(en grec ancien : ), né en , mort assassiné en , est un roi de Macédoine de la dynastie des Argéades qui règne entre et . Il est le père d'Alexandre le Grand. Promoteur de profondes réformes politiques et militaires qui ont permis l'émergence de la Macédoine, il soumet les cités grecques, dont Athènes et Thèbes, et prépare l'expédition contre les Perses qu'Alexandre dirige après sa mort.

Philippe succède à son frère aîné en , d'abord en tant que régent de son neveu qu'il évince rapidement du pouvoir en se faisant proclamer roi vers . Durant les premières années de son règne, il lutte victorieusement contre les Illyriens, élimine des prétendants soutenus par Athènes et annexe les principautés de Haute-Macédoine. Il se lance ensuite dans une politique de conquête avec notamment la prise d'Amphipolis qui éloigne les Athéniens des côtes de la Macédoine. Vainqueur des Phocidiens durant la troisième guerre sacrée en , il devient magistrat suprême de la ligue thessalienne et prend la place des Phocidiens à l'amphictyonie de Delphes. En -, il défait la ligue chalcidienne, son dernier rival au nord de la Grèce. Ayant pour ambition de libérer les cités grecques d'Anatolie de la domination perse, Philippe consolide sa frontière septentrionale par la conquête de la Thrace jusqu'au Danube.

Cette politique expansionniste suscite l'hostilité grandissante des Athéniens sous la conduite de Démosthène, rédacteur des Philippiques dans lesquelles il exhorte ses compatriotes à lutter contre les Macédoniens. La quatrième guerre sacrée qui éclate en voit la victoire de Philippe à la bataille de Chéronée sur une coalition réunissant les Athéniens et les Thébains. Il profite de cette victoire éclatante pour fonder la Ligue de Corinthe afin de réaliser l'unité des Grecs face aux Perses. En , alors qu'il s'apprête à rejoindre le corps expéditionnaire installé en Asie Mineure, il est assassiné à Aigai par Pausanias d'Orestide, son propre garde du corps, dans des conditions non élucidées.

Sous le règne de Philippe, le royaume de Macédoine triple sa superficie et connaît une réforme de ses institutions, avec la création de quatre grandes régions administratives, et de son armée, avec la création de la phalange de porteurs de sarisses. Le royaume connaît par ailleurs un formidable développement artistique comme en témoignent les tombes royales d'Aigai, dont celle de Philippe. Il est considéré comme le fondateur de la puissance macédonienne qui perdure jusqu'au début du

Règne Naissance et jeunesse Philippe est l'un des trois fils du roi et d'Eurydice. Devenue veuve, cette dernière cherche à l'exclure du pouvoirAlexandre Casanova, « », dans .. Par son ancêtre légendaire Caranos, fondateur de la dynastie argéade, il prétend descendre d'Héraclès. Cette tradition est notamment rapportée par Isocrate dans son Discours à Philippe, ou de façon postérieure par Plutarque dans la Vie d'Alexandre.

À la mort de son père vers 370-369 , c'est son frère aîné qui est proclamé roi de Macédoine. Menacé par les Illyriens, il finit par les vaincre grâce à l'aide des Athéniens. Mais il intervient ensuite dans un conflit en Thessalie, ce qui provoque une réaction hostile des Thébains, qui le contraint à abandonner l'alliance athénienne à leur profit. Cette alliance est scellée par l'envoi de plusieurs otages : en 369-368, alors âgé de , Philippe est envoyé en otage à Thèbes sous la conduite de Pélopidas. Bien traité par son hôte, Pamménès, il y aurait appris l'art de la guerre en observant Épaminondas, le vainqueur des batailles de Leuctres et de Mantinée. Il y reste pendant trois années, ou jusqu'à la troisième année selon la traduction faite du terme trienno utilisé par Justin, soit jusqu'en 367, 366 ou 365. Il rentre en Macédoine après la mort de son frère , assassiné sur l'ordre de leur beau-frère, Ptolémée. succède à mais ne récupère complètement la couronne qu'après la mort de Ptolémée, qu'il fait vraisemblablement assassiner en 366 ou 365.

Prise du pouvoir vignette|redresse=1.5|Tétradrachme de avec au droit une tête de Zeus et au revers Philippe à cheval.

En La date de est aussi avancée., trouve la mort en combattant les Illyriens. Philippe est alors proclamé par l'Assemblée des Macédoniens régent et tuteur de son jeune neveu, . Il épouse la veuve de Perdiccas, Phila d'Élimée, conformément à la coutume.

Philippe doit affronter une situation difficile puisque la survie du royaume de Macédoine est directement menacée par les Illyriens. En outre, les Péoniens et les Odryses de Thrace, profitant de l'anéantissement de l'armée macédonienne, envahissent les régions orientales de la Macédoine. Enfin, les Athéniens soutiennent le prétendant , qui a déjà tenté de prendre le pouvoir au cours du règne de , et débarquent à Méthone en Piérie. Usant de diplomatie, Philippe repousse la menace des Péoniens et des Thraces en leur promettant de payer un tribut. Puis, il défait les hoplites athéniens qui ont rejoint l'armée d'Argaios, lequel est exécuté après la bataille. Philippe doit néanmoins se résoudre à épouser Audata, la fille de Bardylis, le roi des Illyriens. Il conclut également un traité de paix avec Athènes, à qui il restitue Amphipolis qu'il a conquise. Puis à l'été 358, il se retourne contre les Péoniens et les Illyriens, forçant ces derniers à évacuer la Lyncestide et à conclure la paix, après avoir remporté une grande victoire dans la vallée de l’Érigon, Bardylis trouvant la mort dans les combats. La frontière avec l'Illyrie est alors repoussée au-delà du lac Lychnidos.

