Les maquis de l'Ain et du Haut-Jura sont des groupes de résistants français et étrangers qui ont opéré et trouvé refuge dans les montagnes et forêts du Bugey et du Haut-Jura durant la Seconde Guerre mondiale.
Ces groupes ont commencé à se former dès le début de l'année 1943, où l'impopularité à l'encontre du régime de Vichy s'accroît en raison de la réquisition forcée d'ouvriers pour le service du travail obligatoire. L'organisation sous forme de camp est l'œuvre de Henri Romans-Petit qui répartit ces personnes dans différentes fermes isolées sur les reliefs du Haut-Bugey. Une organisation militaire est mise en place, notamment grâce à la création d'une école des cadres à Montgriffon, en .
Plusieurs actions notables sont menées au cours de l'histoire du maquis. Les premières d'envergure sont les prises des dépôts d'intendance des Chantiers de la jeunesse à Artemare puis l'intendance de l'Armée à Bourg-en-Bresse en . Le fait marquant du maquis de l'Ain et du Haut-Jura est l'organisation d'un défilé le 11 novembre 1943 à Oyonnax par une troupe d'environ deux cents maquisards, le jour marquant l'anniversaire de l'armistice de 1918. L'événement est rapporté dans la presse clandestine ainsi qu'à la radio de Londres, offrant à la Résistance une existence concrète aux yeux de la population française et aux Alliés.
Considérés comme des terroristes, ces groupes sont la cible d'une forte répression. Dans un premier temps, l'objectif de destruction du maquis est confié aux forces de Vichy : des opérations ponctuelles et ciblées ont lieu régulièrement. Dans un second temps, à partir de la fin de l'année 1943, devant la montée en puissance du maquis, la Wehrmacht tente d'anéantir les camps de maquisards. Plusieurs opérations sont menées par les Allemands en février, avril et . Malgré les pertes humaines et matérielles, la résistance se maintient et des sabotages ont lieu sur les axes de communications routiers et ferroviaires pour ralentir l'avancée des convois allemands. Le département de l'Ain se libère en , mettant fin à la lutte armée des maquisards du département.
Histoire
Création du maquis
Débuts de la résistance dans l'Ain
vignette|gauche|alt=Carte de la France avec ligne de démarcation durant l'occupation.|La ligne de démarcation durant l'occupation.
L'occupation de la France par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale entraîne la découpe du territoire français en deux parties soumises à deux législations différentes. Entre les mois de et , le département de l'Ain est inclus dans la zone libre soumise au Régime de Vichy., sauf le Pays de Gex qui fait partie de la zone interdite. Des lois sont mises en place dès le pour placer les dans des camps d'internement français. Les persécutions s'intensifiant vers la fin de l'année 1942, une partie de la population décide d'assister les victimes de ces persécutions et forme les premiers groupes de résistance civile.
Dès 1941, des élèves du lycée Lalande à Bourg-en-Bresse s'unissent pour tenter de s'opposer au Régime de Vichy.. En octobre, ils forment un groupe de six personnes dont les actions sont la distribution de tracts et de journaux clandestins.. D'autres élèves rejoignent l'organisation qui comptera jusqu'à trente membres à la fin de l'année. Le mouvement s'élargit grâce aux internes qui créent des groupes dans leurs communes d'origine Pont-de-Vaux, Nantua, Bellegarde-sur-Valserine, Oyonnax et Belley. Le groupe acquiert le nom de « Forces unies de la jeunesse » en .
vignette|alt=Plaque commémorant la médaille de la Résistance décernée au lycée Lalande|Plaque commémorant la médaille de la Résistance décernée au lycée Lalande.
Dans un même temps, l'occupant met en place la Relève, dont le but est d'envoyer des travailleurs français en Allemagne participer à l'effort de guerre du Reich, en échange de la promesse de libérations de prisonniers de guerre. Cette main d'œuvre est constituée de volontaires, auxquels on a promis un bon salaire et une bonne nourriture. À partir de la fin de l'année 1943, cette participation volontaire est remplacée par un , couramment abrégé . Pour y échapper, de nombreux réfractaires décident de se cacher..
