Lino Ventura, né le à Busseto (Italie) et mort le à Saint-Cloud (France) est un acteur italien. Fidèle à ses origines, alors qu'il a vécu et réalisé la majeure partie de sa carrière cinématographique en France, il conserve sa nationalité italienne sans jamais devenir français..

D'abord sportif, Lino Ventura est lutteur professionnel, champion d'Europe poids moyens en 1950, puis catcheur jusqu'à ce que sa route bifurque et le fasse tourner aux côtés de Jean Gabin dans le film Touchez pas au grisbi qui rencontre le succès dès sa sortie en salle en 1954.

Alors qu'il est cantonné à jouer des seconds rôles d'homme de main ou de brute, il devient une vedette à la fin des années 1950 grâce à des films comme Le Gorille vous salue bien (1958) et Le Fauve est lâché (1959). Il alterne les comédies telles que Les Tontons flingueurs (1963), Les Barbouzes (1964), Ne nous fâchons pas (1966), L'aventure c'est l'aventure (1972), L'Emmerdeur (1973) ou La Gifle (1974), avec des drames et des films policiers comme Les Grandes Gueules (1965), Le Deuxième Souffle (1966), Le Clan des Siciliens (1969), L'Armée des ombres (1969) ou Garde à vue (1981).

Il sera jusqu'à sa mort un des acteurs les plus populaires du cinéma français, et aussi un des plus rentables avec 130 millions d'entrées au box-office. À son palmarès, de grands succès populaires avec d'autres dialoguistes, parmi lesquels Marie-Octobre (1959), Classe tous risques (1960), Adieu poulet (1975), Les Misérables (1982) ou encore Le Ruffian (1983).

Père de quatre enfants, notamment d'une fille handicapée, Linda (1958-2025), il fonde en 1966 avec sa femme Odette l'association Perce-Neige, qui vient en aide aux personnes handicapées mentales.

Biographie Origines et jeunesse Lino Ventura, à l'état civil Angiolino Giuseppe Pasquale Ventura, naît en Italie le à Busseto. Il est le fils unique de Giovanni Ventura et Luisa Borrini..

En 1927, à l'approche de ses 8 ans, sa mère quitte l'Italie pour rejoindre son mari parti quelques années auparavant travailler à Paris comme représentant de commerce. Arrivés à Montreuil le , la mère et le fils ne trouvent pas Giovanni, le père, qui a disparu. Plus tard, Lino Ventura n'évoquera que rarement et à contrecœur ce père absent. Néanmoins, son acte de mariage avec Odette, daté du , mentionnera que son père réside en Italie à Sorrente.

Ils s'installent chez des amis dans la ville au 57, rue de Romainville, au cœur de la communauté italienne, dont l'intégration ne s’effectue pas sans problèmes. Puis ils déménagent rue Papillon, dans le , où Luisa décroche un emploi de femme de chambre à l’hôtel Baudin.

Pour compléter les revenus de sa mère, il quitte l'école et travaille dès l'âge de . Il exerce successivement différents métiers : portier, livreur, mécanicien, représentant de commerce et employé de bureau..

Lino Ventura parle le français sans aucun accent, ayant passé l'essentiel de sa vie en France, et s'exprime en italien avec une pointe d'accent de la région de Parme.

Lutteur et catcheur Ses copains du square Montholon, dans le de Paris, lui font découvrir le sport. À l'âge de , il rencontre , un champion autrichien de lutte gréco-romaine résidant à l'hôtel Baudin, où sa mère Luisa a été employée. Oberlander le convainc de s'entraîner régulièrement à la lutte dans la salle du club athlétique des Gobelins, puis dans celle de la porte d'Italie. Apprenant l'humilité et la fraternité en pratiquant ce sport, il se forge selon ses termes ..

En 1935, alors qu'il est coursier dans une agence de voyages, la Compagnie italienne de tourisme (CIT), il y rencontre Odette , également âgée de . Vers cette époque, il vit avec sa mère et, jusqu'en 1942, déclare comme domicile le 20, rue Baudin dans le .

vignette|redresse|Lino Ventura en 1961, lors du tournage du film italien Le Roi des truands.

