Le Front républicain est une coalition électorale de centre gauche formée en vue des législatives de janvier 1956 avec pour objectif une solution négociéeThomas Stélandre, « Aux origines du front républicain », Historia, 24 mars 2011.« Aux origines du « front républicain », Europe 1, 21 mars 2011..« Le front républicain a vécu », L'Express, 22 mars 2011. à ce qui est devenu la guerre d'Algérie, menée par militaires français désormais présents sur le sol de la colonie, presque trois fois plus qu'en "La Dernière Chance de l'Algérie française" par Philippe Bourdrel chez Albin Michel en 2015 . Le Front républicain promet une réforme électorale, avec un collège unique, et Guy Mollet est favorable à l'indépendance de l'Algérie.

Le Front républicain obtient une majorité relative, sur 595 à l'Assemblée nationale, avec 29,2% des voix, porté par la progression des radicaux, au terme d'élections qui se sont « pour une large part jouées sur la question de la paix en Algérie »Biographie Le Maitron de Guy Mollet le . Passant devant le PCF, qui demande aussi la paix, il est élu pour « en finir » avec cette « guerre imbécile »"Histoire de la France au " par Serge Berstein et Pierre Milza chez Place des éditeurs en 2017 . Cet objectif échouera, le FR se consolant par l'instauration de la troisième semaine de congés payés et du fonds-vieillesse.

L'appel le lançant réunissait quatre partis le , lendemain de la dissolution de l'Assemblée nationale : les socialistes de la SFIO, les radicaux dont Pierre Mendès-France vient de reprendre le contrôle, les gaullistes de centre-gauche menés Jacques Chaban-Delmas et la petite Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) de François Mitterrand. Le FR regroupait ainsi « la partie des gaullistes qui avaient soutenu Pierre Mendès France » et la « majorité des radicaux qui préférait Pierre Mendès France à Edgar Faure », jusque-là président du conseil. Les élections qu'il a gagnées voient aussi la percée inattendue d'un nouveau mouvement d'extrême-droite, les poujadistes, 52 députés avec 11,6% des voix.

Tous les observateurs prévoient que Pierre Mendès-France, leader et instigateur du Front républicain, sera désigné président du Conseil. Il a en 1954 mis fin à la ruineuse et impopulaire Guerre d'Indochine, ce qui lui donne une crédibilité auprès des indépendantistes algériens et prévoit de s'installer en Algérie pour être proche des problèmes. Il a trouvé aussi une solution politique et pacifique en Tunisie"Un syndicat face à la guerre d'Algérie: La CFTC qui deviendra CFDT", aux Editions Syros en 1984, par Michel Branciard . Son parti progresse, avec 80 députés, et la SFIO 95. Mais René Coty lui préfère Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO, jugé plus apte à faire avancer l'Europe et à réaliser des avancées sociales. N'ayant pas obtenu les Affaires étrangères, Mendès-France claquera la porte du gouvernement dès le , ce qui sera perçu comme un reproche à Guy Mollet de trop céder au lobby des Pieds-Noirs plutôt que de rechercher une paix négociée en Algérie. Le gouvernement de Guy Mollet est mis en minorité l'année suivante. Il s'agit du plus long gouvernement de la République : à .

Origine: l'appel du 2 décembre 1955, à la dissolution Un "appel du Front républicain" est signé le , à la dissolution, par les chefs de quatre partis: Guy Mollet, secrétaire général de la section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), futur Parti socialiste ; Pierre Mendès-France, nouveau numéro un, depuis , du parti radical ; François Mitterrand, président de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) ; Jacques Chaban-Delmas, président du parti des Républicains sociaux, fondé en par les députés RPF restés fidèles au général De Gaulle, mais dont une partie se sont ralliés à la majorité de droite sortante dominée par le MRP et le CNIP.

Le texte de cet appel accuse le gouvernement d'Edgar Faure et les partis qui le soutiennent d'avoir "voulu brusquer les élections" par la dissolution de l'Assemblée nationale, pour "empêcher les Français de voter dans la clarté et dans la liberté". Le texte accuse cette dissolution d'avoir pour "seul but de maintenir, envers et contre tous, le système des apparentements et de truquer les élections" afin de permettre à certains hauts responsables d'avoir à "rendre des comptes". Parmi eux il cite : les responsables de Dien-Bien-Phu, du coup d'État au Maroc et de ses conséquences dramatiques, des désordres en Afrique du Nord ; les responsables du déficit financier de ;

L'article du Monde qui reproduit le texte de cet appel informe que Guy Mollet et Pierre Mendès-France se sont rencontrés dans l'après-midi, au siège du parti socialiste (SFIO), et vont se revoir.

Lors de la conférence de presse accompagnant l'appel, Pierre Mendès-France précise que le FR n'est pas une "réunion de deux partis pour gagner des sièges", mais une "réunion pour gouverner ensemble".

Guy Mollet salue lui "le succès indéniable qu'a remporté l'annonce de la constitution du Front Les Jeunes" qui "assaillent les mairies""Guy Mollet, Mendès-France, François Mitterrand et Chaban-Delmas lancent on appel commun". Article 9 décembre 1955 dans Le Monde le . Cet appel des quatre partis fait un gros titre en première page dans L’Express, accompagné en page intérieure d'un grand article sous la plume de Jean-Jacques Servan-Schreiber, et l'appel est repris en suite dans les autres journaux.

