Charles Camoin, né à Marseille le et mort à Paris le Base Léonore, est un peintre et graveur français rattaché au mouvement du fauvisme.
Biographie Les débuts Charles Camoin est le dernier d’une famille de quatre enfants, après Gustave, Élise et Jeanne. Son père, Joseph Camoin, dirige l’entreprise de peinture et décoration « Camoin Jeune », fondée en 1851 à Marseille, responsable de l’embellissement du théâtre du Gymnase ainsi que du palais Longchamp. Après la mort de leur père en 1885, les enfants sont mis sous la tutelle de leur oncle et habitent alternativement à Marseille et à Paris. Destiné au commerce, Camoin suit toutefois des cours de dessin à l’École des beaux-arts de Marseille dès 1895. Il reçoit l’année suivante un premier prix de figure qui le décide à poursuivre dans cette voie. En 1895, il habite avec sa mère boulevard de Clichy à ParisAndré Roussard, Dictionnaire des peintres à Montmartre, Paris, Éditions André Roussard, 1999, p.117..
En , Camoin s’inscrit à l’École des beaux-arts de Paris. Admis dans l’atelier de Gustave Moreau, il ne reçoit que brièvement l’enseignement du maître qui meurt en avril de la même année. Toutefois, c’est là qu’il rencontre ses condisciples Henri Matisse, Albert Marquet et Henri Manguin, élèves de cet atelier depuis déjà quelques années. , se souvient CamoinCité par J.P. Crespelle, Montmartre vivant, Paris, Hachette, 1964, p.92.). Après la mort de Gustave Moreau, l’atelier est repris par Fernand Cormon, dont l’enseignement est beaucoup plus académique que celui de Moreau. Tout comme ses camarades, Matisse, Manguin et Marquet, Camoin décide alors de quitter les Beaux-Arts et de s’inscrire dans un atelier libre, l’Académie Camillo, rue de la Grande-Chaumière à Paris. Avec eux, il va copier les maîtres au musée du Louvre, de la manière libre conseillée par Moreau. Surtout attiré par les grands coloristes, Camoin interprète Eugène Delacroix, Rubens mais aussi Jean-Honoré Fragonard, Antoine Watteau ou Jean-Auguste-Dominique Ingres… Dans la rue ou dans les cafés théâtres, il s’exerce à de rapides croquis pris sur le vif (par exemple Silhouette de femme, vers 1900, Paris, musée national d’art moderne), très proches de la caricature. Les peintures de cette période se caractérisent par un dessin très précis ainsi que par de forts contrastes. À l’instar de Matisse, Camoin a déjà fait évoluer sa palette vers des tonalités claires. Il a en effet dès cette époque connaissance des impressionnistes dont il a pu découvrir les œuvres au musée du Luxembourg, à la suite du legs Caillebotte ou dans les galeries parisiennes, chez Durand-Ruel, ou chez Ambroise Vollard, bien connu de Matisse et Marquet et qui expose alors des œuvres de Vincent van Gogh, Paul Gauguin et Paul Cézanne (une exposition Cézanne a lieu en ). De cette époque datent les premiers paysages, notamment des vues de Paris et d’Ile-de-France, qui témoignent d’une très grande proximité avec Matisse et Marquet, avec lesquels il partage les mêmes motifs (par exemple Le Bassin des Tuileries, vers 1902, musée des beaux-arts de Reims).
La rencontre avec Cézanne vignette|La Rue Bouterie à Marseille, 1904. Au mois de , alors que l’Exposition universelle s’achève à Paris, Camoin doit partir pour son service militaire qui dure alors trois ans.