Peu de temps après cette victoire, Philippe renforce l'alliance avec les Épirotes en épousant Olympias, la fille de Néoptolème et future mère d'Alexandre le Grand. C'est probablement à la suite de ce mariage que l'Assemblée des Macédoniens le reconnaît comme roi en 357, alors qu' est écarté du pouvoir.

Réformes militaires vignette|redresse=1.5|Ordre de bataille traditionnel sous et Alexandre le Grand.

Philippe hérite en d'un royaume affaibli, du fait principalement de l'absence d'unité entre ses principales composantes : le cœur historique du royaume, les territoires situés le long de l'Axios conquis par et les principautés de Haute-Macédoine (Élimée, Lyncestide, Orestide, Tymphée, etc.). La fragilité du royaume s’explique aussi par les querelles dynastiques et par la volonté de certaines des cités de s'affranchir du pouvoir central. Pendant les vingt-quatre ans de son règne, Philippe assoit la puissance de la Macédoine grâce à un pouvoir central renforcé, soutenu par une armée qu'il a profondément réforméeOlivier Battistini, « Armée macédonienne », dans ..

Lorsque Philippe arrive au pouvoir, l'armée macédonienne est anéantie à la suite des affrontements avec les Illyriens. Il entreprend alors de vastes réformes militaires. Inspiré par le modèle Thèbes forgé par Épaminondas, il commence par professionnaliser l'armée. La formation d'une armée permanente s’inspire du bataillon sacré thébain, seule unité véritablement professionnelle de l'armée civique thébaine qui a démontré sa supériorité lors de la bataille de Leuctres en face aux Spartiates. Les réformes concernant l’infanterie se situent dans la composition de l'équipement mais également dans les tactiques de combats utilisées. Le soldat macédonien se voit doter d'un armement défensif plus léger que l'hoplite. Ces changements se traduisent par un abandon de la cuirasse en bronze (dorénavant réservée aux officiers) au profit d’un linothorax (cuirasse en lin). Le bouclier rétrécit, passant de de diamètre à permettant de rendre les formations plus compactes. On constate également un abandon du casque corinthien pour un modèle plus léger basé sur le casque phrygien, seules subsistent les jambières (cnémides). Pour ce qui est de l’armement offensif, véritable enjeu de la réforme, les phalanges macédoniennes se voient dotées d’une sarisse, une lance dont la longueur varie à l'époque entre et Olivier Battistini, « Sarisse», dans .. La phalange macédonienne, par la légèreté de son équipement en comparaison des phalanges hoplitiques (dont la panoplie pèse ) peut se déplacer plus rapidement et avec plus de fluidité, ce qui apportait un avantage tactique décisif lors des affrontements. D’après Polybe, , 30., la phalange macédonienne se forme sur contre 8 pour les phalanges hoplitiques, sur les seuls les abaissent leurs sarisses. Enfin s’inspire encore des Thébains en reprenant l'ordre oblique mise au point par ÉpaminondasOlivier Battistini, « Phalange », dans .. Les effectifs de l'infanterie de l’armée de Philippe augmentent grandement au cours de son règne, passant de hommes en 359 à presque lors de la bataille de Chéronée en .

La cavalerie connaît elle aussi un profond remaniement. Philippe augmente les effectifs des Compagnons (ou hétaires), des cavaliers lourds généralement issus de l'aristocratie, qui passent de en 359 à près de en 338. Il apporte par ailleurs quelques nouveautés dans l'armement offensif, notamment une lance mesurant environ, le xyston, qui améliore la puissance de chocOlivier Battistini, « Hétaires », dans .. Il introduit enfin dans les tétrarchies (une unité de 60 cavaliers) la formation en pointe ou en coin, inspirée par les tactiques scythes ou thraces, qui présente l'avantage de garder une cohésion d'ensemble lors des manœuvres Nick Sekunda, « The Macedonian army », in J. Roisman et I. Worthington, A Companion to Ancient Macedonia, Wiley-Blackwell, ; Nick Sekunda, The army of Alexander the Great, Osprey Publishing, 1984, . . Un autre élément est introduit par la mise en place d'une réserve, consistant à ne pas déployer d'entrée l'ensemble des troupes disponibles mais à en économiser une partie pour qu'elle soit utilisée pour l'attaque décisive. Philippe augmente également la vitesse de déplacement de son armée à environ par jour, en s'affranchissant du transport du ravitaillement et en excluant les serviteurs. Il entretient une armée dont les effectifs ont pu atteindre jusqu'à hommes sur le terrain. L'armée macédonienne compte ainsi plus de soldats que n'importe lequel de ses adversaires en Grèce. Ce noyau macédonien est soutenu par une cavalerie légère originaire de Thrace, des frondeurs professionnels, de l'infanterie légère, des archers et des lanceurs de javelot. Philippe dispose également d'un impressionnant train de siège et est capable de capturer des villes beaucoup plus rapidement qu'auparavant dans l'histoire grecque.

Ces réformes, qui s'opèrent progressivement, sont à l'origine des succès de l'armée macédonienne durant l'expédition d'Alexandre le Grand..

Réformes politiques vignette|Buste de , copie romaine d'un original grec, musées du Vatican.