L’occupation par l’Allemagne au cours de la Seconde guerre mondiale de territoires de l’ouest et du sud-ouest de l’Union soviétique sur une durée de quelques mois à 3 ans s’est accompagnée d’exactions, de l’extermination des juifs et de la déportation d’une partie de la population. Contrairement à celle de la France de 1940 à 1944 qui a inspiré une abondante littérature, de nombreux films et des études historiques, cette occupation est peu représentée.

Le territoire occupé vignette|Occupation allemande de l'URSS en 1942 La zone envahie à s’étend approximativement de la frontière entre l’Allemagne et l’Union soviétique fixée par le pacte Molotov-Ribbentrop d’, ligne de départ de l'opération Barbarossa à l’ouest le , et l’avancée extrême de la Wehrmacht en à l’est, excluant la région autour d’Odessa annexée par la Roumanie. vignette|Partition territoriale par application du pacte germano-soviétique Cet ensemble comprenait ;

d'une part, à l'ouest, les territoires annexés par l'URSS à partir de et soviétisés (nationalisation des entreprises, collectivisations) avec déportations de populations à l'est de l'URSS ; la Galicie qui faisait partie de l'Autriche-Hongrie jusqu'à la Première guerre mondiale puis de la Pologne rattachée à la République socialiste soviétique d'Ukraine, d'autres régions de la Pologne orientale intégrées à la République socialiste soviétique de Biélorussie les anciens États baltes, Lituanie, Estonie et Lettonie, d'autre part, plus à l'est, une partie du territoire de l'URSS avant l'annexion de .

Le territoire occupé comprenait la totalité de l’Ukraine et de la Biélorussie, des régions ouest de la Russie et, pour une période de quelques mois le Caucase du nord, soit un territoire total de peuplé de après l’évacuation de en majorité ouvriers. Évacuation Un conseil de l’évacuation est mis en place 2 jours après l’invasion. De 30 à 40 % des ouvriers sont évacués, avec des installations représentant environ 13 % des capacités industrielles de l’URSS. Une grande partie de l’encadrement administratif, des dirigeants de l’économie et des membres du parti sont également évacués.

Ainsi, début , habitants de Kiev ont été évacués avec le démontage de 197 grandes entreprises. En 6 mois (-) grandes entreprises industrielles sont transférées à l'est, à la fin de 1942.

Après ces évacuations et la mobilisation des hommes dans l’armée, la population dans les territoires occupés comprend une majorité de femmes, d’enfants et de vieillards.

Ces territoires produisaient 36 % des céréales, 84 % du sucre, 60 % du charbon de l'URSS en 1940, le bétail comprenait 60 % des porcs, 15 millions de vaches sur 27.

ouvriers étaient présents en URSS derrière la ligne de front en contre dans l'ensemble de l'Union soviétique en 1940.

Durée de l’occupation La durée de l’occupation varie de quelques mois dans le Caucase (Maïkop du au , Mont Elbrouz du au , Naltchik du au , Novorossiïsk ) à 3 années dans les régions ouest de la Biélorussie (Minsk du 9 juillet 1941 au , Brest-Litovsk du au ).

La ligne de front ayant relativement peu évolué de à à l’exception de la conquête du nord Caucase par l’armée allemande de l’automne 1942 à et de fluctuations au centre, l'occupation a duré environ 2 ans pour la plus grande partie de l’Ukraine et de l’ouest de la Russie (Smolensk du au , Kiev du 19 septembre 1941 au , Kharkiv du 25 octobre 1941 au ).

Administration des territoires Zone sous administration militaire Cette zone à l’arrière du front s'étendant sur les territoires de l’ouest de la Russie, de l’est de l’Ukraine et de la Biélorussie, pour quelques mois le Nord du Caucase atteint à son extension maximale environ et une population de plus de . Elle comprenait 3 secteurs ; la zone de combat d'une profondeur de 10 à avec 75 % des effectifs de l'armée. la zone de l'arrière des armées d'une profondeur de ou plus où se trouvaient les services de l'administration, de l'intendance, de santé, les camps de prisonniers (20 % des effectifs militaires). la zone arrière des groupes d'armées d'une profondeur de 100 à avec moins de hommes pour assurer la sécurité.

