Les élections cantonales vaudoises ont lieu les et afin de renouveler les 150 membres du Grand Conseil et les 7 membres du Conseil d'État du canton de Vaud.

Au parlement, le PLR arrive en tête avec un tiers des 150 sièges à pourvoir. Le PS et l'UDC perdent quelques sièges, tandis que les deux partis verts et les partis de gauche radicale progressent.

Au gouvernement, seule une candidate PLR est élue dès le premier tour en obtenant la majorité absolue. Le second tour, où six sièges restent en lice, voit le basculement de la majorité à droite, avec l'élection des deux candidats PLR restants et d'une candidate du Centre, représenté pour la première fois de l'histoire vaudoise au Conseil d'État, tandis que la gauche ne parvient à faire élire que deux candidates socialistes sortantes sur trois et le candidat vert.

Contexte

Politique Départs de conseillers d'État sortants Conseiller d'État depuis 2007, le PLR Philippe Leuba annonce le qu'il n'est pas candidat à un quatrième mandat. Son collègue de parti Pascal Broulis, en poste depuis 2002, annonce la semaine suivante qu'il ne sollicite pas un cinquième mandat au Conseil d'État après avoir entretenu le doute sur cette possibilité.

À gauche de l'échiquier politique, la Verte Béatrice Métraux, en poste depuis 2012, annonce le qu'elle ne se représente pas.

Alliance inédite de la droite Pour la première fois, la droite présente une liste unique composée de trois PLR, un UDC et une LC, inspirée par le succès d'une telle alliance dans le canton de Fribourg. L'UDC espère retrouver un siège au gouvernement, dont elle est absente depuis dix ans, au détriment des Verts.

Système électoral Le Grand Conseil est le parlement unicaméral du canton de Vaud. Le gouvernement, appelé Conseil d’État, est composé de sept membres. Tous deux sont renouvelés intégralement tous les cinq ans au suffrage universel direct.

Grand Conseil Le Grand Conseil est composé de pourvus pour cinq ans au système proportionnel dans des circonscriptions correspondant aux 10 districts du canton, certains districts étant divisés en sous-arrondissements. Le scrutin est à listes ouvertes avec vote préférentiel et panachage, soumis à un seuil électoral de 5 % des suffrages exprimés. vignette|Le canton de Vaud et ses districts. Les sièges sont répartis par rapport à la population des différents districts : +ArrondissementSous-arrondissementSièges Aigle 8 Broye-Vully 8 Gros-de-Vaud 8 Jura-Nord vaudoisYverdon 15La Vallée 2 LausanneLausanne-Ville 26Romanel 5 Lavaux-Oron 12 Morges 16 Nyon 19 Ouest lausannois 15 Riviera - Pays-d'Enhaut Vevey 14 Pays-d'Enhaut 2 Total 150

Conseil d'État Les sept sièges du Conseil d'État sont pourvus pour cinq ans au scrutin plurinominal majoritaire à deux tours dans une circonscription électorale unique cantonale. Les électeurs votent pour autant de candidats qu'il y a des sièges à pourvoir, à raison d'une voix pour un candidat. Les candidats ayant obtenu la majorité absolue du nombre de bulletins valables sont déclarés élus. S'il reste des sièges à pourvoir, un second tour est organisé entre les candidats restants, et ceux arrivés en tête sont déclarés élus à raison du nombre de sièges restants à pourvoir.

Les listes sont ouvertes, ce qui signifie que les électeurs ont la possibilité de les modifier en rayant ou ajoutant des noms, d'effectuer un panachage à partir de candidats de listes différentes ou même de composer eux-mêmes leurs listes sur un bulletin vierge.

Le dépôt des listes s'achève le . Le second tour a lieu le .

Campagne Au total, 25 candidats se présentent aux élections au Conseil d’État, et 962 candidats à celles du Grand Conseil.

Le quotidien 24 Heures relève que la campagne « se déroule dans une ambiance particulière où une guerre succède à une crise, celle du Covid-19 » et qu'elle a « peu de retentissement ».

