L'économie de l'Arménie est une économie en transition. Du fait de l'effondrement de l'Union soviétique en décembre 1991 et du conflit quasi continu avec l'Azerbaïdjan voisin au sujet du Haut-Karabagh, elle a connu un déclin économique profond. Il se traduit par une faible croissance des principales activités économiques très concentrées et principalement limitées à Erevan la capitale. Sous l'ancien système de planification centrale soviétique, l'Arménie avait développé un secteur industriel significatif, produisant des machines-outils, du textile, et d'autres produits manufacturés, qu'elle vendait aux autres républiques en échange de matières premières et d'énergie.
Depuis 1991, l'agriculture de l'Arménie s'est également transformée avec le passage des complexes agricoles de l'ère soviétique à des exploitations de petite taille. Le secteur agricole a des besoins importants d'investissement et de modernisation.
La privatisation de l'industrie s'est effectuée à un rythme lent, dans les premières années de l'indépendance, du fait d'une forte corruption. Des intérêts stratégiques tels que le secteur des télécommunications ou les usines électriques, ont été vendus aux intérêts grecs et russes, respectivement. L'Arménie est un importateur d'aliments, et ses ressources minérales (cuivre, or, bauxite) sont faibles.
Depuis 1994 cependant, le gouvernement arménien a lancé un ambitieux programme économique en relation avec le FMI, qui a eu comme conséquence de forts taux de croissance durant la période 1995-2003. L'Arménie est également parvenue à réduire l'inflation et à stabiliser la devise locale (le dram). Le taux de croissance a avoisiné 13,5 % en 2006. Le produit intérieur brut a dans le même temps augmenté de plus de 13 %.
Le secteur des services ainsi que les petites et moyennes entreprises constituent une part croissante de l'économie arménienne.
Histoire économique de l'Arménie
L’Arménie dans l'Orient Classique ( - )
L’Urartu ( – ) : aux origines de l’économie arménienne
À l’âge du bronze et du fer, le plateau arménien, situé entre le Caucase et la Mésopotamie, devient un carrefour stratégique pour le développement de l’agriculture et de la métallurgie. Le royaume d’Urartu, centré autour de la capitale Van (Tushpa), émerge au grâce au déclin temporaire de l’Empire assyrien. Son économie repose sur un réseau de citadelles fortifiées, une agriculture irriguée, et une production artisanale avancée : travail des métaux (bronze, or), poterie rouge polie exportée jusqu’en Grèce et en Italie. Les échanges commerciaux, stimulés par des routes protégées, favorisent la prospérité du royaume. Cependant, les conflits avec les Assyriens, les Cimmériens et les Mèdes, couplés à des luttes internes, entraînent son déclin à la fin du ouvrant la voie à l’arrivée des Arméniens. Ses populations, restées sur place, furent progressivement assimilées par les Arméniens émergents, adoptant leur langue et donnant naissance à la désignation « Arménie » pour l’ancien territoire urartéen. vignette|Porteur de cadeaux arménien à Persépolis.
La période perse ( - ): Intégration et tribut Sous la domination achéménide (à partir de 547 av. J.-C.), l’Arménie est organisée en satrapies, fournissant à l’Empire perse des ressources en chevaux, soldats et métaux précieux. L’économie locale, marquée par une forte influence iranienne, s’appuie sur une agriculture céréalière (blé, orge), et une société rurale. Les Arméniens pratiquent aussi l’élevage, ainsi qu'une production de bière à base d’orge. Les Arméniens participent aux campagnes militaires perses, tout en développant des échanges avec les régions voisines. L’usage de l’araméen comme langue administrative et l’adoption de coutumes perses (comme le zoroastrisme) renforcent les liens économiques avec la Perse, malgré une autonomie croissante des satrapes à la fin de la période.