Les commandants des 12 armées administrent chacun un secteur de à disposant d'un peu plus d'une division pour assurer la sécurité, ceux des 3 ou 4 groupes d'armées de à avec deux ou trois divisions de sécurité assistées par la gendarmerie militaire et la police militaire secrète. Les commandants disposaient d'une assez grande autonomie concernant le traitement de la population civile et l'organisation administrative dans leur secteur.

Dans le secteur sous autorité militaire, l'armée recrute une police auxiliaire parmi les membres de milices anti-communistes puis parmi des prisonniers non russes libérés dont une partie doivent s'engager dans la Wehrmacht. Les unités auxiliaires comptent hommes fin 1943 auxquels s'ajoutent auxiliaires (Hilfwillige ou Hiwi).

Par ailleurs de nombreux civils travaillent pour l'armée ( à l'été 1942). L'armée se nourrit sur les ressources du pays ce qui entraine la famine de la moitié de la population.

Les actions de résistance des partisans entrainent des représailles sur la population civile.

L'évacuation forcée de personnes lors du retrait de l'armée en 1943 et 1944 s'accompagne de massacres.

Territoire sous administration civile vignette|Carte du commissariat d'Ukraine le commissariat d’Ukraine (ReichKommissariat Ukraine) créé le , peuplé de sur un territoire de en 1942. Son territoire ne correspondait qu’à une partie de la République socialiste soviétique d’Ukraine avant le pacte germano-soviétique. Il comprenait à l’ouest le sud de la Pologne envahie par l’Union soviétique en et la Crimée mais non, à l’est, d’importants territoires sous administration militaire (notamment Karkov et la région du Donbass), ni au sud-ouest la région au sud du Boug méridional sous domination du régime fasciste roumain d’Antonescu comprenant la Poldavie et la ville d’Odessa (actuel oblast d’Odessa), ni la Galicie incorporée au Gouvernement général de Pologne dirigé par Hans Franck. Le territoire du commissariat se limite donc à l’Ukraine centrale autour de Kiev augmenté du territoire de Pinsk et de la partie anciennement polonaise de la Biélorussie. vignette|Carte du commissariat Ostland le commissariat Ostland (Reichskommissariat Ostland) créé le qui regroupait 4 commissariats généraux pour les 3 pays baltes (Lituanie, Estonie, Lettonie) et pour la Ruthénie blanche correspondant à la partie centrale de la Biélorussie, excluant à l’ouest le district de Bialystok (partie de la Pologne rattachée à la République Socialiste soviétique de Biélorussie de à par application des accords secrets du pacte germano-soviétique et revenue dans le territoire de la Pologne en 1945) et les régions est de la Biélorussie sous administration militaire. Les états baltes également envahis en en application des clauses secrètes du pacte germano-soviétique d’ soviétisés après leur invasion (collectivisation de l’agriculture, nationalisation des entreprises, déportation des élites) deviennent des Républiques socialistes soviétiques en 1945 Le commissariat était dirigé par Heinrich Lohse.

La Galicie orientale, ou Ukraine occidentale, partie sud-est de la Pologne envahie par l’URSS en intégrée dans la République socialiste soviétique d'Ukraine RSS d'Ukraine, rattachée le au gouvernement général de Pologne. La Galicie orientale revient dans la République socialiste soviétique d’Ukraine en 1945 et fait l'objet d'un échange de populations à la fin de la guerre entre la Pologne et la RSS d'Ukraine. La Galicie est moins durement traitée que le reste de l’Ukraine.

Le Ministère des Territoires occupés de l'Est dirigé par Alfred Rosenberg coiffait l’ensemble. Ce ministère avait peu de pouvoir.