Un sondage réalisé le par l'institut MIS-Trend auprès de 773 citoyens donne les socialistes Rebecca Ruiz et Nuria Gorrite nettement en tête, avec respectivement 40 et 39 % des intentions de vote. Elles sont suivies par la socialiste Cesla Amarelle et les libérales-radicales Christelle Luisier et Isabelle Moret, avec environ 30 % des intentions de vote. Viennent ensuite le libéral-radical Frédéric Borloz avec 24 %, puis l'UDC Michaël Buffat et le Vert Vassilis Venizelos avec respectivement 20 et 18 %, tandis que la candidate du Centre Valérie Dittli est distancée avec seulement 9 % des intentions de vote. Selon ce sondage, Vassilis Venizelos peine à convaincre les jeunes, tandis que Michaël Buffat est le candidat le plus « clivant ».

Lors des derniers jours de campagne, deux plaintes pénales sont déposées contre Cesla Amarelle, la première pour atteinte à l'honneur du fait de propos tenus lors d'une séance de travail, la seconde pour calomnie dans une affaire de licenciement en 2019 d'un enseignant au gymnase. Des plaintes pénales sont aussi déposées par des candidats de la gauche radicale pour des menaces de mort, notamment taguées sur l'Hôtel de ville de Lausanne.

Second tour pour le Conseil d'État Le second tour de l'élection au gouvernement, où six sièges sont encore à pourvoir, oppose les quatre candidats restants de l'alliance de droite (PLR, UDC et Centre) aux quatre candidats de l'alliance rose-verte (PS et Verts), tous les autres candidats s'étant retirés.

La gauche propose d'introduire la gratuité des transports publics pour les moins de 25 ans et les plus de 65 ans. La sortante Cesla Amarelle, dont le score au premier tour « s'explique en partie par la grogne du monde enseignant » selon un article du Temps, annonce également le ralentissement voire le gel de sa réforme phare dite d'école inclusive, visant à assurer l'égalité des chances entre tous les enfants en intégrant les élèves à « besoins spécifiques ». La droite rappelle pour sa part que son programme prévoit une baisse de la fiscalité, notamment pour la classe moyenne, et un développement des transports publics régionaux « sans opposer les différents modes de transport ».

Selon le politologue Andrea Pilotti, le réservoir de voix est plus élevé pour la gauche que pour la droite au second tour, avec notamment les voix de la gauche radicale, celles qui se sont portées sur l'entrepreneur Guillaume « Toto » Morand et celles des vert'libéraux, qui pourraient soutenir le candidat des Verts. Tout en n'excluant pas que la gauche parvienne à davantage mobiliser son électorat urbain maintenant que la majorité de gauche au gouvernement semble menacée, il juge ce second tour « totalement imprévisible ».

Résultats Au Conseil d'État +Résultats Candidats Partis Premier tour Second tour Voix % Voix % Christelle Luisier PLR 50,08 Élue Isabelle Moret PLR 47,2553,24 Frédéric Borloz PLR 47,0753,08 Nuria Gorrite PS 46,6755,70 Rebecca Ruiz PS 45,8855,02 Michaël Buffat UDC 39,8044,57 Valérie Dittli LC 39,7948,86 Cesla Amarelle PS 39,40 46,20 Vassilis Venizelos PES 37,6749,51 Graziella Schaller PVL 9,11 Retrait Jerome de Benedictis PVL 8,78 Guillaume Morand PdR 7,90 Cloé Pointet PVL 7,89 Hadrien Buclin EàG 6,91 Mathilde Marendaz EàG 6,10 Elodie Lopez EàG 5,80 Gabriella Lima EàG 5,34 Céline Misiego POP 4,64 Vincent Keller POP 4,02 Micaël Metry 3,39 Circé Barbezat-Fuchs L 3,07 Patrick de Sepibus 2,20 Lynn Dardenne 2,14 Olivier Pahud 1,96 Luca Bagiella 1,85 Votes valides 97,85 98,30 Votes blancs 0,73 0,58 Votes nuls 1,42 1,12 Total 100 100 Abstention 65,50 61,77 Inscrits/Participation 34,50 38,23