L'écrivain gaulliste François Mauriac, déjà engagé sur les causes de la décolonisation progressive au Maroc explique le sur la Chaîne nationale son adhésion à ce “front républicain”France Inter, archives

L'appel présenté au congrès de la SFIO Le , Guy Mollet présente ce "Front républicain" au congrès de la SFIO en soulignant que "la majorité des électeurs a manifesté son désir que cela change". Il explique que ce futur "gouvernement de Front républicain" ne doit comporter "aucun élément de l'ancienne majorité" et "ne devrait pas comprendre plus de dix ministres", mais avoir "un programme d'urgence, qui ne doit pas être confondu avec celui du parti socialiste". La plupart des fédérations socialistes valident cette stratégie, même si certaines y sont opposées. Guy Mollet souligne dans le même discours que "le sort de l'Algérie ne sera déterminé en aucun cas unilatéralement, mais dans une libre discussion entre les Algériens et nous" et demande "l'organisation d'élections libres au collège unique" en précisant "que sur tous ces points il est en complet accord" avec Pierre Mendès-France"Guy Mollet : ni Front populaire ni Union nationale" le 17 janvier 1956 , dans Le Monde

Contexte Contexte géopolitique Edgar Faure décide de dissoudre l'Assemblée nationale pour disposer d'une majorité parlementaire forte afin de réaliser "l'indépendance dans l'interdépendance" au Maroc et consolider sa politique en Algérie, qui est contestée par les trois partis de gauche mais aussi par les gaullistes de centre-gauche. Les événements qui ont commencé en , date qui sera par la suite considérée comme le début de la guerre d'Algérie pèsent sur le climat politique français selon les historiens, d'autant qu'ils suivent de quelques mois la défaite de Dien Bien Phu, fin de la guerre d'Indochine.

Alors que le Front républicain mène combat "sans charte ni contrat" à partir d'une dissolution imprévue, "seuls la crise algérienne et l’accord personnel de ses dirigeants lui donnent quelque consistance"Castagnez, Noëlline. « Du Front populaire au Front républicain : étude comparée des relations de la SFIO avec son groupe parlementaire ». Les territoires du politique, édité par l'historien Jean Garrigues, Presses universitaires de Rennes, 2012 .

Contexte constitutionnel

Une modification du mode de scrutin est envisagée mais elle « divise fortement aussi bien le gouvernement que les parlementaires »Article par Eric Mandonnet le 18 avril 2022 dans L'Express le . Depuis 1946, c'est un scrutin proportionnel départemental, de liste, majoritaire à un tour. Depuis cinq ans, en plus d'être panachage et de vote préférentiel, il a lieu "avec apparentement", à la suite du vote de la Loi des apparentements juste avant les législatives de 1951, qui réduit le nombre de députés des oppositions.

Le président du conseil Edgard Faure veut en passer au scrutin d'arrondissement à un seul tour, qui risque d'amplifier encore cette déformation de la représentation nationale, en mobilisant une commission d'experts le recommandant, mais sont projet est battu à l'Assemblée le , même dans une version de scrutin d'arrondissement à deux tours"L'Assemblée nationale a repoussé le scrutin d'arrondissement à un, puis à deux tours", par André Ballet, le 1er novembre 1955 .

Edgar Faure est encore mis en minorité fin et dissout l’Assemblée le , ce qui déclenche la rédaction de l'appel au Front républicain, Mendès-France réservant la primeur de sa publication au magazine L'Express, fermement opposé aux guerres coloniales.

Contexte politique Au moment des élections, "le discrédit du régime est grand, non seulement à droite mais aussi dans les rangs de la gauche", divisée entre partisans et adversaires de la guerre en Algérie""Jacques Chirac sur la vague anti-Le Pen", par Patrick Jarreau, dans Le Monde le 30 mars 1997 . Ainsi, l'aile gauche du Parti radical menée par Pierre Mendès-France a obtenu et gagné le congrès extraordinaire de mai 1955, où Edgar Faure se retrouve minoritaire et contre qui tous les dirigeants radicaux prennent position à l'Assemblée nationale, amenant son exclusion le votée à une écrasante majorité19 voix pour l'exclusion, six pour le blâme et deux pour le refus de sanction.., ce qui sera confirmé en appel l’année suivante, une première pour un chef de gouvernement, en réaction à la dissolution de l'Assemblée nationale qu'Edgar Faure vient de suggérer au président René Coty. en la justifiant par l'échec d'un projet de réforme constitutionnelle visant à instituer le scrutin d'arrondissement au lieu du scrutin départemental.

C'est pour prendre de vitesse Pierre Mendès-France, porté vers un retour au pouvoir par la dynamique de ce congrès extraordinaire, qu'Edgar Faure avait demandé cette dissolution au président René Coty, la première depuis celle de Mac-Mahon en 1877.

Au même moment vient de se créer une force à l’extrême droite, anti-parlementariste et nationaliste, le poujadisme, créée par Pierre Poujade, surnommé "Poujadolf" en raison de ses déclarations antisémites contre Pierre Mendès-France, qui plus tard sera dissoute dans la droite par de Gaulle au moment où il trouvera l'appui du « peuple de gauche » face à un "adversaire à plusieurs visages, mais uni par la défense acharnée de l'Algérie française".

Contexte social Le contexte social a joué aussi, selon une analyse de l'historien Michel Margairaz publié en 2005 : les choix politiques de la gauche à l'époque ont été en partie opérés sous la contrainte du mouvement social car "en 1955, on assiste à de très grandes grèves". Résultats: une majorité très relative La campagne électorale s'est effectuée, concernant l'Algérie, autour du triptyque « cessez-le-feu, élections, négociations » ordre chronologique logique car les négociations doivent avoir lieu avec des interlocuteurs issus d’élections, qui elles-mêmes ne peuvent avoir lieu qu'après un cessez-le-feu, mais ce préalable va s'avérer difficile à mettre en œuvre. A peine plus d'un électeur sur quatre