La Loggia de Raphaël est une salle au deuxième étage du palais du Vatican à Rome, à la limite des Chambres de Raphaël, qui fait partie du complexe des Loges de Raphaël. Elle est célèbre pour un cycle de fresques de l'école de Raphaël reproduisant des décors aux histoires bibliques et des grotesques, datables entre fin 1517 ou 1518 et 1519.

Une deuxième loggia, déjà décorée de fresques par Raphaël et ses assistants, est la soi-disant Prima Loggia, au rez-de-chaussée (entièrement repeinte par Alessandro Mantovani dans la seconde moitié du ) ; une troisième est la Loggetta du cardinal Bibbiena, au troisième étage. Les trois loggias, donnant sur la cour San Damaso, forment le complexe des Loges de Raphaël ou Loges vaticanes.

Histoire vignette|Grotesques. La façade du palais de Nicolas III sur le cortile di San Damaso a été aménagée par Bramante sous Jules II et poursuivie, du point de vue de la surintendance des travaux architecturaux, par Raphaël lui-même à l'époque de Léon X. Le pape Médicis, confirmant alors la faveur envers Raphaël et ses élèves, leur confie également le décor de stucs et de fresques qui doit s'inspirer de la Domus aurea, dont un extraordinaire essai de reconstitution archéologique avait déjà été présenté dans la Stufetta du cardinal Bibbiena (1516), au troisième étage de l'édificeDe Vecchi, cit., ..

Raphaël se limite à concevoir la décoration en général, à superviser les travaux et à parfois fournir les dessins des « petites histoires ». Toutefois, l'organisation des voûtes, symétriques autour du centre qui correspond à la septième voûte, porte la marque de son esprit structuré. Selon Giorgio Vasari, Raphaël aurait exécuté les esquisses de la plupart des épisodes bibliques, sinon de tous. Il ne subsiste aujourd'hui d'une esquisse à la pierre noire de David et Goliath, qui représente trois figures dessinées d'après des modèles posant dans leurs vêtements d'atelier (Vienne, Albertina (musée), inv. 178). Raphaël devait esquisser les figures de base et un assistant (habituellement Giovan Francesco Penni) les élaborait pour faire des modelli, généralement au lavis avec des rehauts de blanc sur un tracé de sanguine. Un seul modello, celui pour les Tables de la Loi, révèle une telle variété de style et une telle énergie, contenant des repentirs importants, est attribué à Raphaël lui mêmeRaphaël. Les dernières années, ..

Giorgio Vasari désigne Giovanni da Udine, décorateur principal, Giulio Romano, Giovan Francesco Penni, Tommaso Vincidor de Bologne, Vincenzo Tamagni, Perin del Vaga, Pellegrino Aretusi, Polidoro da Caravaggio « et de nombreux autres peintres » parmi les participants à l'entreprise. Toujours selon Vasari, l'entreprise constitue un véritable centre de recrutement pour les jeunes peintres, qui peuvent y acquérir une première expérience. L'un d'eux est Perin del Vaga qui perfectionne ses talents de stucateur sous la houlette de Giovanni da Udine, et dont il subsiste au moins une esquisse préparatoire pour un groupe mineur figurant sur un pilastre (Édimbourg, Galerie nationale d'Écosse, D 644). Un autre est Polidoro da Caravaggio, qui va dominer la décoration des façades à Rome dans la période comprise entre la mort de Raphaël et le sac de Rome. Il aurait commencé comme peintre plâtrier dans la loggia, mais, ses talents ayant été rapidement repérés, il travaille bientôt aux fresques. Ses premiers dessins laissent penser que sa carrière de dessinateur commence aussi avec les modelli de Penni, qui est en quelque sorte le maître d'œuvre des fresques de la voûte. Le projet faisant appel à un grand nombre de jeunes artistes, Raphaël doit assumer des fonctions d'entrepreneur, de recruteur de talent et de maître d'ouvrage délégué ; il joue certainement un grand rôle en conseillant les mécènes sur le choix des peintresRaphaël. Les dernières années, ..