De janvier à , il est affecté au d’infanterie dans la région d’Arles. Son service ne l’empêche pas de peindre, notamment sur les motifs de van Gogh (par exemple Le Pont de Langlois, 1901, collection particulière). En avril 1901, il rencontre le docteur Rey qui lui parle du portrait que van Gogh lui avait donné en 1889 à titre de souvenirLe docteur Rey, interne à l'époque à l'hôpital d'Arles, avait soigné van Gogh pour son oreille coupée.. Il le lui achète puis le met en dépôt chez un marchand de tableaux marseillais Molinard. Quelques semaines plus tard, l'œuvre n'ayant pas trouvé preneur est expédiée chez le correspondant parisien de Molinard, le marchand Ambroise Vollard qui trouve un acquéreur pour <ref>Le tableau porte alors le nom de Portrait d'homme sur châssis, buste de face légèrement orienté vers la droite, signé en rouge : (AVA, Bulletin des amis du vieil Arles, n°135).</ref>.
Alors que son régiment est à Aix-en-Provence en octobre 1901, Camoin ose se rendre un soir chez Cézanne, et sonner à la porte du rue Boulégon. Le vieux maître, adulé par la jeune génération d’artistes, est alors connu pour son caractère difficile. Mais Cézanne se prend de sympathie pour celui qu’il appelle « le vaillant marseillais » Carlo Camoin et l’invite régulièrement aux repas dominicaux en compagnie du poète Léo Larguier et de Louis Aurenche. Après le départ du régiment octobre 1901, les deux artistes échangent une correspondance régulière et Camoin lui rend plusieurs fois visite par la suite. Il montre au maître sa production récente, que celui-ci apprécie et encourage, et a le privilège de l’accompagner sur le motif. Cézanne envoie à Camoin des lettres paternelles et affectueuses dans lesquelles il lui délivre des conseils sur la manière d’aborder la peinture, notamment de se méfier de la mortification théorique, de considérer les maîtres du passé sans les pasticher, mais aussi, de se fier à ses « sensations » au contact de la nature.
La période fauve Rentré de sa période militaire en septembre 1903, Camoin s’installe à Paris. Dès cette époque il expose au Salon des indépendants, ainsi qu’au Salon d'automne et commence à être remarqué par la critique. Il se joint au groupe d’artistes alors réunis autour d'Henri Matisse : Henri Manguin, Albert Marquet et Jean Puy (rencontré à ce moment). Ils exposent ensemble, notamment dans la petite galerie de Berthe Weill, rue Victor Massé à Paris. Le Portrait d'Albert Marquet (1904, Montpellier, musée Fabre), témoigne de sa lecture de Cézanne notamment dans la manière très elliptique dont la figure est campée frontalement et restituée avec des moyens réduits : la couleur se limite à deux teintes et le fond uniforme.
Quand il n’est pas dans la capitale, Camoin sillonne son Midi natal, voyage en Italie. En 1904, il se rend à Rome, Naples et Capri, et en rapporte des paysages qui se caractérisent par une touche plus enlevée, plus large et expressive qu’auparavant. Contrairement aux impressionnistes, Camoin ne s’intéresse pas alors dans ses paysages à l’effet atmosphérique ou aux raffinements de la perception rétinienne mais plutôt à l’agencement des formes et des plans dans l’espace perspectif, mettant ici encore en application la leçon de Cézanne qui lui conseille de (Marseille, le vieux port aux tonneaux, 1904, ; Le Vieux-Port de Marseille, 1904, Le Havre, musée d'art moderne André-Malraux).
C’est l’époque des premiers succès. En 1904, l’État français lui achète deux paysages (Naples, le Vésuve vu de la Villa Capella, 1904, musée des Beaux-Arts de Draguignan, ). Il vient en tête des ventes chez Berthe Weill et Paul Signac, alors vice-président du Salon des indépendants, lui achète La Rue Bouterie (1904, collection particulière). En 1905, Camoin participe avec Matisse, Manguin, Marquet, André Derain et Maurice de Vlaminck à la salle VII du Salon d’automne de 1905, berceau du fauvisme, auquel il sera dorénavant rattaché. Ses paysages méditerranéens, notamment ses vues de Saint-Tropez (La Place aux herbes, 1905, Saint-Tropez, musée de l'Annonciade) où il vient de passer la saison d’été avec Manguin et Marquet, dégagent une luminosité alors propre au groupe des fauves. Toutefois Camoin ne met jamais en péril la cohésion de l’image peinte et ne transpose que rarement ses couleurs, contrairement à Matisse ou Derain au même moment. C’est dans ses figures qu’il est le plus proche de l’esthétique fauve, notamment dans l’évocation parfois provocante du monde des marges (La Saltimbanque au repos, 1905, musée d’art moderne de la ville de Paris). La femme lui inspire aussi des portraits particulièrement délicats et sensibles, où elle apparaît pensive et lointaine non sans rappeler certaines figures d'Édouard Manet ou d'Edgar Degas (La Petite Lina, 1907, Marseille, musée Cantini).
