Orania est une ville d'Afrique du Sud située dans la province du Cap-du-Nord, dans la région du désert du Karoo.
Fondée à partir d'une petite concession abandonnée d'une dizaine de maisons répartie sur , elle a été rachetée au gouvernement sud-africain par Carel Boshoff en 1990, au moment où le gouvernement de Frederik de Klerk entamait des négociations constitutionnelles avec le Congrès national africain afin d'abroger les dernières lois d'apartheid encore en vigueur. Orania devait constituer l'embryon du Volkstaat, un État pour les Afrikaners et est habitée actuellement par une population uniquement blanche et membre de l'une des églises réformées hollandaises.
Administrativement enclavée dans la municipalité de Thembelihle, Orania est l'héritière de mouvements autonomistes boers comme les Oranjewerkers qui avaient envisagé de créer dans les années 1980 une communauté autonome à Morgenzon dans le Transvaal. Le terrain sur lequel est située Orania ( en 2018 Orania Sensus 2018) est toujours la propriété de la société privée qui fut à l'origine de la création de la communauté en 1991« Orania : le rêve d’un État afrikaner où “les Noirs n’ont pas à venir” », L'Humanité, 30 janvier 1998..
En étant une commune libre d'accès, et non un quartier fermé, Orania se distingue de Kleinfontein, située près de Pretoria.
Localisation et agencement de la ville thumb|left|Orania en Afrique du Sud. Orania est située sur la route provinciale R 369 entre Hopetown et Petrusville dans la région du Grand Karoo à l’extrême est de la province du Cap-Nord. Elle longe la rive gauche du fleuve Orange, lequel forme à cet endroit la frontière administrative avec la province de l'État-Libre. Elle est située près de champs de bataille de la seconde guerre des Boers, notamment de l'Orange River Station, l'un des premiers camps de concentration mis en place par les Britanniques, en 1901, où moururent de faim et de maladie des femmes et des enfants boers« Les Afrikaners se cherchent un nouveau destin », Courrier international n°669 (2003), traduction de l'article original Article du Guardian du 6 mai 2003 signé Christopher Hope et intitulé « Great white hope ».
Orania se distingue entre un quartier riche (Grootdorp) et un quartier moins riche (downtown Kleingeluk). Les habitants de ce quartier sont souvent ceux appelés à effectuer les travaux qui autrefois étaient réservés aux noirs (black jobs).
Dans sa partie résidentielle, Orania comprend des rues dont les noms évoquent des pierres précieuses qui ornent les fondations de la nouvelle Jérusalem dans l’Apocalypse de saint Jean. (21, 19-21) : jaspis (jaspe en afrikaans), saffier (saphir), agaat (agate ; calcédoine), smarag (émeraude), sardoniks (sardoine), beril (béryl), topaas (topaze), ametis (améthyste), oniks (onyx), robyn (corindon), pêrels (perles), diamant (diamant)Voir le plan des rues d'Orania sur openstreetmap : https://www.openstreetmap.org/#map=16/-29.8143/24.4101.
Au contraire de Kleinfontein, son équivalente près de Pretoria, Orania est accessible sans avoir besoin de passer par des portails gardés.
Démographie À fin 2016, Orania compte environ afrikaners., c'est-à-dire des Philippe Gervais-Lambony, La nouvelle Afrique du Sud, Problèmes politiques et sociaux 810, dossiers d'actualité mondiale, La Documentation française, , 9. Les visiteurs sont accueillis dès l'entrée de la ville par un panneau explicite Orania - Afrikanertuiste signifiant « Foyer afrikaner ».
thumb|right|Estimation de l'évolution temporelle de la population d'Orania.
