Un fest-noz (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. ; en breton : Prononciation en breton KLT retranscrite selon la norme API., pluriel festoù-noz) est un type de fête « revivaliste » (essentiellement un bal), remis au goût du jour dans les années 1950 dans le centre de la Basse-Bretagne (essentiellement la Haute-Cornouaille), dans le but de recréer les rassemblements festifs de la société paysanne qui ponctuaient les journées de travaux collectifs et qui avaient disparu dans les années 1930. La renaissance des festoù-noz peut être attribuée à Loeiz RoparsJefig Roparz, - Le rénovateur du fest-noz, Emgleo Breiz, 2011, 190 p.
Lorsqu'il se déroule en journée on parle de Fest-deiz (deiz signifiant jour en breton tandis que noz signifie nuit).
Au cours des années 1970, grâce au mouvement folk, en particulier l'effet Alan Stivell à partir de 1972, les festoù-noz ne se cantonnent plus au centre de la Bretagne. Beaucoup de jeunes découvrent la musique et la danse bretonne et s'en emparent : le fest-noz devient une manifestation urbaine. De nombreuses associations en organisent parfois dans un but militant ou même lucratif. Ce premier effet de mode passé, ces rassemblements se raréfient dès la fin des années 1970. Toutefois, au cours des années 1980 et 1990, musiciens et danseurs s'approprient leur culture, en l'approfondissant et en la consolidant. C'est pourquoi le fest-noz retrouve une grande popularité dans les années 1998-2000 avec le renouveau de la musique bretonne et celtiqueSicard Padrig, La musique celtique, Ouest-France, 1997. Le phénomène est désormais d'une grande ampleur, on compte plusieurs centaines de festoù-noz organisés chaque année, et a même quitté la Bretagne pour gagner d'autres régions de FranceOlivier Goré, La dimension sociale d’une exception culturelle régionale. Le fest-noz en Bretagne, Rennes.. Le , le fest-noz est inscrit comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCOUnesco: le fest-noz breton inscrit au patrimoine immatériel de l'Humanité, le Point après que cette pratique a été inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.
Étymologie C'est un mot breton signifiant « fête de nuit ».
Historique
Tradition issue de la société rurale Des auteurs signalent déjà aux et sièclesMme de Sévigné, lettre du 5 août 1671Jacques Cambry, Voyage dans le Finistère que le lien à la danse est très populaire en Bretagne. Dans son ouvrage Breiz Izel (1844), Alexandre Bouët écrit Perrin Olivier & Bouet Alexandre, Breiz Izel, ou la vie des Bretons d'Armorique, 1838.
Dans la société rurale bretonne d'avant 1930, les grands travaux agricoles (moissons, battages, récolte des pommes de terre ou de pommes à cidre, arrachages…) sont la principale occasion de danser. Ces rassemblements, où se manifestent l'entraide et la solidarité se terminent par des danses, collectives par essence, qui deviennent ainsi l'expression de toute la communauté. Ces danses sont également l'occasion de « casser la fatigue » après le travail harassant des champs. Les femmes comme les hommes participent à ces travaux manuels. Cette corvée automnale est dissimulée par le chant, apaisant fatigue et sautes d'humeurYves Defrance, L'archipel des musiques bretonnes, Cité de la Musique, Coll. Musiques du monde 2000, 192 pages, p. 132. Le repas convivial, où sont seulement invités ceux qui ont participé à la tâche, est généralement plein d'entrain : rondes chantées, joutes orales (disparues), improvisations de compléments chantés (), jeux de force () et petits concours de danse, récompensés de tabac pour les hommes et de rubans pour les femmes. Puis, jusque tard dans la nuit, les danses transmettent une excitation croissante des chanteurs aux danseurs, puis des danseurs aux chanteursRoland Becker, La musique bretonne, p. 89. L'étroite cohésion de la ronde ou de la chaîne provoque un dépassement de chacun et permet au groupe d'accéder à un certain état de conscience collectif. La fête de nuit est l'expression d'une communauté en liesse, où la dimension collective avoisine la transe.