Presque tous les grotesques sont unanimement attribués à Giovanni da Udine et Perin del Vaga ; le premier devait également s'occuper des stucs, qu'il réalisa selon Vasari avec la technique du « vero stucco antico » (« vrai stuc ancien »), qu'il « redécouvrit », et qui impliquait l'utilisation de poudre « du marbre le plus blanc que l'on puisse trouver » avec « chaux de travertin blanc ».

Pour ce qui est de la datation du décor, 1513, année que l'on peut lire sous un stuc Victoire à gauche de la fenêtre du douzième arc, paraît inacceptable comme date de début des travaux : il s'agit plutôt d'un rappel de l'année d'élection de Léon X. La décoration a dû commencer entre la fin de 1517 et 1518, et s'achever en un temps record dans les premiers mois de 1519 : le , un ordre de paiement fut en effet enregistré en faveur des « garçons qui peignirent la Loggia » ; en outre, deux lettres cette année-là, une de Marcantonio Michiel à un correspondant vénitien (datée du ) et une de Baldassare Castiglione à Isabelle d'Este (du ), annoncent l'achèvement des travaux.

Les fresques ont été endommagées par les intempéries du fait de l'architecture ouverte de la loggia, jusqu'à ce que dans la seconde moitié du , il soit décidé de la fermer avec des vitres. De nombreuses restaurations se sont succédé au fil des siècles, ce qui a encore compromis la fraîcheur de l'original, visible entre autres dans les piliers de l'arc du fond, où en 1952, les grotesques d'origine ont été redécouverts, protégés par un mur de clôture construit à l'époque de Paul III, vingt-trente ans seulement après leur achèvement.

Ce décor, une version amplifiée de la Loggetta du cardinal Bibbiena, aura une influence considérable sur les projets décoratifs en Europe. Selon Antonio Paolucci, historien de l'art et directeur des Musées du Vatican, « Raphaël est sans aucun doute le plus grand peintre du deuxième millénaire, et la Loggia est son héritage le plus important ». Il existe une reproduction fidèle de la Loggia au Palais d'Hiver du Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, commandée par la tsarine Catherine II.

Certains épisodes donneront lieu à des gravures et cette « Bible de Raphaël » fournira pour les trois siècles suivants tout un répertoire d'illustrations de la Bible qui doivent une partie de leur clarté et de leur lisibilité au style des cartons de tapisserie, nécessaires puisqu'elles devaient être vues de plusieurs mètres en dessous. Nicolas Poussin a été l'un des peintres les plus inspirés par ces images.

Description et style La Loggia s'étend sur tout le côté est, sur une longueur d'environ 65 mètres et sur une largeur d'environ quatre mètres. Elle est divisée en treize petites travées couvertes par une voûte en arc-de-cloître. On y trouve un riche éventail d'ornements en stuc, de spécimens de flore et de faune peints, et, dans les voûtes, cinquante-deux épisodes de la Bible, quarante-huit de l'Ancien Testament et quatre du Nouveau Testament, complétés à la base des murs par d'autres scènes bibliques imitant des bas-reliefs en bronze

Piliers et murs Tous les piliers et les murs du côté fermé ont une décoration en stuc et fresque avec des grotesques, dont les figures sont liées principalement à des thèmes mythologiques ; certaines reproduisent des œuvres d'art célèbres, telles que le Torse du Belvédère, le Saint Georges et la Giona de Lorenzo Lotti dans la chapelle Chigi, peut-être sculptée d'après un dessin de Raphaël lui-même ; d'autres encore sont liées à des événements contemporains du pape et de sa cour : Léon X donnant la bénédiction à un prélat sous les Loges, lÉléphant Hanno, etc..

Au fond court un socle monochrome, qui reprend des thèmes bibliques, qui selon Vasari se réfèrent tous à Perin del Vaga.

Voûtes Sous chaque voûte, il y a quatre « histoires » à fresque entourées de cadres en stuc de formes variées (hexagonales, rectangulaires ou nervurées), tandis qu'aux angles se trouvent des grotesques ou des décorations architecturales ; des armoiries se trouvent au centre des voûtes : dans celle centrale, l'emblème du pape Léon X avec les clés de saint Pierre, et dans toutes les autres, des victoires ou des génies du jeu, l'insigne personnel de Giovanni de' Medici avant de devenir pape.

