Marie Čermínová, dite Toyen, née à Prague le et morte à Paris le , est une artiste peintre surréaliste franco-tchèque.
Biographie vignette|gauche|Jindřich Štyrský et Toyen à Paris en 1929Voir sur archiv.ucl.cas.cz..
Après des études à l'École des arts appliqués de Prague, Marie Čermínová cofonde avec l'écrivain Karel Teige le groupe anarchiste Devětsil en 1920.
En 1922, elle rencontre le peintre Jindřich Štyrský. Ensemble, ils participent à une exposition collective organisée par Devětsil et intitulée « Bazart d'art moderne ». Elle prend le nom de Toyen (1923), d'après le français « citoyen »Colvile, , . ou le tchèque to je on (« c'est lui »).Voir , qui en fait son titre..
Dans ses premières œuvres, Toyen s'inspire d'un cubisme « puriste » qu'elle abandonne pour une série de tableaux naïfs aux sujets exotiques.
En 1925, elle s'installe à Paris avec Štyrský. Ils créent un nouveau style qu'ils appellent « artificialisme », par lequel ils anticipent de nombreux éléments de l'abstraction lyrique ultérieure. Cependant, Il s'agit pour eux de faire coïncider l'aventure plastique avec une pratique existentielle de la poésie, le tableau artificialiste provoquant des émotions qui ne sont pas seulement optiques, mais aussi poétiques, de sorte que « miroir sans image, l'artificialisme est l'identification du peintre et du poèteJindřich Heisler, « L'Artificialisme » (1927), Red, n° 1, 1927-1928, repris dans le catalogue de l'exposition « Štyrský - Toyen - Heisler », Paris, musée national d'art moderne - Centre Georges-Pompidou, 1982, p. 82. ».
Ils rencontrent le groupe surréaliste. Leur première exposition commune est organisée à la galerie Vavin. Philippe Soupault écrit la préface du catalogue.
De retour à Prague en 1929, Toyen fait paraître des dessins érotico-humoristiques dans la Revue érotique créée par Štyrský. En 1932, elle illustre Justine ou les Malheurs de la vertu de Sade et Pybrac de Pierre Louÿs (Edice Lotos, 1932).
En 1934, le poète Vítězslav Nezval et Teige, Toyen et Štyrský fondent le groupe surréaliste de Prague qui accueille chaleureusement André Breton et Paul Éluard en Du 27 au 29 mars.. Cette même année, en mai, elle participe à l'Exposition internationale du surréalisme à Tenerife (Îles Canaries).
En 1938, à l'occasion d'une exposition commune de Štyrský et Toyen paraît une double monographie dont les textes sont signés Nezval, Teige et Vitèzslau. La même année Štyrský prononce une conférence dans laquelle il souligne à quel point Toyen a acquis le privilège d'être au cœur du « temps qui abolit l'époque », en étant seulement préoccupée de la conquête des espaces intérieurs, car pour elle, .
En 1939, l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne lui interdit toute expression publique. Dans la clandestinité, elle réalise un cycle de dessins intitulé Tir (Střelnice, 1940)Biro, , ., des illustrations érotiques pour l'ouvrage du poète Jindřich Heisler intitulé Seules les crécerelles pissent sur le Décalogue (1940) et Cache-toi, guerre ! (Schovej se valko), une série de dessins accompagnant des poèmes du même Heisler (1944). Durant cette période, de 1939 à 1942, elle abandonne pratiquement la peinture pour se consacrer au dessin.
Jindřich Štyrský meurt en 1942.
