Le trait du Nord, autrefois nommé Ardennais du Nord et Ardennais de type Nord, est une race de grands chevaux de trait français dit « à sang froid », originaire du Hainaut français. Il est sélectionné pour les travaux agricoles à partir des années 1850. Longtemps confondu avec l'Ardennais, le trait du Nord obtient son identité propre avec l'ouverture de son propre registre généalogique, en 1903. Il participe à l'exploitation des mines au fond des galeries et aux travaux agricoles dans sa région d'origine avant que l'électrification des mines et la motorisation de l'agriculture dans les années 1950 n’entraînent sa quasi-disparition, faute de demandes auprès de ses éleveurs.

L'hippophagie permet à ce cheval de subsister dans les années 1970, avant un renouveau de l'attelage de loisir et de travail. Les associations d'éleveurs et d'utilisateurs de ce cheval, notamment le syndicat d'élevage du cheval trait du Nord, organisent sa reconversion dans les travaux attelés tels que le débardage, et dans les loisirs équestres tels que l'attelage.

Ce cheval emblématique du département du Nord possède l'un des plus faibles effectifs parmi les neuf races de chevaux de trait français. Quatre plans de sauvegarde entre la région et le syndicat de la race se succèdent au début du . Le trait du Nord reste une race en danger d'extinction, notamment à cause de la diminution constante du nombre d'éleveurs.

Dénomination Le nom officiel de cette race, tant selon l'association de race que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) est , dû au département français dans lequel il est élevé. On trouve également les noms « Trait ardennais du Nord » et « Ardennais du Nord ».

Ce cheval a changé plusieurs fois de nom au cours de son histoire. Au milieu du , il est mentionné sous celui de . Avant 1903, la race ne porte pas de nom précis, et se confond avec l'Ardennais. Le nom apparaît en 1903, après la création de la société du « Stud-book du Cheval de Trait du Nord », ou bien en 1910 selon Babo. Il redevient en 1945 et après 1965. L'utilisation du nom est de nouveau officialisée en 1986 ou 1992 avec le nouveau nom du Syndicat d'élevage du cheval trait du Nord.

Histoire L'histoire du Trait du Nord se mêle intimement à celle de l'Ardennais, puisque ces deux races ont une origine commune. Elles appartiennent à une même famille de chevaux de trait réputés du Nord-Ouest de l'Europe, avec le trait néerlandais et le trait belge, famille qu'Amélie Tsaag Valren nomme le « rameau ardenno-flamand ». Ce groupe de races de chevaux lourds provient du Benelux et du Nord-Est de la France.. Le syndicat de race trait du Nord compte aussi le Trait de Rhénanie parmi ce groupe.

Certaines publications font du trait du Nord une variété de l'Ardennais., mais la majorité des encyclopédies internationales et françaises le classent comme une race distincte. Il est présenté comme l'une des trois branches de l'Ardennais, avec l'Auxois. Il n'est en effet pas possible de distinguer clairement l'appartenance à la race Trait du Nord, Ardennais ou Auxois aux frontières de chacun de leurs berceaux de race.

Origines Comme tous les chevaux domestiques modernes, le trait du Nord provient de la lignée DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature..

De nombreux ouvrages lui ont attribué une origine préhistorique, mais le trait du Nord est en réalité une race récente. Bonnie Lou Hendricks (Université de l'Oklahoma y voit un descendant du cheval lourd d'Europe centrale. D'autres lui attribuent pour ancêtre le « cheval des forêts », propre aux régions boisées de l'Ouest et du Nord de l'Europe, ou le cheval de SolutréLe cheval de Solutré n'existe pas, ce nom désigne des ossements de différentes espèces et différentes époques., qui aurait migré vers les vallées de la Sambre et de l'Escaut, dans la région de Valenciennes. Cette , que l'ethnologue Bernadette Lizet décrit comme un panégyrique, est notamment diffusée par les syndicats d'éleveurs.

CAB International retient l'influence de l'Ardennais, du Brabançon et du Boulonnais sur le trait du Nord. La partie française du Hainaut constitue le véritable berceau de cette race en France, avec un important mélange entre chevaux de trait belges, flamands et ardennais. Une analyse génétique comparée entre le Trait du Nord et d'autres races de trait françaises conclut que toutes ces races sont apparentées.

Formation de 1850 à 1900

thumb|left|Gravure d'un cheval de gros trait du Hainaut, ancêtre de la race Trait du Nord, en 1861. Après 1845, les éleveurs de chevaux de la région Nord-Pas-de-Calais protestent contre l'obligation d'élever le cheval de guerre, et demandent l'autorisation d'élever un animal destiné aux travaux agricoles. À cette époque, de nouvelles machines améliorent en effet les techniques agricoles dans la plaine de Flandre. L'assèchement des marais, l'amélioration des rendements et l'industrialisation à partir des années 1850 entraînent un agrandissement important des surfaces cultivées. Les agriculteurs qui recourent à la traction animale font appel aux éleveurs locaux qui sélectionnent le cheval de trait à cet usage, à partir d'une population locale disparate. Le littoral de la mer du Nord est principalement peuplé de chevaux flamands, de grande taille mais plutôt lymphatiques. L'Ardennais est choisi par ces éleveurs pour le croisement sur cette souche locale, grâce à sa vivacité. Le Trait néerlandais, une autre race sélectionnée à partir du Flamand, apporte de la taille et de la puissance, tout comme le Trait belge. Le Boulonnais a lui aussi une petite influence. De nombreuses populations locales de chevaux de trait émergent de ces brassages, notamment le Bourbourien, le trait du Hainaut, et l'Ardennais de Thiérache avesnoise. Le cheval flamand disparaît progressivement, tandis que dans la plaine d'Arras, le Cambrésis, le Hainaut et la Thiérache, un cheval typé ardennais, mais plus lourd et de plus grande taille, rencontre le succès et gagne en homogénéité. Ce cheval a pour particularité d'être sélectionné directement pour l'activité agricole, notamment celle du Hainaut. La nature collante des sols dans le Hainaut exige un cheval pesant plus de pour un labour efficace. Le cheval de trait remplace progressivement le boeuf à cet usage.

