Oswald Boelcke () est un militaire et aviateur allemand né le et mort le . Pendant la Première Guerre mondiale, Boelcke est un pionnier de l’aviation de chasse, crédité de quarante victoires aériennes au cours du conflit. Il est considéré dès son vivant comme le père de la chasse allemande et, plus largement, du combat aérien, ainsi que comme l'un des premiers tacticiens majeurs de l'aviation militaire en 1915 et 1916.

Boelcke projette dès son enfance d'intégrer l’Armée impériale allemande, ce qu'il fait le . Il nourrit très tôt un intérêt pour l’aviation et apprend à piloter au début de la Première Guerre mondiale. Après avoir été observateur aérien en 1914, il devient l’un des premiers pilotes de chasse à la mi-1915. Aux commandes des premiers véritables avions de chasse, les Fokker Eindecker, Boelcke, Max Immelmann et d’autres pilotes commencent à abattre des appareils ennemis en nombre croissant. Boelcke et Immelmann sont les premiers pilotes de chasse allemands à recevoir la plus haute distinction prussienne, la croix Pour le Mérite. Le haut commandement réaffecte cependant Boelcke vers un poste d’état-major éloigné du front après sa . Durant cette mise à l’écart forcée, il contribue à développer et structurer la . Pour cela, il codifie notamment son expérience du combat dans le premier manuel de tactique de chasse distribué à une force aérienne : les Dicta Boelcke, une liste des règles essentielles pour la réussite individuelle du pilote, où il montre la nécessité d’un travail d’équipe dirigé par le chef d'escadrille. Les manuels de combat aérien modernes, dont ceux des armées de l'OTAN, prennent leurs sources dans ces règles simples.

Après son congé imposé, passé en tournée d’inspection militaire dans les Balkans et dans l’Empire ottoman, Boelcke est choisi pour commander l’une des premières escadrilles de chasse, la (dans le cadre d'une réorganisation de l'aviation de chasse allemande basée sur ses recommandations). Ses pilotes sont sélectionnés personnellement par Boelcke et formés en fonction des Dicta au moyen d’un entraînement poussé. En septembre et , Boelcke remporte supplémentaires à la tête de la , conservant ainsi son statut de meilleur pilote de chasse de son époque. Il est finalement tué dans une collision en vol avec son camarade d'escadrille et ami Erwin Böhme, le , au cours d'un combat aérien contre des pilotes britanniques. La mort de Boelcke, qui était devenu une figure publique connue, donne lieu à des commémorations d'ampleur nationale dans l'Empire allemand.

Son influence perdure jusqu’à aujourd’hui, Boelcke étant considéré comme le père de l'aviation de chasse allemande et commémoré en tant que tel, avec des unités, des installations militaires ou des rues nommées en son honneur.

Jeunesse

Enfance et études alt=portrait noir et blanc d'un enfant|gauche|vignette|Oswald Boelcke à , en 1901. Fils d’un instituteur, Oswald Boelcke naît le à Giebichenstein (devenu en 1900 un district de Halle-sur-Saale), dans la province de Saxe, dans le royaume de Prusse. Il est le quatrième d’une fratrie de six enfants, composée de cinq garçons et d’une fille. La famille Boelcke est revenue en Allemagne six mois plus tôt, après un séjour de six ans en Argentine, où le père dirigeait l’École protestante allemande de Buenos Aires. À sa naissance, son nom de famille est orthographié « Bölcke », mais Oswald (comme son frère aîné Wilhelm) abandonne plus tard l'umlaut au profit d'une orthographe d'inspiration latine, qui ne modifie pas la prononciation.

Oswald Boelcke contracte la coqueluche à l’âge de trois ans, ce qui lui laisse un asthme persistant.L’année suivante, la famille s’installe à Dessau-Roßlau, à proximité des usines Junkers, où le père espère obtenir une promotion. Les avions qui survolent alors la ville offrent à Boelcke ses premiers contacts avec l’aviation.

