La bataille de l'aéroport de Hostomel, également connue sous le nom de bataille de l'aéroport d'Antonov, est un engagement survenu les et lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, opposant les forces armées ukrainiennes aux forces armées russes.

Elle est qualifiée par les analystes Liam Collins, Michael Kofman et John Spencer de . En effet, la prise rapide de l'aéroport de Hostomel par une petite force de parachutistes devait permettre à la Russie de faire transiter par avion un grand nombre d'hommes et d'acheminer du matériel à proximité directe de la capitale ukrainienne, pour pouvoir rapidement le régime ukrainien et le remplacer par un régime pro-russe. Le plan d'invasion de l'armée russe repose exclusivement sur la prise de l'aéroport, sans véritable alternative.

Cependant, la bataille ne se déroule pas selon les plans russes : la force d'attaque transportée par hélicoptères subit des pertes avant même d'atteindre l'aéroport et se heurte à une résistance bien plus farouche que prévu de la part des éléments de seconde zone qui défendent l'aéroport. Après deux heures d'échanges de tirs et des pertes importantes, les parachutistes russes réussissent tout de même à accomplir leur mission, mais les renforts initialement prévus n'arrivent pas. Dans la soirée du , une contre-attaque ukrainienne les chasse de l'aéroport, avant que les Ukrainiens ne soient obligés de l'abandonner à nouveau face à l'avancée des troupes russes venues de Biélorussie. Malgré tout, des bombardements efficaces de la part de l'armée ukrainienne détruisent la piste et empêchent les Russes de mener à bien leur plan.

La victoire ukrainienne à Hostomel a des conséquences profondes pour l'invasion russe de l'Ukraine. Elle résulte d'un certain nombre d'erreurs de la part de la Russie : incapacité à détruire les défenses antiaériennes ukrainiennes, sous-estimation de la volonté de résistance ennemie, incapacité des différents éléments de l'armée russe à se coordonner pour une opération complexe, manque de réactivité face à un imprévu Avec l'échec de la prise de l'aéroport de Hostomel, l'armée russe se retrouve sans plan alternatif et doit se résoudre à tenter de prendre Kiev frontalement dans une bataille urbaine sans en avoir les moyens, aussi bien humains que matériels, et sans y être entraînée. Après un mois de combats autour de Kiev et face à des pertes très importantes, l'armée russe se retire du nord de l'Ukraine et se concentre sur une guerre d'attrition dans le Donbass, loin de ses objectifs initiaux de guerre éclair.

L'attaque de l'aéroport de Hostomel n'est pas un plan original dans la mesure où des opérations très similaires ont été menées à plusieurs reprises par l'URSS et la Russie entre et . L'idée de prendre un aéroport pour pouvoir fondre ensuite sur la capitale d'un pays et s'en emparer rapidement est même décrite comme faisant partie du par Kevin D. Stringer et Heather S. Gregg. Cependant, alors que toutes les opérations précédentes ont été des réussites, l'armée ukrainienne réussit pour la première fois à contrer cette tactique russe.

L'unique exemplaire de l'avion Antonov An-225 Mriya, le plus gros avion-cargo au monde, est presque complètement détruit dans cette bataille.

Contexte

Invasion russe de l'Ukraine et plans de prise de Kiev

alt=Carte de la région de Kiev montrant avec diverses flèches et une zone hachurée rouge l'étendue de la zone contrôlée par l'armée russe.|vignette|Carte de l'offensive russe sur Kiev, entre le et le .

Les intentions russes d'envahir l'Ukraine commencent à être publiquement connues à l'automne , lorsque le Washington Post publie des informations selon lesquelles la Russie masse des troupes et du matériel le long de sa frontière avec l'Ukraine. Malgré les avertissements occidentaux, l'entourage du président ukrainien, Volodymyr Zelensky tente de rassurer la population et les investisseurs étrangers en minimisant le risque d'une guerre ouverte après une dizaine d'années de guerre larvée dans le Donbass.

