Tubuai (prononcé toubouaï en français), en tahitien Tupuaʻi (graphie de l'Académie tahitienne) ou Tupuaì (graphie Raapoto) est une île volcanique située dans le groupe des îles Australes, en Polynésie française. La commune de Tubuai est le chef-lieu de l'archipel.
Géographie physique vignette|gauche|Carte topographique de Tubuai L'île de Tubuai est localisée un peu au-dessus du tropique du Capricorne au centre du groupe des îles Australes. Elle est située à de Raivavae, à de Rurutu, à de Rapa et au sud de Tahiti.
La surface des terres émergées est de . L'île est constituée de deux anciens ensembles volcaniques culminant au mont Taita'a à et séparés par le col de Huahine (). L'île est entourée d'un important lagon qui est le plus étendu des Australes. La barrière de corail qui l'entoure délimite un lagon de de surface soit le double de l'île. Il atteint parfois de large. Sa profondeur est faible, d'où une couleur caractéristique bleu turquoise voire jade. Pour une grande partie, elle avoisine les mais peut atteindre pour certains endroits du Sud-Sud-Est. Les eaux se renouvellent constamment grâce à un courant marin plutôt fort et assez constant. Cela contribue entre autres à la préservation des fonds océaniques et à la santé du corail qui ne souffre pas de blanchiment comme dans d'autres îles. La fraîcheur des eaux et la très faible pollution explique aussi cet effet ; l'île est en effet restée très préservée jusqu'à maintenant.
Huit îlots, motu en tahitien, entourent l'îleLes noms de chacune peuvent différer dans l'écriture, celle-ci étant généralement phonétique. Les deux dernières îles sont très souvent invisibles car recouvertes par l'eau en fonction des marées, ce qui justifie le fait que l'îlot de sable n'ait pas de véritable nom. (listés dans le sens horaire à partir du Nord de l'île) : Motu One (aussi appelé îlot de sable, au Nord) Motu Rautaro Motu Toena Motu Roa (aussi appelé Motu Tāpapatava'e) Motu Mitihā (Motiha'a à l'origine) Motu 'Ōfa'i (aussi appelé îlot caillou)Le motu 'Ōfa'i est quant à lui le seul îlot qui ne se soit pas formé grâce au corail puisqu'il est uniquement composé de basalte, d'où son nom. Il est par ailleurs le seul affleurement de terres volcaniques autres que l'île principale. 'Iri'iriroa Îlot plat
De nombreux petits cours d'eau parsèment l'île bien que très peu d'entre eux ne rejoignent la mer. Ils s'arrêtent bien souvent dans des marécages. Seule la rivière de Vaiohuru a un réel écoulement. En revanche, ces rivières ont une pollution bien plus importante, qu'elle soit naturelle ou artificielle. En effet, la stagnation des eaux provoque souvent une pollution par la terre de l'eau rendant difficile voire impossible le développement animal. Seules les anguilles et quelques rares poissons d'eau douce s'y adaptent. Cette stagnation accentue la pollution humaine diverse qui ne s'évacue donc pas et provoque une pollution à longue durée. Surtout l'unique dépotoir est relié à une rivière importante et provoque ainsi la pollution la plus visible. Par ailleurs, l'encombrement des déchets risque à terme d'atteindre les nappes phréatiques. Ce sont là les deux seules véritables préoccupations vis-à-vis de la pollution sur l'île. Toutes les rivières ne sont cependant pas polluées malgré leur stagnation. On en trouve quelques-unes très limpides dans lesquelles se développent des crevettes d'eau douce (« chevrettes »). Celles-ci sont généralement plus en altitude.
Les marécages, alimentés par les rivières qui ne rejoignent pas la mer, représentent une assez grande partie de l'île. On en compte deux principaux dont la profondeur ne dépasse pas un mètre et qui sont en très grande partie recouverts d'herbes hautes et de petits morceaux de terre propice au développement d'un certain type de flore aimant l'humidité. Le reste des terres est très fertile, donc favorable à la production agricole. L'île est d'ailleurs parfois appelée l'« île verte ».
