Fromentine est un faubourg de la commune de La Barre-de-Monts, dans le département français de la Vendée. C'est à la fois une station balnéaire et un port d'embarquement pour l'île d'Yeu.
Géographie La localité, presque entièrement cernée par la forêt domaniale des Pays-de-Monts, est bordée au Nord par la baie de Bourgneuf et est relié au bourg chef-lieu distant d'environ à l'Est, par l'« avenue de l'Estacade ». La partie balnéaire du village située à l'Ouest, fait face à l'île de Noirmoutier dont elle est séparée par le détroit de Fromentine (ou « goulet de Fromentine ») que franchit le pont de Noirmoutier.
Toponymie
C'est au , dans un rapport que le marchand Ibrahim ibn Ya'qub rédige pour le calife Omeyade de Cordoue Al-Hakam II, que l'on trouve pour la première fois le mot de Furmantîna. Bien que la zone n'ait été peuplée que beaucoup plus tard, et qu'il fasse ici référence à l'île de Noirmoutier, il nous donne l'écriture originelle du motMohammed Arkoun, « La France vu par un voyageur arabe au Xe siècle » dans Histoire de l'Islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, 2006, page 44.
En 1704, on retrouve sur une carte de l'ingénieur Claude Masse, pour désigner le goulet séparant Noirmoutier du continent, l’appellation « rade de Formantine »Carte de l'île de Noirmoutier et de l'île de Bouin, Claude Masse, 1704. Le docteur Julien Rousseau avance que l'origine du nom pourrait venir de deux racines celtiques : For qui se traduit par lieu et Mantel qui se traduit par abrité. Cela paraît crédible du fait que la rade est en effet protégée des vents d'est par le continent et d'ouest par la pointe de la Fosse. L'origine celtique du mot pourrait s'expliquer par la présences des Pictons sur ce territoire.
L'hypothèse la plus souvent avancée concernant le nom de « Fromentine » est qu'il aurait été donné en référence au froment que l'on faisait pousser dans les plaines de Barbâtre et de La Barre-de-Monts, lequel s'exportait jusqu'à Nantes et à Bordeaux.
Histoire
C'est à l'aube du siècle dernier que cette station balnéaire s'est ouverte à l'urbanisation grâce à une série d’événements favorables.
thumb|Horaires de la ligne Challans-Fromentine|332x332px Avant le , l'espace de Fromentine n'est pas colonisé. C'est l'état français qui va céder au baron de Saint-Géniès une grande partie de l'actuelle station, en échange de l'octroi à ce dernier d'un fief dans la forêt domaniale des Pays-de-Monts, que l'on appelle encore « Parée du Baron ». Il mourra en 1890, et ses terres seront revendues à des entrepreneurs comme Léon Souhiard de Challans, ou Jean Cornu de Bouin.
C'est grâce à l'estacade, qu'on commence à installer de 1856 (d'abord une cale en pierre) et que l'on termine en 1859 (un ponton de bois), que les voyageurs vont commencer à affluer. L'arrivée de la Sophie Célestine à Fromentine, en 1868, premier bateau à vapeur destiné à la liaison vers l'île d'Yeu, est le second facteur déclencheur. Il devait au début partir du port de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, où il avait fait des essais, pendant trois mois, pour finalement venir s'amarrer à l'estacade de Fromentine, le de cette année, signant le renouveau des liaisons vers l'île d'Yeu à la future stationL'île d'Yeu, Maurice Esseul + http://www.compagnie-yeu-continent.fr/la-compagnie/historique-des-navires.
Enfin, l’évènement le plus important représente l'arrivée du chemin de fer à Fromentine le . Il s'agit d'une ligne à voie métrique en provenance de Challans concédée à la Société du chemin de fer sur route de Challans à Fromentine. Elle facilitera l'accès aux deux îles aux populations locales et plus tard aux touristes. La section Beauvoir-sur-Mer - Fromentine de cette liaison ferroviaire est intégrée en 1923, à la ligne Bourgneuf - Saint-Gilles-Croix-de-Vie (prolongée vers Les Sables-d'Olonne en 1925). La ligne est fermée le . À la gare de Fromentine, située en bout de ligne, existait une plaque tournante permettant de retourner les locomotives. Des témoignages avancent que le nom de « Fromentine » aurait été donné à ce moment-là par les voyageurs à ce que les anciens appelaient « Le débarcadère »Fiche Histoire N°12 " Le petit train de Fromentine ", Olivier Papineau + Témoignage M. Raffin.
