vignette|upright=2|Cadastre de Bertier de Sauvigny. Plan d'intendance de Bessancourt et Frépillon ( Val-d'Oise), 1783, , arpenteur : Denis Duchesne, archives départementales du Val-d'Oise.|alt=Plan manuscrit en couleurs. Le cadastre de Bertier de Sauvigny est une série de plans des paroisses de la généralité de Paris levés de 1776 à 1791, qu'on appelle souvent plans d'intendance. L'intendant de Paris Bertier de Sauvigny cherche ainsi à répartir plus équitablement l'impôt, en évaluant les revenus globaux de chaque paroisse. Ce cadastre n'est pas encore dressé par parcelles mais par grandes masses de cultures à l'intérieur de chaque paroisse, parce que celle-ci est l'échelon géographique de répartition de la taille, en pays de taille personnelle, ce choix étant également plus rapide et devant rencontrer moins d'opposition.
Le travail d'arpentage est réalisé paroisse par paroisse par des arpenteurs professionnels, souvent locaux. Le travail est contrôlé par les subdélégués de l'intendant. Les arpenteurs sont de petits titulaires d'un office, d'une valeur relativement faible, qui travaillent souvent en famille et dont la formation est essentiellement pratique et empirique. Ils sont coordonnés par Pierre Dubray, ingénieur géographe de l'intendant et arpenteur lui-même.
L'arpenteur reconnaît les limites de la paroisse à arpenter. Ensuite, il mesure les surfaces par grandes masses de cultures, par triangulation, grâce essentiellement à la chaîne d'arpenteur, à l'équerre et en utilisant pour ses calculs le théorème de Pythagore. Les mesures sont exprimées en unités locales et en arpents du roi. Elles sont consignées dans un procès-verbal, qui sert à lever un plan. Le tout est envoyé à l'intendant et l'arpenteur est payé si le travail est jugé bien fait. Il outrepasse souvent le délai imparti d'un mois. Au total, le projet est mené à bien en mais l'essentiel du travail est effectué de 1783 à 1788. Il soulève peu d'opposition.
Ce cadastre inspire probablement le premier cadastre napoléonien, également dressé par masses de cultures. Certains résultats chiffrés sont recopiés d'un cadastre à l'autre. Des comparaisons de surfaces montrent l'exactitude des mesures du cadastre de Bertier de Sauvigny.
Aujourd'hui, les relevés d'arpentage et les plans de ce cadastre sont conservés dans les dépôts des archives départementales, sous le nom de plans d'intendance, et sont parfois accessibles en ligne. Ils constituent des sources historiques de premier ordre, mobilisées pour des études portant sur des aspects très divers.
La nécessité d'un cadastre Des préoccupations fiscales Le cadastre de Bertier de Sauvigny a été réalisé de 1776 à 1791, sous l'autorité de l'intendant de la généralité de Paris, Louis Bénigne Bertier de Sauvigny. Il s'agit d'une enquête sur le paysage de la généralité de Paris menée dans le cadre d'une réforme fiscale, la tarification de la taille, poursuivie par les intendants de Paris successifs, Louis Jean Bertier de Sauvigny puis son fils Louis Bénigne Bertier de Sauvigny.. Ce dernier, par la réalisation de ce cadastre, cherche à mieux connaître les potentialités agricoles de chaque paroisse pour obtenir un meilleur rendement de l'impôt en le répartissant équitablement..
Il répond aussi à une préoccupation d'inventaire territorial qui se répand alors dans l'appareil administratif monarchique. Dans le même temps, progresse dans la société l'idée de l'adéquation de la justesse mathématique et de la justice fiscale.. Ce projet fait partie de l'élan de modernisation que connaît l'Ancien Régime dans la seconde moitié du , période pendant laquelle différentes réformes administratives et fiscales sont tentées, souvent avec peu de succès.. Bertier de Sauvigny aboutit à des résultats concrets : l'établissement de la valeur moyenne de la terre dans chaque paroisse et un taux d'imposition théorique de chaque ferme..
