L’occultisme (du latin , ) est l'ensemble des arts et « sciences occultes » (alchimie, astrologie, magie, divination, médecine occulte) touchant à de prétendus secrets de la nature, à ce qui serait non visiblePierre A. Riffard, Dictionnaire de l'ésotérisme, Paris, Payot, 1993, . Ces pratiques sont considérées par la science comme des pseudo-sciences.

L'expression « sciences occultes » remonterait au titre d'un livre d'Eusèbe de Salverte, en 1829 (Des sciences occultes)Christian Bouchet, Occultisme, Pardès, coll. « B.A.-BA », Puiseaux, 2000, .. Le mot « occultisme » en français ferait son apparition en 1842Jean-Baptiste Richard de Radonvilliers, Enrichissement de la langue française. Dictionnaire de mots nouveaux, Paris, 1842. Aymon de Lestrange, « Ésotérisme chrétien », in Clartés. L'encyclopédie du présent, Éditions techniques, janvier 1980.. Dès 1884, l'occultiste Joséphin Peladan entend par « occultisme » : Joséphin Péladan, Le vice suprême, roman avec une préface de J. Barbey d'Aurevilly, Librairie des auteurs modernes, 1884, .. En anglais, occultism date de 1881.

Le néo-occultisme traite avec Papus des « facultés occultes de l'Homme » et des « forces invisibles de la Nature »Papus, ABC illustré d'occultisme. Premiers éléments d'études des grandes traditions initiatiques (posthume, 1922), Saint-Jean-de-Braye, Dangles, 1984, et 405..

Présentation Étymologiquement, le mot « occultisme » vient du latin occultus (« caché, secret »)Gaffiot, Dictionnaire latin-français, ., il se rapporte à la « connaissance de ce qui est caché ». Nigidius Figulus, selon Cicéron, voyait « les choses que la nature a cachées (quae natura occultavit)Cicéron, Des devoirs, I, 1, 27. ». L'occultisme désigne l’ensemble des discours associés à des notions surnaturelles, secrètes, considéré par la science rationaliste et matérialiste comme construit à partir d'un biais de raisonnement et ainsi qualifiées de pseudo-sciences. L'occultisme s'intéresse aux connaissances occultes, parallèlement à la pratique des arts occultes. Le terme de science occulte est également utilisé de nos jours, par opposition à la science moderne décrivant principalement l'univers visible.

Définitions Helena Blavatsky, la fondatrice de la Société théosophique, à l'article « Sciences occultes » de son Glossaire de théosophie :

right|thumb|323x323px|Gérard Encausse, dit Papus

Papus (1865-1916), l'un des chefs du courant occultiste français, médecin de formation, écrivait :

Autre définition, de Pierre A. Riffard, qui distingue occultisme et ésotérisme :

Faut-il donc distinguer occultisme et ésotérisme ? Certains, comme Papus ou Robert Amadou ne le font pas. D'autres, si. Aux yeux de certains occultistes, occultisme et ésotérisme sont synonymes. Aux yeux des ésotéristes, il y a incompatibilité. Le mot ésotérisme vient du grec ancien , « plus intérieur, plus intime. ». Les deux 'disciplines' sont donc assez proches mais n'ont pas la même histoire : leurs moments ne coïncident pas ; pas le même objet : l'occultisme s'arrête au psychique, l'ésotérisme remonte au spirituel ; pas la même méthode : au syncrétisme de l'occultiste s'oppose l'initiation de l'ésotériste ; pas le même but : l'occultiste vise une fin pratique, l'ésotériste poursuit une fin idéaleP. Riffard, Dictionnaire de l'ésotérisme, l.c., .. Il y a quand même une grande différence entre les précieux livres de l'occultisme, le Grand Albert, attribué à Albert le Grand, et surtout Trois livres de philosophie occulte, de Corneille Agrippa, et le texte phare de l'ésotérisme, La table d'émeraude, écrite semble-t-il par Hermès Trismégiste. Il existe un saut entre la magie des occultistes, très concrète, et celle des ésotéristes, plus philosophique.

Classification Disciplines occultesArts occultesSciences occultes Alchimie, astrologie, divination, magie… Science des correspondances, arithmologie...

Jusqu'au , la distinction entre magie, divination, sorcellerie, démonisme, etc. n'existait pasL. Thorndike, A History of Magic and Experimental Science (1923-1958), New York, Columbia University Press, 1984, 8 vol. Robert-Léon Wagner, « Sorcier » et « Magicien ». Contribution à l'histoire du vocabulaire de la magie, Paris, Droz, 1939, .. Il est dit d'Ostanès le Mage qu'il possède « tout l'art de l'astrologie, de l'astronomie, de la philosophie, des belles-lettres, celui du magisme, des mystères et des sacrifices et enfin celui du travail de l'or [l'alchimie] »Lettre de Pébéchios au mage Osron, trad. : R. Duval et Marcelin Berthelot, La chimie au Moyen Âge, Steinheil, 1893, t. 2, .. Le Picatrix, traité de magie arabe écrit vers 1050, commence par définir la nigromancia comme ce qui se dit « de toutes les choses qui sont cachées à l'appréhension et dont la majorité des hommes ne comprennent pas comment elles se font ni de quelles causes elles proviennent » ; cette science est divisée en trois parties : la première [invocations, mots…], est pratique, là les « opérations se font de l'esprit sur l'esprit » ; la deuxième, qui est la fabrication des images (talismans), consiste à appliquer « un esprit dans un corps », par exemple un esprit planétaire dans un objet ; la troisième et enfin, l'alchimie, est l'application d'« un corps dans un corps »Dictionnaire de la magie et des sciences occultes, Le livre de poche, 2006, .