Les douze premières voûtes présentent des récits de l'Ancien Testament, la dernière du Nouveau Testament : la richesse des scènes a fait que l'ensemble est appelé la « Bible de Raphaël ».

Première voûte vignette|Première voûte. La première voûte est ornée de quatre Histoires de la Genèse dans des cadres hexagonaux : Création de la lumière, Séparation de la terre des eaux, Création du soleil et de la lune et Création des animaux. Le maillage avec des figures de petits anges est attribué par Fritz Fischer à la main de Raphaël, tandis que les Histoires sont généralement rapportées à Penni d'après un dessin de Jules Romain, même si le nom de Giovanni da Udine a été mentionné pour les animaux (parmi lesquels un éléphant et un rhinocéros, cadeaux exotiques des sultans du Moyen-Orient aux cours italiennes) et celui de Polidoro da Caravaggio pour les paysages. Gamba attribue la scène de la Séparation de la terre des eaux à Raphaël, qui aurait voulu donner le ton à toute la décorationDe Vecchi, cit., ..

Dans ces scènes, les références aux Histoires de la Genèse de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine sont évidentes.

Deuxième voûte La deuxième voûte présente les Histoires d'Adam et Ève, de forme rectangulaire : Création d'Ève, Péché originel, Expulsion du paradis et Travail des ancêtres (très abîmée). La tendance dominante est de les référer à Penni assisté de Giulio Romano. Dans ce cas également, les références à Michel-Ange sont évidentes, tandis que la scène de lExpulsion apparaît assez fidèlement inspirée par la scène analogue d'Adam et Ève chassés de l'Éden (Masaccio) dans la chapelle Brancacci.

Le monochrome du socle a été perdu, mais d'après les reproductions faites par Bartoli, il ressort qu'y étaient représentés Caïn et Abel agenouillés devant les autels, l'Éternel qui s'adresse à Abel et Caïn qui tue Abel.

Troisième voûte vignette|Troisième voûte. La troisième voûte montre les Histoires de Noé, de forme rectangulaire : La Construction de l'Arche, Le Déluge, La Sortie de l'Arche (fortement endommagé) et Le Sacrifice de Noé. Ces scènes aussi sont principalement attribuées à Penni, avec une possible intervention plus substantielle de Jules Romain dans le Déluge.

Dans le socle, figure L'Arc-en-ciel après le déluge.

Quatrième voûte La quatrième voûte contient les Histoires d'Abraham et de Loth, de forme incurvée, diversement attribuées à Giovan Francesco Penni, Jules Romain ou Perin del Vaga. Les histoires sont : Abraham et Melchisédech, La Promesse de Dieu, La Rencontre avec les anges et La Fuite de SodomeDe Vecchi, cit., ..

Dans la base, le Sacrifice d'Isaac est en monochrome, auquel Giovanni Battista Cavalcaselle fait référence à une idée de Raphaël lui-même.

Cinquième voûte vignette|Isaac et Rebecca espionnés par Abimelech. Les Histoires d'Isaac occupent la cinquième voûte, peut-être exécutée par Penni d'après un dessin de Giulio Romano, mais certains attribuent toute la première histoire à ce dernier, tandis que d'autres émettent également l'hypothèse d'une intervention de Perin del Vaga. Les histoires, de forme rectangulaire, sont : Dieu apparaissant à Isaac, Isaac et Rebecca espionnés par Abimelech, La Bénédiction de Jacob et Le Droit d'aînesse d'Ésaü.

Dans la scène monochrome, le Le Sacrifice d'Isaac est reproduit à nouveau, très probablement une erreur des assistants qui ont reproduit le même dessin.

Sixième voûte vignette|Rêve de Jacob. La sixième voûte est consacrée aux Histoires de Jacob, qui partagent les mêmes oscillations attributives que les précédentes ; les paysages ont été attribués à Giovanni da Udine. Les récits, de forme rectangulaire, sont : Le Rêve de Jacob, La Rencontre avec Rachel, L'Alliance avec Laban et Le Départ à Canaan .

Le monochrome du socle montre le Combat de Jacob avec l'Ange.

Septième voûte vignette|Septième voûte.