Le massacre de Moura a lieu du au , pendant la guerre du Mali. Il est commis par les forces armées maliennes et les mercenaires russes du groupe Wagner.
Situé dans une zone contrôlée par les djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, le village de Moura est assiégé pendant cinq jours.
L'opération dégénère en massacre des habitants, soupçonnés par les militaires maliens et les mercenaires russes d'être soit des terroristes, soit des collaborateurs. Des centaines d'habitants sont alors exécutés. L'armée se livre au pillage des habitations et plusieurs femmes sont victimes de viols.
Il s'agit alors du pire massacre de civils depuis le début du conflit malien.
Contexte Peuplée d'un peu plus de habitants, Moura est une localité située dans la région de Mopti, dans le centre du MaliMorgane Le Cam, « Ils n’ont pas fait de distinction entre les djihadistes et les autres » : l’armée malienne de nouveau accusée d’exactions, Le Monde, 2 avril 2022..
Selon le journaliste du Monde Morgane Le Cam : .
La zone est sous le contrôle des djihadistes de la katiba Macina, affiliée au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans depuis plusieurs années. Ces derniers ont l'habitude de se rendre chaque dimanche à Moura pour s'approvisionner au marché. Selon les déclarations donnée au journal Libération par un membre d'une association de jeunes de Moura : . D'après le témoignage de deux habitants à Libération, de djihadistes étaient présents à Moura dans la journée , davantage qu'à l'accoutumée. Selon Amadou Koufa, chef de la katiba Macina, les djihadistes n'étaient qu'une trentaine à Moura au moment de l'attaqueBenjamin Roger, Mali : Amadou Koufa accuse l’armée et Wagner d’avoir tué des « centaines d’innocents » à Moura, Jeune Afrique, 24 juin 2022.David Baché, Mali: le Jnim donne sa version des massacres de Moura et Diallassagou, RFI, 25 juin 2022..
Selon le journaliste Wassim Nasr, l'armée malienne multiplie les opérations offensives dans le centre du Mali depuis plusieurs semaines afin de mettre en difficultés la katiba Macina. Cette tentative de montée en puissance est suivie d'une multiplication des exactions de l'armée malienne, suppléée par des mercenaires du groupe WagnerWassim Nasr, Massacres à Moura dans le centre du Mali : les dessous d'une opération militaire, France 24, 6 avril 2022..
Quelque temps avant l'opération, grâce à des renseignements récoltés sous contrainte d'un proche d'Amadou Koufa, l'armée malienne estime que le chef de la Katiba Macina et certains de ses lieutenants seraient alors dans la région de Moura. Les forces maliennes organisent immédiatement une opération de grande envergure avec les mercenaires russes dans le but de capturer Koufa.
Déroulement Le , l'armée malienne lance une offensive dans le cadre de l'opération « Kélétigui » (« celui qui possède la guerre » en bambara), menée depuis la fin de l'année 2021 dans le centre et le sud du Mali. Des militaires de l'armée de terre, de l'air et des forces spéciales sont déployés, ainsi que des mercenaires russes du Groupe Wagner et cinq hélicoptères. D'après des témoignages recueillis par Human Rights Watch, les Russes sont au nombre d'une centaine et sont même encore plus nombreux que les militaires maliens dans les premiers jours de l'opération.
L'armée malienne arrive aux abords de Moura, située à de Mopti, le , qui est alors un jour de foire dans la localité. Pendant cinq jours, le village est assiégé.
L'opération tourne au massacreMali: Moura encerclé par l’armée malienne et ses supplétifs russes, RFI, 31 mars 2022.. Un défenseur des droits de l'homme africain déclare au journal Le Monde : .
Plusieurs témoignages sont recueillis par le journal Libération. D'après ces derniers, l'attaque débute à 11 heures avec au moins trois hélicoptères. Un témoin déclare que : . Pendant ce temps, un troisième appareil ouvre le feu sur des fuyards à pied, tandis que sur la place du marché des tirent de manière indiscriminée sur les forains. Au moins deux maisons sont incendiées, dont le magasin d'un boucher où plusieurs personnes qui s'y étaient réfugiées sont brûlées vives. Les coups de feu s'achèvent à 15 heures. Selon l'ONU, environ 20 civils et 12 djihadistes sont tués le premier jour.