Fin 1941, Henri Petit est engagé dans le réseau Espoir à Saint-Étienne. Lors de la fête de Noël, un résistant indépendant, Marcel Demia, maraîcher-horticulteur de la commune d'Ambérieu-en-Bugey, s'y rend pour visiter ses parents. Les deux hommes se rencontrent et échangent leurs points de vue sur la situation. Leur engagement commun incite Henri Petit à découvrir l'organisation de la Résistance dans le département de l'Ain. Marcel Demia lui parle des jeunes réfractaires qu'il a placés dans des fermes isolées et des difficultés qu'il rencontre dans son organisation. Henri Petit arrive dans l'Ain à la fin de l'année 1942. et commence à aider les réfractaires du à trouver refuge chez des habitants locaux. Il les incite également à trouver un travail.
Mise en place des camps
vignette|alt=Vue des Pézières et des fermes des Gorges sur les reliefs du Bugey.|Aux Pézières, la route pour Malaval, Colognat et les fermes des Gorges. vignette|Le mont de l'Avocat vue d'Aranc.
À la fin de l'année 1942, des réfractaires au sont cachés par groupe de deux ou trois autour des villages d'Aranc, de Montgriffon et de Corlier. À Montgriffon, en , le nombre de réfractaires augmente dans la ferme des Gorges jusqu'à compter une vingtaine de membres. Cette ferme abandonnée et isolée est située au fond d'un ravin, à proximité immédiate d'un grand pré en pente et d'un ruisseau.. Le hameau le plus proche est celui de Résinand. L'organisation d'encadrement et d'instruction militaire mise en place dans ce camp, pourtant moins peuplé que d'autres camps-refuges, en fait le premier camp de maquis.
Pour organiser ce premier camp de maquis du département de l'Ain et gérer l'arrivée de nouveaux réfractaires, les responsables départementaux de l'Armée secrète cherchent un responsable militaire par le biais de René Greusard. Aucun des officiers démobilisés des différents régiments du département et aucun responsable local de l'Armée secrète ne se manifeste pour effectuer cette mission. Il est fait appel au directoire régional des Mouvements unis de la Résistance et une réunion tenue en 1943 au Café français à Bourg-en-Bresse confirme Henri Romans-Petit comme responsable du maquis de l'Ain et du Haut-Jura.
En , sur le mont de l'Avocat près de la commune d'Izenave, Pierre Marcault rassemble des réfractaires au et quelques volontaires originaires des communes de Villereversure et Bourg-en-Bresse. Les abris sont sommaires et composés de quelques tôles ondulées récupérées près des exploitations agricoles de la région ainsi que de branchages. Ce camp est surnommé « Bir-Hakeim » et devient également le refuge de quatre républicains espagnols travaillant dans une exploitation agricole. Le ravitaillement est assuré par les paysans d'Izenave et les habitant la commune de Corlier.
La nuit du 9 au , aux granges de Faysse entre Aranc et Boyeux-Saint-Jérôme, Henri Romans-Petit organise la première réunion avec la vingtaine de personnes regroupées sur le mont de l'Avocat, dans l'objectif d'organiser le maquis. Ce lieu est désigné pour être le dépôt de vêtements et de vivres. Il craint un découragement de leur part et les place dans la ferme des Gorges, suivant les conseils de Marius Chavant, adjoint au maire de la commune de Montgriffon.. Celle-ci à l'avantage d'être un emplacement géographique favorable à la mise en place de stratégies d'attaques.. Manquant de moyens financiers pour l'achat de nourriture, il laisse les autres ayant un travail se loger chez des cultivateurs ou des artisans tout en restant en contact avec eux.
Développement du maquis
Formation des maquisards
vignette|alt=Portrait d'Henri Romans-Petit.|Portrait d'Henri Romans-Petit.