L’indépendance et l’apogée sous les Artaxiades ( - ) Après la chute de l'Empire achéménide puis de celui des Séleucides, l’Arménie, unifiée sous les rois Artaxias Ier et Tigrane II le Grand, connaît un âge d’or économique. Tigrane II (95–55 av. J.-C.) étend son empire de la mer Caspienne à la Méditerranée, favorisant le commerce et l’urbanisation. La capitale, Tigranocerte, devient un centre économique et culturel, attirant des populations grecques et locales. L’agriculture, l’artisanat (orfèvrerie, céramique) et le commerce de transit (soie, épices) prospèrent. Cependant, les guerres contre Rome (défaite en 66 av. J.-C.) réduisent le royaume à un État client, affaiblissant son économie et sa souveraineté.
La période arsacide (52–428 ap. J.-C.) : Entre Rome et la Perse Sous les Arsacides, l’Arménie, souvent ballottée entre les influences romaine et parthe, maintient une économie rurale et féodale. Les nakharar (grandes familles aristocratiques) contrôlent les terres et les ressources, tandis que le commerce reste limité par les conflits récurrents. La conversion au christianisme (301 ap. J.-C.) et l’invention de l’alphabet arménien (405 ap. J.-C.) stimulent cependant le développement culturel et religieux, avec la construction d’églises et de monastères. La chute des Arsacides en 428 marque la fin de l’État arménien unifié et le début d’une période de division entre Byzance et la Perse sassanide.
L’Arménie médiévale ( - )
Entre Byzance et l’Iran sassanide (428–640) : Fragmentation et résistance Divisée entre les empires byzantin et sassanide, l’Arménie voit son économie se regionaliser. La partie byzantine subit une hellénisation accrue et une pression fiscale, tandis que la Persarménie, dirigée depuis Dvin, paie un lourd tribut à la Perse. Malgré les persécutions religieuses et les révoltes (comme la bataille d’Avarayr en 451), l’agriculture et l’artisanat locaux persistent. Les nakharar, bien que affaiblis, préservent une certaine autonomie économique grâce à leurs domaines féodaux.
La domination arabe (640–884) : tribut, commerce et résistance L’invasion arabe au VIIe siècle introduit un nouveau système économique : l’Arménie, bien que tributaire, conserve une relative autonomie sous la direction d’un gouverneur local (ostikan). Le commerce, notamment avec le califat, se développe, mais les révoltes fréquentes et les pressions fiscales affaiblissent les structures économiques traditionnelles. Les villes comme Dvin deviennent des centres administratifs et commerciaux, tandis que l’agriculture et l’artisanat (tapis, céramiques) continuent de jouer un rôle clé. La fragmentation du pouvoir entre les familles nobles (Bagratides, Artzrouni) prépare cependant le terrain pour la restauration de la royauté arménienne.
La renaissance bagratide (884–1045) : Âge d’or culturel et économique La dynastie bagratide restaure l’indépendance arménienne et stimule un renouveau économique. La capitale, Ani, devient un carrefour commercial majeur sur la route de la soie, reliant l’Asie à l’Europe. L’agriculture, l’élevage (chevaux, moutons) et l’artisanat (orfèvrerie, textiles) prospèrent. Les monastères, comme ceux de Haghpat et Sanahin, deviennent des centres intellectuels et économiques. Cependant, les divisions internes et les pressions extérieures (Byzance, Seldjoukides) affaiblissent progressivement le royaume, qui s’effondre en 1045.
Le royaume de Cilicie (1070–1375) : une économie méditerranéenne et marchande Fuyant l’invasion seldjoukide, les Arméniens fondent un royaume en Cilicie, ouvert sur la Méditerranée. Le port d’Ayas devient un hub commercial, attirant des marchands italiens et orientaux. L’économie cilicienne repose sur le commerce (épices, soie, textiles), l’agriculture et les alliances avec les croisés. Les villes comme Sis et Tarse se développent, tandis que les monastères et les églises (comme Saint-Jacques de Jérusalem) renforcent les liens avec l’Occident. Cependant, les conflits internes, les pressions mameloukes et la perte des alliances mongoles entraînent la chute du royaume en 1375, marquant la fin de la souveraineté arménienne jusqu’à l’époque moderne.
