La diversité de la faune et de la flore de l'Éthiopie est dictée par la grande diversité du terrain, avec de grandes variations de climat, de végétation naturelle et de modes de peuplement. Le pays comprend un vaste complexe de montagnes et de hauts plateaux qui est divisé par la vallée du Grand Rift et entouré de forêts, de plaines herbeuses, de savanes et de semi-déserts. Bien que sans accès à la mer, l'Éthiopie possède de nombreux lacs et bassins de drainage qui abritent de riches écosystèmes humides et aquatiques. Ce large éventail de conditions écologiques et édaphiques explique la diversité et la variété de ses ressources biologiques, tant en matière de flore que de faune. De nombreuses espèces ne sont en effet présentes que dans des zones spécifiques, où leurs exigences sont satisfaites. L'altitude élevée d'une partie importante du pays, qui est exceptionnelle en Afrique, entraîne ainsi un degré d'endémisme remarquable.

Entre de plantes vasculaires, dont 12 % sont endémiques, ont été référencées en Éthiopie. La végétation est classée en cinq biomes principaux et comprend de nombreux sous-types, parfois confinés sur de très petites étendues géographiques. Un quart environ de la faune africaine est présente sur le territoire éthiopien, dont au moins de mammifères, plus de , près de et amphibiens, environ et quelque .

Histoire vignette|gauche|Première description du Gélada par Eduard Rüppell en 1835.

Bien qu'il y ait eu un continuum d'interactions entre l'Europe et la Corne de l'Afrique depuis la Grèce antique et même probablement avant, le premier témoignage de l'histoire naturelle de l'Éthiopie remonte au . Le Jésuite portugais Jerónimo Lobo, débarqué en 1625 à la recherche de la dépouille de Christophe de Gama, visite les hauts plateaux abyssins et la source du Nil, et écrit un récit de ses voyages, L, qui marque les esprits. Le missionnaire y décrit des lions, des éléphants et des licornes, ainsi qu'un oiseau qu'il nomme , un indicateur . Plus d'un siècle plus tard, l'explorateur écossais James Bruce se rend à Gondar, alors capitale de l'Empire éthiopien, pour (re)découvrir la source du Nil. Son témoignage, les nombreux spécimens qu'il ramène en Europe et confie notamment au comte de Buffon, ainsi que les esquisses réalisées par son compagnon de route Luigi Balugani serviront à la description de nombreuses espèces de plantes et d'animaux. Les informations parfois jugées fantasques données par Bruce donnent lieu à une expédition de vérification par l'égyptologue Henry Salt durant la période napoléonienne. La première moitié du est marquée par les travaux du Prussien Eduard Rüppell, à qui sont dues notamment les descriptions des grands mammifères symboliques du pays : le Gélada, le Loup d'Abyssinie et le Bouquetin d'Éthiopie. Au niveau de la flore, le , publié en 1847-1851 par Achille Richard sur la base des descriptions d'une expédition naturaliste française, constitue aujourd'hui encore la source la plus importante pour les noms de plantes vasculaires. Dans les décennies suivantes et jusqu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'étude de l'histoire naturelle éthiopienne se mêle aux intérêts politiques des grandes puissances européennes autour du partage de l'Afrique. La botanique éthiopienne est ainsi marquée, entre autres, par le chantier monumental de la Flora of Tropical Africa organisée par les Jardins botaniques royaux de Kew (1868-1927), et par les travaux d'Emilio Chiovenda (années 1910) centrés sur la flore de l'Érythrée et de la Somalie. Si la description scientifique de la faune et de la flore de l'Éthiopie a été historiquement le fait d'Européens, elle implique désormais de plus en plus de chercheurs éthiopiens, souvent en collaboration internationale, comme l'illustre la compilation de la Flore de l'Éthiopie et de l'Érythrée (1989-2009).