Lino Ventura est enrôlé dans l'armée italienne au début de la Seconde Guerre mondiale. Il déserte au moment de l'effondrement du régime fasciste () et rejoint à Paris Odette, qu'il avait épousée le dans la mairie du . Menacé d'être dénoncé, et afin de ne pas être arrêté par les Allemands., il se cache à Baracé (en Maine-et-Loire) dans une maison servant de grange, qu'il revient acheter une fois la guerre terminée.

Après la guerre, il entame une carrière de catcheur, plus rémunératrice que la lutte, et participe à des combats à la salle Wagram et au Cirque d'Hiver où il lutte sous le nom de LinoRaccourcissement de son prénom Angiolino. Borrini, alias . Sa carrière de catcheur atteint son apogée en , lorsqu'il devient champion d'Europe des poids moyens pour l'Italie. Elle prend fin la même année le , lorsqu'il est victime d'une double fracture ouverte à la jambe droite à la suite d'une chute mal préparée dans son combat contre Henri Cogan. Il devient alors organisateur de combats pour une vingtaine de catcheurs de son écurie.

Carrière cinématographique vignette|upright=1|left|Le metteur en scène Vittorio De Sica et l'acteur à Rome en 1961, pour la préparation du film Le Jugement dernier.

Les débuts En 1953, le réalisateur Jacques Becker cherche une force de la nature de type italien pour jouer face à Jean Gabin dans son film Touchez pas au grisbi. Il rencontre Lino Ventura et souhaite que ce soit lui qui joue le rôle d'Angelo, un chef de gang opposé aux personnages incarnés par Jean Gabin et René Dary. Lino Ventura, peu attiré par le cinéma, décline le rôle dans un premier temps puis, sûr d'essuyer un refus, demande un cachet presque équivalent à celui de Jean Gabin. Le producteur Robert Dorfmann refuse, mais Becker menace d'arrêter le film. À la surprise de Ventura, sa demande est acceptéeSigné : Lino Ventura, , p.23.. À la sortie de Touchez pas au grisbi, grand succès public en 1954, la présence à l'écran de Lino Ventura est remarquée. Incertain pendant les cinq premières années de sa carrière de comédien, Lino Ventura conserve jusqu'en 1958 ses métiers d'organisateur de combats de catch et de gérant d'une entreprise de layette.

vignette|gauche|redresse=0.7|Lino Ventura en 1958 (Studio Harcourt). Immédiatement adopté par le milieu du cinéma, en particulier par Jean Gabin , mais aussi par le grand public, sa carrure, sa « gueule » et son naturel font de lui l'interprète idéal du film noir, de truand et de policier dur à cuire au grand cœur, un style cinématographique qui a dans cette période le vent en poupe. Il tourne avec Henri Decoin (Razzia sur la chnouf, Le Feu aux poudres), Ralph Habib (La Loi des rues), Gilles Grangier (Le rouge est mis, Trois Jours à vivre), Jean Delannoy (Maigret tend un piège), Louis Malle (Ascenseur pour l'échafaud), Julien Duvivier (Marie-Octobre), Jacques Becker (Montparnasse 19).

Consécration Sans avoir pris des cours de comédie, il passe rapidement du statut d'acteur de second rôle à celui de tête d'affiche, son jeu d'acteur s'affinant. C'est le rôle du Gorille (dans Le Gorille vous salue bien, de Bernard Borderie), en 1958, qui le lance comme vedette à part entière, suivi de Le fauve est lâché de Maurice Labro. Les deux films, dont il est la tête d'affiche incontestée, sont des succès populaires.

Classe tous risques, de Claude Sautet, en 1960, lui fait partager la vedette avec Jean-Paul Belmondo et marque sa rencontre avec un auteur de la Série noire, José Giovanniblog., avec qui il tournera trois films.

L'année suivante, il tient le premier rôle dans un film de guerre « antimilitariste » dialogué par Michel Audiard et réalisé par Denys de La Patellière : Un taxi pour Tobrouk, aux côtés de Charles Aznavour, Hardy Krüger, Maurice Biraud et German Cobos. Avec près de 5 millions de spectateurs, c'est un énorme succès public. Lino Ventura devient l'un des poids lourds du cinéma hexagonal. Au cours des années 1960, il tourne parfois à l'étranger : en Italie sous la direction de Vittorio De Sica (Le Jugement dernier), Luciano Emmer (La Fille dans la vitrine), Duilio Coletti (Le Roi des truands dont la vedette est Ernest Borgnine) et Carmine Gallone (Carmen 63), en Espagne avec Carlos Saura (La Charge des rebelles) et en Allemagne avec Wolfgang Staudte (L'Opéra de quat'sous).