Géologie Comme toutes les îles du Pacifique, Tupu'ai est d'origine volcanique. Elle s'est formée à partir d'un point chaud fixe sous l'écorce terrestre, c'est-à-dire un volcan immergé qui est entré en éruption après plusieurs millions d'années. Celui-ci est commun à toutes les Australes, il s'agit du point chaud du Mac-Donald, situé à de Rapa et de Marotiri. Par accumulation des laves, l'île se forme lorsque le cratère atteint la surface. Cette formation est très lente : il faut entre 600 et pour atteindre une hauteur d'un mètre. Le plafond océanique se trouvant, pour les Australes, à une profondeur de ; il faut entre 2,5 et d'années pour qu'une terre commence à émerger et, de fait, plus encore pour que l'île entière se forme. Le point chaud se réactive de façon périodique formant ainsi une île qui va alors dériver, une fois le cratère éteint, en suivant le mouvement de la plaque océanique à une vitesse d'environ dix centimètres/an. Les différentes îles Australes se sont formées ainsi et se suivent selon une ligne, la plus ancienne étant la plus éloignée du point chaud. Le volcan est assez peu actif dans l'ensemble, d'où un éloignement assez important des îles.
vignette|gauche|Le point chaud du Mac-Donald est le sur cette carte. L'existence du point chaud du Mac-Donald n'est cependant pas la seule. En effet, l'alignement des îles est parfois décalé et a amené à l'hypothèse d'un deuxième point chaud ou même d'une zone chaude. Celle du Mac-Donald reste cependant la plus plausible car il est connu et localisé précisément. Il culmine aujourd'hui à une trentaine de mètres sous la surface de l'océan. Certaines éruptions ont même été constatées vers la fin des années 1980 par les navires océanographiques RV/Melville puis Le Suroît de l'Ifremer.
L'île de Tupu'ai aurait été formée il y a dix à douze millions d'années par le volcan du Mont Taita'a. L'autre volcan, de la montagne dite de « l'homme couché », se serait formé plus récemment, il y a environ d'années. Leur base réside à de profondeur avec une longueur de sur de largeur. Le tout forme un cône gigantesque dont la partie émergée ne représente que 1/ du volume total du cône.
Comme pour la plupart des îles tropicales, une barrière de corail s'est formée dès que les conditions nécessaires ont été réunies (surface suffisante, eaux chaudes et faible profondeur). Celle-ci entoure toute l'île en laissant quelques passes et, contrairement à Rurutu, de nombreuses plages sans corail, rendant ainsi la baignade possible. La ceinture ainsi formée a alors accueilli des îlots (motu), pas uniquement formés de corail ou de sable mais aussi, pour le motu 'Ōfa'i par exemple, de phonolithes, des roches venues des dernières explosions. La barrière de corail forme un grand lagon dont la surface est de . Par ailleurs, aucune plage ne présente de sable noir d'origine volcanique comme à Tahiti, leur palette de couleur s'étend de l'ocre au blanc.
Climat Le climat de l'île est plus frais que celui de Tahiti, inférieur de 2 à , comme pour l'ensemble des îles Australes, ce qui fait des températures entre 20 et en moyenne par année . Le climat est donc plutôt tempéré même s'il se rapproche une large partie de l'année d'un climat tropical. C'est d'ailleurs l'archipel avec les conditions météorologiques les moins chaudes de Polynésie française. Cela en fait néanmoins un lieu intéressant pour la culture maraîchère qui est par ailleurs la principale activité économique de l'île. La température la plus basse mesurée sur l'île est de . La mesure date du . La plus haute fut quant à elle relevée le et était de . Les eaux du lagon atteignent en été mais ne baissent que de quelques degrés en hiver.
