets spécialisés.

Pendant près de quarante ans, Jehannin de Chamblanc amasse, organise et entretient sa collection avec une minutie extrême. Il se défait de sa formation initiale d'avocat pour se créer une réputation de collectionneur et d'érudit particulièrement éclairé dans certains domaines, tels que les sciences naturelles. De 1763, année où il hérite de son patrimoine, jusqu'à 1789, année où il quitte Dijon, Jean-Baptiste-François vend progressivement ses titres et ses biens immobiliers pour se consacrer exclusivement à son intérieur et à ses collections.

Mort et héritage En 1789, malade, Jehannin de Chamblanc part en cure sur les conseils de son médecin. Il commence par prendre les eaux en Auvergne en 1790, avant de se rendre en Suisse en 1792, voulant se rendre à Yverdon. Trop affaibli pour voyager plus loin, il est contraint de s'installer à Dompierre, près de Fribourg. Miné par la maladie, il ne quitte plus Dompierre, où il s’éteint le , sans avoir pu revenir à Dijon.

Collections de Jehannin de Chamblanc À partir de 1750 environ, Jehannin de Chamblanc se lance dans la constitution d'une collection de type encyclopédique. En quelques décennies, il assemble dans son hôtel particulier une collection particulièrement importante et hétéroclite. Celle-ci est estimée à près de 20 000 ouvrages, au moins 10 000 estampes et gravures, des dessins, ainsi que 284 tableaux. D’autres sources évoquent jusqu’à près de 20 000 à 25 000 estampes et dessins. S'y ajoutent un cabinet de chinoiseries, des bronzes, des armes, des émaux, 3 000 empreintes et moulages d’intailles. Jehannin avait également un cabinet de physique avec plus de 800 instruments et un cabinet d’histoire naturelle.

Plusieurs sources permettent de connaître la composition de la collection :

l'inventaire des estampes, rédigé par Jehannin de Chamblanc lui-même et complété par des annotations des commissaires révolutionnaires en 1792 le catalogue de la bibliothèque, également dressé par le collectionneur mais malheureusement lacunaire les inventaires dressé par les commissionnaires dans le cadre des saisies révolutionnaires, conservés au archives départementales de la Côte d’Or et aux archives municipales de Dijon.

Une autre source pour la connaissance de sa collection sont les mémoires rédigés par Jehannin de Chamblanc lors de la construction et l’aménagement des galeries destinée à accueillir ses collections dans la continuité de son logementdossier d'archive "ADCO J 4894/2 et J 4894/3", cité dans .

Bibliothèque Installée d’abord dans la première galerie de son hôtel particulier, puis rapidement étendue à la deuxième galerie et la maison Roblot que Jehannin de Chamblanc louait juste à côté de sa propriété pour y vivre, la collection de livres amassée par le collectionneur s’intéresse à de nombreux domaines. Grâce aux inventaires des commissaires révolutionnaires, réalisés méthodiquement et répertoriant les mentions éditoriale, les formats, le nombre de volumes et la localisation précise de chaque titre, la répartition des livres par typologie adopté par Jehannin de Chamblanc a pu être reconstituée. Si à l'instar des autres bibliothèques privées dijonnaises, une partie importante des ouvrages porte sur la littérature, les arts, et la linguistique ou la théologie, la deuxième galerie construite par Jehannin de Chamblanc accueille un répertoire important d’ouvrages scientifiques français et étrangers complémentaires de son cabinet d’histoire naturelle.

Collection d'estampes La collection d’estampes et de dessins de Jehannin de Chamblanc est estimée à environ 20 000 à 25 000 feuilles. Son détail est connu grâce à l'inventaire rédigé par le collectionneur, dans lequel il a répertorié méthodiquement pour chaque estampe les mentions éditoriales (Titre, auteur, date de publication, lieux d’édition,...) et le prix consacré à leur acquisition. Originellement constitué de 26 cahiers, cet inventaire est aujourd'hui réuni en un seul volume, conservé par la bibliothèque et numérisé sur son site internet.

Un système de cotation développé par Jehannin de Chamblanc qui permettait de rattacher chaque estampe à la fois à un portefeuille et aux informations qui leur correspondent dans les inventaires manuscrits de la collection.

Aujourd’hui, un peu plus 45 % des feuilles décrites dans l’inventaire manuscrit de Jehannin de Chamblanc ont pu être identifiées dans les collections de la Bibliothèque municipale de Dijon.