Cependant, le directeur de la CIA, William Joseph Burns, se rend secrètement à Kiev en pour informer précisément le Président Zelensky des plans d'attaque russes au cours d'une réunion qualifiée de . Il rapporte en effet au président ukrainien que, selon ses informations, la Russie cherchera à prendre Kiev en partant de la Biélorussie pour « décapiter » le régime et le remplacer par un gouvernement fantoche. Au cours de ces échanges, William Burns mentionne le plan russe de s'emparer d'un aéroport au nord-est de Kiev et de s'en servir pour débarquer rapidement des troupes pour prendre la ville.

Dans le détail, le plan de l'armée russe implique un assaut aéroporté sur l'aéroport de Hostomel, synchronisé avec des actions de forces spéciales directement dans Kiev et avec une avancée rapide du gros des troupes russes depuis la frontière biélorusse, à une distance assez réduite de la capitale ukrainienne. Le but initial de ce plan n'a probablement jamais été de prendre Kiev par la force avec les troupes venues de Biélorussie. Il s'agit plutôt de mener ses forces dans une capitale dont les dirigeants auraient déjà capitulé face aux forces spéciales. Pour réussir ce plan, la Russie doit parvenir à renforcer rapidement le petit élément aéroporté chargé de s’emparer de la piste de Hostomel afin de tenir l'aéroport pour débarquer de nouvelles forces. Une telle opération demande une synchronisation parfaite pour éviter tout retard, chose qui se révèlera par la suite quasiment impossible étant donné que les troupes russes n'ont jamais répété et partent du principe qu'elles ne rencontreront que peu d'opposition.

Aéroport de Hostomel alt=Photo aérienne d'un aéroport.|gauche|vignette|L'aéroport de Hostomel dans les années . En bas à droite de l'image (au sud-est) se trouvent les deux grands hangars du complexe ainsi que les nombreux bâtiments, civils comme militaires.

L'aéroport de Hostomel (ou aéroport Antonov) est situé à seulement du centre de Kiev, et présente de nombreux avantages d'un point de vue militaire. Étant la base opérationnelle de l'entreprise de construction aéronautique Antonov, ainsi que le lieu de stationnement du plus gros avion cargo au monde (l'Antonov An-225 Mriya), l'aéroport est parfaitement adapté pour recevoir des gros-porteurs militaires capables de débarquer rapidement un grand nombre d'hommes et beaucoup de matériel (il est d'ailleurs utilisé pour cela par l'armée ukrainienne). En plus de sa proximité avec Kiev, l'aéroport est aussi proche de l'autoroute E373, qui mène directement à la capitale ukrainienne.

L'aéroport est constitué d'une piste de de long, de deux grands hangars, dont l'un est dédié au Mriya, d'une tour de contrôle et de nombreux bâtiments, tous situés au sud-est de la piste, qui abritent des militaires et des travailleurs civils d'Antonov.

Défenses ukrainiennes alt=Photo couleur de trois militaires en uniforme.|vignette|Militaires américains (colonel David Jordan, commandant de la d'infanterie et du ), ukrainiens (Serhiy Litvinov) et canadiens lors de l'exercice Rapid trident .

L'aéroport Antonov est défendu principalement par des éléments de la de réaction rapide, une brigade de la Garde nationale de l'Ukraine qui dispose de baraquements sur place. La de réaction rapide est une unité formée en mais entraînée selon les normes de l'OTAN en . Elle a notamment été entraînée en et par des éléments des forces armées canadiennes déployées en Ukraine dans le cadre de l'opération . Elle a ensuite pris part en septembre de la même année à l'exercice conjoint américano-ukrainien Rapid trident. Cependant, en , l'essentiel de la brigade est déployée dans l'est de l'Ukraine pour faire face aux menaces d'invasion russe.