Un cadastre par masses de cultures Le cadastre établi sous son autorité ne représente pas les parcelles, mais reprend un arpentage par masses de cultures (vignes, champs, pâturages, etc.) pour la paroisse entière, charge à elle de répartir ensuite équitablement l'impôt entre ses habitants. En pays de taille personnelle, c'est-à-dire d'impôt sur le revenu des personnes, cela suffit. Un cadastre parcellaire n'apparaît nécessaire qu'en pays de taille réelle, où sont taxées les propriétés et non les revenus, comme en Haute-Guyenne., dans la généralité de Limoges ou en Auvergne. ou plus au sud en Languedoc, où sont élaborés les compoix.. En pays de taille personnelle, la population est très méfiante face aux tentatives d'établissement d'un cadastre parcellaire, vues comme un moyen d'augmenter la charge fiscale. Ainsi, le contrôleur général des finances Henri Bertin échoue dans cette tâche en 1763... Le cadastre de Bertier de Sauvigny soulève moins d'opposition.
Bertier de Sauvigny a d'autant moins de raisons d'entreprendre un cadastre parcellaire que la cour des aides, en 1768, réaffirme que le pouvoir royal ne peut se mêler de la répartition de la taille dans les paroisses. De plus, quand il prend la suite de son père Louis Jean Bertier de Sauvigny comme intendant de Paris, celui-ci a déjà limité la marge de manœuvre des collecteurs paroissiaux de la taille par une série de tarifs. Enfin, un cadastre par masses de cultures est beaucoup plus rapide à lever qu'un cadastre parcellaire.
Au début de son administration, Bertier de Sauvigny se contente d'ordonner des arpentages quand il constate des anomalies. Ce n'est que progressivement que l'entreprise de levée du cadastre est systématisée.
Les hommes du cadastre Pour réaliser son cadastre, Bertier de Sauvigny s'appuie sur les subdélégués et les arpenteurs.
Les subdélégués La généralité de Paris est divisée en trente-quatre élections et subdélégations, avec chacune à leur tête un subdélégué, qui seconde et représente l'intendant. C'est bien plus que dans les autres généralités du royaume. Le subdélégué est choisi par l'intendant. Il est rémunéré par des gratifications de l'intendant, des honoraires et des offices de judicature ou municipaux. Il est souvent stable et succède parfois à son père dans sa fonction. Il est secondé par un greffier et, comme l'intendant, accomplit des tâches touchant des domaines variés : justice, police, voirie, finances.
En ce qui concerne l'établissement du cadastre, le subdélégué organise l'arpentage dans les paroisses et participe au tableau de classement de celles-ci. Il contrôle administrativement le travail d'arpentage, visant les procès-verbaux et les plans et rendant compte à l'ingénieur géographe en chef, Pierre Dubray, de la qualité du travail des arpenteurs. Ces derniers font l'essentiel du travail de terrain.
Les arpenteurs Les arpenteurs soumettent leur projet d'arpentage à l'ingénieur géographe de l'intendant, Dubray, puis à l'intendant lui-même. S'ils sont agréés, ils reçoivent une commission pour arpenter une liste précise de paroisses. Pierre Dubray coordonne ainsi l'ensemble des opérations d'arpentage. Il choisit , dont des membres de son entourage : son fils Guillaume, Lucien (qui est peut-être son frère), son voisin Denis Duchesne, ses apprentis Antoine Schmid et Pierre Villeneuve. Les autres arpenteurs sont issus de toute la généralité et arpentent en général des paroisses proches de chez eux.. vignette|upright=1.8|Cadastre de Bertier de Sauvigny. Plan d'intendance de Gadancourt (Avernes, Val-d'Oise). Arpenteur : Pierre Dubray. 1781, , archives départementales du Val-d'Oise.|alt=Plan manuscrit en couleurs. Ils sont titulaires d'un office d'arpentage. C'est une profession jugée sensible puisqu'elle touche à la propriété de la terre. Ce sont donc des officiers et certains sont également notaires. Il s'agit toutefois d'offices de faible valeur, de au début du à environ en 1772. Cette charge permet certains privilèges, comme l'exemption de gabelle, de milice et de collecte de taille. Les arpenteurs ne sont pas les plus riches des ruraux mais ont une certaine aisance financière, qui leur permet de supporter les coûts des opérations d'arpentage puisqu'ils ne sont rémunérés qu'une fois la tâche terminée. Pierre Dubray, dont les compétences professionnelles sont reconnues et qui joue un rôle important dans l'ensemble de l'opération, ne possède à sa mort en 1784 qu'une fortune de , son office d'arpenteur et de notaire royal, d'une valeur de , ayant déjà été cédé à son fils Guillaume. Le niveau de richesse de celui-ci, loin d'être négligeable, reste cependant bien inférieur à celui des riches fermiers laboureurs du Bassin parisien.