Début du thumb|Gare de Fromentine début |gauche|256x256px C'est au début du que Fromentine connaît son grand développement, et toutes les conditions sont réunies pour qu'elle se transforme en vraie station balnéaire. Léon Souhiard, également chef d'exploitation de la ligne Challans-Fromentine, va construire les premières villas locatives, les « villas Souhiard », ainsi que la villa « La Brise » sur des terrains rachetés à la famille du baron de Saint-Geniès.
C'est l'arrivée également de la conserverie, l'usine Levêsque, en 1907 qui va attirer une nouvelle population sur cette côte. On y met en boîte les fruits de la pêche locale, sardine ou thon, mais aussi du céleri ou du chou lors de la morte saison pour la pêche. Les travailleurs sont principalement des femmes, originaires pour la plupart du marais Breton tout proche, mais également des saisonnières bretonnes venues sur la côte vendéenne.
On voit aussi la naissance des premiers hôtels : l'« hôtel de la Plage », construit en 1908, et l'« hôtel de Bretagne », dont la construction n'était pas terminée au début de la Première Guerre mondiale.
Première Guerre mondiale
On sait peu de choses sur Fromentine durant la Grande Guerre. Il existait une base aéronavale américaine appelée Naval air station Fromentine (NAS Fromentine), mais elle était située en fait à la Fosse, sur l'île de Noirmoutier, de l'autre côté du goulet de Fromentine. On peut tout de même noter que Franklin Delano Roosevelt, alors secrétaire adjoint à la Marine, est venu passer une nuit dans la villa « Les peupliers » le , alors qu'il venait passer en revue la NAS FromentineÉcomusée du Marais breton vendéen - Le Daviaud, Le marais breton d'une guerre (1914-1918) à l'autre (1939-1945), catalogue d'exposition, la Mothe-Achard, 2003, p.34-45 + http://www.history.navy.mil/download/ww1-08.pdf.
1915 voit l'installation d'un feu à Fromentine (phare de 10 m avec une portée de 13 milles). Il était initialement destiné à la Pointe du Raz, mais a été installé dans un premier temps sur une estacade à Saint-Nazaire. Il sert principalement à guider les bateaux dans le goulet.
L'entre-deux-guerres
Comme évoqué plus haut, la mode des bains de mer était devenue très populaire, et ce sont les années d'entre-guerres qui ont été les plus fructueuses pour le développement de la station. La famille du baron de Saint-Geniès vend sa maison en 1927, qui devient l'hôtel de l'Océan. Ils vendent également le reste des terres du baron à trois lotisseurs, M. Bastard, huissier de justice à Beauvoir, M. Cornu de Bouin ou encore Cultien, agriculteur de la Rousselière.
L'entreprise de Jean Cornu aurait été la plus prolifique et aurait employé jusqu'à 140 salariés, il est le constructeur de la plupart des villas du remblai. On rapporte que presque toutes les parcelles des villas avaient été vendues avant la mobilisation de . Il a ensuite fallu plus de dix ans pour qu'une activité immobilière reprenneArchives de Vendée + Dossiers N°96-103 de l'étude du patrimoine de la communauté de communes du canton de Saint-Jean-de-Monts + Témoignages Anne-Marie et M. Riffier.
Seconde Guerre mondiale thumb|"Les 4 as" thumb|Épaves (2018)
Sous l'occupation allemande, comme toute localité de la côte Atlantique, Fromentine est compris dans le système défensif du mur de l'Atlantique. La villa « Les peupliers » aurait à ce moment-là servi de quartier général aux allemands qui surveillaient de très près l'île de Noirmoutier, qui apparaissait comme un point parfait pour le débarquement des alliés, dont les troupes auraient pu transiter sur le continent par le passage du GoisTémoignage MM Raffin et Boisbrun.