Après la guerre, Toyen expose à nouveau à Prague en 1945. En 1947, elle quitte la Tchécoslovaquie pour Paris, avec Jindřich Heisler. Elle participe aux activités du groupe surréaliste et expose à la galerie Denise René. Le catalogue est préfacé par André Breton, qui parle de son visage « médaillé de noblesse », non sans y reconnaître
Dans les années 1960, elle imagine deux livres-objets pour l'éditeur François Di Dio et, dans les années 1970, collabore aux publications du collectif Maintenant fondé par Radovan Ivšić, avec Georges Goldfayn, Pierre Peuchmaurd, Annie Le Brun, qui la considère comme « le personnage le plus romantique du surréalismeAnnie Le Brun, À distance, Jean-Jacques Pauvert aux éditions Carrère, 1984, p. 158. ». Elle illustre alors plusieurs recueils et pièces de théâtre de Radovan Ivšić, notamment Le Puits dans la tour, débris de rêves (1967), Le Roi Gordogane (1968), Tir (1973), et le premier recueil poétique d'Annie Le Brun, Sur le champ (1967)Voir Fannie Morin et Caroline Hogue, « Cerner le désir infiniment : Sur le champ d’Annie Le Brun et Toyen »., puis plus tard deux autres recueils : Tout près, les nomades (1972)Voir Caroline Hogue, « Tout près, les nomades : parcourir les corps ». et Annulaire de lune (1977)Voir Benjamin Gagnon Chainey et Karianne Trudeau Beaunoyer, « Prendre la parole, se parer du langage : « beauté convulsive » et « insurrection lyrique » dans Annulaire de lune, d'Annie Le Brun et Toyen »..
Toyen est enterrée au cimetière des Batignolles () à Paris. Sur son faire-part de décès, il est écrit :
Toyen vue par Annie Le Brun Annie Le Brun est devenue une amie très proche de Toyen, et la considérait comme une des artistes majeures de son siècle, notamment pour son indépendance artistique et idéologique, son opposition aux totalitarismes de l'époque (l'hitlérisme et le stalinisme), sa révolte existentielle, son
Selon elle, Toyen envisage l'énigme de la représentation au plus près de l'énigme de la vie, avec toute la puissance subversive d'une « insurrection lyrique » et d'une « érotique de l'analogie », que Radovan Ivšić reconnaît également comme telle, parlant d'un pouvoir de trouble qui s'effectue à travers un « mimétisme amoureux entre les règnes animal, végétal et minéral […] dans la convergence éperdue des forces primordiales qui inaugure les plus somptueuses dérives de l'amourRadovan Ivšić, Toyen, Filipacchi, 1974, pp. 64-65. ».
Dans une de ses rares confidences, illustrant ce secret de la représentation qui consiste à figurer l'énigme pour l'affronter, Toyen déclarait en 1976 :
Œuvres
Notes et références
Voir aussi Archives
Bibliographie André Breton, Jindřich Heisler, Benjamin Péret, Toyen, Paris, Sokolova, 1953. André Breton, Le Surréalisme et la Peinture (1928), nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Gallimard, 1965. Radovan Ivšić, Toyen, Paris, Filipacchi, 1974. Renée Riese-Hubert, « Annie Le Brun et Toyen, l'illustrateur des livres de Annie Le Brun », La femme surréaliste. Revue Obliques, n° 14-15, 1977, p. 174. Adam Biro & René Passeron, Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs, Office du livre, Fribourg-Paris, Suisse et Presses universitaires de France, 1982, pp. 405-406. Catalogue de l'exposition « Štyrský - Toyen - Heisler », Paris, musée national d'art moderne - Centre Georges Pompidou, 1982. Annie Le Brun, « À l'instant du silence des lois », dans À distance, Paris, Jean-Jacques Pauvert aux éditions Carrère, 1984, pp. 150-160. . Georgiana Colvile, Scandaleusement d'elles. Trente quatre femmes surréalistes, Paris, Jean-Michel Place, 1999, pp. 284-289, avec une photographie de l'artiste réalisée par Man Ray en 1935. Karel Srp, Toyen, une femme surréaliste, Paris, Artha, 2003. Annie Le Brun, « Toyen ou l'insurrection lyrique », dans Un espace inobjectif. Entre les mots et les images, Paris, Gallimard, coll. « Art et Artistes », 2019, pp. 117-136. Alain Joubert, Toyen, petits faits et gestes d’une très grande dame, Ab irato, 2022.
Filmographie 1967 : Angoisse de Zdenèk Kopac, Prague (cité dans Colvile, , ) 2005 : Toyen de Jan Němec, explore la relation entre Toyen et Jindřich Heisler, qu'elle cacha dans Prague occupée par les nazis et avec qui elle partit à Paris en 1948, à la suite de la prise de pouvoir des communistes ; voir : Peter Hames, Czech and Slovak Cinema: Theme and Tradition, Oxford University Press, 2015 : Toyen de Dominique et Julien Ferrandou, film documentaire co-produit par TFV, Aube Elléouët et Oona Elléouët, distribué par Seven Doc.
Liens externes
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