vignette|Pénurie d'huile de tournesol dans un supermarché en France, en avril 2022. La crise alimentaire de 2022 se manifeste par une série d'augmentations rapides des prix des denrées alimentaires, et par des pénuries d'approvisionnement alimentaire partout dans le monde. Cette crise résulte d'une multitude de causes géopolitiques, économiques et naturelles, telles que la chaleur extrême, les inondations et la sécheresse causées par le réchauffement climatique, et l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Cette crise fait suite à la crise alimentaire due à la Covid-19.
Une grande partie de l'inquiétude est liée aux pénuries d'approvisionnement en blé, en maïs et en graines oléagineuses. En outre, les hausses des prix du carburant et des engrais associés (en raison du rôle important de producteur de gaz et de pétrole de la Russie et de l'importance de la Russie et de l'Ukraine sur les marchés européens des engrais) provoquent des pénuries et des hausses de prix supplémentaires.
Avant la guerre en Ukraine, les prix des denrées alimentaires atteignent déjà des niveaux record : en , les prix des denrées alimentaires d'une année sur l'autre ont augmenté de 20 % selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). La guerre a encore augmenté les prix d'une année sur l'autre, à raison de 40 % en mars. Les problèmes aggravants créés par la Covid-19, la guerre et les mauvaises récoltes liées au climat devraient inverser les tendances mondiales en matière de réduction de la faim et de la malnutrition.. Certaines régions, comme l'Afrique de l'Est et Madagascar, connaissaient déjà la sécheresse et la famine en raison des défaillances du système agricole et des changements climatiques. Les hausses de prix devraient aggraver la situation. Certains analystes ont décrit ces hausses de prix comme les pires depuis la crise alimentaire mondiale de 2007-2008.
Contexte vignette|Pénurie de pâtes alimentaires à Moscou en 2022. La pandémie de Covid-19 a considérablement perturbé les chaînes d'approvisionnement alimentaire dans le monde, perturbant les canaux de distribution de l'industrie alimentaire à la fois aux stades de la consommation et de la distribution. Dans le même temps, d'importantes inondations et des vagues de chaleur en 2021 ont détruit des cultures clés en Amérique du Nord, en Amérique latine et en Europe.. De plus, une hausse des prix du carburant et des transports a encore accru la complexité de la distribution, les aliments étant en concurrence avec d'autres biens. Une grande partie de l'inquiétude est liée aux pénuries d'approvisionnement pour des denrées de base, telles que le blé, le maïs et les graines oléagineuses, et à la manière dont les pénuries pourraient entraîner des augmentations de prix..
Le , l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a indiqué que l'indice mondial des prix alimentaires avait atteint un niveau record en février, affichant une hausse de 24 % sur un an. La plupart des données du rapport de février ont été compilées avant l'invasion de l'Ukraine, mais les analystes ont déclaré qu'un conflit prolongé pourrait avoir un impact majeur sur les exportations de céréales...
D'après Dirk Kohnert, expert associé au GIGA-Institute for African Affairs en Allemagne, ce sont les pays africains . Même les pays du Nord, qui ont généralement des approvisionnements alimentaires sûrs, commencent à subir les effets directs de l'inflation des coûts due à l'insécurité alimentaire.. Cependant, ces pays ne sont pas exposés au risque de famine..
Après le déclenchement de l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, la FAO ainsi que d'autres observateurs des marchés des produits alimentaires ont mis en garde contre un effondrement de l'approvisionnement alimentaire et une augmentation des prix..... En , la chercheuse roumaine Virginia Câmpeanu, de l'institut pour l'économie mondiale, conclut que .
Au début d', les prix des principales denrées alimentaires (blé, orge, maïs et huiles végétales) sont redescendus au niveau d'avant-guerre : le prix du blé pour livraison en septembre est revenu à , son niveau de début février, et le maïs pour septembre à 6 dollars le boisseau à Chicago, le même prix qu'en . Les cours s'étaient détendus en juillet grâce à de bonnes prévisions de récoltes dans l'hémisphère nord, notamment au Canada et en Russie. La reprise du trafic maritime en Ukraine a amplifié ce mouvementLes cours des céréales reviennent à leurs niveaux d'avant-guerre, Les Échos, 2 août 2022..
Causes Invasion russe de l'Ukraine vignette|Pénurie d'huile de tournesol en Allemagne, en mars 2022. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 entraîne des perturbations des chaînes d'approvisionnement alimentaires bien au-delà des frontières des pays concernés. Le responsable du Programme alimentaire mondial, David Beasley, avertit en que la guerre en Ukraine pourrait porter la crise alimentaire mondiale à .. Le , lors d'une réunion des Nations unies, la secrétaire d'État adjointe des États-Unis Wendy Sherman déclare que l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, en raison du blocus naval des ports maritimes ukrainiens et des attaques armées contre les cargos civils, a créé une pénurie alimentaire critique en Ukraine, avec des ramifications mondiales..
Les prix du blé ont atteint leur cours le plus élevé depuis 2008.. Au moment de l'invasion, l'Ukraine est le quatrième exportateur de maïs et de blé, et le premier exportateur mondial d'huile de tournesol, la Russie et l'Ukraine représentant 27 % des exportations de blé et 53 % du tournesol et des graines dans le monde.. L'Ukraine représente à elle seule environ 17 % des exportations mondiales de maïs, 12 % du blé et 30 % des graines de tournesol, la plupart transformées en huile dans les usines ukrainiennes.