En 1855, Eugène Gayot évoque le comme .. Cet hippologue y fait de nouveau référence six ans plus tard, sous le même nom, dans ses Études de zootechnie pratique. L'usage de ce cheval, indispensable dans les travaux des champs, s'est selon lui étendu rapidement.. Les plaines de la Thiérache, au nord-est de l'Aisne, façonnent le cheval de trait qui gagne en taille et en volume, et acquiert des allures spécifiques qui le différencient peu à peu de l'Ardennais. Il devient populaire en France dans les régions du Nord et de l'Est, notamment en Lorraine. Cette race spécifique commence à émerger vers 1880.

Création du Stud-Book : 1900-1914

En 1900, le trait du Nord, marqué par l'influence du Flamand et du Trait belge, reste confondu avec l'Ardennais sous le nom de ; il est morphologiquement plus proche des chevaux belges que de l'Ardennais, seule la frontière entre la Belgique et la France lui donnant une appellation différente. Les concours d'élevage locaux valorisent ces chevaux nommés .. Le est créé le , placé sous la responsabilité de la société idoine. Celle-ci, fondée en collaboration avec la société des agriculteurs du Nord par le des services vétérinaires du département, M. Montsarrat, organise et réglemente l'élevage des chevaux de traction lourde agricole en suivant le modèle du stud-book belge créé en 1884. Dès lors, le syndicat d'éleveurs de Bavay-Maubeuge se montre particulièrement actif pour créer un véritable berceau d'élevage à cette nouvelle race. Un autre pôle de sélection important émerge à Solesmes-Le Cateau, avec le Syndicat de la Vallée de la Selle, si bien qu'avant 1914, l'élevage de ce cheval s'est étendu aux départements de la Somme et de l'Aisne, hors de la région du Nord-Pas-de-Calais. L'hippologue Alfred Gallier signale dans son œuvre de 1910, Le cheval de trait, races françaises, que ..

Plusieurs sources dont la base de données DAD-IS indiquent 1913 comme date de création du Stud-BookCette information est contredite par la source d'époque , qui évoque déjà la création de ce Stud-Book ; d'après Colette Gouvion et Philippe Krümm, cette date correspond à la création d'une association par M. Montsarrat, Émile Davaine et Ernest Macarez. D'après Bernard et al., il faut attendre 1914 pour que ce Stud-Book soit réellement ouvert à l'inscription des chevaux. Gilbert Moine déclare qu'en 1914, juments et 369 étalons y sont inscrits.

De la Première à la Seconde Guerre Mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, les réquisitions successives privent la région de nombreux chevaux de trait. En 1919, ces animaux sont récupérés, ce qui permet de reconstituer rapidement les effectifs de la race décimés par la guerre. Les responsables du stud-book importent aussi des reproducteurs depuis la Belgique. Le stud-book trait du Nord est alors séparé de celui de l'ArdennaisLe guide Delachaux cite 1919 comme date de création du stud-book (voir ), ce qui est une erreur.. Au début des années 1930, ces chevaux atteignent l'apogée de leur développement physique. Le trait du Nord est souvent décrit comme un avec l'encolure dans l'alignement de son dos, voire plus basse, et un museau rasant le sol ; il est entièrement bâti pour la traction, cette conformation lui permettant de déplacer des poids énormes sur de courtes distances. Le syndicat d'éleveurs de Bavay reprend ses activités en 1937, ceux de Cambrai et de Valenciennes sont créés l'année suivante. Le nombre d'inscriptions au Stud-Book augmente alors beaucoup. En juin 1937, la « Société du Stud-Book du Cheval de Trait du Nord » devient le « Syndicat Central d’Élevage de Trait du Nord ». Jusqu'en 1939, l'élevage a retrouvé une grande importance, et se trouve en plein essor. Maubeuge est devenue le principal centre de rayonnement de la race. Les poulains naissent dans les écuries des « pays à terres » ; au sevrage, ils sont souvent vendus dans les régions de « terres à pâtures » de la Thiérache, plus accidentées, où ils restent jusqu'à l'âge de deux ou trois ans avant de repartir dans les régions de plaine pour y travailler. Les poulains entre 30 et 36 mois, quand ils se rapprochent de leur morphologie adulte : les meilleurs sont destinés aux concours et à l’inscription au Stud-Book, l'immense majorité étant destinée au travail, principalement pour l'industrie de la betterave sucrière.

Avec la Seconde Guerre mondiale, la région passe sous occupation allemande de fait début mai 1940. Différents éleveurs font pression sur le préfet du département et la société du Stud-Book pour préserver les meilleurs chevaux des réquisitions allemandes. Des animaux d'élite sont alors marqués au fer rouge de la lettre N arrondie (pour « Nord ») ; différents éleveurs s'organisent pour faire passer leurs chevaux pour malades ou blessés, si bien que les Allemands ne prélèvent qu'environ dans le département du Nord. Les stocks de carburant étant utilisés par les armées, le cheval de trait reste un animal indispensable au transport comme aux travaux des champs jusqu'à la reddition des Allemands en 1945.

La race reprend le nom d' avec la création du en 1945. Ses dirigeants permettent au Trait du Nord de connaître une jusque vers 1955, avec une extension dans la Brie. À partir des années 1950, le trait du Nord est de nouveau croisé sporadiquement avec des Trait belge importés.

Des années 1950 à nos jours