Les fêtes calendaires (pardons, foires...) et les noces sont l'autre grande occasion de danser. Celles-ci s'étalent souvent sur trois, voire quatre jours et peuvent rassembler jusqu'à pour les plus importantes. On danse dès la sortie de l'église, sur le chemin menant sur les lieux du banquet et, à la ferme, en attendant les viandes, c'est alors la danse du rôti, la . Des sonneurs sont présents pour ces grandes occasionsJean Choleau et Marie Drouart, Chansons et danses populaires de Haute-Bretagne, tome I, Univaniez Arvor, Vitré, 1938.
Les freins à son développement L'Église a tenté d'interdire les danses « » (ventre contre ventre ou danses de couple), mais tolérait de se tenir par le petit doigt. Dans certaines paroisses, il fallait se tenir par l'intermédiaire d'un mouchoir. Le fest-noz du paysan de l'ancienne tradition était encore bien vivant à la fin des années 1920 et dans certains endroits (Maël Carhaix, Rostrenen), jusque vers 1935, pour tomber en désuétude partout à la fin des années 1930Loeiz Ropars, l’initiateur des festou-noz des années 50. L'occupant nazi interdisant l'organisation de bals publics, des bals clandestins émergent dans les villages, loin du bourg. Faute d'orchestre, on se remet à chanter le kan ha diskan et donc à danser le répertoire de rondes appropriées à cette technique vocale. Indépendamment de toute corvée agricole, la jeunesse découvre alors comment il était possible de s'amuser simplement.
Lorsque la mécanisation de l'agriculture apporte les premières arracheuses de pommes de terre, marquant ainsi la fin des travaux communautaires et donc des festoù-noz traditionnels, quelques personnes ont l'idée de remettre à l'honneur les festoù-noz, comme Albert Trévidic et surtout Loeiz Ropars de Poullaouen qui souhaitent en même temps relancer la technique du kan da zañsal (chant pour danser), en usage pour soutenir à la voix les dañs tro. Dans les années 1940, il saisit ce patrimoine original et dense, alors même que la société traditionnelle s'en éloigne, découvrant les bals. Il fallut réinventer le fest-noz ou plutôt lui trouver une autre raison d'être. Ce furent, d'un côté, les membres des cercles celtiques, désireux de s'amuser en dehors de leurs obligations scéniques, de l'autre les anciens paysans encore bien valides qui animèrent les premiers festoù-noz nouvelle manière, un temps baptisés « bals bretons » dans sa forme citadineYves Defrance, L'archipel des musiques bretonnes, Cité de la Musique, Coll. Musiques du monde 2000, 192 pages, p. 133..
Une renaissance locale thumb|Nouveautés : la danse sur parquet, les chanteurs ou musiciens sur scène, sonorisés. Pour inciter les kanerien (chanteurs) à sortir de leurs villages, l'idée est d'organiser des concours de chant ouverts à tous, avec des prix à gagner« Les cercles celtiques et la culture bretonne », Ar Soner, n°236, juillet 1977, p.14. Loeiz Ropars organise le premier concours de kan ha diskan en 1954 à Poullaouen, dont le succès populaire dépasse les espérances. Le , il organise son premier fest-noz dans une salle de danse à Poullaouen, après le second concours de chant. Cette soirée historique, suivie par personnes, marque à la fois le retour à la tradition et l'adaptation aux nouvelles conditions de la vie sociale et économique (exode rural, développement des communications...) : les chanteurs se produisent en salle, sur une scène séparée des danseurs, devant un microLoeiz Ropars : , Loeiz Roparz et Naïk Raviart, Le renouveau du fest-noz en Bretagne, dans La danse, Modal, 1988. Ceux-ci fournissent par la même occasion les premiers enregistrements de kan ha diskan, réalisés par la première maison de disques bretonne Mouez Breiz.