Le , voit le lancement de l' qui vise à détruire tous les bâtiments de la Kriegsmarine sur la côte atlantique française. C'est dans ce contexte que quatre dragueurs de mines allemands (M366, M367, M428 et M438), appelés les « Quatre As », quittent le port de Saint-Nazaire dans la nuit du 7 au pour se rendre à La Rochelle avant de rallier l'Allemagne. Prévenus d'une patrouille alliée alors qu'ils étaient aux abords de l'île de Noirmoutier, ils décident de mouiller dans le goulet de Fromentine en espérant être cachés. En fin de journée, ils sont surpris par la marée basse et se retrouvent dans l'incapacité de faire face aux 24 chasseurs bombardiers Beaufighters de l'escadron canadiens les Buffaloes"Les Grands Naufrages de l'estuaire, E. Boutin, p. 232 et suivantes. Deux bateaux prennent feu et se couchent sur le côté, deux autres coulent debout, en eaux peu profondes. Le bilan fait état de 30 morts et 60 blessés.Huit jours après cette attaque les canadiens croyant les deux navires posés sur le fond, intacts les bombardent à nouveau. Une troisième attaque finit d'achever complètement les épaves.
Deux des épaves ont été dépecées de 1956 à 1958, les deux autres sont encore visibles à marée basse dans le goulet.
L'après-guerre thumb|189x189px|Pont de Noirmoutier L'un des points les plus importants de l'après-guerre est la fin de la ligne de chemin de fer vers Challans, qui avait déjà été rachetée par le département en 1914. Le , le petit train à vapeur s'arrête de circuler et est remplacé par l'autocar, qui est plus économique.
On voit par contre l'aboutissement d'un projet né en 1927 : les trois lotisseurs les plus importants de Fromentine avaient laissé à la paroisse de La Barre-de-Monts une parcelle pour construire une chapelle. C'est en 1946 que l'abbé Baudry lance le financement de cette chapelle. Les travaux commencent en 1950, et la première pierre est posée par l'évêque de Luçon. Elle sera terminée en 1952, et une cloche fondue à Annecy y sera installée en 1954.
En , la conserverie, alors aux mains de M. Gauduchon depuis 1929, cesse de fonctionner par décision du maire de La Barre-de-Monts. Les raisons évoquées sont des plaintes des riverains les plus proches, ainsi qu'une pollution de la plage et des alentours. Elle est détruite en 1976.
Le dernier événement d'importance est la construction du pont de Noirmoutier reliant Fromentine à la pointe de la Fosse, sur la commune de Barbâtre. Une liaison se faisait auparavant par bateau à passager reliant les deux estacades. Le pont est l'alternative la plus simple au passage du Gois, et permet en plus un passage conséquent de touristes venant visiter Noirmoutier à Fromentine. Il est payant jusqu'en 1994. Les prix sont de 8 francs pour les continentaux, 6 francs pour les Vendéens, et 3 francs pour les locaux.
L'urbanisation de Fromentine s'est terminée dans les années 1990 lorsque les dernières parcelles de terre ont été exploitées.
Économie
Fromentine est l'un des ports d'embarquement à destination de l'île d'Yeu. Cette fonction fournit au village une part importante de son activité économique. Cette liaison maritime a été instaurée en à la suite d'une décision du conseil général de Vendée.
Deux compagnies assurent ce service : la Compagnie Yeu Continent et la Compagnie Vendéenne. La première étant publique et la seconde privée : La Compagnie Yeu Continent dispose aujourd'hui d'une flotte de trois navires : un caboteur mixte, l’Insula Oya II (de 1982 a 2023) et l’Insula oya lll depuis 2023, ainsi que deux catamarans à grande vitesse, le Pont d'Yeu et le Châtelet (depuis 2006). La traversée dure environ 70 minutes pour l’Insula oya ll ... contre 60 minutes pour l'Insula oya lll, et 30 minutes pour les deux seconds. La Compagnie Vendéenne dispose également d'une flotte de trois navires, dont deux qui assurent la liaison depuis Fromentine : le Port Fromentine (depuis 2005, qui assure aussi la liaison au départ du port de Saint-Gilles-Croix-de-Vie) et le Saint-Sauveur (depuis 2008). La traversée depuis Fromentine dure 45 minutes.