La censure des livres aux États-Unis est décidée aussi bien au niveau fédéral qu'au niveau local. Elle se décline en retrait de livres de la circulation ou décisions d'une diffusion restreinte de matériels littéraire, artistique ou éducatif au motif que ceux-ci sont moralement ou autrement répréhensibles à la lumière des normes appliquées par le censeur. La censure est Miller, Cynthia J. "Censorship." Culture Wars in America: An Encyclopedia of Issues, Viewpoints, and Voices, edited by Chapman, Roger and James Ciment, Routledge, 2013. . L'intention générale de la censure, sous quelque forme que ce soit, est d'agir comme .

Les bibliothèques de l'université Marshall, qui mènent des recherches sur les livres interdits aux États-Unis, définissent un livre interdit comme celui qui a été et un livre contesté comme celui qui par un censeur.

Les bibliothèques publiques et scolaires aux États-Unis ont la possibilité de limiter le choix des livres proposés à la lecture aux enfants. Ce problème . Il a été suggéré que, comme il existe des conseils parentaux pour les films, il existe un besoin similaire pour les livres. Certains des livres interdits sont précieux pour aider les enfants à découvrir leur identité ou à s'éduquer. Ceux-ci ne sont pas tous interdits dans tous les États, par tous les éducateurs.

La censure est le plus souvent le fruit de décisions de responsables ou commanditaires de l'éducation : parents, commissions scolaires, groupes de pression, clergé, bibliothécaires et enseignants. L'interdiction, l'une des méthodes de censure les plus permanentes et les plus efficaces, commence par une contestation puis progresse jusqu'à ce que le livre ne soit plus disponible pour aucun élève d'une école, d'une bibliothèque ou d'un district. Très souvent, la censure se fait à l'initiative de parents d'élèves. a rapporté qu'au cours de l'année scolaire 1991-1992, le taux de succès des censeurs lors de leur demandes est passé à 41 % contre 34 % l'année précédente. En réponse, plusieurs organisations professionnelles telles que l'American Library Association (ALA), la Fondation pour la liberté de lecture () et la Coalition nationale contre la censure () ont utilisé diverses initiatives pour lutter contre la censure des livres sous toutes ses formes. Combattant la censure des livres avec leur plaidoyer en faveur des droits du premier amendement, ces organisations existant de longue date ont été au centre de plusieurs affaires portées devant la Cour suprême depuis le début des années 1970.

Le phénomène est en forte croissante, et à l’automne 2021, l’Association américaine des bibliothèques a indiqué avoir reçu le nombre de 330 signalements, , selon la responsable de l’association. Les trois motifs les plus souvent invoqués à l'appui de demande d'interdiction sont par ordre décroissant un contenu sexuellement explicite, un langage et l'inadaptation d'un ouvrage à l'âge de ses lecteurs, mais une vingtaine d'autres motifs ont été recensés.

Depuis 2020, plusieurs tentatives ont été faites par des États américains pour imposer la censure dans les bibliothèques publiques ou scolaires par le biais de lois. En 2024, des procès sont encore en cours contre ces lois. L'argument selon lequel les politiques auraient le droit de décider du contenu proposé par les bibliothèques, car il s'agirait d'un « discours gouvernemental » non soumis au Premier amendement sur la liberté d'expression, a jusque là été battu en brèche.

Histoire

Des colonies au Au cours des années 1600, une forme typique de censure des livres aux États-Unis était l'autodafé. En , le pamphlet de William Pynchon , Le prix méritoire de notre rédemption, fut critiqué et rapidement brûlé par le gouvernement puritain. Ce livre brûlé à Boston, dans le Massachusetts, est souvent appelé et même considéré comme le « premier livre brûlé en Amérique ».

Le , la loi Comstock fut adoptée par le Congrès des États-Unis sous l'administration Grant ; elle est également appelée loi sur la « suppression du commerce et de la circulation de la littérature obscène et des articles à usage immoral ». La loi a criminalisé l'utilisation du service postal américain pour envoyer l'un des éléments suivants : contenu érotique, contraceptifs, abortifs, jouets sexuels, lettres personnelles faisant allusion à tout contenu ou information à caractère sexuel, ou toute information concernant l'un des éléments précités. La loi a non seulement restreint la distribution de matériel pornographique, mais aussi la diffusion de revues médicales contenant des informations sur les contraceptifs et l'avortement. Dans des endroits comme Washington, DC, où le gouvernement fédéral a une juridiction directe, la loi a également fait ériger en délit, passible d'une amende et d'une peine d'emprisonnement, le fait de vendre, donner ou détenir toute publication « obscène »Horowitz, Helen Lefkowitz. Rereading Sex. New York: Random House, 2002.. La moitié des États ont adopté des lois anti obscénité similaires qui interdisent également la possession et la vente de matériel obscèneBeisel, Nicola. Imperiled Innocents. New Jersey: Princeton University Press, 1997.p. 40 lire en ligne.

Feuilles d'herbe, le recueil de poésie de Walt Whitman, a été retiré de la diffusion à Boston en 1881, après que le procureur de district eut menacé de poursuites pénales pour l'utilisation d'un langage explicite dans certains poèmes. L'œuvre a ensuite été publiée à PhiladelphieBanned Books online. Cette version a connu cinq éditions de 1 000 exemplaires chacuneLoving, 416. Son premier tirage, sorti le , a été épuisé en une journéeReynolds, 543.

