Lucien Goldmann (né le à Bucarest, en Roumanie, et mort en France le à Paris Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 2526, vue 24/31.) est un philosophe et sociologue français d'origine roumaine.
Il a été directeur d'études à l'École pratique des hautes études (1959-1970) et un théoricien marxiste influent.
Biographie
Il naît en 1913 au sein d'une famille juive ashkénaze. Dans sa jeunesse roumaine, il est exclu de l’union de la jeunesse communiste, organisation clandestine en Roumanie en 1934 pour « trotskisme »Michael Lowy, « LUCIEN GOLDMANN : le pari socialiste d'un marxiste pascalien », 6 novembre 2012.. Sociologue de la création littéraire, il passe à l’université de Vienne, où il suit les cours de Max Adler. Réfugié politique en Suisse en 1942, il y devient l'assistant de Jean Piaget et participe à ses recherches d'épistémologie génétique. De retour — en 1945 — à Paris, il entre au C.N.R.S. Après avoir exercé une influence considérable à Paris, il meurt en 1970. Cioran l'a toujours considéré comme son pire ennemi et le plus ardent des calomniateursCahiers, 1957-1972, p. 853 et 863.. Georg Lukács était pour lui un maîtreGreg M. Nielsen, « Esquisse d’une sociologie critique au-delà de Lukács et Goldmann », Études françaises, volume 19, numéro 3, hiver 1983, p. 83–92 (lire en ligne).. Sa vie est partiellement racontée et romancée dans le roman de Julia Kristeva, Les Samouraïs (1990), sous le pseudonyme de Fabien Edelman ; l'autrice l'a connu personnellement lorsqu'elle a émigré en France. Il a dirigé la soutenance de thèse de Julia Kristeva.
Il était depuis 1956 l'époux d'Annie Goldmann, née Taïeb..
Sa pensée Lucien Goldmann pensait que le marxisme était alors en crise sévère et devait se renouveler pour survivre. Il rejetait la vision marxiste traditionnelle du prolétariat et contestait aussi les théorisations anti-humanistes et structuralistes alors populaires dans les cercles intellectuels de gauche français. Cette opposition peut expliquer que les travaux de Goldmann furent éclipsés, en dépit des avis de Jean Piaget et Alasdair MacIntyre qui l'appelait « le marxiste le plus fin et le plus intelligent de l'époque ». Il ne pensait pas que l'avenir de l'humanité découlerait des lois inexorables de l'histoire, mais plutôt d'un pari à faire, tel Pascal pariant sur l'existence de Dieu.
Goldmann a écrit dans Le Dieu caché que « la révolution, c'est l’engagement des individus dans une action qui comporte le risque, le danger d’échec, l’espoir de réussite, mais dans laquelle on joue sa vie ».
Littérature S’appuyant sur la méthode structuraliste génétique de l’histoire littéraire, Goldmann considère les textes comme les produits des structures mentales d’une classe sociale particulière, et met l’accent sur la relation de l’art avec la base sociale. Comme il le dit dans Pour une sociologie du roman (1965), « la forme romanesque nous paraît être en effet la transposition sur le plan littéraire de la vie quotidienne dans la société individualiste née de la production pour le marché ». Il existe donc pour Goldmann une homologie structurelle entre l’idéologie du groupe social et la pensée de l'œuvre. C'est avec cette finalité qu'il utilise le concept de vision du monde, un ensemble exprimé sur le plan littéraire, à travers la création d’un univers spécifique d’êtres et de choses. De cette manière, l’œuvre structure la vision du monde appartenant à la classe sociale dans laquelle s'inscrit l’auteur. Par conséquent, la littérature constitue un point de contact entre les sphères individuelle et collective, et son essence consiste dans le fait d'élever la conscience collective à un niveau qui n’aurait jamais été atteint sans la médiation de l’individu créateur.
René Pommier, dans son article Jansénisme et noblesse de robe ?, conteste cette thèse en donnant quatre objections fondamentales.
Jean-Yves Tadié écrit que les recherches considérables de Goldmann « sur le jansénisme méritent plus de respects que n'en ont parfois témoigné des polémistes expéditifs »Jean-Yves Tadié, p. 166..
Roland Barthes qualifie l'analyse de Lucien Goldmann dans ses Essais critiques comme étant « la critique la plus féconde […] que l'on puisse imaginer à partir de l'histoire sociale et politique » in Grimm, J - Hausmann, F.R. - Miething, C. : Einführung in die französische Literaturwissenschaft, Metzler Verlag, 1976..
Henri Lefebvre sera également l'un des contradicteurs privilégiés de Goldmann dans le champ des analyses marxistes de l'oeuvre de Blaise Pascal, philosophe au centre des thèses du Dieu Caché. Œuvres
. Lucien Goldmann, "La pensée des « Lumières »", Annales, Année 1967, 22-4, pp. 752-779.
Notes et références
Annexes Bibliographie Michael Löwy et Sami Naïr, "Présentation", dans Lucien Goldmann, Lucien Goldmann ou la dialectique de la totalité, Paris, Seghers, 1973. Traduit en italien.
Coll., Lucien Goldmann et la sociologie de la littérature, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 1975. Gérard Ferreyrolles, Goldmann visionnaire in Chroniques de Port-Royal, 49, Port-Royal au miroir du , Paris, Bibliothèque Mazarine, 2000, p.71-86. Gérard Ferreyrolles, Un âge critique; les trente ans du « Dieu caché », Commentaires, 1986, no 34, pp, 290-297. Pierre V. Zima, Goldmann, Éditions universitaires, 1973. Annie Goldmann, Michael Löwy, Sami Naïr, Le Structuralisme génétique, Paris, Denoël-Gonthier, 1977. René Pommier, « Britannicus ou la mort d'un pantin? », in Études sur Britannicus, SEDES,1995, réédition Eurédit, 2001. René Pommier, "Barcos: le janséniste par excellence?", , juillet-, repris dans Études sur le dix-septième siècle, Eurédit, 2006. René Pommier, "Hippolyte calomnié... par Lucien Goldmann, "Mélanges offerts à Jean-Pierre Collinet", Éditions universitaires dijonnaises 1992, repris dans Études sur le dix-septième siècle, Eurédit, 2006. René Pommier, "Jansénisme et noblesse de robe?", Papers on French Seventeenth Century Literature, 1995, n° 43, repris dans Études sur le dix-septième siècle, Eurédit, 2006; ou à lire sur son site officiel Greg M. Nielsen, « Esquisse d’une sociologie critique au-delà de Lukács et Goldmann », Études françaises, volume 19, numéro 3, hiver 1983, p. 83–92 (lire en ligne). Jean-Yves Tadié, La Critique littéraire au , Belfond, 1987 (traduit en japonais, en portugais, en grec, en turc, en arabe et en chinois, et deux fois en persan); Pocket, coll. « Agora », 1997; p. 164-168. Quentin Fondu, « Lucien Goldmann, sociologue marxiste de la littérature », COnTEXTES [En ligne], 25 | 2019, mis en ligne le , consulté le .
Articles connexes Marxisme littéraire
Liens externes
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