Plans allemands Les dirigeants nazis partageaient une vision raciste de supériorité de la race germanique, approuvaient l’extermination des juifs et, pour la plupart, l’élimination des commissaires politiques, avec cependant des divergences concernant la politique à mener sur les territoires occupés entre 2 conceptions principales, contre le Kremlin appelant le Peuple à rejoindre l’Ordre nouveau et à déterminer son destin après élimination du bolchevisme, contre le peuple et des positions intermédiaires.

Pour la première, contre le Kremlin, minoritaire parmi les dirigeants allemands (soutenue par Jodl et les services de propagande de l’armée), la population aurait été appelée à se rallier à la lutte contre le Kremlin dans la perspective de la création d’un État national russe en veillant à ne pas se mettre à dos la population russe. La seule déclaration d'Hitler dans ce sens date du jour du déclenchement de l'invasion, le : .

Certains fonctionnaires du ministère des territoires occupés à l'Est proposent une étude approfondie, incluant des recherches raciales, des populations russes, notamment afin de saisir l' et permettre aux autorités civiles de se concilier leurs administrés. Dans le même ordre d'idées, Gotthard Heinrici, général allemand participant aux opérations sur le Front de l'Est dès 1941, place la question de la possession de la terre au centre de toute politique de conciliation de la population des territoires envahis. Tentant de rallier la population aux objectifs allemands, le ministère de Rosenberg annonce dès certes la rétrocession de la terre aux paysans, mais aussi l'insertion des propriétés paysannes dans un cadre d'une coopérative. En Ruthénie blanche, cette modification du mode de propriété aurait concerné la totalité des terres agricoles. Des tentatives sont mises en place lors de la conquête pour se concilier les populations civiles, la pacification des arrières du front apparaissant, aux yeux des responsables civils et militaires allemands, comme une condition indispensable à la victoire du Reich. Quelques militaires étaient également partisans d'une auto-administration des territoires conquis, ainsi le général Rudolf Schmidt opposé au Kommissarbefehl () et créateur de la République de Lokot sur la zone arrière des deux armées sous son commandement. Il estime que le combat est mené contre les défenseurs du régime bolchevique, pas contre la population et les soldats prisonniers. La conception opposée, contre le peuple, celle d’Adolf Hitler, de Martin Bormann et d’Himler prévoyait la liquidation des éléments ne méritant pas de survivre (particulièrement les juifs et les commissaires politiques), la déportation vers l’est des inférieurs, l’assimilation des non allemands les plus valables autorisés à rester, l’ installation de paysans et de soldats allemands. Himmler exprime cette conception en ces termes :

Le Himmler déclare au ministre italien des affaires étrangères, le comte Galeazzo Ciano : . Le Reichskommissariat für die Festigung deutschen Volkstums (Commissariat pour le renforcement de la Germanité) prévoit l’implantation de d’ariens pour la colonisation et l’expulsion de d’habitants (y compris les Polonais et les baltes). Ehrard Wetzel propose de porter ce nombre à une cinquantaine de millions ce qui aurait correspondu à 64 % de la population ukrainienne et 75 % de la population biélorusse. Les villes soviétiques seraient rasées. Des colonies allemandes de 15 à habitants s’installeraient à la place. Les Allemands traiteraient les Slaves comme les Nord-Américains avaient traité les Indiens.

L’organisation SS comprenait une direction des affaires raciales et de peuplement.

Le Generalplan Ost prévoyait d’implanter des colonies dans des « marches du Reich » (colonisées à 50 %) et des « bases de colonies » (colonisées à 25 %) après déportation d'une grande partie de la populationWolfgang Michalka (Hrsg.): Der Zweite Weltkrieg. Analysen, Grundzüge, Forschungsbilanz. Im Auftrag des Militärgeschichtlichen Forschungsamtes herausgegeben. Lizenzausgabe. Seehamer, Weyarn 1997, ..

Les premières zones choisies pour la colonisation étaient l'Ingrie, l’Estonie et la Crimée