L'expression « bourgeoisie de robe » désigne en France les roturiers bourgeois qui occupaient des fonctions dans le domaine de la Justice ou des Finances dans la société d'Ancien Régime.

Postérieurement à la Révolution, elle désigne le personnel de justice disposant d’une certaine notabilitée.

Bien que cette expression existât déjà sous l'Ancien Régime, elle s'est popularisée au après la disparition de la noblesse de robe.

La « robe » est le vêtement porté lors des audiences par les gens de justice.

Introduction thumb|Nicolas Lancret - Le lit de justice à la majorité de Louis XV en 1723 thumb|Cardin le Bret avec son père L'expression "bourgeoisie de robe" recoupe les métiers d'offices de la judicature, le plus souvent sous forme de charges vénales, mais non anoblissantes. Il s'agit de ce que l'on appelle des "offices moyens".

Elle se réfère à l'expression "noblesse de robe", laquelle est apparue pour distinguer la noblesse issue de l'achat de charges vénales (la "savonnette à vilains") de la noblesse militaire, le plus souvent ancienne.

Les notions de robe et d’épée n’apparaissent qu'au cours du . Au , l'on distingue plutôt entre les gens de robe courte et gens de robe longue. Les premiers désignent les prévôts, maréchaux et les lieutenants criminels, parfois aussi les baillis et sénéchaux qui, tous, exercent des fonctions de justice et de police et qui jugent l’épée aux côtés. Alors que les seconds sont les magistrats et avocats des cours de la justice royale. Toutes les charges de robe longue ne sont pas anoblissantes.

La bourgeoisie de robe correspond ainsi sous l'Ancien régime aux fonctions exercées sous forme d'un office de justice ou de finance dont le titulaire n'est pas membre de la noblesse.

Passée la Révolution, la notion de bourgeoisie de robe correspond aux activités exercées par les gens de justice dans toute leur diversité sous forme de profession libérale et indépendante (avocats, avoués), de fonctionnaires (magistrats) ou d'officiers ministériels (notaires, huissiers de justice, greffiers).

Sous l'Ancien Régime Sous l'Ancien Régime, certaines professions étant interdites aux nobles sous peine de dérogeance, celles-ci étaient exercées par des roturiers. Tel est le cas de nombreuses professions juridiques et financières.

L'administration des finances était organisée via les bureaux des finances, créés par un édit de 1577 qui mettait fin aux trésoriers de France et généraux des finances. Au sein du bureau des finances, l'on trouve des offices supérieurs, des offices moyens et des offices subalternes, seuls les premiers conférant, immédiatement ou au bout d'un certain temps, la noblesse :

Offices supérieurs

Premier président Chevalier d'honneur

Trésorier généraux de France garde-sceaux ;

Offices moyens

Avocat du roi

Procureur du roi

Offices subalternes

Greffier

Huissier

S'agissant de l'administration de la justice, c’est l’ordonnance sur la réforme de l’organisation judiciaire de 1522 qui conduit à la séparation entre magistrats et avocats, la vénalité des offices de la magistrature. Cette vénalité des offices liés à la justice a commencé par la vente de certains offices de la finance, qui auparavant connaissaient le système de la ferme. Elle a ensuite été étendue aux offices de la judicature. Cette vénalité n'est pas allée sans difficulté au regard du principe même de la justice. Louis XII impose aux gens de justice en 1493 de prêter le serment qu'ils n'ont pas acheté leur fonction, ce qui conduisait les officiers à parjurer. Cette exigence n'est supprimée qu'en 1595. Ainsi, depuis 1523, l'officier n'est pas un acheteur mais un prêteur, dont les gages constituaient les intérêts du capital avancé au Roi. Ainsi vu, le Roi ne vend pas un office mais contracte un emprunt dont le capital est la finance de l'office et les intérêts les gages versés par le Roi au prêteur.

thumb|1689 - Les échevins (Amiens) par Hyacinthe Rigault

Dans les différentes professions juridiques, la distinction majeure réside entre les gradués et non les non gradués, c'est-à-dire ceux qui sont passés par l'université et la faculté de droit où ils ont obtenu une licence, voire un doctorat, et les autres. Le métier d'avocat, ou de juge nécessitent une formation universitaire, complétée par la pratique. Alors que les métiers de procureurs, huissiers ou notaires ne nécessitent pas une formation académique, mais pratique.

Les fonctions exercées sont elles-mêmes variées, entre celles qui consistent à rendre la justice, comme le juge, et celles qui consistent à représenter un client devant une cour ou un tribunal. Ainsi, contrairement à l'avocat, le procureur (devenu l'avoué) ne plaide pas. Il ne fait que représenter son client. C'est le fait d'exercer une activité pour le compte d'une tierce personne qui vaut dérogeance, sauf si cette tierce personne est le roi. La charge de procureur du roi n'est pas dérogeante; elle peut même être anoblissante dans le cas des cours supérieures.

Il est difficile d'établir une liste des offices accordant la noblesse de ceux ne l'accordant pas, tant les situations peuvent varier d'une Province à une autre. La liste ci-dessous entre offices supérieurs et offices n'est pas exhaustive.