L’Arménie sous les Ottomans et les Perses (XVe–XIXe siècles)
Entre guerres ottomano-persanes et déclin démographique (–) Les guerres entre Ottomans et Perses (Qara-Qoyunlu, Aq-Qoyunlu, Séfévides) dévastent l’Arménie, transformant les terres agricoles en pâturages pour les nomades kurdes et turcomans. Le traité de Zuhab (1639) fixe une frontière, mais les régions arméniennes, vidées de leur population, voient leur économie s’effondrer. En 1605, le chah Abbas Ier déporte 50 000 Arméniens du Nakhitchevan vers Ispahan, où ils fondent la Nouvelle-Djolfa, un centre commercial prospère spécialisé dans la soie, les épices et les pierres précieuses. L’agriculture et l’artisanat local déclinent, tandis que les conversions forcées et l’émigration réduisent la main-d’œuvre.
La société arménienne sous domination ottomane : Exploitation et adaptation (–) Sous les Ottomans, les Arméniens, statuts de dhimmi, subissent des taxes écrasantes (kharâj, djizîa) et des exactions des tribus kurdes. Le système du timar (concessions fiscales à des militaires) appauvrit les paysans, qui fuient vers les villes ou émigrent. Une élite marchande arménienne émerge à Constantinople, où les amiras (banquiers et joailliers) financent l’État ottoman et obtiennent des privilèges économiques. Ces dynasties (Balian, Dadian) dominent le commerce, l’artisanat et les premières industries, tout en soutenant le Patriarcat arménien et les institutions éducatives.
L’Église arménienne, divisée entre Etchmiadzine et Sis, devient un acteur économique majeur, gérant des terres et des biens waqf (fondations pieuses). Les monastères (Aghtamar, Gandzassar) préservent des bibliothèques et des ateliers d’artisanat, tandis que les imprimeries arméniennes (Venise, Constantinople) stimulent la diffusion des savoirs.
La diaspora et le renouveau économique (–) L’émigration forcée et les persécutions poussent les Arméniens à créer des réseaux commerciaux internationaux. La Compagnie des marchands de Nouvelle-Djoulfa, fondée par les déportés de 1605, domine le commerce entre l’Asie et l’Europe, établissant des comptoirs de l’Inde à la mer Baltique. Les Arméniens deviennent des intermédiaires clés pour la soie, les épices et les métaux précieux, accumulant des capitaux réinvestis dans l’éducation et la culture.
À Constantinople, les amiras financent des écoles, des hôpitaux et des imprimeries, tout en jouant un rôle politique auprès de la Sublime Porte. Leur déclin commence au XIXe siècle avec l’arrivée des banques occidentales, mais leur héritage économique et culturel perdure.
L’ère des réformes et des tensions () Les réformes des Tanzimat (1839–1876) promettent l’égalité des sujets, mais les Arméniens restent discriminés. La Constitution nationale arménienne (1863) organise une Assemblée pour gérer les affaires communautaires, mais son impact économique est limité. L’industrialisation (textile, pétrole de Bakou) enrichit une bourgeoisie arménienne (Mantachev, Lianozov), tandis que les paysans du Plateau arménien s’appauvrissent sous le poids des taxes et des confiscations.
Les partis révolutionnaires (Hintchak, Dachnak) émergent pour défendre les droits économiques des Arméniens, mais leurs actions provoquent des répressions (massacres de 1894–1896), aggravant la crise rurale.
L’annexion russe et ses conséquences (début ) La Russie annexe l’Arménie orientale (traité de Golestan en 1813 ; traité de Turkmentchaï en 1828) et encourage l’immigration arménienne depuis la Perse et l’Empire ottoman. Erevan devient un centre administratif, mais la politique coloniale russe (russification, confiscation des terres de l’Église) limite le développement économique. Les Arméniens s’intègrent à l’économie russe comme artisans, marchands et industriels, mais restent marginalisés politiquement.