Voici la classification des arts et sciences occultes par Pierre A. RiffardDictionnaire de l'ésotérisme, 1983, , 243, 296, 300, Helena Blavatsky et Papus :

Arts occultes (volet opératif de l'occultisme) : alchimie chamanisme (indéfinissable, le plus abstrait de tous les arts occultes en accord avec les principes d'invocation des esprits et avec de nombreux rituels variés). ; magie (le sortilège) ; para-sciences : astrologie ; divination : l'art de prédire qui se divise en deux types, voyance (intuitive) ou mantique (déductive) ; cryptozoologie : l'étude des cryptides, incluant la cryptoanthropologie ; ovniologie : l'étude des ovni, incluant l'astroarchéologie ; médecine occulte (médecine non conventionnelle) : radiesthésie, guérison spirituelle, etc. ; parapsychologie ; psychologie transpersonnelle ; psychurgie : l'art de manier les forces psychiques, incluant le magnétisme, l'hypnotisme, etc. ; talismanie : l'art de fabriquer les talismans, les amulettes

Sciences occultes (volet spéculatif de l'occultisme) : doctrine des analogies et correspondances ; « science cabalistique » (« art de connaître les bons génies ») ; science des cycles ; science des lettres et des noms : herméneutique (hermétisme), science des écritures sacrées, étymologies occultes... ; science des nombres : arithmologie, numérologie... ; science des prodiges (connaissance des faits extraordinaires, ou paradoxographie) ; science des symboles (symbologie).

Qualités et vertus occultes Qu'est-ce donc qu'une qualité occulte et une vertu occulte, par rapport à une propriété visible (comme le rouge), à une force simplement physique (comme le vent) ? La qualité occulte est une propriété invisible au profane, une caractéristique « non connue du commun des mortels, difficile à déceler, non explicable »Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, Paris, Payot, 2008, .. Par exemple, les astrologues soutiennent que le Signe du Bélier participe de la planète Mars, qu'il est fait de Feu ; la racine de la mandragore, pour le magicien qui scrute bien cette plante, a l'aspect d'une poupée. Agrippa, La philosophie occulte, I, chap. 10 : « Des vertus occultes des choses ».. Ces qualités merveilleuses deviennent des vertus occultes quand elles agissent comme des puissances mystérieuses et actives ; par exemple, selon les occultistes, la planète Mars favorise les guerres, la mandragore peut servir d'anesthésique. Surtout, les vertus occultes « peuvent faire de grands effets avec de moindres causes » et elles agissent à distance. Le type même de l'action occulte est l'attraction exercée par l'aimant sur le fer, ou l'influence des planètes sur le destin des hommes, ou « le feu dans le silex ». À partir de là, certains ont perçu la Nature comme un lieu de forces mystérieuses et ils ont transmis plus ou moins secrètement leur savoir sur ces forces appelées - en termes physiques - « ondes », « fluides », « effluves », « radiations », ou bien - en termes religieux - « souffles », « esprits », « puissances », « émanations ».

L'auteur le plus lu, pendant des siècles, a été Pline l'Ancien. Il proclame fort qu'il n'y croit pas, mais il s'étend avec beaucoup de complaisance sur toutes sortes de bizarreries, de merveilles. Dans le livre XXX de son Histoire naturelle (vers 70 de notre ère)Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXX : « Magie et pharmacopée », trad., Paris, Les Belles Lettres, « Classiques en poche », 2003, 111 p. Voir A. Ernout, « La magie chez Pline l'Ancien », in Hommages à Jean Bayet, Paris, 1964, ., il ne sait trop que penser. « Il est aussi téméraire, dit-il, de croire que la nature obtempère à des paroles rituelles que stupide de dénier à celles-ci toute valeur efficace »Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre II : « Cosmologie », 140, trad., Paris, Les Belles Lettres, « Budé », 1950, 339 p.. Il cite des recettes assez étranges : la chenille de la feuille de chou fait tomber les dents, « les toiles d'araignées guérissent parfaitement les contusions articulaires », etc.

L'auteur qui est allé le plus loin en théorie est Paracelse (vers 1493-1541). Pour lui, l'extérieur dévoile au « sage » l'intérieur, donc les « signatures » apparentes donnent à lire les « vertus » cachées. Et certains objets sont plus porteurs que d'autres de ces puissances cachées : les astres, les plantes. Paracelse, La grande astronomie, ou la philosophie des vrais sages. Clé de tous les mystères du grand et du petit monde (1537), trad., Paris, Dervy, 2000, . En tout cas, Paracelse a découvert en médecine des choses fort importantes : l'action du mercure sur l'hydropisie, le lien entre le goitre et les dépôts minéraux, la valeur thérapeutique des eaux minérales, la toxicité des vapeurs de plomb, d'arsenic et de mercure, l'action de la Lune sur le cerveauWalter Pagel, Paracelse. Introduction à la médecine philosophique de la Renaissance (1958), trad., Paris, Arthaud, 1963, .. Pour le Pseudo-Paracelse de l'Archidoxe magique, .

Un grand moment fut celui où Kepler remplaça le mot anima (« âme »), présent dans son Mysterium cosmographicum (1596), par vis (« force »), dans son Astronomia nova (1609) : le monde cessait d'être un animal vivant, mû par des esprits, pour devenir une horloge mécanique, fonctionnant par des causes motrices.

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