Rien dans les statuts d'Orania n'interdit aux Coloured en général et aux métis du Cap en particulier, qui partagent la même culture et langue maternelle que les Afrikaners, de résider à Orania. Toute nouvelle demande d'installation à Orania se fait par cooptation réalisée par un comité consultatif dépendant de la mairieUne petite enclave blanche sud-africaine va lancer son bitcoin, La voix de l'Amérique, 17 juillet 2017. En 2004, lors d'une conférence à Bloemfontein, Manie Opperman déclarait que . Les habitants de la ville font généralement d'ailleurs comprendre qu'ils ne veulent pas de résidents qui ne soient pas afrikaners à Orania, ce qui ne les empêche pas de recevoir les fermiers locaux noirs qui viennent s'approvisionner à Orania. Quelques incidents localisés ont cependant eu lieu, notamment quand le maire noir d'une commune voisine, venu en visite à Orania, se fit apostropher et pourchasser par un fermier autour de la ville. Si l'identité des Oraniens est intimement liée à l'histoire et aux vicissitudes des Afrikaners, ces mêmes résidents justifient aussi leur choix de s'établir à Orania par l'insécurité qui sévit en Afrique du Sud. En 2011, 97 % des habitants d'Orania étaient classés comme Blancs par le recensement sud-africainrecensement de 2011.
Pour Carel Boshoff, . Selon le fondateur d'Orania, celle-ci . Il admet cependant être déçu que, sur le plan quantitatif, la progression de la population d'Orania ait été plus faible que ses prévisions. Pour son fils, Carel Boshoff II, député du Front de la liberté au Parlement provincial, les habitants d'Orania .
+ Évolution démographique de Orania Année Recensements officielsRecensements internesEstimations Croissance annuelle 2001 481 2004 500 à 600 AFP, 10 years on, Orania fades away, article du site d'informations sud-africain News24.com, en date du . 2011 892Le recensement de 2011 dénombre officiellement blancs, 17 coloureds et noirs pour la commune d'Orania. + 6,37 % 2012 941 + 5,49 % 2013 965 + 2,55 % 2014 Sosio-ekonomiese opname – Orania sensus 2014, archive en ligne + 12,44 % 2016 1305 + 18,81 % 2017 1422. à . + 11,53 % 2018 1602 + 10,34 % 2019 1773. + 6,25 % 20202066.20212377.202225652500Orania, en Afrique du Sud, une ville entièrement blanche, survivance de l’apartheid, le 24 août 2022 sur Le Monde.fr2023287420243025.
Langue L'afrikaans est la langue maternelle des Afrikaners et des Coloured. C'est la principale des langues officielles des provinces du Cap-Occidental et du Cap-Nord. Elle est la seule langue officielle de la ville et est la langue maternelle de 98,41 % des habitants d'Orania. L'anglais est enseigné à l'école comme une langue étrangère mais le niveau est médiocre.
C'est dans le contexte du débat animé sur la défense de la culture afrikaans et de la recomposition de l'identité afrikaner qu'en février 2007, Orania accueillit un concert du chanteur Bok van Blerk, auteur du tube afrikaans De la Rey, consacré au général boer Koos de la Rey.
Historique thumb|Le buste de Paul Kruger sur une colline d'Orania. Durant les années 1970 et 1980, au moment où la politique d'apartheid est de plus en plus contestée et que, depuis les émeutes de Soweto, une flambée de violence secoue les townships du pays, plusieurs partis et groupements afrikaners comme Die Herstigte Nasionale Party, le parti conservateur d'Afrique du Sud, Aksie Eie Toekoms, le Boerestaat Party, Die Afrikaner Volkswag, Die Oranje Werkers commencèrent à réclamer de leur côté la création d'un État ethnique sur le modèle constitutionnel des anciennes républiques boers du Exploration ethno-historique à Orania. Tandis que ces mouvements se disputaient sur la taille et la localisation de cet État ethnique, la « fondation pour la libération des Afrikaners » (Afrikaner Vryheidstigting) de Carel Boshoff, théologien, ancien président de l'Afrikaner Broederbond et beau-fils de l'ancien Premier ministre Hendrik Verwoerd, faisait racheter au gouvernement sud-africain, par une compagnie privée (Orania Management Services), une ancienne concession abandonnée, située à Vluytjeskraal, au prix de . Orania disposait alors d'une petite dizaine de maisons, de boutiques, d'un hôpital, d'une station électrique et d'une station de pompage. Les infrastructures avaient été édifiées par le département des eaux lors de l'aménagement des rives du fleuve Orange. En 1991, l'achat de deux autres fermes voisines, Biesiesbult et Nooitgedacht, permet par la suite d'agrandir la superficie d'Orania à .