En conséquence, la défense de l'aéroport de Hostomel incombe à une compagnie d'environ peu expérimentés (essentiellement des conscrits et une poignée de soldats professionnels encadrés par un faible nombre d', plutôt que des officiers de terrain). Peu de ces troupes ont une réelle expérience du combat (seulement une vingtaine des militaires présents, environ). Les troupes de défense sont équipées de fusils d'assaut de la famille Kalachnikov (surtout du modèle AK-74) ainsi que de systèmes de missiles sol-air soviétiques 9K38 Igla, datant des années -. En termes de matériel lourd, les défenseurs de l'aéroport disposent de quelques BTR (véhicule)s, utilisés pour faire la navette entre les baraquements et l'aéroport. L'élément antiaérien est également équipé d'un unique canon antiaérien soviétique ZU-23-2 (datant des années ). En outre, les militaires ukrainiens sont appuyés par deux obusiers D-30 de calibre . La garnison dispose également de peu de munitions, que ce soit pour ses lance-missiles ou son unique canon antiaérien, ce qui va forcer les défenseurs à lutter contre les hélicoptères d'attaque russes avec leurs armes légères.

Les préparatifs pour la défense de l'aéroport de Hostomel ne sont pas très visibles pour les travailleurs civils qui occupent principalement le site. Certains d'entre-eux remarquent en une visite de représentants de la CIA, de la Defense Intelligence Agency et de diplomates américains pour évaluer la vulnérabilité de l'aéroport en cas d'attaque russe. Des officiers ukrainiens installent le mois suivant des caméras autonomes en énergie et transmettant leurs images en temps réel par le réseau 4G. Ces caméras seront inexplicablement mises hors service peu de temps avant le début de l'invasion russe. Personne ne prévient cependant les militaires sur place de ces visites, qu'ils n'apprendront qu'après l'invasion, par la presse. Leurs préparatifs sont encore davantage compliqués par la résistance de l'entreprise Antonov : alors que leurs commandants demandent aux soldats de creuser des positions défensives, Antonov craint que des câbles souterrains ne soient endommagés. L'entreprise cherche même à limiter le nombre de troupes sur son site, si bien que la petite garnison ukrainienne n'est complète que la veille de l'invasion russe.. Aucune mesure de sécurité particulière n'est imposée aux civils travaillant sur l'aéroport et vivant parfois à proximité immédiate. Seuls les exercices d'alertes quotidiens des militaires à partir du ou troublent le quotidien local.

Ordre de bataille

Forces armées ukrainiennes La plupart des unités militaires citées dans l'ordre de bataille ci-dessous n'ont pas participé dans leur intégralité aux combats : elles ont plutôt fourni des éléments ayant contribué à la défense ou à la contre-attaque au cours de la bataille.

Forces armées de la fédération de Russie

La présence lors de la bataille de l'aéroport de Hostomel de membres de la d'assaut aéroporté de la Garde. et de Kadyrovtsy. est également parfois rapportée mais semble ne pas avoir été retenue dans les comptes-rendus plus tardifs.

Déroulement

Préparation alt=Photo couleur d'un cratère rempli d'eau gelée|vignette|Cratère d'impact de missile 3M-54 Kalibr tombé devant le dortoir civil de l'aéroport de Hostomel.

À du matin dans la nuit du au , la Russie lance son invasion de l'Ukraine par une salve de missiles qui ciblent principalement des aéroports, des entrepôts ou des infrastructures militaires. Une heure après le début de l'invasion, l'alarme est sonnée pour la garnison de Hostomel. Encore une heure plus tard, un missile 3M-54 Kalibr s'abat sur un terrain de parade militaire entre un dortoir civil et un baraquement militaire sur l'aéroport de Hostomel. La cible du missile aurait pu être le dortoir civil, qui était un quartier-général sur les anciennes cartes de l'époque soviétique. Un autre missile manque un bâtiment civil à l'extérieur de l'enceinte de l'aéroport et deux autres tombent sans exploser.