vignette|Fausse nouvelle russe selon laquelle des enfants ukrainiens devenus orphelins pendant la guerre seraient proposés à l'adoption

La désinformation lors de la guerre russo-ukrainienne est une partie de la guerre de l'information qui, accompagnant la guerre sur le terrain, surgit lors de la crise russo-ukrainienne de 2021-2022, puis gagne en intensité juste avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie à partir du , puis lors de cette invasion. Elle inclut l'utilisation de la désinformation vers les populations des pays parties prenantes du conflit mais aussi vers les opinions publiques des pays étrangers. Les techniques utilisées évoluent constamment. Cette propagande ne passe plus uniquement par des médias officiellement contrôlés par les parties belligérantes mais par l'utilisation des réseaux sociaux, la création de nouveaux sites d'informations et de faux sites d'informations ainsi que l'emploi d'influenceurs ou de personnalités censés être impartiales et expertes des relations Russie-Ukraine. L’origine des informations et l’intention propagandiste sont de moins en moins affichées.

Objectifs thumb|220px|Des cartes similaires de la formation de la structure territoriale de l’Ukraine pendant le règne de l’Empire russe et de l’URSS ont souvent été utilisées dans la propagande russe pour justifier l’agression. En , les objectifs de désinformation (destinée à tromper délibérément) diffusés par les autorités russes comprennent l'utilisation de « questions » pour encourager la désunion entre les pays occidentaux en faveur de l'Ukraine ; contrer les thèmes promus par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) ; créer un démenti plausible pour les violations des droits de l'homme commises par les forces russes. ; et de créer un casus belli pour permettre d'envahir l'Ukraine..

Dans le champ du cyberespace, le volet informationnel constitue l'un des deux grands volets de la cyberguerre en complément des cyberattaques.. Selon l'experte en numérique Asma Mhalla, si la cyberguerre russo-ukrainienne n'a pas été marquée par des cyberattaques d'infrastructures critiques majeures, la guerre informationnelle a en revanche été de très haute intensité. L'enjeu de l'infoguerre est d'installer une guerre psychologique à double détente permettant à la fois le contrôle de la chaine informationnelle nationale mais aussi la déstabilisation de la sphère informationnelle des opinions publiques des États ennemis, marque de fabrique de la stratégie informationnelle russe. Les mécanismes de viralité des réseaux sociaux et les techniques d'amplification inauthentiques numériques donnent une ampleur inédite aux contenus injectés à la fois du côté russe et ukrainien..

L'Institut de recherche stratégique de l'École militaire souligne, dans une note rédigée par Damien Van Puyvelde, directeur du Scottish Centre for War Studies de l’université de Glasgow, que les États ont beaucoup utilisé l'augmentation du bruit sur les réseaux sociaux pour déclassifier de manière prématurée des informations de renseignement, afin d'anticiper la désinformation..

Désinformation intérieure et censure sur le sol russe Dès le début de l'invasion de l'Ukraine, le , l'Agence russe de surveillance des communications, Roskomnadzor, rend obligatoire aux médias nationaux, pour couvrir le conflit en Ukraine, d'« utiliser les informations et les données reçues uniquement de sources officielles russes »..

Le , Roskomnadzor ordonne à l'ensemble des médias russes de supprimer leurs publications faisant état de civils tués par l'armée russe en Ukraine ou contenant les termes d'« invasion », d'« offensive » ou de « déclaration de guerre », sous peine d'importantes amendes ou de blocage.... Le terme employé officiellement est donc « opération militaire spéciale », la guerre et les bombardements ne sont pas montrés à la télévision, invisibles pour les Russes, selon Le Monde..

Le , deux médias indépendants, accusés d'avoir relayé de fausses informations, sont bloqués : la chaîne de télévision en ligne Dojd et la station de radio Écho de Moscou..

Le , Vladimir Poutine signe une loi votée à l'unanimité par la Douma limitant fortement la liberté d'expression et l'accès à l'information.. La loi prévoit jusqu'à de prison pour quiconque publie des « informations mensongères » sur l'armée russe. Elle concerne les particuliers ainsi que les médias russes et étrangers. Le média indépendant russe Znak ferme son site. Plusieurs autres médias russes, dont Novaïa Gazeta, annoncent la suppression ou la modification de leurs contenus liés au conflit en Ukraine pour se prémunir contre d'éventuelles poursuites prévues par la nouvelle loi.. L'ONG Reporters sans frontières estime que le dirigeant russe est . Le classement de RSF place la Russie à la sur pour la liberté de la presse. Les autorités russes bloquent le réseau social Facebook et restreignent l'accès à Twitter, le ..

Le , lors du principal programme d'information du soir de la plus puissante chaîne télévisée du pays, Pervi Kanal, baptisé « Vremia » (« Le Temps »), un rendez-vous quotidien suivi par des millions de Russes depuis l'époque soviétique, la journaliste Marina Ovsiannikova, employée de la chaîne, surgit derrière la présentatrice Ekaterina Andreïeva, exhibant une pancarte sur laquelle il est écrit : . Le drapeau de l'Ukraine et celui de la Russie sont également dessinés sur la pancarte. L'ONG de défense des droits des manifestants OVD-Info rapporte que Marina Ovsiannikova est arrêtée et emmenée au commissariat..

Le , un tribunal russe bannit les réseaux sociaux Facebook et Instagram du territoire pour « cause d'activité extrémiste », alors que leur accès était déjà bloqué depuis plusieurs jours, de même que celui à Twitter. Cela fait suite à la demande par les autorités russes, le précédent, de classer Meta comme organisation « extrémiste ». Elles l’accusaient d’avoir permis la publication de messages violents à l’encontre de l’armée et des dirigeants russes en lien avec l’opération militaire de Moscou en Ukraine.. En 2021 déjà, le pays a menacé de bannir Twitter, Facebook et YouTube, les accusant de ne pas respecter les lois du pays en matière de désinformation..