En , Henri Romans-Petit crée une école de cadres à la ferme des Gorges près de Montgriffon. C'est la première structure de la région destinée à former les maquisards. Elle est assurée par Pierre Marcault. et a pour but de former les différents chefs des maquis.. Le souhait d'Henri Romans-Petit est de recruter des officiers et des sous-officiers de l'Armée d'armistice démobilisés pour encadrer les camps. Les candidatures sont rares, les maquisards ayant une réputation de terroristes.
Le , de nombreux résistants se regroupent à la ferme de Terment pour célébrer la fête nationale malgré l'interdiction du Régime de Vichy. Les premiers groupes de maquis sont ainsi constitués et les promus de l'école des cadres répartis dans différents camps à Granges, Cize, Chougeat, Corlier et le Retord. Il s'agit de Pierre Marcault, Jean Vaudan, puis, plus tard, au mois d', le lieutenant Henri Girousse et l'aspirant Noël Perrotot qui sont des officiers d'active. L'école des cadres est fermée à la fin du mois de , mais Pierre Marcault continue l'instruction au camp de Morez dont il a la charge.
vignette|Organisation géographique de la Résistance française.|alt=Carte de l'organisation géographique de la Résistance française.
Henri Romans-Petit devient rapidement le meneur de l'organisation du maquis et organise les différents camps en limitant le nombre d'occupants à soixante hommes.. Le sous-chef régional de l'Armée secrète, Albert Chambonnet, ainsi que le président du directoire départemental des Mouvements unis de la Résistance, René Greusard décident, lors d'une réunion au Buffet de la gare de Bourg-en-Bresse au mois d', de conforter Henri Romans-Petit comme responsable des maquis de l'Ain. Il lui est confié la tâche de placer sous son autorité les camps de réfractaires qui se sont formés spontanément dans le département.
En , pour gérer le flux des nouveaux arrivants et tenter de démasquer d'éventuels infiltrés, les nouvelles recrues sont reçues dans le camp du Mont près de Nantua, un centre dit de triage placé sous l'autorité de Gabriel Even. À partir de sa création, tous les candidats au maquis passent par le centre de triage. Les objectifs sont d'empêcher l'infiltration de miliciens dans les camps du maquis et de ne retenir que les hommes dont les capacités physiques et mentales sont suffisantes. Après validation de tests physiques et des interrogatoires, les hommes sélectionnés sont dirigés dans les divers camps du département.
Les cadres répartissent leurs tâches à l'instruction des jeunes, qui dure un mois et doit leur permettre de s'adapter à la vie du maquis, mais également à la garde des camps. Des patrouilles sont organisées jour et nuit dans un rayon de trois kilomètres autour des fermes. Elles permettent de prévenir le camp en cas d'attaque inopinée. D'autres hommes sont placés en embuscade.
Premières actions des maquisards
vignette|alt=Insigne des Chantiers de la jeunesse française.|Insigne des CJF d'Artemare.
Les premiers groupes de maquis sont très peu armés. Une part de l'armement provient du mouvement Résistance-Fer qui reçoit de la part de l'armée britannique dès le , des stocks d'explosifs et d'armes. Le groupe n'ayant besoin que d'explosifs pour réaliser leurs actions, les armes sont mises à la disposition des résistants de l'Ain. Les premiers parachutages de vivres et d'armes destinés au maquis arrivent dès le début de l'année 1943.
Les premières actions des maquisards consistent en une aide apportée notamment aux populations locales ou aux résistants, quelques engagements armés mais également différents sabotages contre l'occupant nazi. Ces actions permettent une reconnaissance par les populations et un accroissement du recrutement. Henri Romans-Petit et ses cadres mettent en place un emploi du temps précis où les rôles sont clairement définis. Outre les tours de garde et l'instruction militaire, les exercices physiques quotidiens permettent de maintenir les hommes en alerte.