Au Grand Conseil + RésultatsFichier:Suisse Canton du Vaud Grand Conseil 2022.svg Parti Sigle Voix % +/- Sièges +/- Parti libéral-radical PLR 28,43 50 Parti socialiste PS 18,02 32 Les Verts PES 13,59 25 Union démocratique du centre UDC 18 698 12,53 23 Vert'libéraux PVL 9 361 6,27 11 Parti ouvrier et populaire POP 2,39 3 solidaritéS solid. 1 Les Libres L 1,50 2 Le Centre LC 1,26 0 décroissance alternatives da. 0,86 2 Alliances des Libertés AdL 0,84 0 Solidarité & Écologie S&E 0,62 1 Parti évangélique PEV 0,38 0 Parti pirate PPVD 0,25 0 Union démocratique fédérale UDF 0,05 0 Consciences citoyennes CS 0,05 0 L'Aurore 0,04 0 Indépendants 0,06 0 Suffrages exprimés 98,04 Votes blancs 0,77 Votes nuls 1,19 Total 100 – 150 Abstentions 65,72 Inscrits/Participation 34,28

Représentation par district +DistrictTotalPLRPSPESUDCPVLDivers gaucheDivers centreDivers droiteAigle832111Broye-Vully84112Gros-de-Vaud831121Jura-Nord vaudois1764331Lausanne31896323Lavaux-Oron1242321Morges1653332Nyon1973333Ouest lausannois154421112Riviera-Pays-d'Enhaut16632221Canton de Vaud1505032252110732

Analyse des résultats

Conseil d'État

Premier tour Selon l'éditorial du Temps publié le lendemain du premier tour des élections, l'alliance de droite s'est renforcée au fil de la campagne et a réussi à imposer ses thèmes de campagne, tandis que la gauche « s'est contentée de défendre son bilan ». Tête de fil de l'alliance de droite, la libérale-radicale Christelle Luisier aurait créé un esprit d'équipe, tandis que l'UDC Michäel Buffat se serait recentré, tenant « un discours modéré » (jusqu'à se déclarer en faveur d'un congé paternité). Les candidats de la gauche pour leur part n'auraient « pas donné l'impression de former une réelle équipe » et « pas répondu [...] aux inquiétudes [...] en matière de pouvoir d'achat ou de transition énergétique ».

Dans l'article principal, le journal qualifie le score de la candidate du Centre Valérie Dittli, « inconnue du grand public il y en encore quelques mois » et d'origine zougoise, de « sensation du jour », et celui de Cesla Amarelle de décevant. Selon le politologue Andrea Pilotti, le mauvais score de cette dernière ne serait pas dû aux affaires pénales sorties les derniers jours de campagne, mais à la pandémie de Covid-19, la population récompensant les responsables de la santé et pénalisant ceux de l'éducation. L'élection de Christelle Luisier au premier tour, certes de justesse, est vue comme « un petit exploit » étant donné qu'elle n'a rejoint le gouvernement que deux ans plus tôt lors d'une élection complémentaire. De manière générale, le quotidien souligne que l'alliance de droite a pour le moins bien fonctionné et qu'elle est désormais favorite pour le second tour.

Dans une analyse publié le lendemain du vote, le journal 24 Heures relève que le Vert Vassilis Venizelos a fait un score beaucoup plus modeste dans les villes que sa camarade de parti Béatrice Métraux lors des élections de 2017.

Selon le politologue Pascal Sciarini, le taux élevé d'abstention (en hausse de 6 points de pourcentage pour l'élection au gouvernement) et la faible mobilisation de la gauche s'expliquent notamment par le fait que les médias ont donné l'impression « que les jeux étaient faits en faveur de la gauche ».

Second tour Le second tour voit, dans l'ordre, la réélection des candidates socialistes Nuria Gorrite et Rebecca Ruiz (55 %) et l'élection des deux candidats libéraux-radicaux Isabelle Moret et Frédéric Borloz (53 %), du Vert Vassilis Venizelos (49 %) et de la Centriste Valérie Dittli (48 %), qui devient à 29 ans l'une des plus jeunes conseillères d'État de l'histoire suisse et permet à son parti d'être représenté pour la première fois de l'histoire au gouvernement vaudois. La socialiste sortante Cesla Amarelle (46 %) n'est pas réélue, malgré une très forte mobilisation de la gauche, et l'UDC Michaël Buffat (44 %) échoue à reconquérir un siège au gouvernement pour son parti. La majorité du gouvernement bascule à droite, après onze ans de majorité de gauche. Selon Olivier Meuwly, il ne faut cependant pas en attendre de grand changement, « en tout cas, à court terme ».