L’Orchestre Lamoureux est un orchestre symphonique français, basé à Paris. Il a longtemps joué à la salle Pleyel, mais aussi au théâtre des Champs-Élysées, à la salle Gaveau et au théâtre du Châtelet.
Fondé en 1881 par Charles Lamoureux sous le nom de Société des nouveaux concerts, il a d’abord été créé pour promouvoir une musique nouvelle auprès d’un large public, en particulier celle de Richard Wagner.
Fort de cet héritage, l’Orchestre Lamoureux s’est ensuite spécialisé dans la musique française, dont il est aujourd’hui l’un des plus grands représentants. Créateur de plusieurs des œuvres majeures du répertoire français (Le Boléro dans sa version concert et le Concerto en sol de Maurice Ravel, La Mer de Claude Debussy, España d'Emmanuel Chabrier, etc.), il perpétue cette tradition de répertoire.
Orchestre associatif depuis 1897, il est reconnu d’utilité publique depuis 1961. Il est subventionné par la DRAC Île-de-France et la mairie de Paris, et reçoit le soutien de mécènes.
L’orchestre recrute ses musiciens titulaires sur concours parmi les professionnels de la musique et compte à ce jour 89 membres.
La naissance de la Société des Nouveaux Concerts
Au lendemain de la défaite de Sedan, la vie musicale parisienne connaît un élan nationaliste. Camille Saint-Saëns et Romain Bussine créent la Société Nationale, dont la devise, Ars Gallica, souligne la volonté de favoriser une musique française. Mais leur but est aussi de promouvoir la musique symphonique, souvent oubliée face à la musique de chambre des salons. Après la Société des concerts du Conservatoire, fondé en 1828, Jules Pasdeloup inaugure en 1861 ses Concerts populaires, orchestre associatif parisien qui cherche à élargir le public de la musique classique. En 1873, c’est au tour de Georges Hartmann de créer le Concert national, à la tête duquel il engage Édouard Colonne. thumb|Portrait de Charles Lamoureux (Archives de l'association) Fondé en 1881, la Société des Nouveaux Concerts est ainsi le quatrième orchestre symphonique de la capitale. Comme l’Orchestre Pasdeloup et l’Orchestre Colonne, son histoire est profondément liée à celle de son premier chef, Charles Lamoureux. Né à Bordeaux en 1834, il fait ses études au Conservatoire de Paris où il obtient un premier prix de violon en 1854. Il forme en 1860 avec Édouard Colonne au deuxième violon, Pierre Adam à l'alto et Louis-Marie Pilet au violoncelle, le Quatuor Lamoureux, société de musique de chambre, pour faire connaître le répertoire romantique allemand. Il est violoniste chez Pasdeloup, avant de décider qu’il lui faut un orchestre permanent pour défendre la musique qui lui tient le plus à cœur. Il peut réaliser son projet en partie grâce à son mariage en 1860 avec Marie-Pauline Mussot, la fille du Docteur Pierre, industriel du dentifrice.
Charles Lamoureux et Richard Wagner
Le but de Charles Lamoureux est de promouvoir la musique de son époque. Charles Lamoureux choisit Wagner. Décidé à faire connaître la musique du géant de Bayreuth (où il a fait plusieurs pèlerinages), il est entre autres à l’origine de la création française de Lohengrin (1891) et de Tristan et Isolde (1899) à l’Opéra de Paris. C’est avec son orchestre qu’il produit la première audition française de la version de concert de Lohengrin ().