En grandissant, Boelcke se tourne vers le sport malgré son asthme. Il dispose en effet d'un constitution athlétique : , des épaules larges, ainsi qu'une grande agilité et force physique. Il pratique le football, le tennis, le patinage, la natation, le plongeon (il remporte des compétition dans ces deux derniers domaines), l'aviron et la danse. Ces nombreuses capacités athlétiques font de lui un meneur apprécié sur les terrains de sport de son lycée. Ses bons résultats scolaires (notamment dans les matières scientifiques) aident également à le rendre apprécié de ses camarades et des enseignants. alt=Photo noir et blanc d'une famille bourgeoise avec trois jeunes hommes en uniforme|vignette|Une partie de la famille Bölcke à Dessau. Debout à partir de la gauche : Martin, Oswald et Wilhelm et assis à partir de la gauche : Max, leur mère Mathilde et leur père Hermann Bölcke. La famille Boelcke, de tradition conservatrice, voit dans la carrière militaire une voie d’ascension sociale pour ses enfants. Sous cette influence, Oswald, à l'âge de , envoie une lettre au Kaiser Guillaume II pour solliciter une admission dans une école militaire. Il reçoit finalement une réponse favorable et tardive lorsqu'il a treize ans, mais ses parents préfèrent l'inscrire au (lycée Duc Frédéric) à Dessau. Son intérêt pour la carrière militaire demeure toutefois intact. Durant sa scolarité, son auteur favori est le nationaliste Heinrich von Treitschke. Il lit également les publications officielles du Grand État-Major général. À , pour un cours d’élocution, il choisit trois thèmes : les réformes militaires du général Gerhard von Scharnhorst, la vie du comte Ferdinand von Zeppelin avant ses travaux aéronautiques, et les premiers vols de dirigeables. Oswald Boelcke obtient finalement son avec mention le .

Début de carrière militaire alt=Photo noir et blanc d'un jeune homme en costume.|vignette|Oswald Boelcke à , peu après avoir reçu son diplôme de fin d'étude.|gauche Après avoir terminé sa scolarité, Boelcke intègre le télégraphique à Coblence en tant que (aspirant) le . Dans l'armée, il peut observer de plus en plus d’avions.

En , il commence à suivre les cours de l'école de guerre de Metz. Avec l’arrivée du printemps et l’allongement des journées, il profite de ses soirées pour regarder les avions et les dirigeables sur un terrain voisin de l'école. En juin, il passe ses examens finaux : ses épreuves écrites sont jugées seulement « passables », ses oraux « bons » ou « très bons », tandis que ses aptitudes au commandement sont qualifiées d'« excellentes ».

En , Boelcke est officiellement diplômé et réintègre son bataillon en tant qu’enseigne. Comme il a obtenu son , sa promotion est antidatée au , ce qui lui donne plus d'ancienneté que les autres enseignes de son bataillon. Il est donc rapidement promu lieutenant à la fin de l'été, et affecté à la formation des nouveaux télégraphistes, en menant en parallèle une vie sociale active.

Au cours de l’année , Boelcke profite d’une affectation temporaire à Metz pour effectuer quelques vols en tant que passager dans des avions de l'armée. En octobre, il est muté à Darmstadt. Lors d’une visite à Francfort, il assiste à une démonstration acrobatique du pionnier français Adolphe Pégoud. En , il participe au pentathlon des officiers de l'armée allemande, se classe troisième et se qualifie ainsi pour les Jeux olympiques de 1916 prévus à Berlin. Sans en informer sa famille, Oswald Boelcke sollicite une mutation au sein du service aérien de l'armée impériale allemande. Le , il est accepté pour une formation de pilote et intègre le une instruction de six semaines à la (école de pilotage d'Halberstadt). Il réussit son examen final de pilote le , peu de temps après le début de la Première Guerre mondiale. Sa première affectation consiste à former cinquante pilotes débutants sur Aviatik B.I. alt=Photo noir et blanc d'un homme en uniforme assis par terre, entre deux chevaux et avec un petit chien sur les genoux.|centré|vignette|Boelcke et ses deux chevaux ainsi que son chien Ibi, en 1912.

