La bataille d'Inkerman est un affrontement de la guerre de Crimée qui oppose les troupes russes aux corps expéditionnaires français et britanniques le .

Contexte Malgré leur échec le précédent lors de la bataille de Balaklava, les Russes souhaitent toujours briser le siège autour de leur place forte de Sébastopol. Débouchant d'Inkerman, l'objectif russe est une hauteur dominant le camp britannique, au demeurant mal défendue. La veille, les Russes ont reçu un renfort de commandés par le général Dannenberg et les grands-ducs Michel et Alexandre.

Le plan russe Les Russes savent que l'armée alliée est divisée en deux grands corps, l'un dit « de siège », chargé directement des opérations militaires contre Sébastopol, l'autre « d'observation », qui doit repousser les attaques venant du dehors.

La droite des Anglais est dominée par une hauteur accessible du côté d’Inkerman et des marais de la Tchernaïa. L'état-major anglais a commis la faute de ne pas fortifier convenablement cette hauteur. Il n’y a élevé qu’une petite redoute pour seulement deux canons, d’un relief insuffisant pour mettre une grande-garde à l’abri de l’escalade.

À la suite de cette hauteur, auprès de Balaklava, s'étend une ligne de monticules d’un escarpement inaccessible, où campent les deux divisions françaises du corps d’observation.

Sur toute cette ligne, il n’y a d’accessible que la hauteur d'Inkerman. C'est donc ce point que les généraux Menchikov et Dannenberg choisissent d’enlever à l’aide de leurs forces cinq fois plus nombreuse que le petit nombre de soldats anglais chargés de défendre une redoute inachevée et mal armée et qui ne pourront donc pas résister.

Une fois maîtres de cette hauteur, les Russes doivent y placer une nombreuse artillerie, qui foudroiera à volonté le camp anglais placé en contrebas, pendant que des colonnes d'infanterie descendront sur ce même camp, couperont les communications de l’armée assiégeante avec Balaklava, et opéreront leur jonction avec le reste de l’armée russe entre cette ligne et celle des tranchées.

En même temps, la garnison de Sébastopol doit faire une forte sortie, et placer ainsi l'armée de siège entre deux feux. Si cette grande et habile manœuvre réussit, l’armée combinée, attaquée à dos, sera forcée d’abandonner ses travaux de siège et de se faire jour au travers de l’armée ennemie pour regagner les deux ports de dépôt, Balaklava et la baie de Kamiesch.

Dès lors, chacune des deux armées alliées peut se trouver acculée à la mer, n’ayant d’autre moyen de salut qu’un embarquement précipité. Ce plan habile est cependant déjoué par la coalition.

Déroulement Les généraux russes ont choisi la matinée du pour livrer la bataille. Il a plu toute la nuit ; un brouillard épais couronne les hauteurs et couvre la vallée d’Inkerman. À l'aube, à la faveur de l’obscurité, et profitant de ce brouillard, un puissant corps d’armée russe de doté d'une nombreuse artillerie s’avance silencieusement sur la droite des Anglais, et gravit la colline sur laquelle est placée la faible redoute, défendue par Britanniques. Les postes avancés de la anglaise, surpris dans leur sommeil, se replient en toute hâte, en donnant l’alarme. Bientôt toutes les hauteurs sont envahies par les soldats russes, qui avancent en force. Leurs grandes capotes grises les rendent presque invisibles au milieu du brouillard, même à quelques pas de distance. Tous les postes avancés des Anglais sont repoussés, et la redoute qui couvre leur droite est emportée. Les Russes la garnissent d’artillerie, et commencent à tirer sur le camp des Anglais.

Pendant que l’attaque russe commence du côté de la redoute, une démonstration est faite dans la vallée de Balaklava par l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie réunies, afin d’attirer sur ce point l’attention des Français, campés sur les hauteurs qui la dominent, et de les empêcher de se porter au secours des Anglais. Mais le général Bosquet, qui commande le corps d’observation français, comprend qu'il s'agit d'une diversion.

La division anglaise de Cambridge subit des pertes énormes en perdant et en reprenant deux ou trois fois la redoute enlevée par les Russes ; le général Cathcart est tué. Les divisions anglaises de Cambridge et Cathcart, ayant conservé leur ordre de bataille sous un feu soutenu, ne peuvent cependant prolonger la lutte beaucoup plus longtemps. Vers dix heures, un premier corps français, de (des zouaves, des chasseurs d'Orléans, des tirailleurs algériens, des chasseurs d'Afrique, du léger, du 6 commandé par le colonel Edmond Jean Filhol de Camasqui tombe au début de l'action, en sauvant le drapeau du régiment et le 50 de ligne) avec quarante pièces de canon en première ligne, vient à leur rescousse attaquant les Russes de flanc. Avant que l’ennemi n'ait le temps de se reconnaître, un bataillon de zouaves et un bataillon de tirailleurs algériens s’élancent dans la masse russe. Le général Fay, ancien aide de camp du général Bosquet lors de la bataille, décrit ainsi l'entrée en ligne des zouaves et tirailleurs algériens : Général Charles Alexandre Fay (1827-1903), Souvenirs de la guerre de Crimée, 1854-1856, Berger-Levrault, 1889, p. 131. En ligne..

Au même moment, vers 10 heures une troupe de Russes tente d'attaquer les premières lignes françaises mais est repoussée par les défenseurs français (des 39 et 19 de ligne, la légion étrangère et le léger). alt=Médaille|vignette|Médaille célébrant la victoire de la France lors de la bataille d'Inkerman, 1854.

Pendant trois heures, les combats font rage : la hauteur est reconquise plusieurs fois par chaque camp. Enfin, passé midi, la brigade Monet arrive à son tour sur la hauteur d'Inkerman et achève la déroute russe.

Les Russes comptent environ morts ou blessés, contre Britanniques et 900 Français. Le général de brigade de Lourmel, est tué lors de la batailleLa rue de Lourmel, située dans le de Paris, lui rend hommage. On déplore également la mort du colonel de CamasFils aîné du général d'artillerie Jean Edmond de Camas, celui même qui commanda son arme au de la Grande Armée en 1813. Le colonel Jean Edmond s'était distingué aux opérations du siège de Rome et de la Villa Doria Pamphilj, au léger, en 1849. Le général britannique Cathcart est également tué.

vignette|Deux médecins militaires français soignant des blessés de toute origine après la bataille d'Inkerman, le 5 novembre 1854.

Notes

Bibliographie Sources contemporaines

Sources modernes

Catégorie:Bataille de la guerre de Crimée Inkerman Catégorie:Bataille de 1854 Catégorie:Novembre 1854