Géographie et climat

Histoire géologique L'histoire géologique de l'Éthiopie est caractérisée par des périodes de surrections et de formation de rifts. Les hauts plateaux abyssins sont divisés en deux régions, nord-ouest et sud-est, par la vallée du Grand Rift, apparue à partir de . Pendant les périodes glaciaires, une série d'escarpements et de djebels le long de la mer Rouge a permis une connexion avec les biomes tempérés d'Afrique du Nord et de la péninsule Arabique, ce qui a créé une route de colonisation pour diverses espèces paléarctiques. À l'inverse, Le désert kenyan au sud et les grandes plaines d'inondation du Nil à l'ouest constituent un barrière naturelle qui a limité l'immigration de nouvelles espèces végétales et animales.

Climat vignette|redresse|Relation entre l'altitude et l'humidité dans la végétation de l'Éthiopie.

Plusieurs facteurs sont connus pour réguler le climat de l'Éthiopie. De manière générale, il est contrôlé par la zone de convergence intertropicale (ZCIT) et présente un schéma de précipitations bimodal clair : la saison des pluies s'étend de juin à septembre, et la saison sèche d'octobre à avril. Les précipitations augmentent généralement du nord au sud et d'est en ouest, avec une moyenne annuelle de dans le nord-est et de dans le sud-ouest. Cette énorme variabilité climatique est responsable du large éventail de types de végétation à travers le pays, qui comprend autant des zones arides et semi-arides que des régions afro-alpines. La proximité de l'Éthiopie avec l'équateur et la complexité de la topographie du pays jouent également un rôle dans la régulation du climat, notamment de la température. L'altitude en est le principal déterminant, avec une réduction de par d'augmentation de dénivelé.

Biogéographie Depuis les travaux d'Alfred Russel Wallace en 1876, le continent africain est divisé en deux domaines biogéographiques majeurs : l'Afrotropique (appelé « domaine éthiopien » par Wallace) et le Paléarctique, qui comprend aussi la majeure partie de l'Eurasie. Les deux domaines, ou « écozones », sont séparés par l'immense désert du Sahara, qui constitue une barrière naturelle majeure à la migration des espèces. L'Éthiopie est entièrement située dans la zone afrotropicale, bien qu'une petite partie de sa faune et de sa flore soit d'origine paléarctique. Au , le Fonds mondial pour la nature (WWF) a proposé une division des terres émergées du globe terrestre en « écorégions », définies comme des unités contenant un assemblage distinct d'espèces et dont les limites se rapprochent de l'étendue originelle des communautés naturelles avant l'anthropisation. Pour l'Afrique, cette catégorisation se base principalement sur les travaux de classement de la végétation de Frank White . Le territoire national éthiopien s'étend principalement sur six de ces régions écologiques et englobe des portions marginales de cinq autres. Les onze écorégions représentent cinq des quatorze biomes de la planète et montrent un niveau de distinction biologique (richesse en espèces animales et végétales, taux d'endémisme) remarquablement élevé . Près de 90 % du territoire éthiopien appartient à la biorégion de la Corne de l'Afrique, un assemblage géographique qui présente de fortes affinités au niveau de la faune et la flore. L'Éthiopie est enfin au centre de deux points chauds de biodiversité, sélectionnés à la fois pour leur richesse biologique et pour le fait d'avoir déjà perdu une part importante de leurs habitats : la Corne de l'Afrique et les Montagnes d'Afrique orientale et d'Arabie.

