Endre Tót (né à Sümeg, le ) est un artiste visuel hongrois de la génération néo-avant-garde décore du prix Kossuth. Il vit et travaille en Allemagne depuis 1978, à Cologne depuis.
Biographie Années 1960 – expérimentations informelles Entre 1959 et 1965, Endre Tót étudie au département de peinture murale de l’École hongroise des Arts Décoratifs. Au cours des années 1960, il développe une peinture informelle, puis réalise des collages et des travaux inspirés du pop art et de l’art minimal.
À partir du milieu des années soixante, il se lie d’amitié avec Dezső Korniss qui apprécie grandement les expérimentations picturales informelles du jeune Tót, devenu pionnier du mouvement qui fait alors tout juste son apparition en Hongrie.
En 1968 et 1969, il expose avec les artistes néo-avant-gardes du groupe Iparterv. Une rétrospective de ses premières œuvres voit le jour en 1989 au Musée Kiscell.
Il expose ses dessins et ses peintures à l’encre de Chine au Musée Szent István Király à Székesfehérvár en 2003. Intitulée « Du tableau peint au tableau non peint – premiers travaux 1964-1971 », l’exposition à la Galerie de Szombathely (2004) résume ses changements rapides de style jusqu’à la création de son œuvre intitulée Mes tableaux non peints (1970). Nombreuses sont les pièces de sa période picturale à avoir intégré des collections de musées hongrois après le changement de régime.
Les années 1970 – débuts conceptuels En 1970/71, Endre Tót rompt radicalement avec la peinture. À partir de ce moment, sa pratique prend une tournure conceptuelle marquée. (Géza Perneczky, Új Művészet, ).
En conclusion de sa période picturale, il publie le livre d’artiste intitulé My Unpainted Canvases (Mes tableaux non peints, 1970), dans lequel sont représentées les toiles qu’il n’a pas réalisées. C’est également au début des années 1970 que voient le jour ses concepts Nothing/Zer0, Rains et Gladnesses, déterminants pour les œuvres qu’il crée au cours des décennies suivantes. Il emploie de nouveaux médias dans sa pratique : télégramme, carte postale, t-shirt, photocopie, machine à écrire, film, musique, affiche, graffiti, bannière, actions, livres d’artiste, panneaux publicitaires lumineux.
ses travaux publiés en 1972 dans l’ouvrage Aktuelle Kunst in Ost-Europa (Art contemporain en Europe de l’Est) paru chez l’éditeur DuMont à Cologne et intitulés Absent Paintings (Peintures absentes) comme les premières œuvres conceptuelles d’Europe de l’Est, que l’artiste développe au cours des décennies suivantes. Ses premières pièces conceptuelles figurent également dans le livre d’Achille Bonito Oliva Europe/America: The Different Avant-Gardes (Europe/Amérique: Les différentes avant-gardes, Milan, 1976).
Avec ses premiers travaux d'art postal et sa correspondance artistique (art postal), Tót fait son entrée dans l'art postal dès la première heure, déclare Jean-Marc Poinsot dans le catalogue intitulé Mail art, communication à distance, concept en 1971. Parmi ses correspondants, citons des personnalités renommées telles que Ben Vautier avec qui il se lie d’amitié par la suite, John Armleder, George Brecht, Daniel Spoerri, Cosey Fanny Tutti, Genesis P-Orridge, Dieter Roth, Marina Abramović ou encore Ken Friedmann.
En 1972, ses travaux d'art postal sont présentés à la Biennale de Paris, où il expose avec des pionniers du mouvement tels que Marcel Duchamp, Yves Klein, Richard Johnson, Ben Vautier ou encore George Brecht. Pierre Restany, ami d’Yves Klein, dit de ses lettres rédigées en code zéro :
Sa première exposition muséale est organisée en 1975 au Musée d’Israël à Jérusalem. Durant la guerre froide, l’état hongrois n’ayant pas de relations diplomatiques avec Israël, l’artiste doit faire sortir ses œuvres du pays de manière illégale. Ses travaux conceptuels réalisés entre 1970 et 1974 (ses Rainproof ideas, par exemple) sont exposés aux côtés des sculptures d’Alberto Giacometti au Musée hiérosolymitain. L’événement est relayé par la presse artistique allemande, belge, russe et française, quant au Jerusalem Post, on peut y lire la critique suivante :
En 1974, la maison d’édition suisse Howeg publie sa série de timbres intitulée Zero-Post (Poste zéro), contenant les premiers timbres d’artistes de l'art postalinternational. À l’invitation de John Armleder – avec qui il se lie d’amitié et qui devient mondialement reconnu par son activité au sein du groupe Néo-géo –, il passe six mois à la galerie Ecart de Genève, qui fonctionne comme centre de l'art postal. C’est à Genève qu’il réalise sa première action de rue (TOTalJoys, 1976), dont l’enregistrement vidéo est publié en 2005 par BDV (bureau des vidéos) à Paris, en format DVD.
Il rencontre un succès international avec les livres d’artiste qu’il réalise au cours des années 1970 à Budapest. Ses premiers livres voient le jour sous forme de samizdat, les suivants sont publiés par des maisons d’édition d’avant-garde en Europe occidentale. Les plus connus sont: 1971: Meg nem festett képeim, The States of Zeros, Semmi sem semmi / Nothing ain’t Nothing, 1972: Nothing, Incomplete Information, 1974: Zero-Texts (1971–72), Night Visit to the National Gallery (Beau Geste Press, UK), Zero-Post, Rainproof Ideas (1971-74), 1979: TÓTalJOYS, 1981: Very Special Drawings, 1990: Evergreen Book.