Sous la direction de Georges Lautner, il est Fernand Naudin, malfaiteur rangé des voitures dans les Tontons flingueurs (1963), qui attire 3,3 millions de spectateurs et acquiert progressivement le statut de « film culte ». Avec la même équipe, il interprète l'espion Francis Lagneau des Barbouzes (1964) et l'ancien gangster Antoine Beretto dans Ne nous fâchons pas (1966). Ces trois films policiers parodiques sont fréquemment diffusés à la télévision. Au total, Lino Ventura tourne dans quinze films dialogués par Michel Audiard.

vignette|upright=1|gauche|Souvent cantonné dans des rôles musclés, il tente de s'en départir à la fin des années 1960.

Dans des rôles d'homme d'action, de policier ou de malfaiteur, il enchaîne les films à succès populaires pendant les années 60, sous la direction d'Henri Verneuil (Cent Mille Dollars au soleil avec Belmondo et Bernard Blier, Le Clan des Siciliens avec Jean Gabin et Alain Delon), Robert Enrico (Les Grandes Gueules, où il donne la réplique à Bourvil, Les Aventuriers où il retrouve Alain Delon). Avec Jean-Pierre Melville, il incarne un truand luttant pour sa survie dans Le Deuxième souffle et un résistant dans L'Armée des ombres, d'après Joseph Kessel. vignette|Les acteurs Alain Delon, Lino Ventura, Joanna Shimkus et Serge Reggiani dans une scène des Aventuriers en 1967. Il est reconnu comme l'un des meilleurs acteurs du cinéma français. Il excelle dans les rôles traditionnels de truand ou de policier vieilli, fatigué, ou de l'homme d'expérience sensible à l'amitié virile. gauche|vignette|Alain Delon et Lino Ventura. Son jeu, assez proche de sa personnalité, s'exprime pleinement sous la direction de Jacques Deray (Avec la peau des autres, Un papillon sur l'épaule), de Jean-Pierre Melville (Le Deuxième Souffle, L'Armée des ombres), de Robert Enrico (Les Grandes Gueules, Les Aventuriers, Boulevard du rhum) et de Claude Pinoteau (Le Silencieux, La Gifle, L'Homme en colère, La Septième Cible). Il fait également des apparitions dans les films de ses amis Jacques Brel (Le Far West) et Raymond Devos (La Raison du plus fou). vignette|gauche|redresse|Lino Ventura lors de la cérémonie des David di Donatello de 1974. Il tient le David Spécial reçu pour son interprétation dans le film La Bonne Année, ainsi que celui reçu par Françoise Fabian dans le même film.

vignette|En 1972, il tourne à Rome Cosa nostra, avec Charles Bronson.

En 1972, son rôle du mafieux (Vito Genovese) dans Cosa Nostra, de Terence Young, avec Charles Bronson dans le rôle du repenti Joe Valachi, lui vaut une reconnaissance internationale. Cependant, il refuse plusieurs rôles importants dans des films américains, et sa filmographie ne compte que deux productions anglo-saxonnes : La Grande Menace (The Medusa Touch) et Vengeance (Sword of Gideon).

En 1975, le film Adieu poulet de Pierre Granier-Deferre, où il joue un policier en rébellion contre le système et les manigances politiques, remporte un succès populaire avec près de d'entrées. Lors du tournage et durant la préparation, sa relation avec son jeune partenaire à l'écran, Patrick Dewaere, est très positive : Lino Ventura insiste même auprès de la production sur le fait qu'il ne soit pas cité seul en haut de l'affiche mais que la mention soit : « Lino Ventura et Patrick Dewaere dans Adieu poulet ». La critique dans Le Point, qualifiant de Dewaere autant que Lino Ventura, est flatteuse :

La même année, Ventura joue dans Cadavres exquis le rôle de l'inspecteur Rogas, qui meurt assassiné alors qu'il mettait au jour un complot au cœur de l'État italien, au moment des années de plomb : « l'un de ses plus grands rôles au cinéma ».

vignette|gauche|En Italie, lors du tournage du film Les Durs aux côtés d'Isaac Hayes, en 1973.