Le fest-noz « mod-nevez » (nouvelle mode) prend vite son essor et se répand dans tout le terroir d'origine, c'est-à-dire en Cornouaille intérieure. Le premier fest-noz « urbain » se tient à Quimper en 1958, sous le nom de « bal breton »Loeiz Ropars, « Fest-Noz », Festival de Cornouaille, Ed. Vivre ici, 1993 . La même année, les frères Morvan animent un fest-noz à Saint-Servais et, à Treffrin, ce sont Maryvonne et Anastasie Goadec qui y chantent« Les cercles celtiques et la culture bretonne », Ar Soner, n°236, juillet 1977, p.20. Quelques voix se font remarquer et la réputation de certains dépasse en peu de temps les limites de leur canton (frères Morvan, sœurs Goadec, Catherine Guern, Manu Kerjean et Lomig Donniou...)Yves Defrance, L'archipel des musiques bretonnes, Cité de la Musique, Coll. Musiques du monde 2000, 192 pages, p. 134. La collecte de chants du pays de Redon et Vilaine par Jean-Louis Latour et Albert Poulain donne un élan à la culture de Haute-Bretagne qui retrouve ses danses (Rond de Saint-Vincent, pilé-menu, avant-deux...).
Parti de haute Cornouaille (Rumengol, Spézet...), le modèle du nouveau fest-noz gagne dès 1957 d'autres « pays » pour conquérir BretagneLe festival de Cornouaille est le premier à l'intégrer à son programme en 1964. Dans les années 1970, devenu une véritable mode, il met la Bretagne en effervescence et prend une dimension politique liée à la revendication culturelle régionale. Ainsi, d'immenses festoù-noz à Nantes sont annoncés entièrement en breton. Ce mouvement atteignant toute la haute Bretagne, quelques vielleux, violoneux et bouézous reprennent du service. et diaspora, avec toujours cette vocation collective de la pratique de la danse et loin de la fête folklorique ou du spectacle (cercles celtiques) qui apparaissent au début du . Il ne relève pas d'un mouvement folklorique mais évolue au contraire avec son temps en exprimant les valeurs culturelles de la société bretonne contemporaine et en fonction des modes musicales. Vu la dimension des nouvelles rondes et chaînes, il fallut extraire les chanteurs de la danse et amplifier leur voix. Le phénomène épouse son cadre culturel contemporain avec l'installation d'un podium et d'une sonorisation pour les chanteurs ou sonneurs, avec le soutien éventuel d'une rythmique folk rock, permettant une audience massive. En parallèle, quelques musiciens tentent de créer des formations utilisant des instruments modernes. Ainsi, vers 1958, le groupe brestois Son ha Koroll, sous l'égide de Per Yves Moign, enregistre deux disques avec accordéon, batterie, violon, piano, contrebasse, s'inspirant du mouvement musical écossais. À Rennes, Evit Koroll fait de même. En 1961, Henri Landreau et Tugdual Calvez fondent les Namnediz, premier groupe à intégrer une basse électrique.
Dans une optique commerciale, des festoù-noz sont ensuite organisés avec force publicité et entrée payante. Mais à l'opposé des festoù-noz « touristiques », subsistent des occasions où un public averti aime à danser, à communiquer tout simplement.
Unification et ouverture thumb|Les Ramoneurs de menhirs. L'absence de normes mais le respect de codes implicites qui assurent la transmission des pratiques a conduit à l'apparition de nombreux airs composés et de variantes chorégraphiquesLa fête au présent: Mutations des fêtes au sein des loisirs, Editions L'Harmattan, 2009, 418 pages, p.85. Ainsi, depuis le revival, elle renouvelle cette pratique festive en acceptant les variations mais en refusant les innovations qui ne respectent pas l'esprit de la tradition. Par exemple, les Ramoneurs de menhirs ont introduit leur punk celtique dans les festoù-noz des années 2000. Dès le début des années 1970, Alan Stivell, qui obtient une reconnaissance à l'échelle nationale et internationale, popularise à grande échelle la musique bretonne et la danse pratiquée en fest-noz. Nombreux sont les groupes folk bretons qui par la suite animent les soirées dansantes : Diaouled Ar Menez, Sonerien Du, Bleizi Ruz... Dans les années 1990, Ar Re Yaouank (« Les Jeunes ») rajeunissent l'image traditionnelle avec une énergie rock qui attire la nouvelle génération.