En 1998, la Bibliothèque Nationale de France fait l’acquisition d’un grand nombre de ses livres d’artiste. Sa correspondance avec John Armleder (Correspondance avec John Armleder, Ecart, Genève, 1974) est conservée depuis 2010 à la Bibliothèque Kandinsky du centre national d'art et de culture Georges-Pompidou. Ses livres d’artiste ont été inclus dans de nombreuses expositions en Europe, aux États-Unis, au Canada, telles que Livres d’Artistes présentée au centre Pompidou en 1985.
Il vit encore à Budapest lorsqu’il expose dans l’une des galeries les plus connues de Paris, la Galerie Bama. Une revue de l’exposition par Otto Hahn est publiée dans le journal hebdomadaire français L’Express. Grâce aux expositions internationales auxquelles il prend part, ainsi qu’à sa correspondance postale, il devient l’un des artistes les plus connus du bloc soviétique dès les années 1970, alors qu’en Hongrie, ses succès à l’étranger restent inconnus du grand public.
La bourse DAAD Berliner Künstler Program. qu'il reçoit à la fin des années 1970 pour se rendre à Berlin Berlin-Ouest met fin à son isolement dans son appartement d'Óbuda (sa « tour d'ivoire »). Avant de pouvoir se rendre dans la ville divisée, sa demande de sortie du territoire lui est refusée plusieurs fois au cours de la même année par les autorités hongroises. Le rejet répété de sa demande devient une affaire politique, et c'est finalement grâce aux protestations de la presse d'Europe occidentale qu'un passeport lui est accordé. Après son séjour d'un an à Berlin-Ouest, Tót choisit l'émigration. Son appartement d'Óbuda est confisqué et son frère parvient à sauver à la dernière minute les œuvres qui y sont entreposées. Faute de conditions optimales pour les conserver, ces travaux sont ballottés d'un endroit à l'autre pendant des décennies avant d'intégrer les collections de la Galerie nationale hongroise en dépôt à long terme.
Tót réalise à Berlin-Ouest les projets qu'il amène de Budapest dans sa valise ou sous forme de concept. Dès son arrivée, il inscrit une phrase sur le mur de Berlin : « Ich würde mich freuen, wenn ich etwas auf die andere Seite der Mauer schreiben dürfte » (« Je serais heureux si je pouvais écrire quelque chose de l'autre côté du mur »). Il manifeste ses Joies (TÓTal JOYs) aux endroits les plus fréquentés de la ville à l'aide de pancartes qu'il tient dans ses mains ou qu'il s'accroche sur le dos à la manière d'un homme-sandwich. L'une de ses phrases de joie interpelle les passants sur la pancarte lumineuse géante du Kurfürstendamm. En 1978, le DAAD enregistre sur film et publie sous forme de libre ses actions de rue intitulées TÓTalJOYs. La galerie René Blockse en compagnie d'artistes des années 1960 et 1970 tels que Joseph Beuys, Richard Hamilton, Allan Kaprow, Nam June Paik et Wolf Vostell. L'humour et l'ironie de ses actions et ses œuvres d'art postal le lient au Fluxus allemand, il est ainsi le seul participant d'Europe de l'Est de l'exposition itinérante Fluxus in Germany 1962-1992 organisée par René Block.
Les années 1980 – Blackout à Cologne Après un séjour d'un an et demi à Berlin, l'artiste déménage à Cologne avec Herta, sa femme d'origine allemande. A sa période berlinoise active succèdent des années bien moins fructueuses, Tót travaillant peu jusqu'au milieu des années 1980. À l'invitation d'Artiste Place, il se rend à New York en 1982 avec seulement une craie dans la poche pour dessiner sur les murs de l’espace d'exposition. Il y fait la connaissance de nombreux artistes tels qu'Alan Kaprow et y retrouve son ami d'antan, John Armleder. La longue période infertile, que l'artiste nomme les « années blackout », s'étend jusqu'au milieu des années 1980. À partir de la fin de la décennie, il recommence à travailler de manière intensive. Il développe son idée des « peintures absentes » dont l'origine remonte au temps où l'artiste vivait encore à Budapest (voir My Unpainted Canvases, 1970 et Night visit to the National Gallery, 1974, Visit to the Museum, 1974).
Ses « peintures absentes » marquent son retour virtuel à la peinture, mais ce retour équivaut également à la mise à mal de la tradition picturale. Ses peintures Blackout et Cataloguées évoquent l'esthétique du manque, et tentent dans le cadre d'une esthétique de la disparition, de « représenter » le rien et le manque.
L'exposition ICONOCLASH: Beyond the Image Wars in Science, Religion and Art (ZKM, Karlsruhe, 2002) explorant les pratiques iconoclastes de ces derniers siècles, présente sa toile de grand format intitulée Dada Messe in Berlin, aux côtés des œuvres de Dürer, Rembrandt, Goya, Duchamp, Malevitch, Picabia, Warhol, ou Beuys considérées comme de grands classiques. À l'exposition thématique Who killed the painting organisée au Museum für Moderne Kunst de Brême en 2010, son Triptyque Fluxus (2002, composé de trois panneaux de 200 x 125 cm) symbolise la mise à mort de la peinture aux côtés d'œuvres de Beuys, Kaprow, Ben Vautier, G. Brecht, Al Hausen, ou Nam June Paik.
Les années 1990: Expositions rétrospectives et canonisation