Les précipitations sont de l'ordre de avec à peu près pour les années 2006 et 2007 (rubrique Insolations et précipitations). Les records de précipitations sont pour le plus haut de , mesuré en 1962 et pour le plus bas en 1952. Le record de précipitations en un jour est quant à lui de le .
L'insolation, qui se situe dans celle de la moyenne des Australes, est d'environ , un des ensoleillements les plus faibles de Polynésie. L'humidité y est en revanche plus faible qu'à Tahiti de l'ordre de quelques pourcents, principalement du fait de sa latitude plus élevée et de sa moindre altitude, retenant ainsi moins les nuages.
Les alizés venant d'Est-Sud-Est sont les vents dominants. Ceux qui viennent du Nord ou Nord-Ouest sont synonymes d'un changement de temps vers des jours plus ensoleillés. Les vitesses maximales de vent constatées n'ont cependant jamais dépassé .
L'île a par ailleurs été le théâtre de plusieurs cyclones tropicaux bien qu'ils n'y soient pas très fréquents car en grande partie affaiblis, comme avec le de 2004 qui s'était beaucoup amoindri avant d'atteindre l'archipel. Il arrive cependant que de bien plus gros cyclones frappent l'île et y produisent de nombreux dégâts. Ainsi, le , Tupuaʼi s'est trouvée sur le passage du cyclone Oli, ayant des vents en moyenne à (pointes à près de ), qui a fait une victimeAprès avoir balayé Tahiti , le cyclone Oli gagne en puissance dans Libération du 5 février 2010. Il est même arrivé que l'îlot de sable (Motu One) disparaisse avant de se reformer par la suite.
Moyenne des relevés météorologiques sur Tupuaʼi : MoisJanvFévMarsAvrMaiJuinJuilAoûtSeptOctNovDécAnnéeTempératures maximales moyennes (°C)27,828,328,527,525,824,423,723,523,924,525,726,825,87Températures minimales moyennes (°C)22,823,323,022,120,418,518,118,018,018,920,321,520,41Températures moyennes (°C)25,325,825,7524,823,121,4520,920,7520,9521,723,024,0523,14Moyennes mensuelles de précipitations (mm)199,2175,3176,3174,2137,5107,8144,9148,798,7120,1121,8187,7149,35
Histoire Peuplement polynésien Plusieurs fouilles archéologiques successives ont été effectuées sur la côte nord de Tubuai. Elles ont été dirigées par Mark Eddowes (CPSH), Éric Conte (université de la Polynésie française), et plus récemment par Robert Bollt (université d'Hawaï à Mānoa). Des datations par le carbone 14 effectuées en 2012 à partir de charbons recueillis dans les niveaux les plus anciens du site ont un âge de 686 à 921 ans et 678 à 769 ansWorthy T.H. et Bollt R., 2011, Prehistoric Birds and Bats from the Atiahara site, in Pacific Science, 65(1): 69-85., soit entre l'an 1146 +/- 117 ans et l'an 1226 +/- 45 ans. Ce sont les dates les plus anciennes obtenues à ce jour pour l'occupation humaine la plus ancienne de l'archipel.
Découverte par les Européens La première mention de l'atoll par un Européen a été faite par le marin anglais Samuel Wallis en 1767Tahiti et ses archipels par Pierre-Yves Toullelan, éditions Karthala, 1991, , .. C'est en 1777 que James Cook débarque sur l'île lors de son troisième voyage austral et lui donne le nom de Toubouaï. À son arrivée, plusieurs pirogues approchent du navire (le Resolution), le capitaine reconnaît alors des similarités dans leur langage avec le tahitien. Cook ne s'attardera pas sur l'île, il reconnaîtra juste quelques avantages pour des navigateurs de passage en raison d'une végétation luxuriante mais précise qu'elle est inapte au mouillage en raison d'une grande barrière de corail.
Mutinerie du Bounty