Première Guerre mondiale

Parcours vers l'aviation de chasse alt=Portrait noir et blanc d'un jeune homme en uniforme.|gauche|vignette|Boelcke après le début de la Première Guerre mondiale (il porte le ruban de la croix de guerre qu'il a reçu après le ). Insatisfait de son affectation loin du front, Boelcke souhaite s'engager dans un rôle plus actif. Il cherche donc à rejoindre son frère aîné Wilhelm, lieutenant observateur au sein du Feldflieger Abteilung 13 (FFA, qui peut se traduire par 13) à Montmédy. Le , alors que Boelcke doit voler de Trèves à Sedan avec un observateur, il s'arrange pour faire étape à Montmédy pour rencontrer son frère et demander directement au commandant du FFA 13 son transfert dans l'unité. Son souhait est exaucé et les deux frères sont réunis en un équipage : Oswald est le pilote et Wilhelm l'observateur. À ce moment de la guerre, c'est ce dernier poste qui est le mieux considéré : l'observateur est souvent un officier expérimenté chargé du cœur des missions (le repérage d'artillerie ou la reconnaissance), tandis que le pilote est généralement un subalterne considéré comme un chauffeur. Le duo va enchaîner les missions à bord d'un Albatros B.I à un rythme soutenu durant l'avancée rapide de l'armée allemande puis sa retraite lors de la bataille de la Marne. Wilhelm et Oswald sont tous les deux décorés de la croix de fer, le . À partir de la fin septembre cependant, la stagnation du front, le vent et la pluie font diminuer l'activité aérienne, suscitant l'ennui de Boelcke (et aggravant son asthme par la même occasion). À la fin de l'année, les frères Boelcke sont de loin l'équipage le plus actif de leur escadrille, avec pour Wilhelm et 42 pour Oswald, tandis que le troisième pilote le plus actif n'en totalise que 27. alt=Photo noir et blanc de deux militaires et d'un avion biplan. |vignette|Oswald (dans le cockpit), son frère Wilhelm et leur Albatros B.I à Pontfaverger en 1914. Les croix pattées visibles sur les ailes et la queue de leur avion paraissent improvisées, faute de règlement clair concernant l'identification des avions des différents belligérants à ce stade de la guerre. Il y a peu de combats terrestres au début de , et le besoin d’un soutien aérien demeure limité, comme à la fin de l'année précédente. Oswald Boelcke effectue un séjour à l’hôpital en raison de son asthme, et les deux frères retournent ensuite dans leur famille à l'occasion d'une permission. À leur retour, le nouveau commandant de leur unité (Feldflieger Abteilung) souhaite les séparer en les affectant à deux équipages différents, en partie car leur proximité et leur activité très soutenue suscitent des tensions dans l'escadrille. À la fin du mois de mars, la situation se tend lorsque les deux frères refusent de voler séparément et entament une grève. Leur commandant cède provisoirement, mais Wilhelm est transféré le mois suivant à Posen, dans l'est de l'Allemagne. Oswald demande à rejoindre son frère mais est menacé d'être transféré dans l'infanterie s'il continue à s'opposer aux ordres. Après cela, Wilhelm commandera deux escadrilles sur le front de l'Est et survivra à la guerre pour mourir en 1954. Le , Oswald est affecté au , basé près de Douai. Il passe au Douai (KEK Douai, littéralement ) le . Au sein de cette petite escadrille de chasse rattachée au FFA 62, il est le pilote le plus expérimenté. Il se lie rapidement d'amitié avec Max Immelmann, originaire comme lui de Saxe et appelé comme lui à devenir l'un des premiers as allemands notables. La personnalité des deux hommes diffère cependant, puisque Immelmann est autocentré, arrogant et , s'intéressant davantage au pilotage là ou Boelcke est plus introverti, prudent et porté sur le commandement et son travail d'officier.

Fléau Fokker

alt=Photo noir et blanc d'un jeune homme en uniforme avec un casque à pointe.|gauche|vignette|Max Immelmann vers 1915.|368x368px