Le Parlement russe adopte le , promulguée par le président russe le , une autre loi sur les , étendant les lourdes sanctions prévues par la précédente à toute communication sur les actions de la Russie à l'étranger, et non plus seulement sur l'armée russe... Le même jour, le président du comité d'enquête de la fédération de Russie, la plus haute autorité d'enquête du pays, déclare qu'il y a déjà plus de dix affaires pénales en cours sur des accusations de sur l'armée russe., incluant celle de Mark Bernstein, arrêté en Biélorussie pour ses contributions à Wikipédia en russe..

Pour Julien Nocetti, la désinformation en Russie a essentiellement pour but de rassembler et de fédérer la population autour de la position défendue par le Kremlin. Pour ce faire, la propagande utilise la peur : faire croire à la population russe que l'Ukraine possède des programmes d'armements biologiques et qu'une junte néonazie prétendument au pouvoir en Ukraine serait prête à utiliser ces armes biologiques ; cela terrorise la population russe et favorise le soutien à Vladimir Poutine..

Le journaliste britannique Eliot Higgins de Bellingcat juge en que la qualité des vidéos de désinformation russes s'est affaiblie, mais reste particulièrement efficace pour l'ancienne génération de Russes. Par ailleurs, près de de désinformation sur le conflit ont été recensés, principalement des sites anglophones..

Le , la fondation Wikimedia est condamnée par le tribunal de Moscou à une amende de de roubles (~) pour diffusion de désinformation sur une dizaine de pages en langue russe, dédiées à la guerre avec l'Ukraine. Wikipedia en langue russe contrevient à la loi de censure votée en qui, par exemple, interdit de parler de la guerre en Ukraine autrement qu'en la qualifiant d'« opération militaire spéciale ». Ces menaces qui pèsent sur Wikipédia en langue russe, avec notamment des menaces de blocage du site en Russie, amènent la population russe à télécharger Kiwix, la version hors connexion.

Thèmes de désinformation

Thématiques pro-russes

Appel « urgent » à évacuer (pré-enregistré) Le , les dirigeants de la république populaire de Donetsk (RPD) et de la république populaire de Lougansk (RPL), les régions séparatistes d'Ukraine impliquées dans la guerre du Donbass, diffusent ce qui est présenté comme un appel urgent aux citoyens pour qu'ils évacuent vers la Russie. Les métadonnées de Telegram montrent que les enregistrements ont été téléchargés deux jours plus tôt, le ...

Tentatives d'assassinat (fausse attribution) Selon Bellingcat, un supposé attentat à la bombe contre un « chef de la police séparatiste » fomenté par un « espion ukrainien » est diffusé à la télévision d’État russe. La preuve du bombardement sont des images d'un vieux « véhicule de l'armée verte ». À l'examen, la plaque d'immatriculation de l'ancienne voiture s'avère être celle du chef de la police séparatiste. La même plaque d'immatriculation est vue sur un SUV récent.

Le , la république sécessionnaire de Lougansk diffuse la vidéo d'une voiture ; il est dit qu'elle est remplie d'explosifs et qu'elle était destinée à faire sauter un train rempli de femmes et d'enfants évacués vers la Russie. Les métadonnées de la vidéo montrent qu'elle a été enregistrée le .

Tentatives de sabotage (pré-enregistré) La république sécessionnaire de Donetsk publie une vidéo le qui prétend montrer des saboteurs polonais essayant de faire sauter un réservoir de chlore situé près de la ville de Gorlovka. La vidéo est diffusée par les médias russes. Les métadonnées de la vidéo indiquent pourtant qu'elle a été créée dix jours plus tôt, le , et qu'elle mélange différents éléments audio et vidéo, y compris ceux d'une vidéo disponible sur YouTube de 2010 d'un champ de tir militaire en Finlande. Les services de renseignement ukrainiens attribuent la paternité de la vidéo au service de renseignement russe GRU.

Agression ukrainienne (fausse attribution) La première chaîne de télévision russe diffuse des images d’un char ukrainien supposément détruit par les forces russes après qu’il a pénétré sur leur territoire. À l'examen, le véhicule blindé est un BTR-70M, qui n'est pas utilisé par les forces armées ukrainiennes..

Génocide dans le Donbass (fausse attribution) À la mi-, le président russe affirme que l'Ukraine commet un génocide dans le Donbass. Selon le Guardian, l'exhumation en 2021 des fosses communes des victimes tuées en 2014 pendant la guerre du Donbass est « utilisée politiquement » pour donner une impression « grossièrement trompeuse » qu'un génocide était en cours.

Pour le journaliste et chercheur Milàn Czerny, l'utilisation du terme s'inscrit dans la longue durée et va de pair avec le révisionnisme sur l'histoire de l'Ukraine : , futur conseiller de Vladimir Poutine dès 2012, se sert du terme de contre les Russes après la libéralisation du pays dès les années 1990. Pour Cécile Vaissié, spécialiste du monde slave, cette vision est partagée par de nombreux membres des cercles néoconservateur et nationaliste russes.. Pour ces derniers, la diminution de l'importance du russe dans les ex-pays soviétiques relèvent d'un . Dans le même temps, l'ouverture du discours du locataire du Kremlin par le terme remonte selon Czerny à Boris Eltsine et couvre toutes personnes se considérant comme liées avec la Russie et que Moscou doit protéger. Vladimir Poutine est coutumier de ce terme puisqu'il l'utilise dès et lui sert notamment lors de la crise de Crimée...

Annonce de victoire (publiée par erreur)