vignette|gauche|Le Pont Royal, 1905. Sur la butte Montmartre en 1906, il habite au rue Cortot. En avril 1908, Camoin tient sa première exposition particulière à la galerie du marchand d’origine allemande, Daniel-Henri Kahnweiler, qui deviendra par la suite le marchand de Georges Braque et de Pablo Picasso. Il entre alors en contrat avec le marchand allemand de Francfort, Ludwig Schames. Ce lien commercial précoce avec l’Allemagne explique sans doute que son œuvre soit alors connue des artistes expressionnistes allemands, notamment d’August Macke. Comme pour les autres artistes fauves, ses peintures circulent dans les expositions d’avant-garde européennes, au Salon de la Toison d’or à Moscou, à la Société Manès à Prague, au Salon de la Libre Esthétique à Bruxelles, à la Sonderbund de Cologne en 1912, ou encore à l'Armory Show à New York en 1913. En 1912, il signe un contrat avec la galerie Eugène Druet, qui est aussi le marchand d'Albert Marquet.
À partir de 1908, sa peinture évolue dans une veine plus expressionniste. Camoin réintroduit le noir dans sa palette. Moins attentive aux détails et à la structure, l’écriture colorée accorde une importance croissante à la gestualité de la touche. Certaines vues de Paris, de Montmartre notamment, portent ce même timbre mélancolique que celles contemporaines de Marquet dont il est resté très proche, comme de Matisse d’ailleurs (La Place de Clichy, 1910, Glasgow, Kelvingrove Art Gallery and Museum ; Le Moulin-Rouge aux fiacres, 1910, musée des beaux-arts de Menton). De cette période date sa liaison avec l'artiste peintre Émilie Charmy avec laquelle il se rend en Corse (Les Calanques de Piana, 1910, Sarrebruck, musée de la Sarre) et qui apparaît dans nombre de ses peintures. Durant cette période qui précède la Première Guerre mondiale, Camoin demeure fidèle à la veine coloriste inaugurée par le fauvisme et reste réfractaire au cubisme.
Tanger et l’autodafé À la suite de sa rupture avec Charmy, Camoin rejoint Matisse à Tanger où il passe la saison de l’hiver 1912-1913. Auprès de son ami, Camoin retrouve de l’ardeur au travail. Pourtant très admiratif d'Eugène Delacroix, dont il recopie des passages entiers du Journal, Camoin ne cède pas à la tentation orientaliste. C’est plus l’atmosphère du lieu qui l’intéresse. Il rapporte en effet du Maroc un ensemble de paysages (Plage à Tanger, 1913, Boulogne-Billancourt, musée des Années Trente) dans lesquels il renonce au noir pour évoluer vers une gamme de teintes beaucoup plus tendres, utilisées en transparence. Cette évolution se confirme à son retour, où il passe la saison dans le Midi entre Marseille, Cassis et Martigues. Une exposition particulière de soixante de ses peintures a lieu galerie Druet au début de l’année 1914. Mais en juin, Camoin détruit une grande partie des toiles se trouvant dans son atelier. Il les coupe en morceaux avant de les jeter. Elles sont récupérées et très vite revendues au marché aux puces. Par la suite, ces toiles réapparaîtront sur le marché et Camoin refusera d’en accepter la paternité. Il s’ensuivra un procès ainsi qu’une jurisprudence qui donnera raison au peintre et restera célèbre dans le cadre de la propriété intellectuelle.
La rupture de la guerre