Flore

Types de végétation Différents auteurs ont tenté de caractériser la végétation éthiopienne, avec des résultats parfois très différents en fonction des critères retenus et de l'interprétation faite des espaces dans lesquels les activités humaines, en particulier l'agriculture, ont affecté les paysages. La plus ancienne classification est celle de Pichi-Sermolli publiée en 1957 et couvrant toute la Corne de l'Afrique, qui distingue de végétation présents en Éthiopie. Très influente, la carte de la végétation de l'Afrique réalisée par White en 1983 (traduite en français en 1986) utilise chorologiques pour l'Éthiopie, dont sept présentes de façon très marginale. Cette classification est utilisée par les auteurs de la division des écosystèmes terrestres en écorégions pour le WWF , avec quelques ajustements et remaniements. Ces systèmes s'avèrent cependant insatisfaisants pour décrire de façon exhaustive la diversité de la végétation éthiopienne, et négligent notamment certaines forêts du sud-ouest découvertes après la publication du mémoire de White, tout comme ils rendent mal compte de la complexité végétale de hauts plateaux. Les auteurs de la Flore de l'Éthiopie et de l'Érythrée (FEE) mettent au point une classification volontairement simplifiée de huit types, qui est publiée sous différentes formes en 1996, 2004, puis 2009. Elle est intégrée par l'Institut éthiopien de conservation de la biodiversité dans la classification officielle des écosystèmes du pays, présentée pour la première fois en 2005. En 2010, une nouvelle carte de la végétation potentielle de l'Éthiopie au 1: est publiée sous la forme d'un atlas de 29 planches. Elle propose une division en (comprenant plusieurs sous-types) et reprend dans les grandes lignes les unités utilisées par la FEE, avec quelques révisions au niveau de la végétation alpine et des forêts du sud-ouest, et une caractérisation plus fine des milieux aquatiques et humides.

vignette|redresse=3|centré|Carte de la végétation potentielle de l'Éthiopie (voir la légende dans le tableau).

+ Correspondance entre les classifications des types de végétation rencontrés en Éthiopie Carte de la végétation de l'Afrique (1983) WWF (2004) Flore de l'Éthiopie et de l'Érythrée (2009) Atlas de la végétation potentielle de l'Éthiopie (2010) Légende de la carte Végétation altimontaine en Afrique tropicale (65) EMM Végétation afroalpine et afrosubalpine Ceinture afroalpine AA Ceinture d'Éricacées EB Végétation afromontagnarde indifférenciée (19a) EMGW Complexe de forêt sèche sempervirente de montagne et de formation herbeuse Complexe de forêt afromontagnarde sèche sempervirente et de formation herbeuse DAF Formation buissonnante et fourré sempervirents et semi-sempervirents de l'Est africain (38) EMF Forêt humide sempervirente Forêt afromontagnarde humide sempervirente MAF Cultures et formation herbeuse secondaire remplaçant la forêt d'altitude et la forêt de montagne en Afrique (17) Forêt pluviale de transition TRF Forêt semi-sempervirente de plaine Forêt claire éthiopienne indifférenciée (29b) ESS Forêt claire à Combretum et Terminalia Forêt claire et formation herbeuse boisée à Combretum et Terminalia CTW Transition entre la forêt claire indifférenciée et la formation buissonnante décidue à Acacia (35b) Formation herbeuse boisée de l'ouest de la région de Gambela WGG Formation herbeuse édaphique dans le bassin du Haut-Nil (61) SFG Formation buissonnante et fourré décidus à Acacia et Commiphora de la Somalie et du pays Masai (42) SACBT Forêt claire à Acacia et Commiphora Forêt claire et formation buissonnante à Acacia et Commiphora ACB ACB/RV Formation herbeuse et formation arbustive semi-désertiques de la Somalie et du pays Masai (54b) EXGS Formation broussailleuse désertique et semi-désertique Formation broussailleuse désertique et semi-désertique DSS Regs, hamadas, oueds (71) Végétation riveraine et marécageuse Végétation riveraine RV Végétation des lacs d'eau douce, des rives des lacs d'eau douce, des marais, des marécages et des plaines d'inondation FLV/OW FLV/MFS Végétation des lacs salés, des rives des lacs salés, des marais salants et des déserts de sel SLV/OW SLV/SSS

Végétation afroalpine et afrosubalpine vignette|Paysage du plateau Sanetti, à plus de . L'espèce est endémique de l'étage afroalpin éthiopien.