Au cours des jours suivants, les mercenaires russes, au nombre de plusieurs dizaines, commencent à séparer les hommes en trois groupes : . Ceux du premier groupe sont immédiatement exécutés, les autres sont emmenés pour être interrogés. D'après le témoignage du membre d'une association de jeunes de Moura : . Le rapport de l'ONU du et des témoins cités par Human Rights Watch vont dans le même sens. L'un d'eux déclare que . Un autre confirme que .
Selon Human Rights Watch, les forces gouvernementales emmènent les hommes détenus dans une zone à l'est de la ville, confisquent leurs téléphones et les divisent en au moins trois groupesMali : Massacre perpétré par l’armée et des soldats étrangers, Human Rights Watch, 5 avril 2022.. Ils leur ordonnent de s'allonger sous le soleil brûlant pendant de longues heures. Pendant ce temps, les militaires fouillent la ville et, selon plusieurs habitants, confisquent plusieurs armes à feu. Ils auraient également volé des bijoux, de l'argent et d'autres objets de certains ménages et brûlé des dizaines de motos. La nuit, les militaires maliens entourent certaines parties du village abritant des civils avec des gaines électriques haute tension, plusieurs civils ayant tenté de fuir pendant la nuit sont morts électrocutés.
Le , la plupart des mercenaires russes se retirent avec les prisonniers. Selon l'ONU, les militaires maliens conduisent également des prisonniers à Sévaré ou Bamako. Au moins plusieurs dizaines de captifs sont torturés ou subissent des traitements . Certains sont électrocutés par le sexe.
Pendant les journées du 28 et , les militaires maliens poursuivent les fouilles des maisons et procèdent à des arrestations. Le 30, les femmes sont appelées à leur tour. Plusieurs d'entre-elles sont conduites le soir au campement où elles sont violées par les militaires maliens. Selon le rapport de l'ONU, .
Les maisons, laissées vides, sont livrées au pillage. Pendant ce temps les suspects continuent d'être triés : certains sont exécutés près du fleuve, d'autres sont relâchés. Le matin du , les tueries s'achèvent et les militaires maliens ordonnent aux habitants d'enterrer les corps.
Deux fosses communes sont alors creusées et les corps sont brûlés avec de l'essence avant d'être recouverts de terre. À 10 heures, les derniers soldats maliens se retirent de Moura par hélicoptères. Mais plus tard dans la journée, les djihadistes refont leur apparition à Moura, où ils cherchent à rassurer la population et à se présenter en protecteurs contre l'armée malienne.
Bilan humain Le bilan humain est difficile a établir, cependant l'ampleur du massacre est sans équivalent depuis le début du conflit, dix ans plus tôtThomas Hofnung, Au Mali, l’armée accusée du pire massacre commis en dix ans de conflit, La Croix, 5 avril 2022.. Des corps sont retrouvés calcinés ou criblés de balles. Des fosses communes sont creusées par les habitants. Dans les premiers jours d'avril, un défenseur des droits de l’homme originaire du centre du Mali déclare au journal Le Monde : .
Le , l'armée malienne donne son bilan et affirme avoir tué et interpellé 51 personnesMali : L’armée dit avoir tué « 203 combattants » terroristes dans une opération au Sahel, 20 Minutes avec AFP, 2 avril 2022.Mali: l'armée fait état de plus de 200 terroristes tués dans le village de Moura, RFI, 2 avril 2022.. Le communiqué ne fait pas état de pertes au sein des forces armées maliennes. Il conclut que .
Interrogé par l'AFP, le colonel Souleymane Dembélé, directeur de la communication des FAMa, finit par donner un bilan de huit militaires tués à Moura, dans , mais sans précision de dateMali : 19 «terroristes» et trois groupes armés éliminés, selon l'armée, Le Figaro avec AFP, 8 avril 2022..