La fondation d'Orania intervient dans un contexte historique marqué la libération de prison de Nelson Mandela par le gouvernement sud-africain, la légalisation de l'ANC et le début de négociations institutionnelles visant à mettre fin au régime d'apartheid et à procéder aux premières élections multiraciales. C'est dans ce contexte, en décembre 1990, que Boshoff et afrikaners s'installent à Orania, censée constituer un embryon de Volkstaat, une micro république boer en plein désert du Karoo.
En avril 1991, les premières maisons restaurées sont mises en vente puis un premier conseil communal est instauré sous l'autorité du maire, Andre van den Berg, pour gérer la ville.
left|thumb|Nelson Mandela, président d'Afrique du Sud, rend visite à Betsie Verwoerd et à Carel Boshoff à Orania en 1995.
Lors des élections générales du , les résidents de la commune portèrent leur voix sur le front de la liberté pour les représenter au conseil provincial du Cap-du-Nord. Avec 5,97 % des suffrages, le front de la liberté obtient alors son meilleur score provincial et un siège au sein du gouvernement local. Orania et la région environnante du fleuve Orange devient alors l'une des 3 régions, au côté de Pretoria et Phalaborwa, que le conseil du Volkstaat mis en place par le nouveau gouvernement sud-africain en 1994, identifie comme étant à majorité afrikaner ou offrant les meilleures potentialités pour parvenir à une majorité de population afrikaner, article de Richard A. Griggs, maitre de conférences à l'Université du Cap, paru sur le site du Center for World Indigenous Studies.
En 1995, la visite à Orania du président sud-africain Nelson Mandela, où il prend le thé avec Betsie Verwoerd, la veuve d'Hendrik Verwoerd, qui fut le chef du gouvernement sud-africain lors de sa mise en détention en 1963, légitime le projet de Volkstaat à Orania, défendu au Parlement par Constand Viljoen et le Front de la liberté. Ainsi, les édiles de la ville refusent d'intégrer Orania avec Hopetown et Strydenburg au sein d'une même municipalité lors de la réforme des gouvernements locaux.
En 2000, un jugement de la Haute Cour de Kimberley refuse de trancher et enjoint au gouvernement et aux résidents d'Orania de reprendre des négociations pour transiger sur le statut de la ville. Dans leur argumentation, les Afrikaners assimilent la déclaration du ministre des affaires provinciales et du développement constitutionnel, Valli Moosa, le , selon lequel les objectifs d'autonomies territoriales, ethniques et linguistiques du Front de la liberté et des Afrikaners étaient légitimes notamment au regard de la constitution et de la déclaration des droits, à la déclaration Balfour..
En avril 2004, Orania lance sa propre devise monétaire, l’Ora. Le village est à son apogée démographique et revendique un millier d'habitants..
thumb|Maison avec chaudière solaire.
En novembre 2005, Orania est le centre d'une conférence sur le droit des Afrikaners à l'auto-détermination en Afrique du Sud à laquelle participe plusieurs intellectuels sud-africains comme Frederik van Zyl Slabbert, ancien chef de l'opposition parlementaire progressiste anti-apartheid au début des années 1980, l'ancien recteur de l'université d'Afrique du Sud, Marinus Wiechers ou l'homme d'affaires (issu de la communauté des coulored, les métis du Cap), Jakes Gerwel. Si la majorité de l'assistance se déclare hostile au principe de séparation territoriale avec l'Afrique du Sud, les participants proposent des solutions alternatives au Volkstaat et réaffirment leur soutien au principe d'autonomie et de libre auto-détermination des peuples composant l'Afrique du Sud..
En 2006, le centre commercial Saamstaan, de , est inauguréNuwe winkelsentrum vandag in Orania geopen, Volksblad, 13 juin 2006.