Offices supérieurs

thumb|Roger de Bussy-Rabutin en armure de lieutenant-général du roi

Bailli

Lieutenant-général ;

Lieutenant particulier criminel,

Procureur du roi,

Greffier civil et criminel,

Lieutenant particulier civil

Offices moyens thumb|M. Dubois - Procureur du Roi de la Sénéchaussée de Châtellerault - Maire de la même ville - Député aux États généraux

Président du présidial,

Avocat du roi,

Procureur du roi ;

Conseillers du roi ;

Lieutenant général des soumissions ;

Lieutenant particulier assesseur ;

Conseiller assesseur ;

Receveurs généraux ;

Prévôt,

Juge,

Receveur des tailles, des aides, du taillon de l'élection ; Prévôt des maréchaux,

Maître particulier des eaux et forêts ;

Contrôleurs généraux du taillon,

Contrôleurs provinciaux,

Contrôleurs des tailles,

thumb|Théophile Berlier

Grenetiers et lieutenants des greniers à sel,

Lieutenants des prévôts des maréchaux ;

Greffiers des maréchaussées et des élections,

Procureurs du roi des élections, Notaire royal,

Avocats. Alors que la noblesse de robe se concentre principalement dans les villes provinciales disposant d'un Parlement où elles exercent ces offices anoblissantes (Bordeaux, Rouen, Toulouse, Rennes...), les "officiers moyens", pour leur part, exercent leurs fonctions dans le cadre des villes secondaires au sein des bailliages et sénéchaussées, ou encore présidial, élection ou bureau des finances selon l'organisation de la justice sous l'ancien régime. Le siège de ces instances constitue un centre de pouvoir local où coexistent nobles et bourgeois, et où la préséance entre officiers de charges royales tient une place importante conduisant à une hiérarchie d'honneurs.

Selon le statut des villes où sièges de ces instances judiciaires, les familles des officiers moyens exercent aussi un rôle important dans l'administration de la cité ou du bourg, mais aussi au sein des ordres religieux ou laïcs (comme les confréries) locaux. C'est dans le cadre de ces villes moyennes autres que les centres parlementaires que la bourgeoisie de robe, "au sommet de la hiérarchie sociale urbaine, entre (...) avec succès dans une forte compétition avec l’élite marchande pour établir sa prépondérance sur le corps de ville"

Les titulaires de ces charges moyennes figurent le plus souvent parmi les familles les plus riches localement et entretiennent des relations étroites entre eux, voire aussi avec la noblesse locale à laquelle certains d'entre eux finissent par s'agréger sur la durée ou via l'achat d'offices conférant une noblesse immédiate ou future. Certaines de ces familles constituent des lignées d'officiers de justice que l'on retrouve sous les différents régimes postérieurement à la Révolution.

Si les avocats ne sont pas les seuls représentants de la judicature d'Ancien régime, "dans la société française, l'avocat tient une place charnière, intermédiaire entre la noblesse et le Tiers état". Cela tient à l'indépendance de l'exercice de la fonction et au prestige de plus en plus grand attaché à la fonction à partir du milieu du et les grandes "affaires" judiciaires, alors que jusqu'alors l'avocat figurait plutôt en bas de l'échelle de la hiérarchie de la judicature. À la fin de l'Ancien régime, "l'avocat occupe (...) une place assez élevée dans la hiérarchie sociale, et partant, son niveau de fortune n'est pas négligeable".

C'est cette place particulière qui conduit à considérer que "nulle profession n'a, plus que les avocats, contribué à la Révolution et aux changements de régime (...)". Plus que les notaires ou les magistrats dont le nombre parmi les députés des États généraux est bien plus faible que celui des avocats.

Au thumb|Advokat, Fransk advokatdräkt, Nordisk familjebok L'abolition des privilèges et la multiplication des fonctionnaires a permis l'émergence de la bourgeoisie de robe en tant que classe sociale majeure à partir du .

Alors que, mis à part les avocats, les fonctions de la justice et des finances étaient organisées sous forme d'offices sous l'Ancien régime, avec la Révolution et surtout les réformes opérées par Napoléon, la justice et les finances publiques sont des prérogatives exercées par une administration centrale via des fonctionnaires nommés (et non plus élus comme au début de la Révolution) et dépendant de leur ministère (justice ou finances).

L'organisation des finances publiques présente même une particularité par rapport à celle de la justice : tous les fonctionnaires des finances (enregistrement, domaines, douanes, receveurs généraux ou particuliers) sont astreints au cautionnement. Ce cautionnement est fixé au vingtième de la recette annuelle et permet ainsi de fournir les liquidités au Trésor, tout en réservant, de fait, à la seule bourgeoisie le maniement des fonds publics.

L'organisation de la justice comprend à la fois des fonctionnaires (magistrats), des officiers ministériels (notaires, huissiers, greffiers) et des professions libérales (avoués, avocats). Au sein de cette organisation, compte tenu de leur niveau de recrutement, de leur origine sociale et de leurs revenus, les greffiers et huissiers n'appartiennent pas, sauf rares exceptions, à la notabilité locale.

Les professions juridiques, en particulier celle d'avocat, constituent l'une des professions les plus représentatives de la nouvelle élite, à côté des industriels et des familles aristocratiques. "Faire son droit" était un passage quasi obligé pour les fils de familles bourgeoises, et même aristocratiques. Même si l'accès au diplôme ne conduisait pas nécessairement à l'exercice de la profession, selon l'importance de la fortune familiale.

À partir de 1848, mais surtout après la chute de Napoléon III, on a pu parler d'une "République des avocats", tellement leur nombre était important dans les assemblées élues et parmi les membres des gouvernements successifs.

Selon l'historien Christophe Charle, cette bourgeoisie de robe au , "composée des professions juridiques et des fonctionnaires supérieurs issus également de la Faculté de droit, (...) est alors très largement surreprésentée au Parlement, au sein du gouvernement, dans les instances d'arbitrage, aux échelons dirigeants de la fonction publique et dans tous les relais d'opinion (comités électoraux, rédaction des grands journaux et revues). Autant parisienne que provinciale, elle servait de lien privilégié entre les autres fractions de la bourgeoisie".