Cependant Amnesty International conteste la version de l'armée malienne et indique que des témoignages recueillis sur place font état de 150 à 500 victimes civiles. Ousmane Diallo, du bureau d'Amnesty International en Afrique de l'ouest, basé à Dakar, dénonce . Il ajoute que : . Ousmane Diallo estime qu' et .
Le , le journal Libération indique pour sa part que le massacre aurait fait 200 à 400 morts en cinq jours selon ses informationsAlexandre Dzhemal, Au Mali, cinq jours de massacre à Moura, Libération, 3 avril 2022..
Le , Human Rights Watch donne pour sa part une estimation d'environ 300 personnes massacréesMali: Massacre by Army, Foreign Soldiers, Human Rights Watch, 5 avril 2022.Valentine Pasquesoone, Mali : que s'est-il passé à Moura, où des centaines de personnes ont été tuées par l'armée malienne et des mercenaires russes ?, Franceinfo, 6 avril 2022.. D'après les témoignages recueillis par l'ONG, des djihadistes figurent parmi les personnes exécutées, mais la grande majorité des victimes sont des civilsMali: Human Rights Watch dénonce le massacre de plus de 300 personnes à Moura, RFI, 5 avril 2022.. Des survivants évoquent un ciblage ethnique des Peuls de la part des soldats maliens et des mercenaires russes. Corinne Dufka, directrice chargée du Sahel au sein de l'ONG Human Rights Watch alerte également sur une augmentation significative des crimes de guerre au Mali : .
Le même jour, Mediapart fait état de 300 à 600 morts, d'après différentes sourcesRémi Carayol, À Moura, le « carnage indescriptible » de l’armée malienne et de ses alliés russes, Mediapart, 5 avril 2022..
Le , dans une vidéo diffusée par Al-Zallaqa, Amadou Koufa, le chef de la katiba Macina, accuse à son tour l'armée malienne et Wagner d'avoir massacré , alors que seulement une trentaine de ses combattants étaient présents à Moura.
De son côté, la MINUSMA se déclare . Des habitants reprochent cependant à la MINUSMA ne pas être intervenue, alors qu'un camp de casques bleus se trouvait à Mopti, à moins d'une cinquantaine de kilomètres.
Le , un an après le massacre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) publie son rapport et conclut qu'au moins 500 civils, dont une vingtaine de femmes et sept enfants, ont été massacrés pendant au moins quatre jours par les forces armées maliennes et des Mali: plus de 500 personnes exécutées par l'armée et ses supplétifs à Moura en 2022, selon l'ONU, RFI, 12 mai 2023.. Le rapport indique avoir recensé les noms d'au moins 238 victimes.
Réactions Le , la France se déclare par de possibles commises à Moura par des militaires maliens . Le ministère des Affaires étrangères fait état de tués et .
Le , l'émissaire de l'ONU pour le Mali, El-Ghassim Wane, réclame un accès à la localité de MouraMassacre présumé au Mali: l'ONU réclame un accès urgent à la localité de Moura, AFP, 7 avril 2022.. Il déclare que .
Le , la Russie le Mali et parle d'une Moura: la Russie félicite le Mali, parlant d'une «victoire importante», RFI, 8 avril 2022..
La junte malienne nie sa responsabilité dans le massacre et rejette les conclusions du rapport de l'ONU du Le Mali rejette les conclusions du rapport de l'ONU sur les évènements de Moura, RFI, 13 mai 2023.Mali : la junte dénonce un rapport de l'ONU accusant l'armée d'avoir exécuté 500 personnes, Le Figaro avec AFP, 13 mai 2023.. Le , Abdoulaye Maïga, le porte-parole du gouvernement, affirme qu'. Il dénonce et accuse les enquêteurs et leurs , d' et de .
Le , les États-Unis réagissent au rapport de l'ONU et se déclarent Washington «atterré» par des exactions commises selon l'ONU par l'armée malienne, Le Figaro avec AFP, 16 mai 2023..