La création du premier acte de Tristan et Isolde de Richard Wagner
C'est au théâtre du Château-d'Eau que furent exécutés pour la première fois par l’Orchestre Lamoureux sous la direction de Charles Lamoureux le premier acte de Tristan et Isolde, le . Charles Lamoureux écrit dans la note de programme :
« Au moment de faire connaître en France une des œuvres les plus célèbres et les plus hardies de Richard Wagner, il ne sera pas inutile de donner aux habitués de mes concerts un aperçu des raisons qui m'ont déterminé à tenter cette entreprise. De l'aveu même de Richard Wagner, Tristan et Isolde est l'expression la plus fidèle et la plus vivante de ses idées théoriques. Malgré leur très haute valeur, les partitions du Vaisseau fantôme, de Tannhäuser et de Lohengrin ne sont, en effet, que les essais d'un génie ignorant encore sa prodigieuse audace. La part de la convention y est considérable et Wagner n'hésite pas à l'avouer. Dans Tristan son idéal s'est clairement dégagé, et l'art nouveau, dont il a été le fondateur et l'apôtre, s'y affirme avec une sincérité qui n'admet pas de transaction. Si la partition de Tristan nous apporte la forme dernière et définitive de l'art de Wagner, on peut dire que, d'un autre côté, c'est son œuvre la plus théâtrale. Tout ceci étant exposé sans réticences, on se demandera, comme je me le suis demandé moi-même, s'il n'est pas téméraire de faire entendre au concert une partition qui réclame si impérieusement l'illusion de la scène. Je répondrai tout d'abord que j'ai eu confiance dans l'esprit ouvert et tolérant de mes compatriotes. J'ai compté, je l'avoue, qu'ils arriveraient à suppléer par un effort de leur imagination à l'absence de l'illusion scénique. Cet effort, je tâcherai de le seconder, autant qu'il est en mon pouvoir, par un programme détaillé, sur lequel on pourra suivre, pas à pas, les mouvements de la scène. Je considère donc l'audition que je donne comme une sorte de répétition de la musique (abstraction faite du travail de la mise en scène), répétition à laquelle le public serait admis par une exception toute spéciale. Une deuxième raison, et celle-là à mes yeux est décisive, c'est que, dans l'état actuel de notre théâtre musical, on ne peut prévoir à quel moment les conceptions dramatiques de Wagner — je parle bien entendu de celles de la dernière manière — trouveront une interprétation digne d'elles, sur l'une de nos grandes scènes parisiennes. Il faut bien alors qu'on se risque à les donner au concert. Si jamais tragédie, dit M. Edouard Schuré, fut écrite pour la scène, c'est Tristan et Isolde. Chaque geste y parle, chaque mot y agit. Tout y est plastique, ramassé en peu de paroles; mais d'autant plus puissante déborde dans la musique la vie torrentielle qui l'anime : verbe et mélodie se mêlent impétueusement dans le grand flot de l'harmonie, dans le fort courant de l'action. C'est pour ces motifs que je me suis décidé à faire entendre le premier acte de Tristan et Isolde aux habitués de mes séances musicales. Si cet essai réussit, comme j'ai lieu de l'espérer, je me propose de poursuivre l'expérience et de faire connaître successivement les grandes compositions d'un maître, dont on a pu discuter les réformes audacieuses, mais dont tout le monde, aujourd'hui, s'accorde à reconnaître l'incontestable génie. »
C’est à l’occasion de ce concert que Claude Debussy, spectateur régulier des concerts Lamoureux, découvre Richard Wagner.