Le livre notoirement contesté de Mark Twain, Les Aventures de Huckleberry Finn, a été publié pour la première fois aux États-Unis en et a été rapidement interdit par les bibliothécaires du Massachusetts en mars de la même année. Il a fait l'objet d'un examen plus approfondi ces derniers temps en raison de l'utilisation fréquente par Twain du mot « nègre » ainsi que des qualificatifs « aveugle à la race » et « perpétuant le racisme » attribués au roman. Il a depuis été, et reste, parmi les 100 livres les plus contestés à ce jour.

En 1915, l'architecte William Sanger a été inculpé en vertu de la loi de New York pour avoir diffusé des informations sur la contraception. Son épouse Margaret Sanger a également été inculpée en 1915 pour son œuvre The Woman Rebel. Sanger a fait circuler ce travail par l'intermédiaire du service postal américain, violant ainsi la loi Comstock. En appel, sa condamnation a été annulée au motif que les dispositifs contraceptifs pouvaient légalement être promus pour le traitement et la prévention des maladies.

La publication de l'ouvrage de Charles Darwin L'Origine des espèces en 1859 « a déclenché une controverse qui résonne encore aujourd'hui. En présentant une théorie révolutionnaire de l'évolution, le naturaliste britannique a remis en cause l'histoire biblique de la création et a provoqué la colère des détracteurs qui l'ont accusé de « détrôner Dieu ». Malgré la controverse environnante, L'Origine des espèces est resté non censuré aux États-Unis jusque dans les années 1920, lorsque les programmes d'études secondaires ont commencé à incorporer la théorie de l'évolution darwinienneUniversity of Virginia Library. » Il a été interdit peu après dans certaines parties de l'Amérique, notamment dans le Tennessee, à l'occasion du procès du singe. L'interdiction du Tennessee a perduré jusqu'en 1967, « lorsque la Cour suprême l'a déclarée contraire aux premier et quatorzième amendements de la ConstitutionUniversity of Virginia.

Après la Première Guerre mondiale L'interdiction des livres se répand au cours du vingtième siècle alors que des écrivains modernistes et progressistes tels que James Joyce, Theodore Dreiser, Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald et John Steinbeck commencent leur carrière littéraire. Ces auteurs n'ont pas caché leurs opinions sur des sujets controversés. Par exemple, L'Adieu aux armes d'Hemingway dépeint les sombres réalités de la Première Guerre mondiale , et l'histoire des deux amants, Frederic Henry et Catherine Barkley, comprend des détails graphiques d'un accouchement qui a mal tourné. Cette histoire s'éloigne beaucoup de la littérature traditionaliste, majoritaire alors, qui dépeignait le bien l'emportant sur le mal. Certaines villes, dont Boston, ont interdit L'Adieu aux armes en 1929, qualifiant le livre de « salace ».

De plus, Boston a dans les années 1920 censuré d'autres romans tels que The American Mercury, Elmer Gantry, Une tragédie américaine, Strange Interlude et L'Amant de lady Chatterley. La montée de la censure à Boston a suscité une opposition locale. The Harvard Crimson écrivait en 1929 : « Il est devenu si ennuyeux de reprocher à Boston sa répression constante du travail créatif, que nous commençons à nous rendre par désespoir. Les censeurs de Boston ont répliqué que la censure était justifiée car selon le système politique fédéral américain, il est du devoir des États d'implanter leurs politiques éducatives. Les textes sélectionnés pour les écoles sont finalement approuvés par l'État. Les conseils scolaires, dans le cadre du dixième amendement, ont le droit de choisir quel texte approuvé par l'État doit être placé dans les bibliothèques. Au fil des ans, les parents des commissions scolaires ont remis en question la sélection de certains livres par leur État pour leurs bibliothèques. La principale raison des parents et des commissions scolaires est de protéger les enfants des contenus qu'ils jugent inappropriés.

L'État de Géorgie a créé en 1953 la Commission de littérature de Géorgie , qui a initialement décrit son rôle comme étant d'aider les procureurs locaux dans l'application des lois de l'État sur l'obscénité. En 1958, elle a obtenu le pouvoir d'émettre des citations à comparaître et des injonctions pour arrêter la publication. Elle a censuré des centaines de publications, mais est devenu moins puissante après des décisions de justice à son encontre dans les années 1960 ; elle a été abolie en 1973.

Depuis 2021

Alors que la censure commence à se décliner au niveau étatique, avec entre autres l'Iowa qui en 2023 promet des sanctions contre les professeurs et bibliothécaires proposant des livres contenant des descriptions graphiques ou textuelles d'actes sexuels ou faisant mention de l'identité de genre ou de l'orientation sexuelle, l'Illinois est le premier à passer une loi anti censure en limitant les mesures autorisées pour restreindre le choix des livres proposés dans les bibliothèques : les bibliothèques publiques qui restreignent ou interdisent des documents en raison d’une désapprobation « partisane ou doctrinale » ne seront pas éligibles au financement de l’État à compter du , date d’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

La loi de l'Iowa est partiellement censurée en première instance, un juge considérant que son périmètre est beaucoup trop large et a conduit au retrait de « centaines de livres des bibliothèques scolaires, y compris, entre autres, des livres d'Histoire non romanesques, des œuvres de fiction classiques, des romans contemporains lauréats du prix Pulitzer, des livres qui apparaissent régulièrement aux examens préparatoires à l'entrée en université (Advanced Placement, et même des livres conçus pour aider les étudiants à éviter d'être victimes d'agression sexuelle ».

Commissions scolaires