Les arpenteurs n'appartiennent pas au même milieu social et culturel que les ingénieurs et topographes du roi, qui participent à l'établissement des cartes comme celle de Cassini et fréquentent les sociétés savantes. Les arpenteurs sont plus des hommes de terrain, formés de manière empirique par l'apprentissage, souvent familial, comme les Dubray. Toutefois, ils ont aussi une certaine culture livresque et possèdent des volumes de géométrie et de méthodes de mesure.
Élaborer le cadastre Mesurer les surfaces Conformément à sa commission, l'arpenteur doit mesurer les masses de cultures à l'intérieur de chaque paroisse. Il faut d'abord en établir les limites. Les paroisses ecclésiastiques et les paroisses fiscales coïncident généralement à la campagne, mais les petites villes, qui constituent une seule collecte fiscale, sont souvent divisées en paroisses ecclésiastiques, alors qu'il peut arriver qu'un hameau soit érigé en collecte fiscale. C'est clairement cette dernière qui est la circonscription utilisée.
Une fois les limites connues, l'arpenteur mesure chaque nature de terrain, les bois, les labours, les prés, etc. et l'indique sur un procès-verbal, en s'exprimant à la fois dans l'unité de mesure du lieu et en mesure du roi, c'est-à-dire un arpent de par perche et carrées par arpent (). Ces procès-verbaux sont portés sur des cahiers de format identique.
alt=Plan manuscrit en couleurs|vignette|upright=1.5|Cadastre de Bertier de Sauvigny. Plan d'intendance de Villabé (act : Essonne), arpenteur : Roy le jeune, 1785, , archives départementales de l'Essonne.
Les difficultés métrologiques ne sont pas négligeables. En effet, si les surfaces sont presque toujours exprimées en arpents, la valeur de celui-ci varie considérablement. L'arpent du roi () est utilisé dans un peu plus d'un tiers des paroisses, l'arpent commun () se retrouve dans un tiers d'entre elles et l'arpent de Paris () dans environ 10 %. Au total, le mot arpent désigne cinquante unités de surface différentes, allant de à . Le nombre de perches carrées par arpent varie de 64 à 100. La longueur de la perche va de à soit de à ..
Les techniques d'arpentage sont assez simples. Il s'agit de la triangulation, menée avec une chaîne ou une corde et une équerre. L'arpenteur mesure les côtés de la parcelle et calcule ensuite sa surface selon la forme de la parcelle. Pour repérer un angle droit susceptible de lui servir de base, il utilise une équerre, qu'on appelle aussi croix d'arpenteur ou bâton d'arpenteur. Le cadastre de Bertier de Sauvigny ne levant que les grandes masses de cultures, les surfaces à mesurer sont considérables et nécessitent l'utilisation du théorème de Pythagore, qui dispense d'aller mesurer sur le terrain le troisième côté. On ne sait pas quelles sont les instructions de l'intendant pour tenir compte du relief..
La mesure des distances se fait plutôt avec une chaîne qu'une corde, qui rétrécit quand elle est mouillée. Comme la chaîne est lourde, l'arpenteur emploie un porte-chaîne. Il existe aussi un appareil plus sophistiqué, l'odomètre. Pour mesurer les angles, d'autres instruments sont apparus : la planchette qui porte une alidade, le graphomètre, le théodolite ou le quart de cercle. Toutefois, il est probable que les arpenteurs du cadastre de Bertier de Sauvigny ne possèdent pas ces outils.
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