La création de la version concert de Lohengrin de Richard Wagner vignette|Les hommes-sandwich de La Revanche après les manifestations contre Lohengrin (J. Blass, Le Triboulet, 15 mai 1887). Charles Lamoureux avait déjà donné une preuve de son admiration pour Richard Wagner en interprétant avec son orchestre des fragments des œuvres de ce dernier. Mais ces œuvres fragmentées lui paraissaient insuffisantes pour accuser le relief de ces opéras composés pour la scène. Impossible de songer à un théâtre machiné comme celui de Bayreuth. À défaut, Charles Lamoureux se tourne vers l'Éden (actuel Athénée Théâtre Louis-Jouvet). Il trouve pour l'aider un jeune compositeur de premier ordre, Vincent d'Indy. Ce dernier met en place quarante-six répétitions de chœurs au foyer, six répétitions d’ensembles, vingt répétitions en scène au piano, cinq avec orchestre et deux répétitions générales. Tout marchait donc à souhait, jusqu’à l'affaire Schnæbelé du , qui tend les relations de la France avec l’Allemagne. Cette affaire vient subitement arrêter tous les travaux de Lamoureux, d’autant plus que beaucoup de nationalistes complotent pour l’interdiction de Lohengrin à l’Eden. Malgré tout, Charles Lamoureux parvient à monter la version de concert Lohengrin, qui voit le jour pour la première fois en France le . Cette représentation amena bien des conversions à la musique de Wagner, et fit dire à un critique : « Rien n'est changé en France; il n'y a qu'un chef-d'œuvre de plus. »
Mais l’affaire prend des proportions inquiétantes, Charles Lamoureux gardant même un pistolet à portée de main après avoir reçu des lettres de menaces. On accuse le chef d’orchestre de trahison envers son pays, puis de cupidité et de mercantilisme. Sous l'impulsion de Louis Peyramont, rédacteur en chef de La Revanche, des manifestations s’organisent aux abords du théâtre de l'Éden le soir du , mais aussi le soir du , cette dernière manquant de se terminer par une attaque de l’Ambassade d’Allemagne. Les slogans sont explicites : « À bas Lamoureux », Vive la France », « À bas la Prusse ». Toutes ces démonstrations déterminèrent Lamoureux à abandonner la partie : « J’y renonce, je suis à bout, je casse mon bâton de chef d’orchestre », lit-on le dans une entretien.
Malgré tout, cette polémique autour de Lohengrin aura permis à Richard Wagner d’avoir une visibilité sans précédent parmi le public français, et ce bien plus que si l’œuvre avait été représentée plusieurs fois comme prévu. Après 1887, chaque mélomane se devait d’avoir un avis sur l’œuvre, et donc de l’avoir entendue.
Charles Lamoureux et la musique française
Charles Lamoureux ne délaisse pas pour autant ses contemporains français, dont il crée les œuvres nouvelles avec son orchestre : Franck (Les Éolides, 1882), d'Indy (Saugefleurie, 1885, le Chant de la cloche, 1886, Symphonie sur un chant montagnard français, 1887, Wallenstein, 1888 etc), Chausson (Viviane, 1888), Fauré (Pavane, 1888)… Il touche également le répertoire romantique allemand, avec les symphonies de Beethoven, Mendelssohn et Schumann. Il dirige la première française de Don Juan de Richard Strauss (1891), la Symphonie n.3 ou encore le Concerto pour violon de Brahms (respectivement 1893 et 1894). C’est aussi Charles Lamoureux et son orchestre qui créent España de Chabrier, le . Le compositeur, ami du chef, lui avait en effet promis à son retour d’Espagne une œuvre qui ferait se lever et s’embrasser son public ! La Société des Nouveaux Concerts créera également entre autres œuvres de Chabrier La Sulamite (1885) et Briséïs (1897).
L'essor de la Société des Nouveaux Concerts thumb|Le concert Lamoureux 1895 Pierre Bonnard. La Société des Nouveaux Concerts connaît un essor rapide. Dès 1887, l’Orchestre est demandé à Lille et à Genève, déplacements dont il fera une tournée traditionnelle. En 1889, il participe aux concerts de l’Exposition Universelle au Trocadéro à Paris. Charles Lamoureux est à la tête de son orchestre de 1881 à 1897. Sa personnalité et son enthousiasme lui permettent de surmonter les obstacles, et il parvient à s’entourer des meilleurs musiciens : Lucien Capet, Firmin Touche, Jules Boucherit ou Joseph Salmon. C’est également à lui que s’adressera le jeune Pablo Casals en 1899 à son arrivée en France et cherchant à se faire connaître. Grâce à la Société des Nouveaux Concerts, le violoncelliste devient en quelques mois une star internationale. Charles Lamoureux ne cédera pas sa baguette en seize ans, formant l’Orchestre à son image. Lorsqu’il est contraint de se retirer par la maladie, c’est son gendre, Camille Chevillard, qui lui succède en . L’Orchestre devient alors une association, bientôt régie par la loi de 1901, et prend le nom de son fondateur : Association des Concerts Lamoureux.
1897-1923 Camille Chevillard, les créations mythiques de l'Association des Concerts Lamoureux
Dans la tradition de Charles Lamoureux