Une perturbation des approvisionnements mondiaux en blé pourrait exacerber la famine au Yémen en cours., et créer une situation dramatique en Afghanistan et en Afrique de l'Est.. La flambée des prix du blé résultant du conflit met à rude épreuve des pays africains tels que l'Égypte, qui dépendent fortement des exportations de céréales russes et de blé ukrainien, et y fait craindre des troubles sociaux.. Au moins 25 pays africains importent un tiers de leur blé de Russie et d'Ukraine, et 15 d'entre eux en importent plus de la moitié depuis ces deux pays. Le , le gouvernement chinois annonce qu'il abandonne toutes les restrictions sur le blé russe, dans le cadre d'un accord conclu plus tôt en février.. Le South China Morning Post a qualifié cette mesure de potentielle pour l'économie russe..
D'après l'économiste agricole en chef de Wells Fargo, l'Ukraine sera probablement sévèrement limitée dans sa capacité à planter des cultures au printemps 2022 et perdra une année agricole, tandis qu'un embargo sur les cultures russes créerait davantage d'inflation des prix alimentaires. Le rétablissement des capacités de production agricole pourrait prendre des années, même après l'arrêt des combats..
Le , un accord sur les céréales est signé par l'Ukraine et la Russie et permet d'exporter une partie des céréales ukrainiennes malgré la guerre.
Selon Philippe Chalmin, professeur d'histoire économique à l'université Paris Dauphine et président fondateur de Cyclope, les tensions sur le marché du blé ont quasiment disparu en . Il rappelle que le blé ukrainien joue un rôle mineur dans la crise alimentaire mondiale, car au moment de l'invasion russe, le pays avait presque terminé une excellente campagne d'exportation de blé ; c'est la campagne d'exportation de maïs, plus tardive, qui n'a pas pu être menée à son terme. Sur les 20 millions de tonnes de céréales actuellement bloquées dans les silos ukrainiens, les trois quarts sont du maïs, essentiellement destiné à l'alimentation des animaux et importé par la Chine et l'Espagne. La demande chinoise est beaucoup plus déterminante sur le marché des céréales que la guerre en Ukraine« La demande chinoise est aujourd'hui beaucoup plus déterminante sur le marché des céréales que la guerre en Ukraine », Les Échos, 3 août 2022..
Changement climatique De multiples épisodes de sécheresse, de chaleur et d'inondations en 2020, 2021 et 2022 liés au changement climatique ont considérablement nui à l'approvisionnement et aux réserves alimentaires mondiales, ce qui a rendu le système alimentaire moins résilient face à des chocs comme la guerre en Ukraine. Les réserves mondiales de blé étaient extrêmement faibles au début de l'année 2022, en raison de ces événements météorologiques..
Sécheresse en Afrique de l'Est Une sécheresse a commencé en 2021, et s'est encore intensifiée en Afrique de l'Est en 2022, précipitée en partie par l'arrivée de La Niña.. Trois saisons des pluies ont échoué à apporter des précipitations dans la corne de l'Afrique, détruisant les récoltes et tuant de grands troupeaux de bétail. L'ONU a identifié 20 millions de personnes menacées de famine. La faune et le bétail sont aussi victimes de la sécheresse. La région est en partie vulnérable car une saison des pluies extrême a précipité l'invasion de criquets de 2019-2020, qui a détruit de vastes régions de cultures.
Début , près d'un an après le début de la guerre du Tigré, Mark Lowcock, qui dirigeait le Bureau de la coordination des affaires humanitaires pendant une partie de la guerre du Tigré, a déclaré que le gouvernement fédéral éthiopien affamait délibérément le Tigré en , et qu'il n'y avait ..
Vague de chaleur et sécheresse en Amérique du Nord
Météo extrême en Europe La sécheresse en Espagne et au Portugal au début de 2022 a conduit à des prévisions de pertes allant de 60 à 80 % des cultures dans certaines régions.. Les cultures fruitières de la majeure partie de l'Europe ont également été endommagées par une vague de froid qui a provoqué des pluies verglaçantes, du gel et de la neige au début du bourgeonnement en raison d'un temps chaud anormalement précoce... En France, cette vague de froid entraîne les températures les plus froides pour un mois d'avril depuis 1947, et des conséquences « très graves » pour les arboriculteurs..
Vague de chaleur en Amérique du Sud Une vague de chaleur a profondément touché l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay et le sud du Brésil, provoquant une baisse des rendements des cultures de maïs, de soja et d'autres céréales clés, entraînant une augmentation significative des prix mondiaux de ces produits de base... La canicule a encore exacerbé une saison déjà sèche dans une grande partie de la région.
Canicule en Inde Une canicule extrême touche l'Inde et le Pakistan à partir de , produisant des récoltes désastreuses dans ces deux pays. L'Inde, deuxième exportateur mondial de blé, annonce ainsi en suspendre toute exportation de céréales pour assurer la sécurité alimentaire de sa population. Une décision critiquée par le G7 dans le contexte de la guerre en Ukraine, le Premier ministre indien Narendra Modi ayant précédemment promis de « nourrir le monde » en exportant le blé indien vers les pays dépendants habituellement du blé ukrainien (notamment en Afrique et au Moyen-Orient). Cette décision fait alors craindre une pénurie mondiale et des troubles sociaux dans les pays les plus pauvres.
Inondations australiennes Une grave inondation survenue en Nouvelle-Galles du Sud en a causé la destruction complète des cultures de soja et de riz, et de 36 % de la production de noix de macadamia.. Des troupeaux d'animaux ont péri et les infrastructures agricoles ont été gravement endommagées.. Il s'agit de la troisième catastrophe naturelle majeure pour les communautés agricoles de cette région.
Défaillances de la chaîne d'approvisionnement En Chine, les fermetures progressives dans le cadre de la politique zéro covid ont considérablement réduit les intrants agricoles clés pour les cultures céréalières importantes..
Spéculations